Des élections législatives ont lieu aux Fidji le « Fiji sets September 17 for elections », AFP, 27 mars 2014., les habitants des régions reculées et les membres des forces armées votant néanmoins à partir du "'Surprise' pre-polling in Fiji knocks campaigning", Radio New Zealand International, 2 septembre 2014.. Il s'agit d'élire pour un mandat de quatre ans Constitution de la république des Fidji (2013), article 58. les cinquante députés d'un tout nouveau Parlement, après huit ans de dictature militaire et de suspension du corps législatif.
Le parti Fidji d'abord remporte une majorité absolue des sièges, permettant à Frank Bainimarama de conserver le poste de Premier ministre.
Ces élections ayant été jugées crédibles et démocratiques par les observateurs internationaux, elles aboutissent à la pleine réintégration des Fidji dans le Commonwealth le "Fiji reinstated to the Commonwealth following 'credible elections'", AFP, 26 septembre 2014., puis dans le Forum des îles du Pacifique le "Fiji's suspension from Pacific Islands Forum is lifted", Radio New Zealand International, 24 octobre 2014..
Contexte et développements (2006-2014) 2006-2009 De 2006 à 2014, la république des Fidji est gouvernée par le chef des armées, le Frank Bainimarama, à la suite d'un coup d'État en décembre 2006. Il s'était engagé à permettre des élections législatives libres et démocratiques en mars 2009 "Commodore Bainimarama reaffirms elections commitment", Fiji Times, 12 avril 2008. "Fiji's 2009 general election to go ahead", Xinhua, 6 février 2008. "Fiji coup leader promises democracy by March 2009", Reuters, 17 octobre 2008, à la suite de réformes du système électoral, qui auraient pour but officiellement de résoudre l'expression des tensions inter-ethniques à travers les clivages politiques, ainsi que de combattre la corruption "Elections no magic solution - Bainimarama", Michael Field, Fairfax Media, 27 mars 2008..
L'ancien Premier ministre Laisenia Qarase, renversé lors du coup d'État, avait indiqué qu'il participerait aux élections. Bainimarama, lui, n'y participerait pas "Fiji’s PM opts out of Politics", Fiji Broadcasting Corporation, 23 octobre 2007.. La condamnation de Qarase à un an de prison pour corruption en , toutefois, exclut sa participation au scrutin "Conviction rules Qarase out of 2014 Fiji election", Radio New Zealand International, 3 août 2012..
Le , l'amiral Bainimarama annonce, lors d'une interview à la radio fidjienne, que les élections n'auront pas lieu en 2009. Il affirme que le délai est trop court pour mettre en place les réformes du système électoral "No Elections in Fiji in 2009 says Bainimarama", Fiji Broadcasting Corporation, 18 juillet 2008.:
« Le système électoral que nous avons depuis dix ans n'est pas bon pour nous, car il engendre une division raciale. Donc nous voulons nous en débarrasser, et nous voulons trouver une autre manière de tenir des élections, afin que les résultats de l'élection amènent la stabilité et l'harmonie. Il faut qu'il y ait une élection ; il y en aura une, et les forces armées, de toutes les organisations, savent à quel point les élections sont importantes, mais nous devons mettre en place des changements avant les élections. » Voreqe Bainimarama, cité in: "Elections a must, only after electoral reform", Fiji Times, 19 juillet 2008.
Lors de ses vœux adressés au pays pour le Nouvel An en 2009, Bainimarama déclare en outre : « Concitoyens, nous aurons des élections. Toutefois, ces élections devront se tenir dans le cadre d'un système électoral véritablement démocratique. Ce qui veut dire que la voix de chaque individu doit avoir la même valeur ; vous devez avoir le droit de choisir qui vous voulez, sans être contraints par une catégorisation ethnique » "2009 New Year Message - PM Bainimarama", site web du gouvernement fidjien, janvier 2009..
En , le président de la République, Ratu Josefa Iloilo, abroge la Constitution et confère anticonstitutionnellement à Bainimarama un mandat pouvant durer jusqu'à cinq ans. Le gouvernement affirme alors vouloir restaurer la démocratie en 2014 au plus tard "PM Bainimarama - Address to Senior Civil Servants", site web du gouvernement fidjien, 17 avril 2009.. En , Bainimarama confirme que des élections auront lieu en , et qu'elles se dérouleront en accord avec une nouvelle Constitution, qui éliminera la catégorisation 'raciale' du système électoral "PM Bainimarama - A Strategic Framework for Change", site web du gouvernement fidjien, juillet 2009..
2011-2014 : préparatifs Fin 2011, le gouvernement indique dans le budget ses préparatifs pour l'inscription des électeurs sur les listes électorales. Il ajoute que la nouvelle Constitution stipulera la nature du Parlement (monocaméral ou bicaméral), la durée du mandat des parlementaires et l'équilibre des pouvoirs, à la suite d'une consultation avec le public et les organisations non gouvernementales. Le droit de vote serait obtenu à l'âge de , et non plus 21 "Fiji: Should we believe in promises?", Lowy Institute, 29 novembre 2011. "450K for new Constitution", Fiji Times, 28 novembre 2011. "2012 National Budget Address by the Prime Minister Commodore Voreqe Bainimarama", gouvernement fidjien. Le gouvernement précise que le nombre de sièges au Parlement serait réduit. Il en comptait 71 avant l'élection, ce que les autorités jugent excessif pour un pays de "Fiji interim attorney general promises fewer MPs in next election", Radio New Zealand International, 8 décembre 2011..
En , Bob Carr, ministre des Affaires étrangères australien, et Murray McCully, ministre des Affaires étrangères néo-zélandais, visitent les Fidji et s'entretient conjointement avec les chefs des trois partis représentés au Parlement dissous en 2006 : Laisenia Qarase pour le Parti des Fidji unies, Mahendra Chaudhry pour le Parti travailliste, et Mick Beddoes pour le Parti des peuples unis. La discussion porte sur les premiers préparatifs en vue de la nouvelle Constitution, et sur les élections programmées pour 2014. Est évoquée, entre autres, la rumeur selon laquelle des membres du gouvernement songeraient à la création d'un parti politique militaire pour prendre part à l'élection "Fiji concern over speculation of military political party", Radio Australia, 3 mai 2012..
Le , la commission présidée par le Kenyan Yash Ghai remet une première ébauche de Constitution au Président Epeli Nailatikau. Ce dernier rappelle que le gouvernement nommera bientôt une Assemblée constituante chargée de finaliser la Constitution. Les dispositions de cette Constitution permettront la préparation des élections "H.E. Ratu Epeli Nailatikau - Address While Accepting Fiji's Draft Constitution", gouvernement des Fidji, 21 décembre 2012..
En , dans le cadre de la préparation des élections, le gouvernement publie un décret annonçant les critères pour la reconnaissance de partis politiques "Fiji decree restricts political participation", The Australian, 16 janvier 2013.. Le décret interdit aux dirigeants d'organisations syndicales, qui constituent l'une des principales forces d'opposition au régime militaire, de prendre part à la direction d'un parti politique. Le décret exclut également toute personne condamnée à une peine d'au moins six mois de prison au cours des cinq années précédant l'élection ; Laisenia Qarase, qui purge alors une peine d'un an de prison pour corruption, se voit donc interdire de diriger son propre parti, le Parti des Fidji unies "Fiji's military regime cracks down on political rivals", TVNZ, 16 janvier 2013.. Felix Anthony, président du Fiji Trades Union Congress, dénonce une mesure anti-démocratique "Fiji unions regard party decree as regime fear of workers", Radio New Zealand International, 16 janvier 2013.. Il est également interdit aux syndicats, comme aux entreprises, de soutenir financièrement un parti politique "Strict terms", Fiji Times, 16 janvier 2013.. Pramod Rae, secrétaire général du Parti de la fédération nationale, pointe l'« impossibilité » pour les partis existants de réunir afin d'être reconnus, et dénonce une volonté du gouvernement d'« annihiler » ces partis "Fiji’s NFP says regime has sinister plan to kill off all parties", Radio New Zealand International, 16 janvier 2013..
Dans ce cadre, le Soqosoqo Duavata ni Lewenivanua se dissout, et se reforme immédiatement avec un nouveau nom en anglais, se pliant ainsi à l'une des conditions pour sa reconnaissance par les autorités. Il devient le (Parti Libéral social-démocrate), afin de conserver l'acronyme « SDL » "SDL alive", Fiji Times, 26 janvier 2013.. Peu après, le Parti des peuples unis (UPP) annonce sa dissolution sans refonte, dénonçant les exigences « ridicules » imposées par le gouvernement. Le dirigeant de l'UPP, Mick Beddoes, affirme toutefois qu'il ne compte pas mettre un terme à sa carrière politique, et invite les membres de l'UPP à rejoindre, selon leurs convictions, l'un des autres grands partis "Fiji United Peoples Party winds itself up", Radio Australia, 28 janvier 2013..
Le SDL (dirigé par Ratu Jone Kubuabola), le Parti travailliste (dirigé par Mahendra Chaudhry) et le PFN (dirigé par Attar Singh) forment à partir de janvier un Front uni pour des Fidji démocratiques (auquel participe également Mick Beddoes malgré la dissolution du PPU) en opposition au régime militaire "Political Parties Form Democratic Alliance In Fiji", Fijilive, 2à janvier 2013. "United Front for Democratic Fiji says regime’s draft perpetuates dictatorship", Radio New Zealand International, 28 mars 2013..
Le , le gouvernement publie sa propre proposition de nouvelle Constitution, soumise à la consultation populaire avant finalisation par le gouvernement lui-même. Il renonce ainsi à la tenue d'une assemblée constituante "Draft constitution out", Fiji Times, 21 mars 2013. Le lendemain, Bainimarama annonce qu'il sera candidat aux élections, et qu'il compte fonder un parti politique à cet effet "PM to contest 2014 election", Fiji Times, 22 mars 2013..
En , le Front uni pour des Fidji démocratiques demande en vain au gouvernement un débat télévisé en amont des élections, qui constituerait également un débat sur la proposition de nouvelle Constitution "Fiji government challenged to televised debate", Radio Australia, 22 avril 2013..
En , un quatrième parti politique est officiellement reconnu et autorisé : le Parti démocrate populaire (PDP), constitué notamment de syndicalistes déçus par le Parti travailliste "Fourth political party gains registration in Fiji", Radio New Zealand International, 29 mai 2013.. La présidente du nouveau parti, Adi Sivia Qoro, indique que son mouvement serait potentiellement intéressé à rejoindre le Front uni "United Front in Fiji vows to carry on its fight", Radio New Zealand International, 11 juin 2013.. Le Front à cette date entend poursuivre un mouvement de pression pour peser sur les modalités de préparation des élections, et constituer avant le scrutin un gouvernement de coalition nationale intérimaire, en remplacement des autorités militaires. Tupeni Baba, du SDL, indique que le Front pourrait présenter un programme commun et des candidats communs aux élections, afin de rester unis face aux candidats de l'hypothétique parti du gouvernement Bainimarama.
Le , en accord avec la nouvelle Constitution qu'il a fait proclamer, le premier ministre Voreqe Bainimarama démissionne de ses fonctions de commandant des forces armées, restant à la tête du gouvernement en tant que simple civil afin de pouvoir participer aux élections en septembre. Le général de brigade Mosese Tikoitoga lui succède "Military command handover marks end of era, says Bainimarama", Radio New Zealand International, 5 mars 2014..
Constitution et système électoral