vignette|Dahmane El Harrachi considéré comme l'un des meilleurs instrumentistes et compositeurs de musique algérienne. vignette|droite|Oum Kalthoum, « l'Astre d'Orient », vers 1968.

La musique arabe désigne un ensemble de musiques issues du monde arabe c'est-à-dire une zone géographique englobant le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Elle constitue les branches d'une même famille musicale ayant évolué dans les foyers culturels au Moyen-Orient mais également dans des contextes différents. En dépit de leurs multiples apparences, ces musiques, qui proviennent d'une tradition orale remontant à l'ère préislamique, présentent certaines caractéristiques communes, bien que des particularités régionales soient marquées. Les formes traditionnelles de cette musique associent généralement des interprétations vocales et instrumentales, souvent en alternance.

Les termes « musique arabe » peuvent prêter à certaines équivoques : ils sont justifiés si l’on désigne par là l’expression historique d’une civilisation dont la langue arabe et la culture islamique constituent les deux axes fondamentaux (mais ils sont impropres si l’on entend par « musique arabe » les formes d’un art inhérent aux Arabes et au monde Arabe définis ethniquement et géographiquement). Cet art couvre en fait des réalités esthétiques et ethnomusicologiques variées et parfois fort éloignées, mais marquées du sceau unificateur de l’islam et de ses conquêtes à partir du monde arabe. De plus, il existe au sein même des pays arabes des musiques non arabes issues de communautés ou d'ethnies diverses (kurde, berbère…).

Prenant sa source dans l'Arabie préislamique, berceau de plusieurs innovations musicales, la musique arabe s'est progressivement répandue hors des frontières de l'Arabie, à la suite des conquêtes arabes et du mécénat des califes, sur un vaste territoire s'étendant de la péninsule ibérique au sous-continent indien, voire l'Indonésie. Elle est un genre musical commun à 22 pays qui se décline en différentes variétés régionales.

Histoire Période préislamique L'Arabie est, à l'époque préislamique. Dans le Hejaz, est un haut lieu intellectuel et artistique, notamment pour la musique arabe. Au Yémen, haut lieu des sciences, de la littérature et des arts arabes préislamiques, les rois de Saba placent les musiciens sous leur mécénat et encouragent le développement de la musique, permettant à la musique yéménite d'avoir une reconnaissance à travers toute l'Arabie. En Syrie et en Irak, les cours des rois Ghassanides et Lakhmides présentent une vie culturelle particulièrement active, avec le mécénat des arts, notamment celui de la musique arabe.

Les poètes arabes de cette époque, appelés « shu’ara' al-Jahiliyah » (arabe : شعراء الجاهلية) ou « poètes Jahili », avaient l’habitude de réciter des poèmes avec des notes aiguës. On croyait que les djinns révélaient ces poèmes et ces musiques aux poètes et aux musiciens.

La plus ancienne mention de la musique arabe dans les sources antiques remonte à une inscription assyrienne dédiée au roi Assurbanipal indiquant que des prisonniers arabes passaient leur temps à chanter et à écouter de la musique. L’inscription mentionne également qu'Assurbanipal apprécia la musique de ces prisonniers et exigea en entendre plus.

Période islamique vignette|Histoire de Bayâd et Riyâd, (« Hadîth Bayâd wa Riyâd »), manuscrit arabe du Maghreb ou d'Al-Andalus, Scène : Chant de luth dans un jardin pour une noble dame.

À la suite des conquêtes arabes et du mécénat des califes, la musique arabe se propagea dans les régions conquises, de la péninsule ibérique au sous-continent indien. Les compositions et les improvisations dans la musique arabe traditionnelle se basent sur le système des maqams. Les maqams peuvent être réalisés avec de la musique vocale ou instrumentale, et n’incluent pas de composante rythmique.

Au cours de l'âge d'or de l'Islam, plusieurs savants composent et publient des recueils encyclopédiques de poèmes et de musiques. C'est le cas de : Al-Kindi (801-873), qui est un théoricien notable de la musique arabe. Il s’est joint à plusieurs autres comme Al-Farabi pour proposer l’ajout d’une cinquième corde de fortune au oud. Il a publié plusieurs recueils sur la théorie musicale, y compris les connotations cosmologiques de la musique et a identifié douze tons sur la gamme musicale arabe, en fonction de l’emplacement des doigts et des cordes du oud. Abu al-Faraj (897-967), qui a écrit le Kitab al-Aghani, un recueil encyclopédique de poèmes et de chansons qui compte plus de 20 volumes dans les éditions modernes. Al-Farabi (872-950), qui a écrit un livre remarquable sur la musique arabe intitulé Kitab al-Musiqa al-Kabir. Son système de sonorité arabe pur est toujours utilisé dans la musique arabe.

Au , Al-Andalus est un grand centre de la musique arabe et un important centre de fabrication d’instruments qui s'exportent en France et dans toute l'Europe. La musique arabo-andalouse développée en Espagne se propagea ainsi au Maghreb, se déclinant en chaàbi ou hawzi pour les genres dérivés en Algérie, al-ala, tarab al-andalusi, gharnati, melhoun ou chgouri au Maroc et malouf en Tunisie et en Libye. Elle influence également les musiques d'Europe occidentale : Selon certains chercheurs, les troubadours ont peut-être eu des origines arabes. Selon Ramón Menéndez Pidal et Idries Shah, les troubadours ont été créés par Guillaume IX d’Aquitaine après son expérience avec les arts d'Al-Andalus lors de la Reconquista. La tradition poétique et musicale arabe a eu une grande influence sur la « poésie d’amour courtoise » européenne. Pour Évariste Lévi-Provençal et d’autres chercheurs, trois lignes d’un poème de Guillaume IX d’Aquitaine étaient rédigés sous une forme arabe, indiquant une potentielle origine arabo-andalouse de ses œuvres.

Évolutions musicales et disparités Au cours des siècles, des pratiques musicales locales distinctes se développent, en se forgeant une identité culturelle particulière à chaque société. Il existe ainsi, dans des villes du Maghreb telles que Fès, Tétouan, Tlemcen et Tunis, des versions distinctes de nûbas, qui font partie intégrante de la culture musicale locale. Des modes mélodiques légèrement différents portent le même nom en Syrie, en Égypte, en Irak et dans les pays d'Afrique du Nord. Les modes rythmiques de ces musiques peuvent être articulés différemment, et leurs interprétations varient. La poésie populaire chantée change aussi en fonction du dialecte local.

Le maqâm irakien n'est pas simplement un mode mélodique mais une suite de pièces dans un mode particulier. Ce terme y a une signification plus proche de celle de waslah ou de nawbah (nouba) que de celle du maqâm dans d'autres régions arabes.

Du fait de l'absence de partitions de musique écrites jusqu'au , il est impossible de dater les mélodies avec exactitude. Certains genres mélodiques, en particulier ceux du Mouachah andalou ou syrien. Ce type de poème en langue arabe est distinct de la qasida (, persan : ) à une seule rime et autorisant une plus grande subtilité et possibilités de création et de composition musicale. Le poème est composé en larges versets monorythmiques. Selon García Gómez, à la fin du , un poète arabe anonyme emprunta certaines de ces chansons à un poème arabe intitulé « moajaxa », qui lui donne une structure strophique particulière.

Époque contemporaine vignette|Portrait de Mohammed Abdel Wahab peint par Essam Azouz (2018).

Avec la montée de l'Empire Ottoman et la conquête du Sultanat Mamelouk, la musique ottomane, déjà influencée par les musiques byzantine, arménienne et persane, s'enrichit d'une influence arabe. À la fin de l'Empire ottoman, la « musique arabe » proprement dite, connait une renaissance au , sous les effets conjugués de la politique (nationalisme), de certaines techniques musicales et l'introduction d'instruments occidentaux, et de la volonté grandissante de sauvegarder le patrimoine musical arabe.

L’Égypte notamment vit l'éclosion d'immenses talents, compositeurs ou chanteurs, comme Mohammed Abdel Wahab, la chanteuse Asmahan ou encore Oum Kalthoum, qui emprunte d'ailleurs son nom à la poésie arabe préislamique et dont la carrière avait commencé dès 1932. À la fin des années 1960, elle élabore un nouveau style qui trouve aussi ses aficionados. De nombreuses femmes marquent en effet la musique arabe tout au long du , notamment depuis Le Caire, foyer du féminisme dans la région. Mounira El-Mahdeya est la première musulmane à monter sur scène, d'abord déguisée en homme, enregistrant de la musique dès 1906. Dans l'entre-deux-guerres, la productrice Badia Masabni ouvre des cabarets et perfectionne la danse orientale telle qu'elle existe encore de nos jours. Dans la seconde partie du siècle, l'Algérienne Warda al-Jazairia et la Libanaise Faïrouz sont des personnalités majeures de la musique arabe. En 2021, l'Institut du monde arabe à Paris consacre une exposition à toutes ces femmes..

Musique savante À la différence de la musique occidentale dans laquelle se sont développés l'art de la polyphonie et de l'harmonie, la musique arabe est ancrée sur la monodie où la mélodie est monophonique (une seule note jouée à la fois) et construite sur un système extrêmement riche de modes mélodiques, appelés maqâms. Elle requiert aussi une pédale de basse ou un bourdon, afin d'asseoir sa tonalité. Toutefois, on appelle une musique savante par ses concepts mathématiques comme la musique indienne, développée pendant la période védique, cette base peut varier, et la musique arabe est par conséquent, extrêmement modulante. Les ouvrages arabes anciens sur la musique ont recensé jusqu'à 400 maqamat, dont trente au moins demeurent pratiqués.

Les modes, en musique arabe, reposent sur des intervalles de tierces (tricordes), quartes (tétracordes) et quintes (pentacordes).

La musique arabe n'utilise pas, comme la musique occidentale, la gamme tempérée, mais la gamme naturelle, qui permet une interprétation toute différente de l'échelle des sons à l'intérieur d'une octave, et de leurs rapports (les intervalles). En conséquence, certains intervalles dans ces modes sont inférieurs au demi-ton occidental : le plus courant d'entre eux représente trois quarts de ton, mais l'on rencontre des intervalles d'un neuvième, de quatre neuvièmes et de cinq neuvièmes de ton. Si, dans la musique moderne, le monde arabe a souvent adopté le mode de notation occidental, le terme « gamme » est inapproprié, puisqu'il couvre théoriquement une octave, et que la musique arabe est construite sur des modes inférieurs à l'octave.

Les intervalles inférieurs au demi-ton sont nommés limma (1/3 de ton) et comma (1/9 de ton). Mais le plus utilisé est le 1/4 de ton. Les altérations utilisées pour indiquer les 1/4 de ton sont le « demi-bémol » et le « demi-dièse ». Pour noter ces intervalles inconnus dans la musique occidentale, on utilisait autrefois le bémol inversé (comme un d). Aujourd'hui, on utilise le bémol barré : 9px.

Une autre particularité de cette musique, apportée par un art vocal très sophistiqué (résultant du système modal et de ces micro-intervalles), réside dans l'ornementation des lignes mélodiques homophoniques (les instruments sont alors utilisés à l'unisson ou à l'octave). Trille, glissando et autres variations rythmiques et mélodiques constituent une ornementation continue et souvent complexe.

Enfin, il faut signaler l'extrême richesse de la rythmique, avec des divisions très complexes du temps. Des cycles à 32 mesures ne sont pas rares. Là aussi, il y a une très grande volatilité de la structure rythmique, qui peut changer d'un instant à l'autre passant du ternaire au binaire, puis à des syncopes ou des rythmes « boiteux ».

Apprentissage