Khakaourê est le de la égyptienne et a régné au cours du . Fils de son prédécesseur et de la reine Oueret et père de son successeur , ce règne marque l'apogée du Moyen Empire.
Son règne est surtout marqué par quatre campagnes militaires, conduites jusqu'à la deuxième cataracte en Nubie. Il sécurise ainsi, avec l'édification d'un ensemble de sept forteresses, l'approvisionnement en produits de luxe venus du reste de l'Afrique et l'or du désert oriental. hérite d'un pays dont les richesses sont accaparées par les potentats locaux. Il hérite aussi d'une longue période de paix, qu'il va interrompre par ses quatre campagnes guerrières vers le Sud. Son père a engagé la mise en valeur de l'oasis du Fayoum par de grands travaux d'aménagement et d'irrigation, en y installant de véritables « camps de travail », où travailleurs et criminels sont enfermés. Néanmoins, l'activité économique et commerciale florissante de l'Égypte attire de nombreux travailleurs asiatiques dans la vallée. L'influence égyptienne est plus forte que jamais à Byblos, la vieille cité amie des Phéniciens.
La capitale de l'Égypte a été déplacée par dans une modeste ville nouvelle, Ititaouy (site de Licht), au niveau de l'oasis du Fayoum. Les édifices funéraires de cette dynastie renouent avec la pyramide, mais sont de petite taille et bâtis avec des matériaux de mauvaise qualité ou fragiles. se fait édifier un vaste hypogée à proximité du temple d'Osiris à Abydos, mais celui-ci est souterrain, invisible. De toute évidence, les finances royales ont bien du mal à gérer une certaine pénurie. Ce sont les oligarques, chefs provinciaux ou « grands chefs », qui captent l'essentiel des richesses, et c'est à leur profit que sont réalisés les grands travaux.
Ce qui marque les esprits aujourd'hui, ce sont les nombreux portraits de . Ces réalisations artistiques sont de très grande qualité, mais font illusion sur cette période où le pouvoir est fragile.
Généalogie
Les parents de sont le roi , son prédécesseur, et la reine Oueret.
Plusieurs épouses du roi sont connues : Khered, attestée par plusieurs statues et enterrée dans le complexe pyramidal de à Dahchour, Néferouhenout, enterrée dans la pyramide du complexe pyramidal de , peut-être : une « fille du roi » de ce nom est attestée dans la pyramide du complexe pyramidal de ainsi que sur un papyrus découvert à El-Lahoun (P. Berlin 10095) ; si ces attestations renvoient à la même personne, alors cette Itakaÿt serait la fille de et l'épouse de , sinon, celle du papyrus serait la fille de et celle de la pyramide une fille de , une dame inconnue, enterrée dans la pyramide du complexe pyramidal de et dont les titres (« fille du roi » et « Celle qui est unie à la couronne blanche ») font d'elle la fille d'un roi et l'épouse d'un autre, identifiés respectivement comme et L'ouvrage de Dodson et Hilton place fautivement la reine comme fille du roi dans la représentation de l'arbre généalogique de la dynastie (p. 92-93)., peut-être Méretséger, attestée uniquement dans des sources du Nouvel Empire avec le titre de « grande épouse royale » et avec le nom entourée d'un cartouche ; elle est cependant considérée comme une création du Nouvel Empire, le titre de « grande épouse royale » étant par ailleurs attesté uniquement à partir de la .
On lui connaît plusieurs enfants potentiels : un fils : le futur , dont la mère est inconnue, six ou sept filles : Ménet, attestée uniquement par sa tombe située dans la galerie inférieure au nord du complexe pyramidal de , Méréret, attestée uniquement par son trésor retrouvée dans la galerie inférieure au nord du complexe pyramidal de , Sénetsénébes, attestée uniquement par sa tombe située dans la galerie inférieure au nord du complexe pyramidal de , , attestée uniquement par son trésor retrouvée dans la galerie inférieure au nord du complexe pyramidal de , Khénémet-..., « fille du roi de son corps », attestée uniquement par un fragment de relief provenant du complexe pyramidal de , Sat..., « fille du roi », attestée uniquement par sa tombe située dans la galerie inférieure au nord du complexe pyramidal de L'ouvrage de Dodson et Hilton indique bien que la princesse est enterrée dans la galerie inférieure au nord du complexe pyramidal de (plan à l'appui) et fait d'elle la fille de ce roi (p. 95 et 98) ; cependant, dans le même ouvrage, dans la représentation de l'arbre généalogique de la dynastie, les auteurs placent fautivement la princesse comme une fille d' (p. 92-93)., Itakaÿt, si distincte d', fille homonyme de .
Royauté
Guerrier vignette|Modèles de soldats Nubiens. Bois peint. Tombe du nomarque Mesehti, .Musée égyptien du Caire. a marqué son époque par quatre guerres victorieuses en Nubie. Il a aussi fait réaliser au Sud l'une des frontières les plus impressionnantes bâties en Égypte.
En Nubie, au Soudan actuel autour de la cité de Kerma, sur la troisième cataracte, s'est établie une culture brillante, le premier royaume de Koush (2600-2000), qui rivalise avec celle établie en Haute-Égypte. On emploie aussi le terme de Nubie pour évoquer un territoire sensiblement plus étendu : les Égyptiens distinguaient deux régions, Ouaouat (la Basse-Nubie égyptienne située entre les deux premières cataractes) et Koush (la Basse-Nubie soudanaise s’étendant de la deuxième cataracte jusqu'aux environs de Khartoum). On en trouve des traces qui remontent vers 2600 AEC, et les contacts violents avec le régime pharaonique ne datent pas seulement du Moyen Empire : le roi Snéfrou (v. 2600) avait déjà fait une razzia en Nubie, faisant et de bétail. C'est surtout le bétail qui intéressait les Égyptiens, mais aussi les matières et animaux provenant de régions éloignées d'Afrique : des animaux sauvages, leurs peaux ; des matières précieuses, comme l'ébène, l'ivoire et, plus que tout, l'or du sud du désert orientalMines d'or de l'oued Allaqi ou triangle de Hala'ib, dans le désert de Nubie du désert oriental, tandis qu'au Nord s'étend le désert Arabique qui prolonge le désert oriental au Nord.. Enfin, les Égyptiens avaient besoin de main-d'œuvre pour bâtir tous leurs temples et autres édifices, et ils ont recruté des armées de nubiens (le « Groupe C», au nord de Kerma, entre la deuxième et la troisième cataracte) dans leurs propres troupes (mercenaires aux troupes des rois de la ou de la ). Ils en reconnaissaient donc très bien la valeur combative.
vignette|Statue de en sphynx. Gneiss, L. 73 cm. Karnak.Metropolitan Museum of Art« Les sphinx sont des créatures composites qui assemblent la tête d'un roi ou d'une reine au corps d'un lion, ce qui permet d'assembler l'intellect humain et le pouvoir du félin. Le sphinx le plus célèbre est le Sphinx de Gizeh érigé par le pharaon de la Djédefrê (ou Khéphren selon le Metropolitan Museum of Art), à côté des grandes pyramides. Les flancs maigres et les muscles tendus du sphinx transmettent, ici, un sentiment particulier de tension et de vigilance, approprié au rôle de gardien qu'a cette créature dans le monde égyptien. » Cartel du Musée.. Une première guerre contre les Nubiens avait été menée par , qui avait conquis jusqu'à la zone de la deuxième cataracte. Cette région est alors occupée par un peuple nubien appelé le Groupe CCe groupe est, alors, précisément défini archéologiquement : « late-Early C-Group (phase Ib) » : Paul Joseph De Mola, Interrelations of Kerma and Pharaonic Egypt, sur Ancient History Encyclopedia, mars 2013.. De nouveaux préparatifs sont sans doute engagés par , le père de . Mais la première campagne de est bien une offensive planifiée, contre le royaume de Koush (ou Kerma), avec la reconstruction ou l'édification de forteresses. En effet, il en rajoute sept à celles qui ont été élevées par ses prédécesseurs. C'est le premier réseau d'architecture militaire défensive de grande ampleur au monde.
Cette période de confrontations correspond au « Kerma Moyen » (2050-1750). Ce royaume de Kerma est identifié en Égypte en tant que royaume de Koush (ou pays de Kouch). Les Kouchites sont venus payer tribut à , mais ceci n'a probablement guère duré. Ces Nubiens ne craignaient nullement les égyptiens ; sur une stèle conservée à Berlin, Sésostris prétend les mépriser, mais Kerma est alors une redoutable puissance politique et militaire, et les Nubiens des guerriers compétents et stratèges contre lesquels le pharaon devra consacrer pas moins de quatre campagnes militaires de grande ampleur pour en venir, provisoirement, à bout. Après de longs préparatifs, un canal est creusé à côté de la première cataracteCanal ( de long et de large) qui deviendra sous un axe commercial. Alors que les campagnes militaires auront cessé, les murs d'enceinte et les fossés de défense ne seront plus entretenus mais les installations commerciales se développeront sous les successeurs de : Brigitte Gratien dans . — ce dont témoignent deux stèles commémoratives sur les rochers de l'île de Sehel — et la flotte de peut passer. L'armée descend jusqu'à Semna, bien au-delà de la deuxième cataracte, qui marquera la frontière par l'édification de sept forteresses, dont cinq sur des éperons rocheux avec des murs de brique crue allant jusqu'à six mètres d'épaisseur. Il mènera trois autres campagnes jusqu'à la fin de son règne. La forteresse de Semna ouest est la plus gigantesque. Le discours de Sésostris à ses troupes et à ses successeurs est une exhortation à défendre cette frontière, gravée sur les stèles jumelles de Semna et d'Ouronarti. Sur cette frontière, sera vénéré comme un dieu patron par les colons égyptiens pendant plus d'un millénaire.
Administrateur vignette|Pectoral de .
Après cette annexion d'un territoire qui augmentait la surface de l'Égypte d'un tiers, le souverain prit en charge son organisation administrative, par le développement d'une « classe moyenne » de petits fonctionnaires. Ceux-ci sont placés dans les cités royales nouvellement créées.
Les grandes familles de nomarques, gouverneurs provinciaux, s'étaient auparavant rangées aux côtés du pouvoir royal. Leur disparition n'est pas le résultat d'une purge. La gestion du territoire, en Haute et en Moyenne-Égypte, est de moins en moins confiée aux traditionnels nomarques, chefs locaux d'un « nome », remplacés par des gouverneurs installés dans les villes. L'ancien découpage administratif, qui justifiait la fonction de ces potentats, était devenu progressivement obsolète. Il fut remplacé par un découpage plus fin, centré sur la ville et son territoire, avec de nouveaux représentants de l'administration. Mais vers -1800, avec le fils de , , les villes importantes de Haute-Égypte comme Edfou et El Kab sont toujours aux mains des grandes familles. D'autre part, avec les campagnes guerrières contre la Nubie, le roi a pris possession d'un vaste territoire, entre les deux cataractes. Le nouveau district du Sud, quant à lui, est géré directement par les services du vizir, lequel gère le « domaine royal », et ce sont les mêmes services qui supervisent les militaires installés sur la frontière de Nubie. La gestion des provinces aura dû être différente selon les lieux et les circonstancesLilian Postel, dans ..
Par ailleurs, favorisa le développement de la province du Fayoum, avec la capitale d'alors à Ititaouy (Licht). Il poursuivit aussi la construction de la ville d'El-Lahoun, au plan soigneusement planifié, qui deviendra une capitale. Cette œuvre sera achevée par son fils .
Rayonnement
Cette période présente aussi une intensification des relations avec le Liban. En témoignent les tombes de la nécropole royale de Byblos, qui sont des tombes de princes de Byblos, mais enterrés à l'égyptienne. On voit ainsi que l'influence de la culture du temps de est importante, du point de vue de la joaillerie et des coutumes funéraires dans les pays du Proche-Orient, et ce jusqu'à Adana, en Anatolie, et même jusqu'à Chypre avec des vases chypriotes retrouvés, cette fois-ci, dans la capitale égyptienne.