La Compagnie des mines de Drocourt exploitait la houille dans le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais.

Historique

Avant 1880

Rencontre du terrain houiller au-dessous de la formation dévonienne

Jusque dans les dernières années avant 1880, on a considéré la rencontre du terrain dévonien dans les sondages de recherches, comme l'indice certain de l'absence du terrain houiller, et par suite de la houille. La formation dévonienne s'est en effet déposée avant la formation houillère ; elle ne doit exister qu'en-dessous de celle-ci, et lorsqu'on a pénétré dans la formation dévonienne, on ne doit plus avoir d'espoir de trouver le terrain houiller. Aussi, tous les sondages qui ont atteint le terrain dévonien étaient abandonnés et considérés comme négatifs.

Quelques travaux d'exploration et des observations géologiques, faits en Belgique et dans le Nord de la France jusque dans le Boulonnais, sont venus démontrer qu'il n'en est pas toujours ainsi, et que le terrain houiller peut, dans certains cas, être recouvert par le terrain dévonien. Les deux formations ont subi sur quelques points des replis immenses, sous forme de « S renversé », dont la partie supérieure a été dénudée, ce qui a ramené le terrain dévonien à recouvrir le terrain houiller.

Une théorie nouvelle est apparue, en vertu de laquelle on a été porté à croire que certaines recherches, abandonnées comme négatives, auraient conduit à des résultats positifs si elles avaient été continuées en profondeur.

Constitution de la Société de Vimy et du Midi de Courrières

C'est en s'appuyant sur de semblables considérations qu'un certain nombre d'industriels du Nord et surtout de la Belgique, forment en 1873, une association sous le nom de Société de recherches de Vimy et du Midi de Courrières.

Exécution de trois sondages thumb|Coupe nord-sud passant par le sondage de Drocourt. La nouvelle Société commence ses travaux par un sondage (133) à Vimy, à quatre kilomètres au sud de la concession de Courrières, le . Il rencontre le terrain dévonien à , et est continué jusqu'à , profondeur à laquelle il est abandonné. On pense, avec raison, que la position de ce sondage est trop éloignée de l'affleurement connu du terrain houiller au tourtia. Un deuxième sondage (134) est entrepris en 1874 à Méricourt, à environ de la limite de la concession de Courrières, et au sud d'un ancien sondage (260), exécuté en 1857 par une Compagnie de Méricourt, et qui a été abandonné dans le terrain dévonien.

Ce deuxième sondage de la Compagnie de Vimy est sorti du tourtia à . Il a traversé jusqu'à les mêmes grès rouges, verts, plus ou moins argileux que celui de Vimy, puis jusqu'à une série différente de schistes et de grès. Alors il entre dans le terrain houiller bien caractérisé, non seulement par des schistes et des querelles avec empreintes de végétaux fossiles, mais aussi par des veinules charbonneuses. Il est abandonné à au commencement de 1877.

À cette époque, la Compagnie de Vimy exécute un troisième sondage (135) à Drocourt, qui a été commencé le . Ce sondage est situé à de la concession de Dourges, au sud et non loin de deux anciens sondages (136 et 137) exécutés en 1858 par la Société Calonne, et abandonnés de 180 à dans un terrain schisto-calcaire. Après avoir rencontré au-dessous du tourtia, à , des schistes bleus et gris jusqu'à , il pénètre dans le terrain houiller, puis rencontre diverses couches de houille inclinées à 30° : une d'un mètre à constatée officiellement les 1 et , une d'un mètre à constatée officiellement les 15 et , et une de soixante centimètres à constatée officiellement les 29 et . Dans l'intervalle de 385 à , ce sondage traverse également six couches de houille de 50 à , mais qui n'ont pas été constatées officiellement.

Le sondage de Drocourt est arrêté à en . Il a amené des découvertes d'une importance capitale : neuf couches de houille grasse, renfermant 33 % de matières volatiles, dont quatre d'une épaisseur de à un mètre. Leur composition indique qu'elles sont supérieures aux couches exploitées par la Compagnie de Dourges, qui n'ont que de 27,72 à 30,50 % de matières volatiles.

Concession

Dès la rencontre de la houille à Drocourt, la Société de Vimy forme une demande en concession, qui a reçu satisfaction par un décret du . La concession de Drocourt s'étend au midi des concessions de Courrières et de Dourges, sur une superficie de . Plusieurs oppositions à la demande de concession de la Société de Vimy, et des demandes en concurrence se produisent. Ça a d'abord été celle de la Société de Liévin, qui, après les succès obtenus par les deux sondages de Méricourt et de Drocourt, installe en , un sondage à du premier. Il rencontra la base du tourtia à , puis les mêmes terrains que le sondage voisin de la Compagnie de Vimy. Le , il est à .

La Compagnie de Dourges a aussi voulu mettre à profit les découvertes de la Société de Vimy et a repris une ancienne bowette au sud, ouverte à la fosse 2 ou Mulot (renumérotée ensuite fosse 3), à l'étage de . Cette galerie a atteint le la limite de la concession ; elle dépasse environ de cette limite, et n'est arrêtée qu'à la suite d'un arrêté du Préfet. Ces demandes en concurrence ont été repoussées. La Compagnie de Courcelles-lez-Lens, qui a obtenu une concession le , a exécuté à l'ouest des terrains demandés par la Société de Vimy, deux sondages, l'un à Cuincy en 1875-76, qui a été abandonné à dans des grès schisteux gris, verts et rouges ; l'autre à Beaumont, qui, après avoir traversé de craie, et de calcaire carbonifère, a enfin atteint en , le terrain houiller à . La Compagnie de Courcelles n'a pas fait d'opposition à la Société de Vimy, se réservant de faire une demande d'extension de sa propre concession.

Les habitants de Drocourt ont produit dans l'instruction de la demande de la Société de Vimy, une réclamation ayant pour but d'obtenir le charbon nécessaire aux besoins des habitants, à un prix déterminé. Cette réclamation n'a pas été prise en considération.

Résultats obtenus

La Compagnie de Vimy a dépensé en sondages , non compris les frais généraux. Elle a obtenu des résultats très remarquables qui indiquent la prolongation du terrain houiller sous les terrains dévoniens, à une grande distance des concessions actuelles. On estime que le terrain houiller, s'il existe, serait rencontré à de profondeur, à au sud de la concession de Courrières, en face du sondage de Méricourt, et à au sud de la concession de Dourges, en face du sondage de Drocourt.

Constitution de la Société d'exploitation

Après l'exécution du sondage de Drocourt qui a donné de magnifiques résultats, la Société de recherches de Vimy et du Midi de Courrières, se constitue en Société civile par acte du . Cette Société se transforme elle-même en Société anonyme commerciale, dans les termes de la loi du , le , après l'obtention de la concession. Le capital social est fixé à cinq millions de francs, représenté par de , dont libérées sont attribuées aux fondateurs, en compensation de leur apport. Les restantes sont mises en souscription au taux de , dans les premiers jours de .

Le capital demandé a paru trop considérable et le public a mis peu d'empressement à souscrire les actions. Aussi, on se décide à réduire le capital à , et l'Assemblée générale, dans ses délibérations des 4 et , arrête définitivement les statuts de la Société d'exploitation, sur les bases reprises ci-dessous.

Statuts

La Société est constituée sous la forme anonyme commerciale dans les termes de la loi du . Elle prend la dénomination de Compagnie des mines de Drocourt. Le siège de la Société est à Hénin-Liétard. Sa durée est de 99 ans. Les fondateurs apportent à la Société la concession de Drocourt ; tous les biens meubles, les immeubles, d'une contenance de sept hectares , les valeurs, droits et actions généralement quelconques, matériel, travaux de sondage, etc.

En représentation de leur apport, les fondateurs de la Société reçoivent complètement libérées. Le fonds social est fixé à , représenté par libérées, à émettre à , et devant produire , soit .

Ce capital pourra être augmenté par l'Assemblée générale, jusqu'à concurrence de à émettre à . Chaque souscripteur est responsable du montant des actions souscrites par lui. Les actions sont nominatives. La Société est administrée par un Conseil composé de sept membres, devant posséder chacun , et nommés par l'assemblée générale. La durée de leurs fonctions est de six ans. Le Conseil d'administration est investi des pouvoirs les plus étendus.

Chaque année, une somme de est portée en frais généraux pour rétribuer les débours et indemnités dus au conseil d'administration. L'Assemblée générale nomme chaque année, trois commissaires chargés de lui faire un rapport sur la situation de la Société, sur le bilan et les comptes présentés par les administrateurs. L'Assemblée générale se réunit chaque année le troisième mardi de septembre. Elle se compose de tous les actionnaires possédant au moins cinq actions. Cinq actions donnent droit à une voix ; nul ne peut avoir plus de cinquante voix. L'ordre du jour est arrêté par le conseil, et l'assemblée ne peut délibérer que sur les objets portés à l'ordre du jour. L'année sociale commence le et finit le .

Dépenses au 21 août 1880 thumb|État des travaux vers 1880. D'après l'article 9 des statuts, la nouvelle Société doit acquitter tous les frais et débours faits depuis le , jusqu'à la constitution définitive de la Société. Trois experts ont été nommés pour fixer ces dépenses ; ils les arrêtent à , dont pour le prix des terrains apportés en Société, pour les marchandises en magasin, pour les constructions, pour les frais généraux et les intérêts des avances, pour le matériel, et pour les dépenses diverses.

Cette somme de est à prélever sur le premier versement des actions payantes. Ce premier versement, de , a produit . Un deuxième versement, également de , appelé le , a fourni . Le total des versements est de . Il restait donc pour effectuer les travaux , plus à appeler sur soit . Le total des ressources est de .

Après 1880

Le fonçage d'un premier puits débute en 1878, sur le territoire de Beaumont-en-Artois, aujourd'hui Hénin-Beaumont. Des fortes venues d'eau ralentissent les travaux car elle désagrègent les terrains traversés. En 1881, la profondeur atteinte n'est que de . En 1883, l'extraction débute. M. Delmiche est directeur ingénieur. Il est aidé dans ses tâches par M. Bardiaux. En 1892, de charbon sont extraites de la seule fosse de la Compagnie ; , et deux femmes y travaillent. La production est de en 1892, et en 1894. Cette année-là, le second siège appelé 2 ou fosse Nouméa est mis en service à Rouvroy, après trois années de travaux.

En 1895, Messieurs Limelette, Heirman, Durant, Fontbarré de Fumal, Dumercy, Quilliet et Dufourt constituent le conseil d'administration. Les quatre premiers sont belges. Le puits 3 ou Congo est foncé cette même année. En 1897, sont produites ; , et sont alors employés. Le , à la fosse 1, un coup de grisou entraîne la mort de sept mineursVoir Catastrophes et accidents dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, année 1901..

Le fonçage d'un quatrième puits débute en 1909, dans la commune de Méricourt. En 1910, le travail de au fond et 786 au jour permet à la Compagnie d'extraire , soit un peu moins qu'en 1897. Le puits 4 commence à produire en 1911, date à laquelle le puits 5 est creusé sur le même site. En 1912, le directeur de la Compagnie est M. Mason. M. d'Auzon est l'ingénieur en chef. L'année suivante, on dénombre , dont au fond, et 786 au jour. La Compagnie possède une caisse de secours, , et quatre écoles primaires où sont inscrits . La production atteint . La concession est envahie en 1914 à la suite du déclenchement de la Première Guerre mondiale. La production est arrêtée, toutes les installations sont détruites.