Le fort des Ayvelles, appelé brièvement fort Dubois-Crancé (du nom de l'homme politique né à Charleville), est un ouvrage militaire de type Séré de Rivières édifié à partir de 1877 sur une crête surplombant la ville de Mézières, sur les territoires des communes de Villers-Semeuse et des Ayvelles dans le département des Ardennes. Il comprend un ouvrage principal, le Fort, et un ouvrage annexe de taille plus réduite, la Batterie, les deux étant reliés par un chemin protégé long de 600 mètres. Initialement prévu pour interdire à l’ennemi l’accès au réseau ferroviaire dont un nœud se trouve aux gares de Mohon et Charleville, le fort se retrouve pourtant en première ligne lors de l’invasion allemande au mois d’.

Description du fort

Un fort d’arrêt Le fort des Ayvelles a pour fonction principale d’interdire à l’ennemi l'accès aux quatre voies ferrées de Reims-Paris, Montmédy-Metz, Hirson-Lille et Givet-Belgique se rejoignant aux gares de Mohon et Charleville. Seul ouvrage Séré de Rivières du département, il dispose de dimensions imposantes : c’est un puissant fort d’arrêt.

L’enceinte L’ouvrage est basé sur un plan carré, avec quatre faces de de côté, entouré d’un large fossé de de large. Les deux faces, extérieures et intérieures, sont maçonnées : la contrescarpe fait sept mètres de haut et prend la forme d’arceaux en décharge. L’escarpe, de six mètres de haut, est semi-détachée et protège le chemin de ronde. Le fossé est protégé par deux caponnières doubles aux saillants sud et nord.

L’entrée L’accès à l’intérieur de la forteresse se fait par une unique entrée : un corps de garde de contrescarpe flanqué de coffres de tirs protège la porte d’accès. Un pont dormant à deux piles en bois traverse le fossé, et est terminé par un pont-levis à bascule en dessous pouvant fermer l’accès. Deux casemates de part et d’autre de cette seconde porte permettaient de tirer depuis des créneaux de mousqueterie. L’entrée est particulièrement soignée, il s’agit d’un pastiche de style Louis XIII, et l’on peut lire sur le fronton « 1878 Fort des Ayvelles ». L’intérieur de la voûte suivante est percé des deux côtés de plusieurs ouvertures de tir.

Les caponnières

La défense du fossé Le fossé entourant la forteresse est protégé sur ses quatre faces par deux caponnières doubles, aux saillants Sud et Nord. L’accès à ces caponnières se fait par deux passages voûtés accessibles depuis les places d’armes. Ces énormes structures, aménagées de trois grandes visières maçonnées, permettent à des canons de et des canons revolver Hotchkiss de de tirer des munitions antipersonnel dans le fossé. La tête de caponnière, appelée orillon, permet le tir d’infanterie.

Les échauguettes Le fort des Ayvelles présente la particularité, unique en France, de disposer sur sa caponnière nord de deux échauguettes en encorbellement placées à l’extrémité des orillons. Ces postes d’observation ont cependant un but essentiellement décoratif.

Les places d’armes Quatre places d’armes sont aménagées pour l’infanterie aux quatre saillants du fort : sud, est, nord et ouest. Elles sont protégées par un parapet permettant aux fantassins de tirer sur l’ennemi et de se mettre à couvert. Des mortiers pouvaient également y être installés pour battre le glacis. Sur la place sud, l’accès à l’espace de tir se fait par un escalier en pierre bleue, absent sur les autres places. Les places sud et nord permettent d’accéder, par le biais d’un tunnel, à l’intérieur des deux caponnières. La place d’armes sud est cependant la plus large du fort, et on y trouve en plus du passage vers la caponnière trois casemates qui abritaient notamment la forge et une écurie pour six chevaux.

Les banquettes d’artillerie Un passage voûté permet de relier la place d’armes sud à la rue du rempart. Cette voûte est traversée en son centre par une petite galerie appelée la gaine enveloppe, de forme plus ou moins circulaire faisant le tour du fort sur une longueur de et permettant d’accéder aux places ou banquettes d’artillerie en restant à l’abri d’une couche de terre de deux à trois mètres d’épaisseur. Cette mise en place circulaire des pièces d’artillerie permet au fort de pouvoir faire feu sur 360°.

Vingt places d’artillerie sont aménagées à ciel ouvert au fort des Ayvelles, avec des dimensions de six mètres de large et de long. On y accède par deux escaliers. Avant le déclassement du fort en 1899, il est prévu d’installer de 120 long de Bange et trois canons de 155 long de Bange. Le déclassement fera passer l’armement à des calibres plus réduits, de ou . Les canons ne restent pas constamment en extérieur, ils sont rangés dans des magasins d’artillerie. Pour les hisser, la force des hommes et des chevaux est utilisée.

Entre chaque place d’artillerie, sous une butte de terre, sont aménagés des abris-traverse pour protéger les artilleurs si le feu ennemi devient trop intense.

La casemate cuirassée Les d’artilleries en extérieur sont appuyées par une casemate dite cuirassée, également nommée « casemate Mougin » du nom de son concepteur, livrées sur le site le .

Orientée au sud-ouest en direction de Boulzicourt (notamment pour battre la ligne de chemin de fer entre Reims et Mézières), elle abrite un puissant canon de 155 long de Bange (long de , il est capable de tirer un obus de par minute à un maximum de ) installé sur un affût lui-même posé sur un chariot. Celui-ci est placé sur deux rails concentriques lui permettant un angle de tir de 60°. Cette puissante arme, installée en seulement dix exemplaires sur les forts Séré de Rivières, est présente en double exemplaire, l’une au Fort et l’autre à la Batterie.

On accède à la casemate cuirassée par la gaine enveloppe et une galerie d’accès de de large. La pièce d’artillerie est protégée par un cuirassement en fonte dure composé de quatre voussoirs de dix tonnes chacun et d’un bouclier de . Une embrasure aménagée dans ce dernier permet le tir, mais elle constitue également le point faible du système (l’ennemi est susceptible de pouvoir l’atteindre). C’est la raison pour laquelle un mécanisme de verrou permettant de masquer ou démasquer la vue est aménagé : ce verrou de sept tonnes en fonte dure, maintenu en équilibre grâce à un contrepoids, est mû par quatre servants, actionné par des treuils dans deux casemates latérales. Un système de pile saline permet d’éviter le tir accidentel du canon lorsque le verrou masque la vue. Deux autres casemates latérales servent d’abri aux artilleurs lors du tir (contre la poussière et le bruit). La poussière est captée par un large puits d’aération aménagé au plafond.

Le casernement La garnison du fort bénéficie de lieux de vie installés dans les zones centrales de la forteresse, sous un massif de terre. En plein centre est aménagée une large cour de de long sur huit mètres de large, bordée de chaque côté par les casernements édifiés sur deux niveaux. Cet arrangement a été conçu pour permettre l’apport de lumière solaire aux dortoirs le matin ou l’après-midi.

On trouve autour des chambres différents locaux, comme les puits, les lavabos, les magasins d’artillerie, la boulangerie, les magasins à poudre, les cuisines, la tisanerie (infirmerie)…

La garnison prévue du fort lors de sa construction est de , logés dans avec des fenêtres donnant sur la cour centrale. Chaque chambrée est aménagée avec un mobilier sommaire : les soldats de base doivent se partager treize lits superposés à quatre places, alignés le long des murs. Ainsi, chaque chambrée peut accueillir jusqu’à . Le sommier, en planches, est recouvert d’une simple paillasse. Aucun réfectoire n’étant prévu dans la forteresse, les repas se prennent sur une tablette au pied du lit, sur des tabourets. Des tablettes supérieures et murales servent à entreposer le contenu du paquetage, et des râteliers servent à placer quatre fusils. Le chauffage est assuré par un unique calorifère à bois ou à charbon central.

Les conditions de vie des soldats à l’intérieur du fort sont donc à cette époque rudes, en raison d’un mobilier spartiate mais aussi à cause de l’humidité et l’obscurité omniprésentes. La vie quotidienne est rythmée, en temps de paix, par la corvée et les entraînements.

La majeure partie des casernements fut détruite par les Allemands en 1918, ne laissant qu’une épaisse couche de terre. Le couloir des officiers menant à l’estafette et aux quartiers du commandant est aujourd’hui toujours accessible, malgré quelques dégâts.

Les magasins à poudre Deux magasins à poudre identiques sont aménagés dans le fort, avec une capacité de de stockage de poudre noire chacun. Cette poudre, entreposée dans des caisses étanches en laiton de , servait à la confection des obus dans des locaux de chargement aménagés à proximité. Ces importantes quantités expliquent les dimensions des deux salles : de long, six mètres de large et cinq mètres de haut, le tout sous une épaisseur de terre de huit mètres.

Le lieu étant à haut risque, de nombreuses mesures de sécurité sont mises en place pour prévenir les explosions, mais aussi l’humidité qui rendrait la poudre noire inutilisable. L’accès à l’intérieur d'un magasin se fait par un vestibule d’entrée servant aux soldats à enfiler la tenue de manutention, ne comportant aucune pièce métallique susceptible de produire des étincelles. Deux épaisses portes blindées fermées à clé interdisent l’accès. Le système d’éclairage est basé sur des créneaux de lampe aménagés dans les murs, abritant une lanterne à colza ou à pétrole séparée du vestibule et de la poudrière par du verre de deux centimètres d’épaisseur. On trouve une telle ouverture dans le vestibule, et trois autres dans le magasin lui-même, limitant grandement l’apport de lumière.

Pour lutter contre l’humidité, un vide sanitaire est aménagé sous la poudrière. Le sol, enduit de brai minéral, est recouvert d’un plancher surélevé ventilé par huit ouvertures. La voûte est elle aussi recouverte de ce brai minéral sur sa face extérieure, tandis que la face intérieure est recouverte de chaux blanche présentant le double avantage d’être imperméabilisant et de refléter la lumière venant des trois lanternes. Deux ouvertures équipées de volets en bois et reliées au puits d’aération permettaient le contrôle de l’hygrométrie de la pièce. Des galeries sont aménagées autour de la poudrière afin de ventiler les abords et empêcher l’humidité de s’infiltrer par les côtés. Enfin, un câble métallique fixé à des crochets au plafond remonte par la gaine d’aération où il est relié à un paratonnerre afin d’éviter les accidents liés à la foudre.

La gestion de l’eau L’apport d’eau en quantité suffisante et régulière est un élément vital pour le fort des Ayvelles. Situé au sommet d’une colline, il fut nécessaire de creuser des puits profonds afin d’atteindre une nappe d’eau : les deux puits ont une profondeur de près de et permettent d’apporter un débit moyen de chacun. Sur chacun des puits, une pompe aspirante permet d’alimenter un système de tuyauterie en plomb pour diriger l'eau vers une citerne souterraine de stockage de de capacité, ou une petite citerne permettant d’alimenter des lavabos. L’eau stockée dans ces citernes est destinée à assurer au fort une capacité de six mois lors d’un siège, avec des rations réduites pour les soldats et les chevaux.

Historique vignette|Le fort des ayvelles indiqué sur une carte militaire de 1907 Avant la Première Guerre mondiale

Le contrecoup de 1870 Au lendemain de la guerre de 1870-1871, la France se retrouve dans une situation délicate. Affaiblie par des pertes humaines et matérielles non négligeables, le pays doit également composer avec l’annexion des territoires d’Alsace-Lorraine par l’Allemagne. Cette dernière sort de son côté victorieuse et plus puissante que jamais, ses territoires nouvellement acquis comprenant les places fortes de Strasbourg et de Metz.