La Compagnie des mines de Carvin est une compagnie minière qui a exploité la houille à Carvin dans le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. À l'instar d'autres compagnies, elle s'installe au nord des concessions déjà attribuées dans le Pas-de-Calais, ce qui n'est pas sans poser de problème, d'autant plus que d'autres sociétés nouvelles tentent de s'implanter. La société est fondée le . La concession est instituée le , en même temps que celles de Meurchin, Annœullin et Ostricourt. Les fosses 1, 2 et 3 sont respectivement commencées en 1857, 1861 et 1867. Contrairement à bien d'autres compagnie minières de la région, la Compagnie de Carvin n'a pas sensiblement augmenté le nombre de ses puits, puisque le seul et dernier puits à avoir été ouvert est le 4, à partir de 1902, pour une mise en service en 1907.
La Compagnie des mines de Carvin est nationalisée le , et fait partie, avec la Compagnie des mines d'Ostricourt, ainsi que les fosses 8 - 8 bis et 9 - 9 bis des mines de Dourges, du Groupe d'Oignies. Les trois premiers puits sont remblayés au milieu des années 1950. La fosse 4, plus récente, est conservée jusqu'en 1969 pour l'aérage de la fosse 24 - 25, située à Estevelles. Les installations sont détruites, et les six terrils exploités, si bien que tous ont disparu.
Historique
De la création à 1880
Société de recherches la Basséenne
Le , c'est-à-dire deux ans après l'établissement des premières recherches d'Ostricourt, Messieurs Descat-Leleux, Lecocq, Grenier et autres, forment une société dite la Basséenne, pour rechercher la houille au nord des concessions de Lens et de Courrières.
Cette Société a pris possession d'un terrain à Provin, dès le , mais n'y a fait aucun travail. Puis, changeant d'avis, elle commence, le , sur Carvin, un sondage 161, qui atteint le terrain houiller à , puis la houille à . Encouragés par cette découverte. Messieurs Descat-Leleux et consorts se constituent en société sous une nouvelle forme, et sous la dénomination de Société houillère de Carvin, par acte reçu par Maître Calonne, notaire à Béthune, le .
La nouvelle Société entreprend sur Annœullin trois nouveaux sondages, 160, 162 et 163, et y rencontre le terrain houiller dans tous les trois, et la houille dans les deux premiers, qui a été constatée par l'Administration des Mines fin 1857 et au milieu de 1858.
Statuts
La Société est civile. Elle prend la dénomination de Compagnie houillère de Carvin. Son siège est à Carvin. Le capital est fixé à quatre millions, divisé en de . Ces actions sont émises au fur et à mesure des besoins. Elles sont nominatives jusqu'à leur complète libération. Elles seront alors au porteur.
Il est attribué aux comparants ou membres de la Société de recherches, affranchies de tout versement et exemptes de tous appels de fonds, et au porteur, en compensation de leur apport, de travaux de sondages exécutés ou en voie d'exécution, de leurs droits d'invention et de priorité. Il est de plus remis au conseil d'administration, libérées, pour récompenser des services rendus ou à rendre à la Société. Il est émis immédiatement payantes. Les restant ne sont émises qu'ultérieurement, sur la décision du conseil d'administration, avec privilège spécial pour leur souscription au profit des propriétaires des actions libérées ou payantes de la première émission. Le Conseil d'administration est composé de sept membres, élus pour sept ans. En cas de décès d'un administrateur, il est pourvu à son remplacement par les membres restants. La présence de trois membres suffit pour la validité des délibérations. Un des administrateurs est délégué pour suivre les affaires de la Compagnie. Le Conseil d'administration est investi des pouvoirs les plus étendus.
L'Assemblée générale se compose de tous les porteurs de dix actions, donnant droit à une voix. Un même actionnaire ne peut réunir plus de cinq voix. Elle entend le rapport du Conseil, approuve les comptes, s'il y a lieu. Elle nomme un Comité de trois membres pour la vérification des comptes. Les écritures sont arrêtées le de chaque année. Le conseil d'administration détermine le chiffre des dividendes, dont la quotité est fixée définitivement par l'assemblée générale. Il sera prélevé, sur les bénéfices, 5 % destinés à former un fonds de réserve de .
Sur le capital de quatre millions, divisé en de 500 francs, il a été attribué aux fondateurs, en compensation de leur apport libérées soit . Il a été émis successivement : 1° , à l'origine, ayant produit . 2° en 1858, ayant produit . 3° en 1859, ayant produit , soit un total de représentant , de sorte que le capital était d'abord représenté par de , soit .
Ce capital est le capital actuel en 1880, une délibération de l'assemblée générale du ayant réduit à deux millions de francs le capital fixé, dans l'acte de Société, à quatre millions.
Concession thumb|upright=1.5|La concession de Carvin est située au nord de celle de Courrières, et entre les concessions de Meurchin et Ostricourt, également instituées le . La concession d'Annœullin, plus éphémère, n'est pas représentée. La concession de Carvin a été instituée le , comme celles de Meurchin, Annœullin et Ostricourt. La superficie est de . Les concessionnaires sont, d'après le décret, les sieurs Masclet, Le Rousseau, de Leven, Descat-Leleux, Grenier, Lecocq et Testelain, administrateurs de la Société civile houillère de Carvin.
La première demande de concession de la Société de Carvin date du , après la découverte de la houille dans son premier sondage. Elle porte sur une partie des terrains demandés par la Compagnie de Meurchin. La Compagnie de Courrières, qui a exécuté antérieurement plusieurs sondages au sud de Carvin, a aussi demandé, longtemps auparavant, les terrains à concéder, à titre d'extension de sa concession primitive.
D'un autre côté, la Société de Don, qui a aussi exécuté des sondages heureux au nord de Carvin, dispute à cette dernière les terrains concessibles. L'instruction de ces diverses demandes a été longue et laborieuse. L'administration se prononce à la fin en faveur de l'établissement de deux nouvelles concessions, celles de Carvin et de Don, qui ont été accordées aux deux Sociétés connues sous ces noms. La Compagnie de Courrières réclame ensuite le remboursement des dépenses de sondages exécutés dans le périmètre concédé à la Compagnie de Carvin. Une transaction amiable intervient entre les deux Compagnies ; la Compagnie de Carvin paye à la Compagnie de Courrières une somme de à titre de remboursement de parties de ces dépenses.
La Compagnie de Meurchin élève une semblable réclamation pour un sondage exécuté par elle dans le périmètre de la Société de Carvin. Celle-ci paye à la première . Mais à son tour, là Compagnie de Carvin fait payer à la Compagnie de Don la moitié de la dépense d'un sondage exécuté par elle, dans le périmètre d'Annœullin, soit . Pendant l'instruction des diverses demandes en concession du nord du Bassin, les Ingénieurs concluent à accorder une seule concession aux deux Sociétés réunies de Carvin et de Don.
Un projet de fusion a longtemps été débattu et discuté entre les deux Sociétés, et au moment d'aboutir. Toutefois, le Gouvernement se décide à partager entre les trois Sociétés de Meurchin, Carvin et Don, le terrain houiller concessible, et à accorder à chacune d'elles une concession distincte.
Travaux
Immédiatement après la découverte du terrain houiller au sondage 161, en 1857, la Société de Carvin ouvre, sur le territoire de la commune de ce nom, une fosse 1. Le niveau a été facile à passer à l'aide d'une simple machine d'extraction de . À un moment donné, on a cependant eu d'eau à épuiser par jour. Le terrain houiller a été atteint à , puis on a traversé successivement une couche de houille de à , une couche de à et une couche de à , inclinées vers le sud de 18 à 26°. La houille, de nature sèche, est de bonne qualité et convient bien au chauffage des générateurs. Un accrochage est ouvert à , et, bien que les terrains soient assez accidentés, l'exploitation des trois belles couches rencontrées, commencée en 1859, fournit déjà en 1860, par jour, et réalise des bénéfices importants, pour 1859 et 1860. L'extraction de la fosse 1 s'élève successivement de en 1859, en 1860, en 1861 et en 1862.
Une deuxième fosse, 2, est ouverte, au midi de la première, en 1861. Le niveau, sans offrir de grandes difficultés, n'a pu être passé qu'à l'aide d'une forte machine d'épuisement. Cette fosse atteint le terrain houiller à , et entre en exploitation en 1863. Cette exploitation fournit des houilles beaucoup plus maigres et de moins bonne qualité que celle de la fosse 1. C'est une anomalie : la fosse 2 est pourtant plus au centre du Bassin, et la houille devient plus grasse, et renferme plus de matières volatiles, au fur et à mesure qu'on s'avance du nord au sud.
Tandis qu'à la fosse 1, les couches présentent une faible inclinaison, environ 18°, à la fosse 2, cette inclinaison varie de 23 à 44°. La mise en exploitation de cette dernière fosse n'amène pas une grande augmentation dans l'extraction de la Compagnie. Cette extraction qui est, avec une seule fosse, de en 1862, ne s'élève, avec les deux fosses, qu'à de 1863 à 1865, et à de 1866 à 1869.
Une troisième fosse, 3, est ouverte, en 1867, au sud-est du 2. Les eaux sont assez abondantes dans le niveau. Le terrain houiller est rencontré à , et cette fosse entre en exploitation en 1870. Les couches fournissent une houille assez maigre. La bowette au nord, du niveau de , à trente mètres de l'accrochage, et immédiatement en dessous du mur d'une veine, a traversé une couche de schiste, de sept mètres d'épaisseur, renfermant de nombreuses coquilles marines du genre Productus et Orthis.
Cette couche repose sur un banc de grès donnant une assez grande quantité d'eau salée, elle renferme par litre de chlore et d'acide sulfurique. Cette composition de l'eau n'est pas particulière à la fosse 3 de Carvin ; dans la plupart des houillères du Nord et du Pas-de-Calais, les eaux rencontrées dans le terrain houiller sont salées et présentent une composition analogue, et se rapprochant de celle de l'eau de mer.
Production thumb|upright=1.5|État des travaux dans la concession de Carvin en 1880. La première fosse de Carvin est ouverte en 1857, et dès l'année 1859 elle entre en exploitation. Sa production est successivement de en 1859, en 1860, en 1861, en 1862, soit un cumul de sur la période.
Une deuxième fosse, ouverte en 1861, commence à extraire en 1863, et la production totale s'élève à en 1863, en 1864, en 1865, en 1866, en 1867, en 1868, en 1869, soit un cumul de sur la période.
La troisième fosse entre en exploitation en 1870, et l'extraction des trois fosses atteint en 1870, en 1871, en 1872, en 1873, en 1874, en 1875, en 1876, en 1877, en 1878 et en 1879, soit un cumul de sur la période, et un total de depuis l'origine.
Gisement thumb|upright=1.5|Coupes verticales via les différents puits de la Compagnie. La planche ci-contre, dressée à l'échelle de 1/, donne la position des puits et sondages exécutés dans la concession de Carvin, et la trace des diverses couches qui y sont exploitées, d'après les plans des travaux.
Ces couches sont au nombre de 19. Elles forment, d'après la nature de la houille, trois groupes distincts. Le groupe 1 est composé de sept couches exploitées par les fosses 1 et 2, de charbon demi-gras, tenant de 14,50 à 17 % de matières volatiles. Le groupe 2 est composé de six couches exploitées par les fosses 2 et 3, de charbon quart-gras, tenant de 13 à 14 % de matières volatiles. Enfin, le groupe 3 est composé de six couches exploitées également par les fosses 2 et 3, de charbon maigre, tenant de 10 à 12,50 % de matières volatiles.