vignette|Carte-portulan anonyme originaire du Maghreb, fabriqué en papier au début du ; il s'agit de l'un des plus vieux portulans découverts. Un portulan, ou carte-portulan, (de l'italien portolano, livre d’instructions nautiques), aussi appelé « carte à rhumbs », est une carte de navigation, utilisée du au .
Les portulans servent à repérer les ports et connaître les dangers qui peuvent les entourer : courants, hauts-fonds... Ils se distinguent par deux caractères graphiques spécifiques : les lignes de vents ou de rhumb qui colorent et quadrillent les surfaces marines, l'alignement perpendiculaire au trait de côte des noms de lieux (havres et ports, colorés différemment selon leur importance). Des roses des vents permettent de repérer la route et de déterminer le cap à suivre.
Au premier abord, ces cartes peuvent paraître incompréhensibles aux non-initiés, car le portulan est réalisé comme une toile d’araignée (entrelacs de lignes vertes et rouges). La topographie se construit de seize lignes de rhumb, de roses des vents, de seize points nodaux et de seize aires de vents de . La grille est constituée de parallélogrammes, de carrés et de rectangles. Ces tracés forment ce qu'on appelle alors un marteloire (de l'italien, mar : la mer et teloio : la toile).
Peut-on voir dans cette construction des méridiens et des parallèles ? Cela semble peu probable car les marins italiens de la fin du et du n’ont pas encore connaissance d’un quelconque système de coordonnées, système qui ne sera redécouvert qu’avec la récupération de la Géographie de Ptolémée. C'est cette absence qui fait le charme et l'originalité de ces cartes, construites sans système de projection, pourtant supposé nécessaire pour tout passage d'une surface sphérique (la Terre) à sa représentation plane.
Deux types de portulans se distinguent. Le premier est plus précis, dépourvu de décoration et de fioriture, il sert aux marins pour se repérer et naviguer en sécurité en mer Méditerranée. Le deuxième type, plus connu aujourd'hui car de nombreux exemplaires en sont encore conservés (notamment à la Bibliothèque nationale de France) apparait comme un objet d'art, richement décoré, prisé des collectionneurs et des cours royales. Ces portulans sont en effet le symbole d'une connaissance approfondie des mers et du pouvoir commercial et naval d'un royaume ou autre pouvoir de l'époque. D'ailleurs, à l'époque des Grandes découvertes, ils sont considérés par les royaumes du Portugal et d'Espagne comme des secrets d'État, notamment à partir du traité de Tordesillas établi en . Ils disparaissent au , qui voit le développement d'innovations techniques, notamment l'horloge de marine, permettant l'élaboration de cartes plus détaillées et surtout plus précises.
L'établissement de ces cartes nautiques est basé sur le mode de navigation par cabotage : le bateau se déplace à cette époque à proximité des côtes, ce qui permet d'effectuer une série de mesures visuelles, en fonction du cap, et de les annoter à l'intention des navigateurs suivants. Un portulan est fondé sur des observations et des relevés faits avec des outils assez élémentaires : la boussole, le sextant et l'alidade. C'est l'invention de la boussole qui place le nord en haut des cartes; les cartes théologiques du Moyen Âge placent généralement l'orient en haut de la carte (lieu présumé du paradis terrestre). Il s'agit évidemment du nord magnétique et non pas du nord géographique.
Les premiers portulans demeurent remarquables par leur précision. La Carte Pisane, considérée comme l'un des premiers portulans, ne déforme la mer Méditerranée que d'un seul degré par rapport à la réalité, soit environ . Aujourd'hui encore les chercheurs ignorent l'origine exacte des cartes-portulans, certains hésitent entre un apport de la civilisation islamique tandis que d'autres pensent plutôt à une origine européenneDoctorat Roel Nicolai. Youtube, 25 feb. 2015.
Histoire thumb|Carta Pisana, le premier portulan, créé en 1290.. La plus ancienne carte nautique conservée serait la Carte d'Avignon, selon Jacques Mille.
Elle serait antérieure à la Carta Pisana, datée de la fin du XIIIe siècle, vers 1290. Celle-ci a été tracée peut-être à Gênes, elle est conservée au Département des cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France : elle apparaît en Méditerranée à l'époque des croisades, caractérisée par des échanges intenses entre l'Orient et l'OccidentMireille Pastoureau, Voies océanes, Paris, 1990, p. 13. A cette époque les marins italiens, notamment génois, pisans et vénitiens commercent à travers toute la Méditerranée, ils ont besoin d'une carte pour se diriger facilement d'un port à un autre. Ils ne peuvent utiliser les cartes théologiques, appelées cartes en T, pensées par l'Eglise catholique de cette époque. Ces dernières, loin d'être des représentations exactes du monde, ne peuvent convenir à la navigation. C'est ce besoin d'une cartographie empirique et réaliste qui entraîne la création du portulan. Un portulan est daté dans une charte napolitaine. Le cartographe Angelino Dulcert, de l'école majorquine de cartographie, fort en réputée à cette époque., en a réalisé un en Monique de La Roncière et Michel Mollat du Jourdin, Les portulans, Paris, 1984.
Les marins, grâce à de savants calculs et aux lignes de rhumbs qui coupent les portulans, peuvent donner un cap à suivre à leur navire. Toutefois, ces cartes sont dépourvues de graticule (réseau de parallèles et de méridiens) et ne permettent pas au navigateur qui la possède de connaître sa position précise. Au début du , un événement majeur va faire évoluer la conception de ces cartes : Manuel Chrysoloras de Florence traduit un manuscrit et l’offre au pape : c’est la redécouverte de la Géographie de Ptolémée. Cet ouvrage devient même, avec la Bible, l’un des premiers livres imprimés. En 1535, il est traduit en français. Ce traité de géographie antique stimule la recherche et l’envie de posséder une cartographie aussi précise que possible.
Toutefois, cette redécouverte, elle est paradoxalement à la fois un stimulant et un frein à la recherche cartographique. Par exemple, Fra Mauro, moine de Venise, dont la mappemonde peut encore s’admirer à la bibliothèque Marciana, montre les limites de sa confiance dans les calculs et les hypothèses de Ptolémée: « Je ne crois pas tout ce que dit Ptolémée ». En effet, alors que la Carte Pisane avait presque parfaitement représenté la mer Méditerranée en longitude, le retour à une conception ptoléméenne la distord d’un excès de . C’est une régression quant aux calculs des dimensions terrestres. La cartographie ptoléméenne est alors mise à jour, complétée, rectifiée, révisée, mais jamais abandonnée car elle apporte un principe essentiel et dont les cartes portulans étaient démunies jusqu’alors : le principe d’un mode de calcul du « point », indispensable à la construction d’une carte. Cette recherche d’une projection adéquate est un véritable stimulant dans la construction des portulans.
En 1511, Bernardus Sylvanus tente de concilier portulan et « projection ptoléméenne » (basée sur le principe que tout point d'une carte est caractérisé par une latitude et une longitude). Cependant, le portulan ne peut adopter n’importe quelle projection, car l’usage nautique fait que le navigateur doit pouvoir tracer sa route sur la carte : il lui faut une carte où la loxodromie soit une droite. Gerardus Mercator, scientifique hollandais, en 1569, répond à ces attentes en réalisant un chef-d'œuvre : une carte où il combine le savoir empirique des cartes-portulans, fondées sur le cap et la durée de navigation et la connaissance des scientifiques grecs de l'Antiquité, à savoir la division de la surface terrestre en longitude et latitude. C'est la naissance de la projection de Mercator, encore utilisée aujourd'hui par les marins du monde entier.
Aux conventions purement cartographiques du se sont progressivement ajoutées des évocations pittoresques de la faune, de la flore, des peuples ou des modes d'habitation et de navigation, dues à des artistes (peintres, enlumineurs) qui invitent à la découverte d'un ailleurs et leur confèrent une dimension encyclopédique. Les cartes portulans passent de statut d'outil de navigation à celui d'objet d'art et de connaissance.
Cartes manuscrites essentiellement d'apparatLes cartes embarquées en mer sont beaucoup plus frustes et très abîmées., elles deviennent imprimées à partir du . Leur commercialisation est notamment assurée par les HollandaisExposition « L’âge d’or des cartes marines - Quand l’Europe découvrait le monde » à la BNF, 23 octobre 2012 au 27 janvier 2013,experts en naigation commerciale à Anvers et à Amsterdam, haut lieu de l'imprimerie (grâce à des hommes tels que Christophe Plantin).
Les cartes portulans disparaîtront progressivement au cours des .
Inventaire des portulans en France Un programme national de recherches, inauguré en , a pour but de localiser, d'identifier, de signaler et de numériser la centaine de portulans conservés dans les bibliothèques, archives et musées français.
Portulans célèbres Carte d'Avignon, (Archives départementales du Vaucluse) ; Carta Pisana, (France, Bibliothèque nationale) ; Portulan d'Angélino Dulcert, 1339 (France, Bibliothèque nationale) ; Portulan de Pascal Roiz, 1632 (musée de Dinan) ; Portulan médicéen, 1351 (Florence, bibliothèque Laurentienne) ; Atlas de Pinelli–Walckenaer, fin du (Londres, British Library) ; Atlas Corbitis, fin du (Venise, Bibliotheca Marciana) ; Planisphère de King-Hamy, 1502 (San Marino, bibliothèque Huntington) ; Portulan de Pietro Coppo, 1528, (France, Bibliothèque nationale).
Notes et références
Annexes
Bibliographie
Articles connexes carte géographique carte marine rhumb Routier (instructions nautiques) réticule des vents marée : Johannes Kepler, Galilée, Isaac Newton
Liens externes http://www.sbpm.be/wp-content/uploads/2012/04/Mercator.pdf Les portulans - exposition virtuelle (Bibliothèque nationale de France) Francesco Oliva, carte-portulan de la Méditerranée, Messine, 1603 (BNF) Cartes marines anciennes de l'Océan Indien
Catégorie:Type de carte Catégorie:Maritime