Les Hourrites ou Hurrites sont un peuple habitant la Haute Mésopotamie, l'Anatolie orientale et la Syrie durant l'Antiquité, attesté durant l'âge du bronze, entre la seconde moitié du et la fin du Durant cette longue période, ils fondent plusieurs royaumes, principalement en Haute Mésopotamie, le plus important étant le Mittani, qui est une des principales puissances du Moyen-Orient aux

Leur langue, qui est un isolat linguistique, est peu documentée et encore mal comprise. Les pays de peuplement hourrite ont de toute manière surtout employé la langue akkadienne pour écrire, quand bien même celle-ci y est mâtinée de formules hourrites. Cela renvoie au fait que leur culture s'insère dans celles du Moyen-Orient de l'âge du bronze, et qu'il est assez difficile d'en isoler des éléments qui seraient proprement hourrites, par exemple un art hourrite. Des spécificités culturelles hourrites sont néanmoins identifiées dans la religion, avec l'existence de divinités et de mythes hourrites. L'influence hourrite se retrouve en particulier en Syrie et en Anatolie, en pays hittite.

Terminologie

Le terme moderne Hourrites dérive de l'ancien mot Ḫurri, qui désignait des gens et la langue qu'ils parlaient. Il désignait aussi, sans doute de manière secondaire, le pays où ils étaient le plus nombreux, situé en Haute Mésopotamie, dont les contours géographiques étaient mal définis. Un adjectif ḫurlili « hourrite » apparaît dans les textes hittites pour désigner des incantations en langue hourrite. Dans la lettre d'Amarna en hourrite, on trouve le terme ḫurroge (ou ḫurvoge) pour désigner le pays « hourrite ». Le terme apparaît dans la Bible hébraïque sous la forme Ḥōrî « Horites » ou « Horiens », qui désigne une des populations habitant le pays de Canaan avant l'Exode hors d'Égypte des Hébreux.

Dans les sources se rencontre aussi les termes « Soubaréen(s) » et « soubaréen », dérivés de Subartum (ou Subir), le terme désignant en akkadien les régions du nord de la Mésopotamie. Dans la seconde moitié du la région principale de peuplement hourrite, en Haute Mésopotamie, où se trouvait le centre du royaume du Mittani, peuplé majoritairement de Hourrites, est couramment désignée par le terme géographique Ḫanigalbat.

Origines

Les origines des Hourrites sont mal connues. Au moins à partir du milieu du , ils font partie des populations vivant dans les régions qui se trouvent entre le Taurus et le Zagros, mais leur présence dans la région est peut-être bien plus ancienne. Le terme sumérien désignant le forgeron cuivrier, tibira, pourrait être un emprunt au hourrite tab=i=ri, « celui qui fond (le métal) », ce qui indiquerait des contacts entre les locuteurs du hourrite et ceux du sumérien à des époques anciennes, peut-être au , qui pourraient avoir eu lieu dans la Haute Mésopotamie ; mais cela a été contesté.

Le meilleur indice sur l'origine géographique des Hourrites est le fait que leur langue semble relever d'une aire linguistique s'étendant du Caucase à l'Anatolie, et que sa seule parente assurée est l'urartéen, parlé dans la première partie du entre l'Anatolie orientale et le Caucase, dans les pays dominés par le royaume d'Urartu. Il a été tenté d'identifier les ancêtres des Hourrites avec la culture archéologique Kouro-Araxe, une phase de l'âge du bronze de la Transcaucasie, mais rien n'indique que celle-ci ait été homogène du point de vue ethnique et linguistique. Il n'est donc pas possible de trouver des origines archéologiques aux Hourrites.

Histoire

Premières attestations (v. 2200-2000 av. J.-C.) vignette|Inscription de fondation de Tish-atal d'Urkesh accompagnée d'un lion en cuivre. Musée du Louvre.

Les plus anciennes attestations de personnes portant des noms hourrites datent d'environ 2200 av. J.-C., dans les textes rapportant les campagnes du roi Naram-Sîn d'Akkad en Haute Mésopotamie, dans la région alors appelée Subartum. Il défait Tahishatili d'Azuhinum, dans la région du Khabur supérieur. Le plus important royaume dirigé par des Hourrites est alors celui d'Urkesh (Tell Mozan).. Une fille du roi d'Akkad semble être mariée à un de ses rois. Deux d'entre eux, dont les règnes sont plus tardifs, ont laissé des inscriptions, provenant probablement du grand temple local, peut-être dédié au dieu Kumarbi : Atal-shen, qui règne également à Nawar (Tell Brak), une autre cité majeure de la région où les Hourrites se trouvent en grand nombre, et Tish-atal, qui a laissé la plus ancienne inscriptions en hourrite connue.

Dans les textes de la troisième dynastie d'Ur, datés du , on trouve d'autres noms de rois hourrites de Haute Mésopotamie, dont un Tish-atal (le même ?) qui règne à Ninive. Les rois d'Ur mènent des campagnes dans des régions à l'est du Tigre et dans le Zagros occidental où se trouvent des Hourrites, notamment Karahar et Simurrum. Ils ont également des subordonnés aux noms hourrites, dont certains deviennent gouverneurs, et ils font des offrandes à des divinités hourrites, comme la grande déesse Shaushka de Ninive T. Sharlach, « Foreign Influences on the Religion of the Ur III Court », dans Studies on the Civilization and Culture of Nuzi and the Hurrians 12, 2002, 91-114..

Bronze moyen (v. 2000-1600 av. J.-C.)

Dans le courant de la première moitié du , dominée par les dynasties d'origine amorrite, la présence des Hourrites est mieux documentée. Ils sont attestés au et au début du dans les archives des marchands assyriens mises au jour à Kanesh (Kültepe) en Anatolie centrale, certes en petit nombre. On y trouve néanmoins le nom de rois hourrites dont Anum-hirbi de Mama qui a adressé une lettre au roi local. Il pourrait être identique à Anish-hirbi qui est attesté dans les archives de Mari comme souverain de Hashshum et de Zalwar. En tout cas les sources de la période semblent indiquer que le royaume de Hashshum, situé en Anatolie du sud-est, sans doute autour de l'actuelle Gaziantep, est un important centre politique voire culturel hourrite G. Wilhelm, « Hurrians in the Kültepe texts », dans J. G. Dercksen (dir.), Anatolia and the Jazira during the Old Assyrian Period, Istanbul, 2008, p. 181–194..

Les archives de Mari, couvrant la période 1810-1760, ont livré une lettre et des incantations en hourrite, et documentent une forte présence hourrite dans plusieurs régions de Haute Mésopotamie et de Syrie. Ils sont alors plutôt appelés Soubaréens et plusieurs roitelets régnant dans la région du Khabur, du haut Tigre et de Transtigrine portent des noms hourrites. Des personnes aux noms hourrites se retrouvent dans les textes d'autres sites de la période : Alalakh (Tell Açana, niveau VII), Ashnakkum (Chagar Bazar), Qattara (Tell Rimah), Shekhna (Tell Leilan) et Shusharra (Tell Shemsherra). Ce dernier site, situé dans les contreforts du Zagros, sur le Zab inférieur, documente un peuple, les Turukkéens, qui semblent être des Hourrites. On trouve donc des royaumes dirigés par des rois aux noms hourrites sur un long arc s'étendant de l'Anatolie orientale jusqu'au Zagros occidental, mais il reste impossible de déterminer la proportion de Hourrites peuplant ces régions (qui a dû varier selon les lieux)..

Bronze récent et Mittani (v. 1600-1200 av. J.-C.)

Après la chute des royaumes amorrites, ce sont les sources hittites, originaires d'Anatolie centrale, qui documentent la présence de royaumes hourrites aux Les rois hittites Hattusili Ier et Mursili Ier s'étendent en effet vers l'Anatolie du sud-est et la Syrie où ils affrontent des rois hourrites, notamment ceux d'Urshum et de Hashshum/Hassuwa, Nihriya, Tikunani, et évoquent aussi un « roi des gens de Hurri » qui semble diriger une entité puissante, peut-être un précurseur du Mittani. En tout cas les campagnes hittites provoquent la déstabilisation et la destruction de plusieurs des principaux royaumes syriens, en premier lieu Alep, ce qui a probablement ouvert la voie à la constitution d'une grande entité politique dirigée par une dynastie hourrite, le Mittani, dont les origines restent cependant obscures faute de documentation.

Le fait que les rois du Mittani portent des noms de règne en indo-aryen et que leur élite militaire porte le nom à base indo-aryenne maryannu a laissé supposer que leur dynastie n'était pas d'origine hourrite. Mais la documentation n'indique pas une présence indo-aryenne significative dans leur royaume, et l'élément hourrite y est largement dominant. Quoi qu'il en soit, au le Mittani a étendu sa domination sur une majeure partie de la Syrie du Nord, depuis son centre situé dans la région du triangle du Khabur, jusqu'à la Méditerranée. Les textes provenant d'Alalakh (niveau IV) fournissent des informations importantes sur les populations et la culture hourrites à cette période, ainsi que ceux d'Ugarit, bien que la présence hourrite y soit plus faible. Le Mittani contrôle également le Kizzuwatna, royaume situé en Anatolie du sud-est vers l'actuelle Cilicie, disputé avec les Hittites, où l'influence hourrite est de plus en plus forte et se mêle à la composante louvite déjà présente. Vers l'est, la situation est plus incertaine : les rois du Mittani dominent le royaume d'Arrapha, qui s'étend dans la région du Zab inférieur. Les tablettes provenant d'une des principales villes de ce royaume, Nuzi (Yorghan Tepe), sont une source essentielle pour la connaissance des pays hourrites, la population de celle-ci portant majoritairement des noms hourrites. Les rois mittaniens dominent manifestement les régions situées le long du Tigre qui se situent entre les deux, notamment la ville sainte de Ninive qui est alors de peuplement hourrite, mais cela reste peu documenté. Le statut politique de la cité d'Assur à cette période est en particulier débattue.

L'expansionnisme du Mittani lui fait affronter successivement l'Égypte, qui devient finalement son allié, ainsi que les Hittites. L'un des principaux rois hittites Suppiluliuma , conduit des campagnes militaires qui portent un coup sévère au Mittani dans la seconde moitié du Pris en étau entre les Hittites et les Assyriens, les derniers rois du Mittani (aussi alors appelés rois du Hanigalbat) sont de plus en plus affaiblis, et ce royaume disparaît au milieu du Les Hittites se sont à cette période ouverts aux influences hourrites (en particulier celles du Kizzuwatna, pays de culture mixte louvite-hourrite), qui sont importantes dans les tablettes mises au jour dans leur capitale Hattusa, au point qu'on a pu évoquer une « hourritisation » des Hittites, ou du moins de leurs élites, puisque des membres de la famille royale portent des noms hourrites. Cela explique en tout cas le fait que les sources provenant des pays hittites soient essentielles pour reconstituer la culture hourrite.

Dernières attestations

Les dernières attestations de populations hourrites datent des derniers siècles du , voire des premiers du millénaire suivant. On trouve des personnes aux noms hourrites dans les textes du royaume médio-assyrien, qui a conquis une grande partie des pays antérieurement soumis au Mittani. Son roi Tukulti-Ninurta Ier évoque des « Subaréens/Subriens » qu'il combat au nord de son royaume. Mais l'élément hourrite disparaît inexorablement, dans des régions qui deviennent progressivement à dominante araméenne.

Langue et écriture

Les textes en hourrite

Comme pour la plupart des autres langues du Proche-Orient ancien connues, le hourrite a été transcrit en écriture cunéiforme, principalement employée pour écrire du sumérien et de l'akkadien, toutes ces langues étant très différentes les unes des autres. C'est un type d'écriture mêlant des logogrammes (des signes qui valent pour un mot, ou une chose) et des phonogrammes (un signe vaut pour un son), plus précisément des syllabogrammes (un signe transcrit une syllabe). Le hourrite cunéiforme fait néanmoins un usage limité des premiers. Le support principal de cette écriture est la tablette d'argile, incisée avec un calame (stylet).