Les Navajos, Navahos (prononciation : ) ou Dinés (autonyme) constituent un peuple autochtone d'Amérique du Nord de la famille linguistique athapascane et de la zone culturelle du sud-ouest. Les Navajos vivent aux États-Unis, principalement au sein de la Nation navajo aussi appelée Nation diné, située entre le nord-est de l'Arizona, le nord-ouest du Nouveau-Mexique et le sud-est de l'Utah. Ils sont étroitement apparentés aux Apaches.

Ethnonymie Les premiers chroniqueurs espagnols les désignèrent dans les années 1620 sous le nom de Apaches de Nabajó, nom dérivé du terme navahu'u qui signifie en tewa « champs dans la vallée »., pour évoluer vers le terme Navajo. Navajo est donc un exonyme.

Les Navajos préfèrent l'utilisation du terme Dine qui signifie dans leur langue « l'homme » ou « le peuple ».. Dine est donc un endonyme.

Histoire 1200 à 800 av. J.-C. Les Dinés se divisent en quatre groupes majeurs : les , les Haïdas, les Tlingits et les Athabaskans.

200 av. J.-C. à 200 Les Athabaskans et les Tlingits se séparent en tribus distinctes.

825 à 1000 Vers 850, une très violente éruption volcanique du Mont Churchill bouleverse les conditions de vie dans le nord-ouest de l'Amérique du Nord. C'est cet évènement qui pousse une partie importante des peuples Athabaskans à émigrer au sud du Nord-Ouest canadien, c'est-à-dire dans la région actuelle de Vancouver et de l'État de Washington.

1300 à 1500 Une seconde vague d'émigration se sépare du groupe principal au Canada pour se diriger vers le sud-ouest des États-Unis et le nord du Mexique. Cette vague d'émigration est à l'origine du sous-groupe Apache (Jicarillas, Mescaleros, Chiricahuas, Lipans, Aravaipas, Apaches des Plaines ou Kiowas-Apaches et Navajos). Ils s'installent dans une région autrefois habitée par les Anasazis (mot navajo pour « ancêtres »). À cette époque, la région est déjà habitée par les Comanches, les Utes, les Pueblos et les Païutes. Leurs tribus ne sont pas paisibles et ils sont connus comme des maraudeurs et des pillards dans la région. Ils errent dans la région comprise entre l'ouest du Texas, le sud de l'Utah, l'Arizona, le Nouveau-Mexique et le nord du Mexique, pillant les villages Pueblos et combattant les Comanches et les Utes. Puis ils se fixent définitivement dans une région que les Espagnols nomment plus tard Apacheria.

Aux On pense que les Navajos viennent du nord et se sont installés dans le sud-ouest des États-Unis au cours du . Au , les Navajos sont devenus un peuple pastoral, avec une économie fondée en grande partie sur l'élevage et la chasse.

Depuis le Les Navajos entrent en conflit avec les colons espagnols et les Mexicains au et au début du . Leurs contacts avec les Espagnols sont limités mais importants ; ces derniers introduisent les chevaux, les moutons et les chèvres, qui deviennent des éléments vitaux de l'économie navajo.

En 1846, les Navajos concluent un premier traité avec le gouvernement des États-Unis, mais des accrochages avec les troupes américaines entraînent des hostilités en 1849 et des combats répétés jusqu'en 1863. Cette année-là, les forces américaines, dirigées par Kit Carson, lancent une vaste campagne contre les Navajos. Au terme d'une campagne d'une grande brutalité, Carson se félicite d'avoir tout détruit dans les villages ; pas seulement tué les gens, mais encore anéanti . Les Navajos capturés sont envoyés à pied dans la réserve de Fort Sumner, au Nouveau-Mexique. Cette déportation est connue dans l'histoire navajo comme la « longue marche ». En une seule semaine de 1864, 126 meurent à Fort Canby des maladies et des privations. En 1868, plus de des quelque sont déjà morts..

À la fin du , les Navajos prospèrent, la population a doublé et des terres supplémentaires sont encore annexées à la réserve. Comme il s'agit généralement de terres pauvres, les étrangers font peu de tentatives pour envahir la réserve. De sérieux problèmes d'érosion du sol et de pâturage intensif dus au développement considérable du cheptel poussent le gouvernement américain à imposer aux Navajos un plan de réduction du bétail. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, bon nombre d'entre eux quittent la réserve pour servir dans l'armée ou pour travailler dans les villes à des activités liées à la guerre.

Tourisme Les Navajos tirent aussi profit du tourisme : mise en place de sociétés d'excursions (visites guidées, randonnées à pied, à cheval ou en 4×4), exploitation de restaurants, d'hôtels et de Bed and Breakfast (notamment d'hogan), création et commerce d'artisanat navajo (bijoux, poteries, tapis, souvenirs). Leur « capitale » est Window Rock. La fête de la nation navajo a lieu pendant cinq jours à partir du premier week-end de septembre. Pendant cinq jours, tradition et modernisme se mêlent dans un cocktail de danses, de chants, de parades et de rodéos.

Organisation sociale Les Navajos se divisent en plus de cinquante groupes, et leur mode de filiation est transmis par les femmes (clans matrilinéaires). Les Navajos ne doivent ni se marier ni même sortir avec un membre de leur propre clan : cette obligation constitue un véritable tabou. L'unité sociale de base est une famille (très) élargie dont les membres ont une gamme complète de responsabilités.

Bien qu'il existe des logements modernes dans la réserve, de nombreux Navajos continuent à construire les hogans traditionnels et à y vivre ; les logements construits par l'État leur servent alors de « réserve ». Il s'agit de maisons coniques faites d'une armature de bois et recouvertes de terre, pourvues d'un trou pour la fumée au sommet et d'un passage étroit et couvert servant d'entrée. Contrairement aux habitations en béton et fibrociment, elles ont comme principales qualités de rester fraîches en été (malgré les fortes températures extérieures) et chaudes en hiver. Les villages comportent aussi une ou plusieurs maisons de sudation.

Le statut de réserve du territoire où la plupart vivent rend le maintien de l'ordre particulier : contrairement au système américain des comtés élisant des shérifs, sur toute la réserve, c'est la police tribale navajo qui est chargée des infractions et délits, tandis que les crimes sont du ressort du gouvernement fédéral, via le FBI.

Les Navajos ont traditionnellement 4 différents genres : femme (« Asdzáán »), homme (« Hastiin »), homme féminin (« Náhleeh »), femme masculine (« Dilbaa »)..

Spiritualité et art

La spiritualité navajo est fondée sur le culte de la nature, et de l'harmonie (« hozho. ») qu'elle recèle. Elle met en jeu un certain nombre de divinités qui interviennent occasionnellement dans les affaires humaines, notamment « Coyote », allégorie du mal. Coyote peut se manifester par un accident, une catastrophe, mais aussi par la méchanceté, ou toute attitude humaine non respectueuse du Diné (peuple Navajo), de ses tabous et de l'harmonie. L'état d'hozho est lié à la santé, la beauté, l'ordre et l'harmonie. Le malade est considéré chez les Navajos comme celui qui a rompu cet équilibre fixé une fois pour toutes.

Les dieux sont régulièrement invoqués : des offrandes leur sont faites, et des danses cérémonielles sont exécutées dans lesquelles ils sont représentés par des hommes peints et masqués. De nombreuses cérémonies, désignées sous le terme de « voie » en français, pouvant s'étaler sur plusieurs jours et nuits, ont pour vocation de permettre de rendre l'harmonie à un membre du Diné avec le monde qui l'entoure. La « voie de l'ennemi », la « voie de la bénédiction », la « voie de la montagne », et beaucoup d'autres, ont chacune vocation à être conduite par un « hataali » (littéralement « chanteur », incorrectement traduit par « shaman ») en fonction de la circonstance qui a amené le « malade » à perdre l'harmonie (mort proche, malaises, maladies, violation d'un tabou).

Des aiguilles jumelles dressées dans le Canyon de Chelly, en Arizona, ont une grande importance pour le peuple Navajo, car c'est ici qu'habiterait une de leurs principales divinités, la Femme Araignée. Selon la légende, celle-ci aurait transmis son art du tissage à la Femme qui Change. Cette autre divinité à l'origine, elle, de la création des Navajos aurait filé une toile d'arcs-en-ciel entre les deux pics et les parois qui les entourent.

Il existe également une vaste mythologie décrivant l'origine des êtres humains par le dieu Coyote, créateur du premier homme et de la première femme à partir d'épis de maïs.

Le chiffre 4 revêt une importance presque divine dans la spiritualité navajo : quatre directions, quatre couleurs, Four Corners

Leur art est lié à cette spiritualité : il s'exprime à travers des représentations visuelles multiples comme dans les couvertures aux motifs géométriques et aux teintes vives ou dans les bijoux de cuivre ou encore dans les peintures sur sable éphémères à destination thérapeutique, mais aussi dans des dessins colorés sur ardoises destinés aux touristes. Les chansons, les incantations et les prières font aussi partie de rituels spirituels complexes en même temps qu'elles constituent des créations propres à ce peuple.

Le romancier américain Tony Hillerman évoque largement de nombreux aspects de cette spiritualité dans son œuvre.

Fêtes traditionnelles

Kinaalda : fête de la puberté. Avant cela, les Navajos ne peuvent pas aider à la cuisine et au ménage. Hozho Naasha : cérémonie, riche en festivités, célébrant la culture navajo (défilés et expositions).

Économie

La base de l'économie de subsistance des Navajos est fondée sur des troupeaux de moutons et de chèvres, quelques bovins et chevaux, et des emplois occupés dans divers secteurs, notamment le tourisme. Les Navajos fabriquent aussi de la poterie et de la vannerie et sont réputés pour leurs bijoux en argent et leurs belles couvertures solides. Au milieu du , la production de pétrole et la découverte de riches gisements minéraux sur les terres de la réserve modifient considérablement leur économie.

La population navajo s'accroît à un rythme rapide ( selon le recensement de 1990) ; cette croissance risque de mettre une pression considérable sur leur économie traditionnelle. Les terres de leur réserve totalisent plus de d'hectares dans . en Arizona et au Nouveau-Mexique, ainsi qu'une petite partie en Utah et au Colorado, ce qui en fait la plus vaste des États-UnisAtlas des populations amérindiennes, Courrier International, Hors-Série juin-juillet-août 2007, .. Les Navajos ont aussi le revenu le plus élevé de tous les peuples amérindiens aux États-Unis. Il est estimé à environ de dollars provenant des contrats d'exploitation du pétrole et du gaz aussi bien que des ressources minérales et forestières.

Le gouvernement des États-Unis, qui est en litige depuis les années 1960 avec la nation Navajo concernant l'exploitation de ces ressources, paye en 2014 une somme de de dollars pour clore celui-ci..

Les habitants de la réserve font face à de nombreux problèmes chroniques : pénurie de logements, absence de l'eau courante pour un tiers des foyers, absence de l'électricité pour quinze mille habitants..

Géographie

Les frontières de la nation navajo touchent la nation Ute au point de concours de quatre États : Arizona, Utah, Colorado, Nouveau-Mexique en s'étendant à travers le plateau du Colorado. Sur le territoire de la nation navajo se trouvent le Canyon de Chelly, Monument Valley, le pont Arc-en-Ciel, la réserve Hopi et le lieu sacré Shiprock. Le siège du gouvernement de la nation se trouve dans la ville de Window Rock à l'est de l'Arizona.

Le Congrès des États-Unis a établi à l'intérieur du territoire de la nation Navajo une réserve pour la nation Hopi (en navajo Oozéí ou Ayahkinii, « le peuple des maisons souterraines ») sur une terre historique de pillage dans Diné.