Ravage est un roman de science-fiction post-apocalyptique écrit par René Barjavel, paru en 1943. Le récit est une dystopie révélant le pessimisme de l'auteur à l'égard de l'utilisation du progrès scientifique et technique. Il s'agit d'un thème typique de la science-fiction post-apocalyptique, brossant le portrait de la fin de l'humanité technologique et la reconstruction d'une civilisation sur d'autres bases. Grand succès populaire, le livre s'est écoulé à plus d'un million d'exemplaires depuis sa sortie et il sert régulièrement de support à l'étude au collège..
Dans une société mature, un jour l'électricité disparaît et plus aucune machine ne peut fonctionner. Les habitants, anéantis par la soudaineté de la catastrophe, sombrent dans le chaos, privés d'eau courante, de lumière et de moyens de déplacement…
Principaux personnages François Deschamps : héros du roman, âgé de au début du récit. Blanche Rouget : âgée de au début du récit, amie de François qui la surnomme « Blanchette » Jérôme Seita : directeur d'une importante société de radio. Vélin : concierge de l'immeuble où habite François. Narcisse, Georges, André, Teste, Martin, Pierre : premiers compagnons de François. Fauque : médecin de l'expédition. Colette : fille du Fauque et amante de Teste. Paul (futur époux de la fille de François et futur chef de la communauté) : il est le descendant de Narcisse. Denis, jeune forgeron ingénieux, qui n’apparaît qu'au dernier chapitre.
Résumé Le roman est formellement divisé en quatre parties de tailles différentes. Les deux premières parties sont assez longues, alors que les deux dernières ne comportent que quelques pages.
Première partie : Les Temps nouveaux France, . Un jeune homme issu du monde rural, François Deschamps, , vient d'arriver dans la mégalopole parisienne et attend avec impatience les résultats du concours d'entrée dans une école réputée de chimie agricole. Il a beaucoup travaillé et est confiant dans les résultats. Il souhaite profiter de sa présence à Paris pour revoir son amie d'enfance, Blanche Rouget, , qui entame une carrière de chanteuse et d'actrice. Blanche a justement un rendez-vous avec Jérôme Seita, un homme riche qui dirige la célèbre « Radio-300 ». Quand Jérôme Seita, qui a des sentiments pour la jeune femme, apprend par Blanche l'existence de François, il ordonne une enquête rapide sur le jeune homme. Dès le lendemain, grâce à ses relations, il fait en sorte que François ne soit pas déclaré reçu à son concours et voie son approvisionnement en électricité, eau et lait chimique coupé. Profitant d'un moment où Blanche, découvrant une nouvelle vie faite de beaux logements, de diamants et de repas fins, est psychologiquement affaiblie, il la demande en mariage. Blanche accepte. Apprenant cela, François est abattu, pensant perdre Blanche à tout jamais. Parallèlement à ces évènements, quelques phénomènes inquiétants sont signalés : les taches solaires se multiplient, entraînant une hausse des températures tandis que des troubles électriques ont lieu. Mais ils passent inaperçus au milieu de la frénésie de l'information.
Deuxième partie : La Chute des villes Pendant que se déroulait le récit de la première partie, les médias évoquaient les relations tendues entre un Empire sud-américain en conflit avec les États-Unis du Nord. Les relations entre les deux régimes, déjà mauvaises, s'enveniment encore plus au point que la guerre est déclarée par l'Empire sud-américain. Une attaque massive est lancée. Quelques heures après, en Europe en général et en France en particulier, l'électricité disparaît, les usines atomiques cessent de fonctionner, et la totalité de la vie sociale et économique est interrompue. Certains matériaux, comme le fer, « s'amollissent » inexplicablement. Les métros, les autobus électriques, les automobiles, les portes des maisons, les ascenseurs, les robots ménagers, s'arrêtent brutalement de fonctionner. La population est dans l'incapacité de se nourrir, d'accéder aux maisons, de se déplacer. Le gouvernement est totalement paralysé. Des troubles, de plus en plus nombreux, ont lieu. Le chaos s'installe. François traverse une mégalopole dont les vingt-cinq millions d'habitants sont particulièrement nerveux. Ils tombent rapidement dans une sorte de folie. Il récupère Blanche, frappée par un mal mystérieux, et coordonne un petit groupe de gens qui, comme lui, souhaitent quitter la région parisienne dans les meilleurs délais. La petite troupe fuit l'agglomération alors qu'un gigantesque incendie vient de se déclarer et tue des milliers de Parisiens. En effet les camions de pompiers sont à l'arrêt et les vannes d'eau ne fonctionnent pas.
Troisième partie : Le Chemin de cendres La petite troupe menée par François parvient à quitter Paris. Le choléra s'est déclaré et menace la santé publique. L'eau potable est difficilement accessible. Blanche, qui avait été blessée lors du chaos parisien, retrouve la santé. Toutefois la progression est lente et difficile, plusieurs incendies (voire mégafeux), imposent aux protagonistes des détours importants (d'où le titre du chapitre et l'illustration sur la couverture). Le groupe est sans cesse attaqué par des fuyards et doit se défendre contre l'insécurité, la faim, la peur, et même la folie qui guette. De fil en aiguille, ils traversent l'Orléanais, l'ouest de la Bourgogne, l'Auvergne, le sud-ouest de la région lyonnaise. Ils arrivent alors au nord de la Provence et au sud du Dauphiné, dans le village natal de François et Blanche. Beaucoup d'habitants ont péri. François, par son courage et sa sagesse, parvient à organiser une vie communautaire et à repousser les pillards. Il établit des règles de vie strictes mais saines. Sa sagesse lui vaut l'estime de tous, et la communauté villageoise peut envisager l’avenir avec confiance. Vers la fin octobre, le temps, jusque-là caniculaire, semble redevenir normal, mais les manifestations de l'électricité (foudre) semblent avoir définitivement disparu.
Quatrième partie : Le Patriarche Dans les années qui ont suivi, la sagesse de François a été appréciée de tous. Il est maintenant le coordinateur d'une vaste zone qui va du sud de Lyon à la Méditerranée, et de l'Auvergne au Dauphiné. Il a contribué à établir l'assise d'une civilisation agricole prospère et autosuffisante en nourriture. N'ayant plus assez d'hommes pour entretenir le territoire, il instaure la norme de la polygamie. La vie saine des gens a permis un accroissement de la population et un bonheur généralisé. La surpopulation qui en résulte est réglée par le départ de colons vers d'autres régions, devenues sauvages. Dans les dernières pages du roman, un jeune homme, Denis, a créé une machine à moteur et vient la présenter à François. Celui-ci s'emporte contre cet engin qui lui rappelle les erreurs fatales du passé et se montre menaçant à l'égard de Denis. Le jeune homme riposte et tue François, alors plus que centenaire. La continuité politique sera heureusement assurée par Paul, un homme qui a appris auprès de François et qui est aussi sage que lui.
Analyse
Un roman en écho à son époque Le roman écrit durant l'occupation de la France par l'Allemagne met en scène un protagoniste qui se méfie du progrès et prône le retour à la terre. Il fonde une nouvelle civilisation agricole sur laquelle il règne sagement, quoique de manière autocratique. Dans cette description plutôt favorable du culte du chef (François devient le « Patriarche »), on pourrait voir une allusion directe à Philippe Pétain, d'autant que le texte contient nombre d'allusions à l'idéologie du régime de Vichy. Enfin, les scènes de pillage à Paris et la déroute des survivants rappellent nettement l'exode de 1940 des populations civiles.
Si a pu déceler une influence pétainiste dans Ravage, l'État français n'est pas épargné par les passages clairement pamphlétaires du roman, qui raille les ministères aux titres pré-orwelliens (ministères du Progrès social, de la Moralité publique, de la Production et de la Coordination, de la Médecine gratuite et obligatoire…), les « artistes diplômés par le gouvernement » seuls autorisés à peindre, ou encore les « aïeux » surgelés veillant sur leurs descendants au milieu même des habitations : la satire est parfois très grosse.
L'impuissance des gouvernements français de l'avant-guerre face à la montée des périls trouve un écho dans le roman de Barjavel qui met en scène, avec une ironie mordante, un Conseil des ministres totalement dépassé par la situation créée par la disparition de l'électricité. Le comble de l'impuissance et de l'ineptie est atteint par le ministre de la Jeunesse et des Sports, absent car incapable de faire à vélo les quelques kilomètres entre Passy et le quartier des ministères.
Les militaires ne sont pas épargnés. Le ministre de la guerre est un personnage particulièrement caricatural, paranoïaque et déphasé, même par rapport à son époque (il a utilisé ses fonds pour fabriquer des baïonnettes alors que l'ennemi supposé combat avec des fusées atomiques). La suite du roman montre des militaires au mieux inutiles, au pire qui mettent en danger les autres par leurs bêtises.
De plus, le changement progressif de François l'amène à un comportement très patriarcal, le monde final est dirigé exclusivement par des hommes, à l'image de celui qui a su voir, apprendre et avancer à la suite des catastrophes ; et la polygamie est instaurée, mettant à disposition des hommes plusieurs femmes. Le lien entre ces deux faits sociétaux n'est pas obligatoire mais de nos jours (), c'est un biais cognitif probable. Cela étant dit, le mot patriarcal doit être utilisé avec intelligence : les codes sociaux d'avant 1968 induisaient d'autres visions de la famille, où le père avait un rôle de protection et de transmission partielle des savoirs, ce qu'est François du début à la fin.
Quant à la polygamie dans le roman, elle semble refléter un des aspects les plus antérieurs à l'Histoire humaine signifiant très probablement une similarité avec l'animal qui est plus proche de la Nature, son mode de vie étant plus simple et moins codifié que celui de l'Homme. Cela peut se vérifier étant donné le fonctionnement de la zone contrôlée par François, aucune forme de technologie « avancée », un retour à la terre (cf paragraphe suivant) et une solidarité démontrée en amont.
Critique de l'utilisation du progrès Bien que Barjavel ne soit pas un idéologue, Ravage est une anticipation pessimiste influencée par l'idéologie du retour à la terre, qui n'était pas exclusivement pétainiste. Les critiques du progrès « ramollissant » l'être humain ou l'asservissant faisaient largement débat à l'époque chez nombre d'intellectuels, inquiétés par la technique dévorante telle qu'elle est décrite dans Métropolis ou Les Temps modernes, de La France contre les robots de Georges Bernanos ou du Monde sans âme de Daniel-Rops (Plon, 1932), aux invectives de George Orwell qui écrivait, en 1937 : Le Quai de Wigan, Champs libre, 1982, 219. Barjavel était également lecteur de René Guénon et l'influence de La Crise du monde moderne est patente dans cette vision romanesque très critique du progrès technique matérialiste frappé de plein fouet par une catastrophe inattendue conduisant à la fin du monde hyper-techniciste.