Hernani est une pièce de théâtre en vers de Victor Hugo représentée pour la première fois à la Comédie-Française le et publiée la même année.

Cette pièce, parmi les plus célèbres de Victor Hugo, consacre le genre du drame romantique. Elle suscite une grande controverse lors de sa première représentation, connue sous le nom de la bataille d’Hernani.

Personnages et présentations Hernani, personnage éponyme de la pièce, est un noble banni, amant de Doña Sol. Il appartient à la génération des héros romantiques, nécessairement enfiévrés et maudits. À vingt ans, sa vie est marquée par la mort de son père. Autrement appelé Jean d'Aragon, comte d'Albatera grand maître d'Avis, Duc de Segorbe et Cardona ou encore Marquis de Monroy.

Don Carlos est roi d’Espagne (Roi des Castilles). C’est un personnage type de la Renaissance, capable du meilleur et du pire, traversé par tous les contrastes. Il feint la soumission au pape et exerce un chantage sur Don Ruy. Il sera élu Empereur du Saint-Empire comme Charles Quint. Le portrait qui en est dépeint dans la pièce est celui d'un roi en cours d'évolution.

Don Ruy Gomez de Silva « duc de Pastrana » est un vieillard amoureux. C’est un duc riche, puissant, et c’est un partisan de l’ordre. Il est l’oncle de Doña Sol, et souhaite l'épouser. Doña Sol de Silva est l’amante d'Hernani mais doit cependant épouser le duc de Pastrana. Elle n’évite ce mariage que par l’intervention d’Hernani, qui, se faisant passer pour un pèlerin, arrive à l'heure pour dévoiler sa véritable identité. Désirée également un temps par Don Carlos, elle représente la figure même de l’héroïne romantique à qui l’on promet tous les palais mais qui, par fidélité, refuse tout ce qu’on lui propose pour suivre son cœur, même si cela la conduit à sa perte. Elle est indissociablement et fatalement liée à Hernani, et l’amour qui les enchaine est également ce qui les conduit à leur perte. Le roi de Bohème Le duc de Bavière Le duc de Gotha Le baron de Hohenbourg Le duc de Lutzelbourg Iaquez Don Sancho Don Matias Don Ricardo Don Garci Suarez Don Francisco Don Juan de Haro Don Pedro Guzman de Lara Don Gil Tellez Giron Doña Josefa Duarte Un montagnard Une dame Premier conjuré Deuxième conjuré Troisième conjuré Conjurés de la ligue Sacro-Sainte - Allemands et Espagnols (Ligue hostile à Charles Quint constituée en 1521, un léger anachronisme) Montagnards, seigneurs, soldats, pages peuple, etc.

Résumé vignette|Costumes pour Hernani en 1867. Le roi d’Espagne Don Carlos est amoureux de Doña Sol, femme promise à Don Ruy Gomez. Doña Sol aime Hernani, un homme dont le père a été tué par le père de Don Carlos. Hernani veut se venger mais les deux hommes amoureux de Doña Sol se rencontrent, et se provoquent en duel. Celui-ci est gagné par Hernani, mais le roi lance ses gardes à sa poursuite ; Hernani disparaît. Le roi assiste aux préparatifs du mariage de Don Ruy Gomez et Doña Sol. Hernani surgit sur ces entrefaites, mais Don Ruy Gomez, contraint par la loi de l’hospitalité, décide de le protéger. Gomez découvre que Doña Sol et Hernani s’aiment, mais continue de protéger Hernani.

Le roi pose un ultimatum à Don Ruy Gomez : soit il lui livre Hernani, soit il le tue. Le vieux Don Ruy Gomez refuse, et Don Carlos décide d'enlever Doña Sol. Don Ruy Gomez et Hernani se mettent d’accord pour tuer le roi, en échange de quoi, Hernani lui offre sa vie s'il entend sonner le cor. Don Carlos est élu empereur, pardonne aux deux alliés et annonce le mariage de Doña Sol avec Hernani. Ce dernier révèle sa véritable identité, Jean d’Aragon, et devient Don Juan d’Aragon. Il abandonne toute idée de vengeance. Lors des noces des deux amants, le cor sonne, et Hernani comprend qu'il doit quitter son amour. Doña Sol décide de mourir avec son amour et s’empoisonne avec Hernani. Don Ruy Gomez, vidé de toute envie de vivre, se poignarde sur leurs corps.

Préface Hugo réaffirme sa position exposée dans la Préface de Cromwell : il faut briser les règles du théâtre classique et réaffirmer l’ambition esthétique de la nouvelle génération, le romantisme. Il demande aussi, et surtout, la prise en compte du public, le public vrai, le peuple, car c’est par lui que les œuvres sont rendues immortelles, afin que

L’action principale se situe en Espagne de février à .

Acte I : le Roi (Saragosse, une chambre à coucher au palais du duc Don Ruy Gomez de Silva, la nuit) Le roi d'Espagne Don Carlos s’introduit la nuit dans la chambre de Doña Sol, dont il est secrètement amoureux. Caché dans une armoire, il assiste à la rencontre entre Doña Sol et Hernani, un banni. Hernani, fils d’un homme décapité sur ordre du père de Don Carlos, s’est promis de venger son père. Doña Sol aime Hernani, mais on l’a fiancée à son oncle, Don Ruy Gomez de Silva.

Don Carlos sort de sa cachette, et les deux rivaux s’apprêtent à croiser le fer, mais le vieux duc frappe à la porte. Don Ruy Gomez de Silva s'indigne en voyant deux hommes chez sa nièce. L’inconnu découvre son visage et se présente. Le roi justifie sa présence et fait passer Hernani pour quelqu'un de sa suite. Il indique que l’heure est grave, l’empereur Maximilien, son aïeul, venant de mourir. Il vient consulter Don Ruy Gomez de Silva, son fidèle sujet, et écouter ses conseils. Doit-il se porter candidat au trône du Saint-Empire ? Resté seul, Hernani, qui a retrouvé le fils de l’assassin de son père, exprime sa haine et médite sa vengeance.

Acte II : le Bandit (Saragosse, un patio du palais de Silva) Le lendemain à minuit, dans une cour du palais de Don Ruy, Don Carlos (le futur Charles Quint) se rend sous la fenêtre de Doña Sol et souhaite enlever la jeune fille avant Hernani. Trompée par l’obscurité, Doña Sol le rejoint. C’est alors que surgit Hernani, qui propose un duel au roi, qui refuse avec beaucoup de mépris puisqu'il croit qu'Hernani est un roturier. Il lui demande donc de l'assassiner, mais Hernani refuse et veut un duel. Il laisse la vie sauve au roi et lui donne son manteau pour qu’il puisse traverser sans dommage sa troupe de bandits puisqu'il estime que lui seul peut tuer le roi en duel.

Restés seuls, Hernani et Doña Sol échangent quelques mots d’amour, mais l’armée du roi est déjà à sa poursuite. Hernani quitte Doña Sol et part rejoindre sa troupe.

Acte III : le Vieillard (Château de Silva, dans les montagnes d’Aragon) vignette|redresse=.8|Illustration de Dutheil d’après Brun pour l’acte III, scène VI. Quelques semaines plus tard dans la grande salle du château du duc de Silva, dans les montagnes, le vieux duc Don Ruy Gomez de Silva épousera Doña Sol, sa jeune nièce. On prépare le mariage. Il savoure son bonheur, d’autant qu’on lui apprend la mort probable d’Hernani. Le jour des noces, un pèlerin frappe à la porte du château de Silva.

Découvrant Doña Sol en tenue de mariée, le pèlerin déchire son habit et déclare son identité : .

La tête d’Hernani est mise à prix, mais la loi de l’hospitalité étant sacrée, Don Ruy Gomez de Silva fait barricader le château de Silva et décide de le protéger.

Hernani et Doña Sol restent seuls et dissipent tout malentendu. La jeune femme lui montre le poignard qu’elle a dérobé au roi. Hernani et Doña Sol échangent des mots d’amour et s’enlacent. C’est alors que surgit Don Ruy, qui a des mots très durs sur l’attitude d’Hernani mais, au nom de l’honneur, se refuse toujours à trahir son hôte. C’est alors que les trompettes annoncent l’arrivée du roi. Don Ruy cache Hernani dans un lieu que seul lui connait, derrière son portrait.

Le roi pénètre dans le château et est furieux d’apprendre que Don Ruy Gomez cache ce scélérat d’Hernani. Il lui propose un marché : si Don Ruy n'accepte pas de livrer Hernani, il sera tué. Le duc hésite mais finalement refuse de livrer Hernani.

La fameuse scène des portraits, où Don Ruy fait défiler ses "illustres ancêtres" pour s'arrêter au sien, est une pure merveille de la construction de la trame dramatique hugolienne. Le roi, impressionné par sa fidélité à la loi d'hospitalité, décide seulement d'enlever Doña Sol. Après son départ, Don Ruy et Hernani complotent pour tuer le roi. Hernani offre son bras et sa vie à Don Ruy Gomez.

Acte IV : le Tombeau (Palais d'Aix-la-Chapelle, dans le tombeau de Charlemagne) vignette|redresse=.8|Illustration de Frederick Moller d’après Lix pour l’acte IV, scène IV. Deux mois plus tard, en , à Aix-la-Chapelle, capitale du Saint-Empire, Don Carlos attend les résultats de l’élection impériale. Il découvre un complot visant à l’assassiner, Don Ruy Gomez et Hernani se trouvant les conjurés.

Quand les conjurés tirent au sort pour désigner qui assassinera le roi, Hernani est désigné. Lorsque Don Ruy tente de s’attribuer ce rôle en rendant son cor à Hernani et donc le droit à disposer de sa vie, Hernani désire tellement venger son père qu'il refuse catégoriquement cette offre de rompre le pacte qui les lie.

Lorsque Charles Quint est élu roi et donc en mesure de punir les conjurés, Hernani, qui a abandonné son idée de vengeance, dévoile sa véritable identité, Jean d’Aragon, noble mais né en exil. Le roi veut les faire exécuter, mais Doña Sol sollicite la clémence de Don Carlos, qui prend conscience de la responsabilité du pouvoir et décide de montrer de la clémence envers les conjurés en les graciant.

Il permet également à Hernani d’épouser Doña Sol, ce qui provoque la colère de Don Ruy, qui considère que son pacte avec Hernani n'est pas rompu.

Acte V : la Noce (sur une terrasse du Palais de l'Aljaferia) vignette|redresse=.8|Illustration de Léveillé d’après Morin pour l’acte V, scène VI. Quelques semaines après, à Saragosse, dans le palais d'Hernani redevenu Don Juan d'Aragon, l'union de Doña Sol et d’Hernani a lieu. Alors que s'achève la fête, quelques seigneurs s'interrogent sur le sort du duc, et évoquent un mystérieux invité masqué en noir lorsqu’ils sont interrompus par l'arrivée des jeunes mariés.

Hernani salue les jeunes seigneurs, qui s'éclipsent. Les nouveaux époux savourent leur bonheur lorsque retentit soudain le son d'un cor. Hernani se souvient de la terrible promesse qu’il avait faite à Don Ruy, son oncle, qui l’a sauvé autrefois, de se laisser tuer. Hernani décide de protéger Doña Sol et d’affronter seul le duc. Il demande à son épouse, qui ne comprend pas quel mal le ronge, d’aller lui chercher un élixir.

Le masqué, qui n’est autre que Don Ruy, implacable, vient exiger le respect du pacte fatal. Le devoir et l’honneur commandant à Hernani d’honorer son serment, Don Ruy demande à Hernani de choisir sa mort par l’épée ou par le poison. Ce dernier ayant opté pour la seconde proposition, le duc lui présente la fiole lorsque Doña Sol intervient pour tenter de le sauver.

Les supplications de Doña Sol ayant échoué à faire changer d’avis les deux hommes, Doña Sol boit le poison. Hernani suit immédiatement Doña Sol dans la mort en s’empoisonnant après elle. Désespéré, Don Ruy, qui a tout perdu, se poignarde sur les corps de ses deux victimes.

La théorie du drame romantique On ne peut parler dHernani sans évoquer son genre : le drame romantique. Quelques théoriciens des années 1820 comme Stendhal et Alessandro Manzoni (Lettre à monsieur Chauvet sur l’unité de lieu et de temps dans la tragédie) l'ont d'ailleurs étudié dans leurs œuvres. Stendhal écrivait en 1823, dans Racine et Shakespeare :Les romantiques ne conseillent à personne d'imiter directement les drames de Shakspeare [sic].Ce qu'il faut imiter de ce grand homme, c'est la manière d'étudier le monde au milieu duquel nous vivons, et l'art de donner à nos contemporains précisément le genre de tragédie dont ils ont besoin, mais qu'ils n'ont pas l'audace de réclamer, terrifiés qu'ils sont par la réputation du grand Racine. […]J'oubliais l'unité de lieu ; elle sera emportée dans la déroute du vers alexandrin.

Création de la pièce vignette|La Première d’Hernani, 1830 d’Albert Besnard (1903).