vignette|Le conteur Pierre Dubois racontant une aventure de Gauvain au centre de l'imaginaire arthurien en 2017.
Le conte est un genre de récit appartenant à la famille de la tradition orale. Il s'agit de l'une des plus vieilles formes artistiques et littéraires connues à ce jour.
Définition Les contes oraux sont des histoires initialement transmises oralement. En occident dès la renaissance, une transcription littéraire s'opère, mais d'autres cultures en Afrique et en Polynésie par exemple retiennent la forme de transmission orale des contes.
Traditions du conte par continent vignette|Fragments de l’Épopée de Gilgamesh de la période paléo-babylonienne. Musée de l'Institut oriental de Chicago. La plus ancienne trace écrite de récit oral connue à ce jour est l'Épopée de Gilgamesh, rédigée dans la Babylonie des s av. J.-C. Pour la première fois, un récit transmis oralement se voit figé sous une forme écrite, signant ainsi l'acte de naissance de la littérature. Néanmoins, l'histoire de Gilgamesh est une épopée, de même que L'Iliade et L'Odyssée d'Homère, et non un conte, au sens littéraire et littéral du terme.
Afrique Toutes les sociétés africaines indigènes ont utilisé la tradition orale pour transmettre leur origine et leur histoire, leurs devoirs civiques et religieux, leur artisanat et leurs compétences, ainsi que leurs mythes et légendes traditionnellesCooper, G.C., 1983, ‘Oral tradition in African societies’, Negro History Bulletin 46(4), 101–103.. Il s'agit également d'un élément socioculturel clé dans la pratique de leurs spiritualités traditionnelles, ainsi que des principales religions abrahamiquesIheanacho, Valentine. "The significance of African oral tradition in the making of African Christianity." HTS Teologiese Studies / Theological Studies [Online], 77.2 (2021): 9 pages. Web. 19 Dec. 2022. Ces groupes ethniques africains utilisaient également la tradition orale pour développer et former l'intellect humain et la mémoire afin de retenir les informations et d'aiguiser l'imagination.
Le conte oral revêt une grande importance. Il s'agit pour Marius Ano N’Guessan d'« un récit oral, populaire [et vivant], traditionnel, à tendance ludique, didactique, magique, fictive ou réaliste, reflétant une certaine “vision du monde” de la communauté qui l’a produit».
Parmi les conteurs africains on trouve Amadou Hampâté Bâ (Sénégal), Boubou Hama (Niger), Ahmadou Kourouma, Goggo Addi (Cameroun), Halima Hamdane (Maroc), Souleymane Mbodj.
Amérique
Asie
Europe
Le conteur traditionnel disparaît au fur et à mesure que l'industrialisation s'impose à toutes les couches de la société, si bien qu'il a quasiment disparu au dans les sociétés de l'Europe occidentale. Il existe en France des chercheurs qui depuis un siècle ont collecté contes et légendes auprès des derniers témoins de la tradition orale : Geneviève Massignon dans l'OuestPrincipalement, mais aussi en Corse et diverses autres régions françaises. Voir De bouche à oreilles., Alain Laborieux dans le Languedoc, le Dr Peyresblanques dans le département des Landes, Charles Joisten dans le Dauphiné, Michel Gautier en Vendée, Fabienne Maestracci en Corse, Roger Maudhuy dans le Grand Est, etc.
À la place de la transmission traditionnelle des contes, on trouve à partir des années 1970 un renouveau du conte en tant qu'art du spectacle. Ce mouvement culturel (mené en France entre autres par Bruno de La Salle) s'approprie le résultat des recherches ethnographiques en matière de collecte des contes pour rénover l'art de raconter les histoires.
Au départ les conteurs se sont contentés le plus souvent de réciter telles quelles les versions écrites, mais très rapidement ils se sont approprié les histoires en y apportant des touches personnelles, à la manière des conteurs traditionnels. Petit à petit, cette pratique est devenue un art de la scène, aux côtés du théâtre, de la danse, du one-man-show, voire de la performance. Avec ce renouveau, le conte est redevenu un art du spectacle à part entièreSandrine Bretou, "Le conte, entre création et tradition (note de lecture)", Acta Fabula, mars-avril 2007 (volume 8, numéro 2), URL : http://www.fabula.org/revue/document2448.php. (Toutefois c'était déjà le cas dans les cultures faisant une large place aux traditions orales, comme chez les peuples caucasiens par exemple).
"Pour les conteurs d'hier, le conte faisait partie intégrante de la société à tel point que le conteur pouvait être à tout propos être interpellé, interrompu ou relayé par ses auditeurs[...] Les conteurs d'aujourd'hui ont dû investir cette invention de la société moderne : le temps libre, temps pendant lequel chacun se tourne vers ses centres d'intérêt hors du cadre professionnel et peut aussi écouter des contes... Les conteurs d'aujourd'hui sont artistes et donnent des spectacles""Conte, art vivant"/ Agence Régionale des arts du spectacle Provence-Alpes-Côte d'Azur, in Repères, septembre 2006
De plus en plus de manifestations sont désormais consacrées à l'art de raconter des histoires.
Océanie Les aborigènes d'Australie ont recours à la tradition orale contée pour transmette les moyens de survie de leur communauté. Barbara Glowczewski a réalisé des films pour capturer cette mémoire orale et le rôle des femmes dans les sociétés aborigènes.
La transmission des contes Cette théorie a été remise en cause par certains chercheurs, comme , qui attire l'attention sur l'importance des versions imprimées qui ont circulé, notamment sous forme de littérature de colportageRuth Bottigheimer, Oral Transmission in a Literate Word, in A Companion to the Fairy-Tale, éd. Hilda Ellis Davidson & Anna Chaudhri, Boydell & Brewer, Rochester NY, 2003 .. Elle fournit entre autres exemples le cas de L'Âne d'or, d'Apulée, redécouvert par Boccace qui l'a diffusé auprès de ses correspondants au . Nombre de versions orales de contes collectés dériveraient en fait de versions littéraires diffusées à partir de l'invention de l'imprimerie (Straparola, Basile, la baronne d'Aulnoy, Perrault, etc.) et traduites en diverses langues. Elle souligne également l'importance du théâtre de rue dans la diffusion d'histoires classiquesVoir l'article Skomorokh pour l'aire slave orientale.. Les frères Grimm eux-mêmes ont été amenés à retirer de leurs Contes de l'enfance et du foyer plusieurs récits lorsqu'ils se sont rendu compte qu'ils provenaient de versions déjà éditées dans des pays non germaniques.
Rôle de la personne conteuse
Pendant longtemps, les folkloristes se sont intéressés essentiellement à la matière du conteSource principale pour ce paragraphe : A Companion to the Fairy-Tale, éd. Hilda Ellis Davidson & Anna Chaudhri, Boydell & Brewer, Rochester NY, 2003 .Voir aussi : Nicole Belmont, Poétique du conte. Essai sur le conte de tradition orale, Gallimard, 1999 . ; les noms des conteurs auprès desquels étaient collectés les contes populaires n'étaient souvent même pas mentionnés dans les recueils, encore moins leur niveau d'instruction ou leur environnement social et familial ; l'intérêt pour ces sujets est assez récent. En outre, divers collecteurs de contes oraux ont mentionné les véritables performances théâtrales auxquelles se livraient les bons conteurs, qui changeaient de voix en fonction des personnages qu'ils interprétaient, faisaient usage de mimiques faciales et d'une gestuelle élaborée, et faisaient aussi participer l'assistance. Le bon conteur ne se contente pas de répéter à l'identique un conte entendu ou lu précédemment, il l'interprète à sa manière et le re-crée, chaque performance constituant un événement unique.
Histoire
thumb|250px|Illustration pour les Contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer
L'histoire des contes oraux peut être entendue de plusieurs manières différentes. Il peut s'agir de l'histoire des différentes versions des contes oraux à travers les siècles. Cette histoire est rendue possible par les traces écrites que laisse la tradition orale dans la sphère littéraire, notamment à travers les premières collectes de contes à partir de la Renaissance, la littérature de colportage (en France, la Bibliothèque bleue), mais également les traces de motifs de contes oraux dans la littérature savante (les Lais de Marie de France, Gargantua de François Rabelais, etc.). Cette histoire, qu'essaye de mener notamment Catherine Velay-Vallantin, n'en est qu'à ses balbutiements, et a en général pour objet de faire l'histoire d'un conte en particulier (Barbe-Bleue, Le Petit Chaperon rouge, etc.) à travers ses multiples occurrences écrites, ses évolutions sémantiques en fonction de l'histoire générale (famines, migrations de population, évolution du costume, des mœurs, etc.).
Histoire des collectes de contes
Une autre manière d'aborder l'histoire des contes serait d'envisager celle de leur collecte, c'est-à-dire le fait de les fixer sur un support, quel qu'il soit, afin de les sauver de l'oubli ou de les étudier. Certaines versions orales font très tôt l'objet d'une captation écrite. Soit que des auteurs aient choisi de les "réécrire", soit que des folkloristes aient opéré des retranscriptions fidèles.
L'Antiquité : retranscriptions des récits dits "fondamentaux" La plus ancienne transcription connue d'un conte en tant que tel date du Il s'agit du conte des deux frères, récit égyptien retrouvé sur papyrus. Comme beaucoup de contes issus de la tradition orale, cette histoire a beaucoup voyagé et a connu de nombreuses variantes. On en trouve notamment une version dans le recueil des frères Grimm (KHM 60).. Dans la classification internationale des contes établie par Aarne et Thompson, il s'agit du conte-type AT-303.
Moyen Âge européen : vers un début de réécriture de l'oralité Bien que des traces de la tradition orale soient décelables dans beaucoup d'œuvres médiévales (Les Lais de Marie de France, Gargantua de François Rabelais, le Décaméron de Boccace, Les Contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer, etc.), les premières réécritures de contes oraux de notre ère apparaissent dans l'Italie de la Renaissance, avec Les Nuits facétieuses (Piacevoli notti) de Giovanni Francesco Straparola (deux volumes, 1550 et 1555).
Le européen : les versions écrites prennent le pas sur la transmission orale Ensuite, c'est au tour de certains écrivains français de la fin du de donner leurs lettres de noblesse aux contes, en offrant une réécriture toujours précieuse, souvent moralisatrice des contes populaires. Le recueil le plus connu de cet âge d'or du conte de fées français est celui de Charles Perrault, intitulé Histoires ou Contes du Temps Passé (autrement appelé Les Contes de ma mère l'Oye), et publié en 1697. On lui doit de célèbres versions écrites de Le Petit Chaperon rouge, de La Barbe bleue, de Cendrillon, de La Belle au bois dormant, de Le Chat botté, de Riquet à la houppe, de Le Petit Poucet et de Peau d'Âne. Mais les recueils de Madame Marie-Jeanne L'Héritier de Villandon, d'Henriette-Julie de Castelnau de Murat, Madame Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, Madame Marie-Catherine d'Aulnoy et plus tard de Madame Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, populariseront d'autres contes comme Le Nain jaune, La Chatte blanche ou La Belle et la Bête. Au début du se propage la mode littéraire du conte de fées, qui autorise Antoine Galland, entre 1704 et 1717, à traduire et publier pour la première fois en Occident les Mille et Une Nuits.
Le : le début du travail de collecte scientifique