L’oratoire carolingien de Germigny-des-Prés ou église de la Très-Sainte-Trinité est une église française située à Germigny-des-Prés dans le département du Loiret, en région Centre-Val de Loire.

Construite entre 803 et 806 par l'évêque d'Orléans Théodulf pour constituer une des treize nouvelles « mairies » érigées sur le domaine monastique de Fleury dont il est abbé, elle demeure jusqu'à aujourd'hui la seule église de Francie à avoir conservé des parties originales d'une mosaïque de style carolingien.

L'édifice, presque entièrement reconstruit en 1876, est situé dans la région naturelle du Val de Loire, dont le paysage culturel est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco ; .. Il a été classé sur la liste des monuments historiques protégés en 1840..

Localisations L'édifice dépend de la zone pastorale du Val de Loire et de Sologne dans le diocèse d'Orléans.

Histoire

Le nom de Germigny-des-Prés viendrait d’une villa gallo-romaine appartenant à un certain Germanicus vivant au Ier siècle avant notre ère. Les abbés de Fleury des font de la villa une résidence secondaire. Au , c’est un proche conseiller de Charlemagne, Théodulf d'Orléans, évêque d'Orléans et abbé de Fleury, qui en fait l’acquisition et décide de faire construire un oratoire.

La date de construction de l'édifice est antérieure à 806 si l'on en croit une inscription de l'inauguration de l'église. Un sondage réalisé en 2019 permet de dater les structures de la seconde moitié du ..

Cette villa est située sur un domaine appartenant à la communauté de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire. Elle comprend l'église avec à l'ouest les bâtiments d'habitation et les dépendances. Construite à l'époque où Charlemagne fait élever la chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle, cette construction incite Théodulf à ne rien négliger pour la sienne. Couverte de voûtes et magnifiquement décorée, elle passe pour incomparable en Neustrie.

En 843 ou 844, les Grands du Royaume et les prélats tiennent les premiers États généraux français à Germigny., puis le roi des Francs Charles II le Chauve visite en 854 et 855 cette villa désignée sous le nom de palais royal dans les actes. Dans la première moitié du , un incendie endommage gravement le site.

Entre 1060 et 1067, Hugues , abbé de Saint-Benoît-sur-Loire, fait restaurer l'église et y établit trois religieux. Pendant les Guerres de Religion entre 1560 et 1562, la partie ouest de l'église est détruite, probablement en épargnant le chœur.. Au ou au , la nef est reconstruite, mais l'édifice de Germigny n'est plus qu'une simple église de village.

225px|vignette|gauche|L'abside vue de la nef. 230px|vignette|La mosaïque carolingienne.

Repérée pour ses qualités, après la découverte du décor de mosaïques en 1820, l'église est protégée par un classement comme Monument historique en 1840. L'architecte Delton refait habilement la voûte de l'abside sans déposer la mosaïque. Des restaurations de la mosaïque sont faites en 1841 par Ciuli, un spécialiste italien, et en 1846 par Maximilien Théodore Chrétin. En 1845, sur les ordres de Prosper Mérimée, l'abside sud est entièrement reconstruite. Le clocher qui menace de s'effondrer est étayé par l'architecte français Eugène Millet. Vers 1856, la mosaïque est très endommagée et l'église menace de tomber en ruines. En 1861, la reconstruction est décidée et le projet. confié à l'architecte français Juste Lisch. Ce dernier, plus soucieux de l'aspect architectural que de l'intérêt archéologique, fait supprimer les absidioles est, abaisse la tour d'un étage et crée une coupole. En 1868, l'église est démolie, on découvre trois nouvelles mosaïques qui sont dessinées par Juste Lisch puis détruites. Avant le congrès archéologique de 1930 qui se tient à Orléans, des fouilles mettent en évidence les fondations de l'église primitive.

Architecture

Jusqu'au milieu du , Germigny passe pour la plus ancienne église de France, mais, après sa reconstruction sur le même emplacement par Juste Lisch entre 1867 et 1876, ne subsistent du monument original que des fondations enfouies dans le sol, une mosaïque célèbre et quelques pierres utilisées dans la construction neuve. Des chapiteaux et fragments de stuc sont conservés à l'hôtel Cabu, musée d'Histoire et d'archéologie d'Orléans..

Grâce à de nombreux documents et descriptions anciennes, à Albert Delton. en 1841, à Prosper Mérimée vers 1845, à Paul Bouet pendant la démolition de 1867 et aux fouilles entreprises avant le congrès archéologique de France tenu à Orléans en 1930, on peut tenter de rétablir le plan primitif, l'élévation et la décoration de l'édifice.

L'oratoire de Théodulf vignette|gauche|L'église en 1845 avec les fouilles de 1930 vignette|Vue Nord-Est vignette|Vue Sud-Ouest Pour son oratoire de Germigny, Théodulf utilise le parti architectural en faveur deux à trois siècles plus tôt en Orient. Certains comparent son plan avec celui des églises de Bagaran et Sainte-Etchmiadzin en Arménie. et avancent le nom d'Eudes de Metz comme son architecte..

Theodulf lui donne le plan le plus logique en Occident pour édifier une église voûtée. Au centre d'un carré de dix mètres environ, quatre piles déterminent un carré au-dessus duquel s'élève une tour centrale. Sur chaque face de l'oratoire, de grandes absides au tracé outrepassé font saillie. Deux absidioles flanquent l'abside ouest.

Sur le plan structurel, aux et dans les églises arméniennes de ce type, tout l'édifice est construit pour épauler la coupole, mais, à Germigny, elle est remplacée par une tour-lanterne au centre de l'oratoire avec peu d'efforts horizontaux à reprendre. Autour d'elle, les voûtes s'ordonnent comme dans une église d'Orient. Des voûtes en berceau épaulent la tour aux quatre points cardinaux et quatre petites coupoles plus basses couvrent les angles du carré. Plus près du sol, les culs-de-four des absides s'appuient sur les murs gouttereaux qui portent ces voûtes et permettent d'assurer la parfaite stabilité de la construction. Dès le , les murs sont épaulés par des contreforts pour renforcer cet édifice qui rayonne autour d'une tour centrale de seize mètres de hauteur.

Malgré les démolitions de 1867, les fouilles ont révélé sous le dallage actuel, à environ quarante centimètres, le sol de l'église du et, sous le sol actuel, le dallage primitif. Cette différence de niveau a permis de mettre au jour les fondations des absides en moellons de Fay-aux-Loges et Briare. L'abside est qui porte la mosaïque est de l'époque de Théodulf. À l'ouest, on retrouve les fondations d'une abside semi-circulaire visiblement remaniée en octogone avec un mur parallèle. On peut y voir la loge de l'évêque comme celle de Charlemagne à la chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle puis l'aménagement d'un porche.

La mosaïque byzantine

La découverte et la restauration vignette|Relevé de l'abside par Juste Lisch en 1873 Au , un érudit, l'abbé Jean Lebeuf, visite l'église, découvre la mosaïque et les voûtes, puis cite Germigny dans ses ouvrages. Mais, peu après, on la recouvre d'un épais badigeon comme les autres murs de l'église. Vers 1820, l'enduit laisse apparaître par endroits des cubes de verre que les enfants du village arrachent pour s'en faire un jeu.

On s'en émeut et l'église est classée monument historique en 1840. L'année suivante, la voûte endommagée par des infiltrations est habilement reconstruite par Albert Delton en préservant la mosaïque qui est collée sur une toile et soutenue par un coffrage.

La restauration de la mosaïque a lieu entre 1841 et 1856. En 1848, , architecte départemental du Loiret., fait appel à Clemente Ciuli, un mosaïste italien, qui est remplacé par Théodore Chrétin. Ils conçoivent ensemble le projet de restauration. En 1847, cubes de verre dorés nécessitant trente grammes d'or sont commandés. Théodore Chrétin quitte vite le chantier qui est terminé par un autre mosaïste en 1856..

Malgré toutes ces restaurations, l'abside conserve encore quelques parties qui sont incontestablement du début du et d'un grand intérêt iconographique et technique. La conque de l'abside où se place la mosaïque à la forme d'un quart d'ellipsoïde. Elle se développe à la base sur une longueur de et une hauteur de .

Le sujet vignette|Croquis de la mosaïque Le sujet est défini par une inscription à la base : ORACLVM SCM ET CERVBIN HIC ASPICE SPECTANS ET TESTAMENTI EN MICAT ARCA DEI HAEC CERNENS PRECIBVSQUE STVDENS PVLSARE TONANTEM THEODVLFVM VOTIS IVNGITO QVESO TVIS que l'on peut traduire par : « Vois ici et contemple le Saint Oracle et ses chérubins, ici resplendit l'Arche du Testament Divin. Devant ce spectacle, efforce-toi de toucher par tes prières le Maître du Tonnerre et ne manque pas, je t'en prie, d'associer Théodulphe à tes vœux. » Cette mosaïque témoigne de ce que furent les mosaïques au sortir des luttes iconoclastes.

L'Arche d'alliance, qui figure rarement dans la décoration des églises, est représentée sous la forme d'un coffre rectangulaire posé sur le sol figuré par une large bande d'or. À travers deux anneaux passe l'un des bâtons qui servent aux Lévites à porter l'Arche. Deux chérubins se tiennent debout. Ils sont vêtus d'une tunique d'or. La chevelure est rouge feu et les auréoles sont teintées en argent. Deux statuettes sont fixées à l'intérieur du coffre et couvrent de leurs ailes les Tables de la Loi. Au sommet de la voûte, la main de Dieu traversant un arc-en-ciel rouge et or s'étend au-dessus de l'Arche d'alliance.

Les deux grands anges qui mesurent de la chevelure au pied sont nimbés d'or, cerclés de bleu. Ils sont pratiquement symétriques et sont vêtus d'une longue tunique blanche et sont chaussés de sandales. De l'index de la main, ils montrent l'Arche d'alliance. Deux grandes ailes largement déployées épousent jusqu'à mi-hauteur le contour des nimbes.

Une large bande polychrome borde la mosaïque avec de grands octogones. Le bas est occupé par un cartouche bleu avec une inscription en lettres d'argent.

La réalisation

On peut admettre que les matériaux de Ravenne qui sont utilisés pour la décoration de Germigny sont prélevés sur la chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle. L'étude du dessin et de la technique de la mosaïque de Germigny dans ses parties originales permet d'affirmer qu'elle est l'œuvre d'un mosaïste byzantin. Il y avait parmi eux autant de représentants du mouvement iconoclaste que de fervents iconophiles.

Le mosaïste dispose de tesselles de smalt (verre) bleu cobalt, bleu ciel, vert bouteille, gris vert, jaune crème et noir. Pour les tesselles or et argent, la feuille métallique est appliquée sur un support vitré de couleur vert bouteille, puis protégé par une mince lamelle de verre transparent. Pour les restaurations, elles sont remplacées par des plaques de porcelaine dorée.

Pour trouver des tesselles or et argent de la dimension de celles de Germigny, il faut se référer à Ravenne, au portrait de Justinien de la basilique Saint-Vital. Le support vert se rencontre à Ravenne et dans les déblais d'Aix-la-Chapelle.

La symbolique

C'est la seule mosaïque byzantine de France avec deux anges qui entourent l'Arche d'alliance et cette scène s'inspire à l'évidence de mosaïques de la basilique Saint-Vital de Ravenne (Italie).

Cette représentation est particulièrement intéressante par les liens étroits qu'elle entretient avec la crise iconoclaste qui sévissait à l'époque de sa réalisation.

La mosaïque occupe dans l'église la place que la tradition byzantine réserve aux images de la Vierge Marie trônant, le Christ sur ses genoux, et entourée de deux anges, l'un à droite et l'autre à gauche. Ces deux anges signifient le caractère divin de celui qu'ils entourent.