Henry Morgan (Harri Morgan en gallois) est un corsaire gallois né vers 1635 et mort le .

Ses origines exactes sont inconnues, tout comme la manière dont il arrive dans les Caraïbes. Muni d'une lettre de marque fournie par le gouverneur de la Jamaïque Thomas Modyford, il s'illustre dans la deuxième moitié des années 1660 par une série d'attaques contre les positions espagnoles dans la région. Il pille Puerto del Principe, sur l'île de Cuba, en 1667, puis Porto Bello, au Panama, en 1668, les rives du lac de Maracaibo, au Venezuela, en 1669, et la ville de Panamá en 1671. Ces expéditions lui rapportent une fortune qu'il utilise pour acheter plusieurs plantations en Jamaïque.

En 1672, Morgan est arrêté et envoyé à Londres dans un contexte d'apaisement des relations anglo-espagnoles. Il conserve cependant la faveur du roi , qui le fait Knight Bachelor en 1674 et le renvoie en Jamaïque comme gouverneur adjoint de l'île. Il assure à plusieurs reprises le gouvernement de l'île par intérim au cours des années qui suivent, mais ses rivaux politiques obtiennent son exclusion des affaires en 1683. Il rentre en grâce peu avant sa mort, en 1688.

L'image posthume de Morgan est très influencée par son ancien compagnon Alexandre-Olivier Exquemelin, qui le dépeint sous un jour très sombre dans son Histoire d'avanturiers qui se sont signalez dans les Indes. Il reste l'un des plus célèbres pirates des Caraïbes et sa vie a inspiré plusieurs romans et films.

Contexte

Les Caraïbes du offrent plusieurs opportunités de s'enrichir rapidement pour les jeunes hommes. La culture du sucre exige des investissements considérables pour que son exportation soit rentable, mais le commerce et le pillage des richesses espagnoles constituent d'autres possibilités pour les gens de basse extraction. Les corsaires sont des marins ayant reçu des lettres de marque du gouvernement de leur pays qui les autorise à s'en prendre aux navires et aux biens d'États ennemis.

Biographie

Origines

Les origines de Henry Morgan (Harri Morgan en gallois) sont nébuleuses. Il est natif de Llanrumney ou de Pencarn, deux villages du pays de Galles méridional situés entre Cardiff et Newport, dans le comté historique du Monmouthshire. Il déclare sous serment être âgé de en , ce qui situerait sa naissance vers 1635. Bien que son testament mentionne des membres éloignés de sa famille, l'identité de ses parents est inconnue ; son père pourrait être un fermier nommé Robert Morgan. De son propre aveu, il quitte l'école à un jeune âge et manie « davantage la pique que le livre ».

La manière dont Henry Morgan arrive dans les Caraïbes est inconnue. Il pourrait avoir fait partie de l'expédition (Western Design) envoyée par Oliver Cromwell sous les ordres de Robert Venables en 1654 ou avoir payé son voyage en travaillant comme apprenti auprès d'un coutelier pendant trois ans. D'après Richard Browne, qui travaille comme chirurgien aux côtés de Morgan en 1670, il se serait rendu dans les Antilles peu après la prise de la Jamaïque par les Anglais en 1655 en tant que « libre gentilhomme ». Une dernière possibilité serait qu'il ait été enlevé enfant à Bristol pour être vendu comme esclave à la Barbade.

Débuts comme corsaire

Morgan fait probablement partie des corsaires dirigés par Christopher Myngs qui mènent des raids sur les villes espagnoles des Antilles et d'Amérique centrale au début des années 1660. Bien que les deux pays soient en paix depuis la fin de la guerre anglo-espagnole de 1654-1660, le roi demande au gouverneur de la Jamaïque Thomas Hickman-Windsor de continuer à presser les Espagnols militairement pour consolider la présence anglaise dans la région. Lorsque la flotte de Myngs attaque Santiago de Cuba et pille Campeche en 1663, Morgan est vraisemblablement le capitaine d'un de ses navires.

Thomas Modyford est nommé gouverneur de la Jamaïque en . Il est censé réduire les activités des corsaires et émet une proclamation en ce sens le , mais des considérations économiques l'incitent à faire marche arrière avant la fin du mois. La Jamaïque sert de base arrière à environ et les liquidités qu'ils y ramènent sont vitales pour l'économie locale, les plantations étant encore en plein développement. Ainsi, Modyford est agréablement surpris lorsque Henry Morgan, et rapportent un butin considérable d'une expédition de pillage en Amérique centrale à Port Royal en . Les faits et gestes de Morgan au cours des deux années qui suivent ne sont pas documentés dans les sources d'époque, à l'exception de son mariage avec sa cousine Mary Morgan, fille d'Edward Morgan, le gouverneur adjoint de la Jamaïque. Célébré au début de 1666 à Port Royal, ce mariage permet à Henry Morgan d'entrer dans les hautes sphères de la société jamaïcaine.

D'après , Morgan passe l'année 1666 comme second du capitaine Edward Mansvelt. Celui-ci a reçu une lettre de marque pour attaquer l'île hollandaise de Curaçao, mais il choisit de ne pas attaquer Willemstad, la principale ville de l'île, soit parce qu'elle est trop bien défendue, soit parce que les perspectives de butin sont trop minces, et il préfère s'en prendre à Cartago, capitale du Costa Rica espagnol. En revanche, Jan Rogoziński et Stephan Talty estiment que Morgan ne quitte pas la Jamaïque en 1666 et qu'il prend en charge la milice de Port Royal et la défense de l'île en supervisant les premières étapes de la construction de . C'est en tout cas vers cette date qu'il fait l'acquisition de sa première plantation en Jamaïque.

Le sac de Puerto del Principe (1667)

vignette|redresse|Le sac de Puerto del Principe.

Les relations diplomatiques entre l'Angleterre et l'Espagne se dégradent en 1667. L'éventualité d'une invasion de la Jamaïque pousse Modyford à faire appel à des corsaires contre les Espagnols. Morgan reçoit ainsi une lettre de marque l'autorisant à capturer des sujets espagnols pour en apprendre davantage sur leurs desseins vis-à-vis de l'île. Titré amiral, il rassemble dix navires et en , rejoints ensuite par deux navires et venus de l'île de la Tortue.

Si Morgan peut attaquer des navires espagnols en mer, sa lettre de marque ne l'autorise pas à s'en prendre à des cibles sur la terre ferme. Néanmoins, de telles attaques seraient plus lucratives pour lui dans la mesure où il n'aurait pas à en partager le butin avec les autorités. Elles seraient en outre justifiées s'il fournit des preuves d'une éventuelle attaque espagnole. Morgan envisage dans un premier temps d'attaquer La Havane, mais elle est trop bien défendue. Il se rabat sur Puerto del Principe (Camagüey), à à l'intérieur des terres. Morgan et ses hommes pillent la ville, mais récoltent un butin moindre que ce qu'ils espéraient. Morgan justifie après coup l'attaque de Puerto del Principe en affirmant avoir des preuves que les Espagnols envisageaient d'attaquer les possessions anglaises.

La prise de Porto Bello (1668)

Après le partage du butin de Puerto del Principe, Morgan annonce qu'il compte attaquer Porto Bello, au Panama, l'une des plus grandes villes espagnoles d'Amérique centrale, située sur une grande route commerciale entre les colonies espagnoles et la métropole. Du fait de son importance économique, elle est protégée par deux forteresses au niveau du port et une troisième dans la ville même. Mécontents du partage du butin et de l'exécution d'un des leurs, ordonnée par Morgan à la suite d'une rixe ayant causé la mort d'un marin anglais, les de son équipage quittent la flotte pour rentrer sur l'île de la Tortue.

Après une escale à Port Royal, Morgan prend la direction de Porto Bello. Il jette l'ancre au large du port le et transfère ses hommes dans pour rejoindre la côte à la rame. Ils débarquent à de leur cible et marchent jusqu'au premier fort, qu'ils atteignent une heure avant l'aube. Il leur faut peu de temps pour s'emparer des trois forteresses et de la ville. Les corsaires n'ont à déplorer que et . L'attaque témoigne des talents de Morgan comme commandant militaire.

D'après l'Histoire d'avanturiers qui se sont signalez dans les Indes d'Alexandre-Olivier Exquemelin, Morgan se sert de moines et de religieuses comme boucliers humains pendant l'assaut sur le troisième fort de Porto Bello. Lorsque son livre est traduit en anglais, Morgan lui intente un procès en diffamation qu'il remporte. Ce passage disparaît des éditions ultérieures de la version anglaise du livre.

thumb|Morgan à Portobelo.

Morgan et ses hommes occupent Porto Bello pendant un mois. La ville est pillée de fond en comble et les corsaires ont vraisemblablement recours à la torture pour que les citadins avouent leurs cachettes, mais aucun témoignage de première main ne vient confirmer les histoires de viols et de débauche rapportées par Exquemelin. Morgan écrit à Don Agustín, gouverneur intérimaire du Panama, pour réclamer une rançon de en échange de la ville. Don Agustín tente de la reprendre par la force, mais son armée de est repoussée par les corsaires. Il parvient à négocier une rançon de seulement .

Une fois la rançon versée, Morgan rentre à Port Royal avec un butin estimé entre et , soit davantage que les revenus annuels de l'agriculture jamaïcaine ou près de la moitié de celle des exportations de sucre barbadiennes. Chaque membre de son équipage reçoit , cinq ou six fois le salaire annuel moyen d'un marin de l'époque. 5 % du butin reviennent à Morgan et 10 % à Modyford. Celui-ci écrit à Londres qu'il a « réprimandé » Morgan pour avoir outrepassé les limites de sa lettre de marque, mais ni le gouverneur, ni le corsaire ne reçoivent de blâme officiel et Morgan est considéré comme un héros national dans son pays natal.

L'attaque sur le lac de Maracaibo (1669)

Morgan ne s'attarde pas à Port Royal et repart dès le mois d' avec dix navires et vers le point de rendez-vous de l'Île-à-Vache. Il compte attaquer Carthagène des Indes, la plus grande et la plus prospère des villes espagnoles sur le continent. En décembre, sa flotte est rejointe par lOxford, une ancienne frégate de la Royal Navy envoyée à Port Royal pour la défense de la Jamaïque. Molyford l'envoie à Morgan, qui en fait son vaisseau amiral. Le , alors qu'il préside une réunion de tous ses capitaines à bord de lOxford, une étincelle dans les réserves de poudre détruit le navire et cause la mort de plus de . Morgan et les capitaines assis de son côté de la table sont projetés à l'eau et survivent, mais les quatre capitaines assis de l'autre côté sont tous tués.

La perte de lOxford met un terme au projet d'attaque sur Carthagène. L'un des capitaines français au service de Morgan le convainc de se tourner vers les villes de Maracaibo et , sur le lac de Maracaibo, qui ont déjà été pillées par François l'Olonnais deux ans plus tôt. Entre-temps, les Espagnols ont édifié la pour défendre l'entrée du lac, mais sa garnison se limite à neuf hommes. Morgan et ses hommes débarquent sur la plage, couverts par le feu du navire amiral, la Lilly, et s'emparent sans coup férir de la forteresse, désertée par ses défenseurs. Ces derniers ont allumé une mèche pour faire sauter les barils de poudre, mais Morgan s'empresse de l'éteindre. Les corsaires neutralisent les onze canons de la forteresse pour qu'ils ne puissent pas être utilisés contre eux à leur retour.

Les habitants de Maracaibo ayant été prévenus par la garnison de San Carlos, Morgan trouve la ville presque déserte à son arrivée. Les corsaires la pillent pendant trois mois et torturent les citadins qui tombent entre leurs mains pour leur faire avouer leurs cachettes. Morgan fait ensuite voile vers le sud et Gibraltar, dont les habitants refusent de se rendre. Le tir de barrage des canons de la ville tient les corsaires à distance. Il jette l'ancre au large et fait débarquer ses troupes par canoë. Leur assaut ne rencontre qu'une opposition limitée, la population ayant fui dans la jungle. Il passe cinq semaines à Gibraltar et ses hommes ont à nouveau recours à la torture pour accroître leur butin.