est un film documentaire américano-canado-allemand du réalisateur Michael Moore, sorti dans les salles aux États-Unis le .

Ce film a obtenu le Prix du du festival de Cannes 2002, l'Oscar du meilleur film documentaire et le César du meilleur film étranger. Film controversé, il a reçu autant de louanges que de blâmes, que ce soit pour son genre (documentaire-fiction) ou le genre dans lequel il se présente.

Synopsis thumb|Dessin de Carlos Latuff représentant Michael Moore provoquant en duel Charlton Heston (représentant le lobby des armes par le biais de la NRA). Ce film est un documentaire critique de la société américaine qui tente de répondre à cette question : « Pourquoi le nombre d'homicides par arme à feu est-il proportionnellement plus élevé aux États-Unis que dans les autres pays ? ». Le titre fait référence à la fusillade du lycée Columbine à Littleton (Colorado) en 1999 où 12 lycéens et un professeur sont assassinés par deux de leurs camarades.

Le titre Bowling for Columbine provient de la dernière phrase prononcée par Michael Moore dans le film, qui précise que les auteurs du massacre, Eric Harris et Dylan Klebold, ont joué au bowling de à du matin la veille de l'attaque. Une enquête ultérieure indique que ce fait n'est pas authentique.

En réponse à la tuerie de Newtown, Michael Moore promeut la diffusion large d'une version pirate de son documentaire sur YouTube "Michael Moore encourage le piratage de Bowling For Columbine", Numerama, 17 décembre 2012.

Fiche technique

Titre : Bowling for Columbine Réalisation : Michael Moore Scénario : Michael Moore Tournage : Brian Danitz & Michael McDonough Montage : Kurt Engfehr Musique Originale : Jeff Gibbs Chef Documentaliste : Carl Dean Monteur associé : T. Woody Richman Animation : Harold Moss Son : Francisco Latorre et James Oemer Cadreurs : Brian Danitz et Michael McDonough Directeur de Production : Tia Lessin Coordination : Rheya Young Producteur Délégué : Siobhan Oldham Coproducteur et chef monteur : Kurt Engfehr Producteur exécutif : Wolfram Tichy Producteurs : Charles Bishop & Michael Donovan Produit par Kathleen Glynn & Jim Czarnecki Production : Salter Street Films, VIF 2 et Dog Eat Dog Films Société de distribution : Alliance Atlantis Communications, United Artists Budget : 4 millions de dollars Pays de production : , , Langue : anglais Genre : Documentaire Durée : 114 minutes Dates de sortie en salles : France : (première au Festival de Cannes) États-Unis : (Festival du film de Telluride) France : États-Unis : (sortie limitée)

Distribution

Michael Moore (VF : Bruno Abraham-Kremer) : lui-même Charlton Heston : lui-même Marilyn Manson : lui-même Matt Stone : lui-même Dick Clark : lui-même George W. Bush : lui-même

Messages véhiculés par le film

Message dans le film Dans ce film Michael Moore essaye de transmettre son point de vue sur le contrôle des armes à feu aux États-Unis. Selon lui, le système est défaillant. Pour développer cette idée, Michael Moore utilise plusieurs stratagèmes cinématographiques qui font appel aux émotions ainsi qu’à la réflexion, laissant penser « qu'il y a 100 fois plus de meurtres par balles aux États-Unis qu'ailleurs ». Moore ensuite donne des statistiques accablantes : les États-Unis sont nettement au-dessus de tous les autres pays occidentaux au niveau de la violence par arme à feu avec 11 127 tués par an.

Pour rentrer dans le vif du sujet qui est la violence, Michael Moore fait le choix de diffuser de nombreuses vidéos d’archives de conflits armés à laquelle la politique des États-Unis est liée, sinon directement responsable par sa politique d'ingérence, à travers la realpolitik. Sur fond de What a Wonderful World, il aborde : le renversement de Mohammad Mossadegh, le coup d'État au Guatemala en 1954, l'arrestation et assassinat de Ngô Đình Diệm, la guerre du Viêt Nam, le coup d'État au Chili en 1973, les bombardements en Irak ; ainsi que le soutien à la dictature militaire du Salvador, aux moudjahidines durant la guerre d'Afghanistan, aux Contras, à l'Irak et à l'Iran malgré la guerre qui les opposent, à Manuel Noriega.

Ces images sont appuyées par des chiffres sur les nombres d’actes de violence par arme à feu dans différents pays, par année.

Dans un autre registre de dénonciation, Michael Moore explique sous les traits d’un dessin animé l’origine, selon lui, de l’obsession pour les armes à feu chez les Américains. Il développe donc dans ce passage l’idée que les États-Unis d’Amérique ont toujours eu une histoire violente (guerre d’Indépendance, les guerres de territoires contre les Amérindiens, les Guerres mondiales, etc.), et que ce climat de peur est toujours entretenu par les jeux vidéo, mettant en scène l’armée américaine notamment, ou encore par la télé et le cinéma (films d'action, de guerre). Il dénonce ainsi les médias de masses pour propager une ambiance anxiogène avec des sous-entendus que les afro-américains seraient plus violents.

Pour appuyer ses propos, Moore fait appel à différentes personnes qu’il juge utile d’interviewer. C’est le cas de l’artiste Marilyn Manson. Le réalisateur a voulu en savoir plus sur les nombreuses critiques qui le touchaient après la fusillade de Columbine. En effet, sa musique était qualifiée comme un des facteurs responsables de cette tragédie puisqu’un des criminels portait un t-shirt et du maquillage similaires à ce que l’artiste porte sur scène. Manson partage l’avis de Moore sur l’idée du climat de peur et explique que la peur sert même de moyen pour pousser à la consommation, et utilise l’exemple de marque comme Colgate en disant « if you have a bad breath, they (people) are not going to talk to you » (« si tu as une mauvaise haleine, ils (les gens) ne vont pas venir te parler »). Pour marquer cette dépendance aux armes à feu, Moore fait appel à Charlton Heston, président de la NRA (National Rifle Association of America), soit l’association principale des armes à feu aux États-Unis. Carreteiro et Enriquez expliquent que chaque fois qu’Heston prend la parole à la suite de drames, comme après la fusillade de Columbine, c’est pour défendre le fait que ce ne sont pas les armes le problème, « comme pour nier ce qu’il s’est passé ». Quand Moore interpelle ce dernier pour lui poser des questions, celui-ci explique que le droit de port d’armes est un droit américain, et que ces derniers ne devraient pas pouvoir se le faire retirer. Il dit plus tard : « I have only five words for you: from my cold dead hands! », qui signifie dans son contexte « Vous me retirerez mes armes lorsque je serai mort ! ».

Moore interview aussi Matt Stone, cocréateur de South Park ayant grandi à Littletown, ville voisine de Columbine. Il dit explicitement : « Yeah, Columbine, it's just, you know, a crappy school in the middle of a bunch of crappy houses » (« Oui, Columbine c'est juste, vous savez, une école merdique au milieu de maisons merdiques »), appuyant l’idée de climat de peur énoncé.

James Nichols est le frère de Terry Nichols, celui qui a perpétré l’attentat d’Oklahoma en 1995. Michael Moore l’a interviewé pour son documentaire afin de mettre en avant son point de vue sur les armes, sachant qu’il a tout ce qu’il faut chez lui pour créer des bombes. James Nichols a attaqué Michael Moore en justice en justifiant par la diffamation d’informations. James Nichols affirme que le réalisateur a falsifié ses commentaires lors de son entrevue. Ses opinions politiques extrêmes lui ont valu des messages de haine. Dans le documentaire, il explique qu’il détient une arme à feu puisque c’est un droit constitutionnel, mais Michael Moore se défend en disant qu’avoir une arme qui est un droit, et qu’une arme comprend aussi l’arme nucléaire.

Moore utilise plusieurs procédés cinématographiques, comme des archives publicitaires, des discours donnés, ou encore des images de caméras de surveillance. Par ce moyen, il met en avant l’argumentaire des politiques et de la NRA défendant la cause des armes en rejetant la faute sur les jeux vidéo, les films violents, et la musique de Marilyn Manson. Moore essaye dans son documentaire de contrer cette idée, grâce à l’interview avec le chanteur, mais aussi en prenant des images d’archives où Charles Heston revient après une fusillade aux États-Unis pour donner des discours pro-armes malgré le malheureux événement qui le pousse à venir.

Message hors du film Récompensé à de nombreux festivals, notamment le Festival de Cannes et la cérémonie des Oscars, Moore est interviewé à de nombreuses reprises pour parler de son film. Lors de ces interviews, ce dernier développe son point de vue sur son œuvre.

Lors d’une interview donnée au magazine Popmatters en 2002, Moore déclare à propos du « climat de peur » que ce n’est pas une relation A et B, mais que ça s’apparente plus à un entremêlement de nombreux facteurs (un tissage, « weave »). Il appuie ses propos en explicitant que dans un rayon de 2 heures autour de Littletown (fusillade de Columbine), on peut compter un lieu de création d’armes à destruction massive, des accusés de l’attentat d'Oklahoma City, ou encore la milice du Michigan. Selon lui, ce n’est pas une coïncidence. Cette idée fait écho à différents passages de l’œuvre, notamment quand on reprend les mots de Matt Stone dans le film quand il synthétisait le fait que Littleton avait une ambiance étrange.

Interviewé par L'Express le , Moore avoue que son film est « un moyen d’incitation à l’action politique ». Comme Christensen l‘appuie, la renommée de ce réalisateur a le bénéfice d’appuyer ses ventes, mais aussi l’action politique que ce film va engendrer. Lors de cette interview, il explique que les attentats du étaient arrivés pendant le tournage. Il dit : « ces attentats m’ont donné l’assurance que j’étais sur la bonne voie. Je parlais de notre culture de la violence, des gens qui se tuent les uns les autres et de la façon dont nous « exportons » ces meurtres dans le monde entier ».

Comparaison au Canada Le réalisateur va vouloir comparer à travers les chiffres le taux de criminalité par les armes à feu au Canada. La réponse ne peut être la législation sur les armes à feu. D'ailleurs, Moore lui-même n'y voit rien. La criminalité baisse aux États-Unis malgré des achats massifs d'armes de toutes sortes. Au Canada, il y avait moins d'homicides dans les années 1950 et 1960 alors que la législation sur les armes à feu était quasiment inexistante.. Il dit par exemple qu'au Canada, il y a aussi des amateurs et collectionneurs d'armes à feu, que les Américains ont accès aux mêmes films violents, aux mêmes jeux vidéo, à la même musique. Moore se demande alors ce qui est si différent entre les Canadiens et les Américains. Pour répondre à cette question, il fait une énumération de divers facteurs exploités pour générer la peur, dont la prétendue peur des Blancs pour les Noirs. Il répondra en disant que toute cette différence vient de l’histoire du Canada et des États-Unis.

« A Brief History of the United States »