Une conversion linguistique est un processus dans lequel les membres d'une communauté abandonnent progressivement une langue au profit d’une autre. L’avancement à un instant donné de la conversion peut être mesuré par le pourcentage de la population qui parle plus fréquemment la nouvelle langue parmi ses proches, "à la maison".
Le processus par lequel une communauté linguistique acquiert une seconde langue, devient bilingue, puis n'utilise plus que la seconde, est un phénomène d'assimilation culturelle. .
Exemples France En Alsace, l’alsacien (réalité linguistique constituée de dialectes germaniques, alémaniques et franciques) a perdu sa position de langue utile au profit du français, pour plusieurs raisons, notamment la délégitimation, au lendemain de l'annexion de fait par le Troisième Reich, de l'allemand comme idiome littéraire (usité notamment, à côté du français, par les églises et jusqu'aux années 1930 par un fort courant intellectuel, pas nécessairement francophobe), un exode rural important, et les (Occitanie, Gascogne, Bretagne, Flandre, Roussillon, Corse…).
Amérique du Nord Calvin Veltman a beaucoup écrit sur le processus de changement de langue ayant eu lieu chez une douzaine de minorités linguistiques aux États-Unis, notamment dans son livre de 1983 intitulé Conversion linguistique aux États-Unis (Language shift in the United States). Cet ouvrage s'appuie sur les données de l’étude du bureau de recensement de 1976 qui montrent que l’avancement de la conversion et le taux d’assimilation s’est accéléré dans le pays durant les cinquante années précédentes. Les immigrants hispanophones deviennent anglophones en deux générations et si l’immigration cessait, la langue ne survivrait alors pas plus de deux générations. En Nouvelle-Angleterre, le français québécois, largement parlé par les immigrants canadien-français au début du , a plus ou moins disparu des États-Unis au profit de l’anglais. Un phénomène similaire s’est également produit en Louisiane, ancienne colonie française. Les données publiées dans le livre de McKay et Wong intitulé « les nouveaux immigrants aux États-Unis » (New immigrants in the United States) confirment ces phénomènes en s’appuyant sur les données du recensement de 1990.
Ce phénomène a également été observé au Canada en dehors du Québec où l’avancement de la conversion des minorités francophones laisse imaginer la disparition du français. En revanche, dans la province de Québec, le déclin du français a été renversé, et après de fort taux d'émigration des anglophones et de nombreux mariages avec les Canadiens francophones, l’anglais est maintenant en déclin.
Biélorussie Malgré l’indépendance de la Biélorussie (1991), l’utilisation de la langue biélorusse est en déclin. Une étude menée en 2009 par le gouvernement du pays démontre que 72 % des Biélorusses parlent désormais russe à la maison, alors que seuls 11,9 % continuent d’utiliser la langue biélorusse. Seuls 29,4 % peuvent écrire, lire et parler biélorusse. Selon l’étude, un Biélorusse sur dix ne comprend pas le biélorusse.
Le déclin pourrait être attribué en partie à la politique du bilinguisme (biélorusse et russe) menée par le président Alexandre Loukachenko. Favorisée sous l’Empire russe et l’URSS, la langue russe continue à gagner du terrain.
Wallonie et Bruxelles Bruxelles, voir : Francisation de Bruxelles.
Wallonie : le wallon était la langue la plus parlée en Belgique romane jusqu'à la Première Guerre mondiale. Depuis, son usage dans la vie quotidienne s'est largement réduit au profit du français, qui est devenu la principale langue de la Wallonie.
Haïti Au cours de la période coloniale du au , les populations serviles ont graduellement abandonné leurs langues maternelles d'origine au profit du créole haïtien.
Irlande
Maghreb
Mandchourie Le mandchou, langue appartenant à la famille des langues toungouses, était à l'origine celle des Mandchous. Elle fut également la langue nationale de la dynastie Qing « Manchu Language », sur oxfordre.com qui régna sur la Chine de 1644 à 1912. Aux , le mandchou cessa progressivement d'être une langue vernaculaire dans de nombreuses régions où il était auparavant parlé et lors de la chute de la dynastie Qing en 1912, la plupart des Mandchous, sinisés, ne parlaient déjà plus leur langue.
La langue mandchoue était presque éteinte au début du : sur une population d'environ 11 millions de Mandchous, une centaine d'individus seulement parlaient couramment le mandchou et on ne recensait plus que 20 locuteurs natifs en 2007, vivant pour la plupart dans un village isolé du nord-est de la Chine, « Manchus », sur factsanddetails.com, dans la province du Heilongjiang.
Philippines Aux Philippines, après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’anglais a progressivement remplacé l’espagnol qui a finalement disparu de la vie quotidienne.
Sardaigne
Contrairement à l'île voisine de CorseToso, Fiorenzo. Lo spazio linguistico corso tra insularità e destino di frontiera, Università di Udine (France) et la péninsule italienne, où l'italien était la langue officielle partagée par les différentes élites locales depuis le Moyen Âge tardif, l'italien a été officiellement introduit en Sardaigne, au détriment de l'espagnol et du sarde (une langue romane insulaire), seulement en 1760 et 1764 par la maison de Savoie alors au pouvoirBolognesi, Roberto (1998). The Phonology of Campidanian Sardinian: A Unitary Account of a Self-Organizing Structure. Holland Academic Graphics S'italianu in Sardìnnia , Amos Cardia, IskraBolognesi, Roberto; Heeringa, Wilbert. Sardegna fra tante lingue, pp.25, 2005, Condaghes. En fait, la composition linguistique complexe des îliens, jusqu'alors étrangère à l'italien et à sa sphère culturelle, était couverte par l'espagnol comme langue de prestige de la classe supérieure ; en raison d'un processus politique visant à promouvoir la langue et l'identité italienne parmi les Sardes, passés sous administration piémontaise, l'italianisation, bien que difficile, était conçue comme une politique culturelle permettant aux structures sociales et économiques de l'île de s'imbriquer de plus en plus avec le continent et expressément le Piémont, où se trouvait le pouvoir central du Royaume. La Fusion parfaite de 1847, réalisée dans une optique assimilationnisteSelon Pietro Martini, qui a été à l'avant-garde de la cause et est devenu l'un de ses principaux représentants, la fusion a peut-être ouvert la voie à "la transplantation, sans aucune réserve ni obstacle, de la culture et de la civilisation de l'Italie continentale en Sardaigne, et ainsi former une seule famille civile sous un Père mieux qu'un Roi, le grand Charles Albert". (Pietro Martini (1847). Sull’unione civile della Sardegna colla Liguria, col Piemonte e colla Savoia. Cagliari: Timon. p. 4.) et politiquement analogue aux Actes d'Union entre la Grande-Bretagne et l'Irlande, a déterminé le moment conventionnel à partir duquel la langue sarde a cessé d'être considérée comme un marqueur d'identité d'un groupe ethnique spécifique, et a été au contraire mise dans le même panier que le conglomérat dialectal du continent déjà subordonné à la langue nationale« …la ‘lingua della sarda nazione’ perse il valore di strumento di identificazione etnica di un popolo e della sua cultura, da codificare e valorizzare, per diventare uno dei tanti dialetti regionali subordinati alla lingua nazionale.» Dettori, Antonietta, 2001. Sardo e italiano: tappe fondamentali di un complesso rapporto, in Argiolas, Mario; Serra, Roberto. Limba lingua language: lingue locali, standardizzazione e identità in Sardegna nell’era della globalizzazione, Cagliari, CUEC, p. 88. Le juriste italien Carlo Baudi di Vesme, dans son essai de 1848 intitulé Considerazioni politiche ed economiche sulla Sardegna, a déclaré que le sarde était l'une des barrières les plus importantes séparant les îliens du continent italien, et que seule la suppression de leurs dialectes pouvait leur permettre de comprendre les instructions gouvernementales, émises en italien, et de devenir des sujets adéquatement "civilisés" du Royaume.
Cependant, ce n'est qu'avec la montée du fascisme que le sarde a été activement interdit et/ou exclu de toute activité culturelle résiduelle pour imposer un changement complet vers l'italien«Dopo pisani e genovesi si erano susseguiti aragonesi di lingua catalana, spagnoli di lingua castigliana, austriaci, piemontesi ed, infine, italiani [...] Nonostante questi impatti linguistici, la "limba sarda" si mantiene relativamente intatta attraverso i secoli. [...] Fino al fascismo: che vietò l'uso del sardo non solo in chiesa, ma anche in tutte le manifestazioni folkloristiche.» De Concini, Wolftraud (2003). Gli altri d'Italia : minoranze linguistiche allo specchio, Pergine Valsugana : Comune, p.195-196.«Il ventennio fascista – come ha affermato Manlio Brigaglia ‒ segnò il definitivo ingresso della Sardegna nel “sistema” nazionale. L’isola fu colonialisticamente integrata nella cultura nazionale: modi di vita, costumi, visioni generali, parole d’ordine politiche furono imposte sia attraverso la scuola, dalla quale partì un’azione repressiva nei confronti dell’uso della lingua sarda, sia attraverso le organizzazioni del partito.»" Garroni, M. (2010). La Sardegna durante il ventennio fascista.