La Somme (Prononciation en français standard retranscrite phonémiquement selon la norme API. ; en picard : Sonme.) est un département français situé dans la région Hauts-de-France. Son nom provient de la Somme, le fleuve traversant son territoire. Formant auparavant, avec l'Aisne et l'Oise, l'ancienne région Picardie, il constitue donc depuis 2016, avec les deux départements du Nord-Pas-de-Calais, la région Hauts-de-France.
L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et La Poste lui attribuent le code 80. La préfecture et la plus grande ville de ce département est Amiens. Les autres villes principales sont Abbeville, Albert et Péronne. Avec ses en , il est le le plus peuplé du pays.
Gentilé Depuis le , les habitants de la Somme s'appellent les « Samariens », en référence au fleuve qui donna son nom au département, la Somme, dont le nom gaulois était Samara.
Ce gentilé était auparavant largement utilisé mais n'est devenu officiel qu'après un sondage réalisé par le conseil départemental de la Somme sur le site Internet « donnonsnousunnom.fr »Site « Donnons-nous un nom », 2012., à l'issue duquel il a obtenu la majorité et a été adopté.
Avant cette opération, les habitants de la Somme n'avaient tout simplement pas de gentilé reconnu.
Géographie
vignette|300px|Arrondissements et cantons.
Le département de la Somme appartient à la région Hauts-de-France. Avant 2016, il faisait partie de la région Picardie. La Somme est limitrophe des départements du Pas-de-Calais, du Nord, de l'Aisne, de l'Oise et de la Seine-Maritime. Le territoire de la Somme est constitué d'un plateau crayeux couvert de limon parcouru d'est en ouest par le fleuve qui lui a donné son nom et dont l'estuaire (baie de Somme) s'ouvre sur la Manche. Le fleuve côtier est le plus long du nord de la France et compte pour un bassin versant de et un débit de l'ordre de . Son cours terminal est canalisé entre Abbeville et Saint-Valery-sur-Somme.
Les extrêmes du département : Rollot au sud ; Quend au nord ; Mers-les-Bains à l'ouest ; Ronssoy à l'est.
Climat
Le climat picard est tempéré, soumis aux flux d'ouest de la façade maritime. Les précipitations moyennes annuelles sont comprises entre . La façade maritime, plus exposée, reçoit entre par an, mais enregistre des températures les plus clémentes l'hiver (moyenne en janvier d'environ ) et environ de gel contre dans la partie plus continentale. Les températures estivales présentent une moyenne en juillet de environ et les temps pluvieux et frais alternent avec des températures chaudes et sèches.
Géologie Le département fait partie du bassin parisien avec une ouverture sur la Manche.
Dans le bassin parisien Les premiers dépôts du Bassin parisien sont d'âge permien mais ils n'affleurent pas en Picardie. Au Permien, un ensemble de petits bassins recueille les produits dus à l'érosion de la chaîne hercynienne (cf. Massifs armoricain et central). Au Trias, une transgression marine permet les dépôts dans un bassin centré sur la région du Rhin et des Vosges et un bassin anglo-français centré sur la Manche. Leur réunion lors de la grande transgression marine du Jurassique inférieur constitue le bassin de Paris. Les calcaires du Jurassique supérieur de Picardie (-157 à - 145 Ma) sont les plus anciens affleurements (cf. boutonnière du Pays de Bray). La régression marine de la fin du Jurassique supérieur laisse des sédiments calcaires de milieu marin peu profond. Après discordance, des sables grossiers et des argiles se déposent en milieu littoral à continental. Ils appartiennent au faciès wealdien du Crétacé inférieur.
Une série sédimentaire crétacée L'essentiel du substrat géologique de la Somme est d'âge crétacé composé par : le Coniacien supérieur (entre 15 et ) : une craie blanche, parfois en plaquettes avec quelques niveaux de silex et la présence de dendrites de manganèse et une rare macrofaune ; le Coniacien moyen (entre 15 et ) : une craie blanche pauvre en macrofaune, parfois jaunâtre à la base, avec de rares silex noirs, localement à chailles gris jaunâtre très silicifiées ; le Turonien terminal-Coniacien inférieur (30 à ) : une craie blanchâtre à jaunâtre (altérée) contenant de nombreux silex à patine rosée et riches en fossiles (inocérames, échinides, brachiopodes) ; le Turonien supérieur.
De part et d'autre de la Manche, les mêmes falaises (Ault-Onival, Boulonnais, Douvres) sont issues de la même continuité géologique de dépôts de craie du Bassin parisien. La Manche est une mer épicontinentale.
Le Quaternaire Les limons des plateaux, anciens et récents, constituent la couverture géologique supérieure du département. Il s'agit d'une formation superficielle homogène constituée d'un limon lœssique (éolien), beige ou brun-rouge, d'âge quaternaire sur une épaisseur de quelques mètres. Ces limons tapissent les plateaux crayeux alors que les fonds de vallées et de vallons sont généralement occupés par des tourbes et des tufs calcaires.
Le Quaternaire a été le théâtre d'alternance de périodes glaciaires et interglaciaires (sans qu'il y ait de glaciers sur les plateaux et les plaines du Nord et de la Picardie) qui ont façonné les larges modelés des versants et des fonds de vallées. Les dépôts des terrasses alluviales ont été occupés dès - ans par les premiers hommes (voir Cagny, Étricourt-Manancourt) et ont donné naissance à la Préhistoire.
Les lœss constituent la base de la fertilité des sols actuels ; cette qualité de formation superficielle associée à une topographie peu contrastée a permis l'installation en Picardie des populations danubiennes au Néolithique.
Les milieux naturels Les espaces naturels La politique départementale est désormais sensible à la protection des paysages traditionnels dont certains milieux sont issus (pâturage en fond de vallons humides ou sur coteaux calcaires — larris — fosses de tourbage et étangs). Les espaces « naturels » sont reconnus importants pour la préservation de la biodiversité et la richesse des habitats du département (cordons de galets et de dunes, milieux estuariens, falaises mortes et vives, marais, prairies humides, bois et larris), la protection des ressources en eau et des paysages (fonction récréative). Une cinquantaine de sites sont préservés et mis en valeur depuis 1980 (), par une politique de gestion des espaces naturels sensibles en partenariat avec l'Europe, l'État, la Région, le Conservatoire du littoral, l'Agence de l'eau, le SMACOPI (Syndicat mixte baie de Somme – Grand littoral Picard), le Conservatoire d'espaces naturels de Picardie, les collectivités et les usagers (Société Linéenne de Picardie, Picardie Nature, GEMEL : Groupe d'Études des Milieux Estuariens et Littoraux). Ils sont principalement en Picardie maritime, dans la vallée de la Somme, dans le Nord et le Sud amiénois et en haute Somme.
La Baie de Somme
Les dunes du Marquenterre Les dunes du Marquenterre (qui se prolongent dans le département du Pas-de-Calais) représentent un cordon dunaire large de plusieurs kilomètres, coupé par les estuaires de la Somme et de l’Authie.
Les mollières
Les larris
Les « larris » correspondent au terme picard pour les paysages de pelouses des coteaux calcaires. Les versants des vallées orientés au sud ou à l'ouest ont développé, lorsque les sols sont maigres (rendzines) et que le calcaire affleure, une végétation de pelouses calcicoles. Autrefois, les moutons entretenaient une végétation herbacée ; avec la modification des pratiques culturales, les « larris » sont abandonnés et s'embroussaillent selon une dynamique naturelle de conquête de la végétation ligneuse qui entraîne la perte d'une biodiversité particulière de ces milieux ouvertsZNIEFF 220013449 - Larris de la montagne des Grès (INPN)..
Préhistoire vignette|Jacques Boucher de Perthes. vignette|Biface acheuléen de Menchecourt-les-Abbeville, de l'ancienne collection de Boucher de Perthes puis Édouard Lartet ayant figuré à l'Exposition universelle de 1867 (Muséum de Toulouse). vignette|Le musée Boucher-de-Perthes à Abbeville.
Paléolithique vignette|Biface de Saint-Acheul, Amiens.
Le département de la Somme possède un riche patrimoine préhistorique, en particulier paléolithique. Au milieu du , dans la région d'Abbeville, les travaux de Jacques Boucher de Perthes (1788–1868) mettent en lumière la présence d'hommes très anciens et contribuent à la naissance d'une discipline, la Préhistoire (en 1844, sa thèse sur la découverte d'outils d'hommes anciens accompagnés par des restes de mammouth et de rhinocéros est réfutée par l'Académie des sciences)Jacques Bouchet de Perthes, 1847 – « Antiquités celtiques et antédiluviennes ». Ouvrage diffusé en 1849 et il faut attendre 1854 pour que le Dr. Rigollot signale la présence de bifaces dans une nappe alluviale de la Somme.. Les premières trouvailles (cornes de cerf taillées) à la fin du Premier Empire sont celles de Laurent Traullé, présentées par Casimir Picard (cf. des tourbes diluviennes du fond de vallée)Aufrère L., 1936 – Les premières découvertes préhistoriques dans la vallée de la Somme. Bulletin de la Société préhistorique française, 33, 10 : 585–592 : Picard C., 1834–1835 – Notice sur quelques instrumens celtiques en corne de cerf. « Mém. Soc. Em. Abbeville », .Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), Frise chronologique.). Ces premiers temps de la recherche paléolithique sont aussi l'occasion de quelques faux, comme c'est le cas de la mâchoire de Moulin-Quignon (Abbeville) trompant Boucher de Perthes en 1863 ou de faux bifaces fabriqués par des ouvriers carriers. La Première Guerre mondiale marque une phase de ralentissement de cette recherche.
Il existe peu de traces du Paléolithique inférieur au nord de la Loire ; cependant, à la faveur de phases interglaciaires, il y a des incursions puis un peuplement continu vers à et le développement d'une nouvelle culture, l'Acheuléen (Saint-Acheul près d'Amiens) constitue le site qui a donné son nom à l'Acheuléen, Gabriel de Mortillet, 1872), comme l'atteste le célèbre biface d'Homo heidelbergensis. Il y a plus de à , des pré-néandertaliens occupent la région (cf. fouilles des quartiers Saint-Acheul et Cagny)Tuffreau A. (éd.), 1989 – « L'Acheuléen dans l'Ouest de l'Europe ». Actes du colloque de Saint-Riquier, Lille, Publ. du Centre d'étude et de recherche politiques (CERP), 4.Tuffreau A., 2004 – « L'Acheuléen » – De l'« Homo erectus à l'homme de Néandertal », Paris, La maison des roches, 125 pages.Depaepe P., 2009 – « La France du Paléolithique ». Paris, La Découverte, 178 pages. Les nappes alluviales préservées du bassin versant de la Somme s'étagent en terrasses ( - ) et ont livré quantité de données sur les premiers peuplements du Nord de la France dans les sites de Gagny-la-Garenne et Cagny-l'Epinette (vallée de l'Avre)Antoine P., 1989 – « Les terrasses quaternaires du bassin de la Somme ». Étude géologique et géomorphologique. Contribution à la connaissance du paléoenvironnement des gisements paléolithiques. Thèse de l'Université des Sciences et Techniques de Lille Flandres-Artois, 437 pages.. Outre les industries lithiques, des restes de grands herbivores ont été trouvés : aurochs, cerfs, chevaux.
Depuis une quarantaine d'années, les nombreuses fouilles menées dans le bassin de la Somme et plus particulièrement à Cagny, Amiens, Caours et Étricourt-Manancourt constituent une référence pour la préhistoire française et surtout pour l'étude des premiers peuplements en Europe du Nord-Ouest.