Jean-François Legendre-Héral, né le à Montpellier et mort le à Marcilly, est un sculpteur français.
Biographie
Ascendance
Son bisaïeul, Louis, sous Louis XVI était chirurgien major des gardes françaises, chevalier de Saint-Louis. Son aïeul, Marie-Louis François Xavier, lieutenant-commandant du château d'If de la ville de Marseille. Son père Étienne-Louis, sur les conseils et sous le haut patronage d’un proche parent, Richard d’Aubigny, administrateur des hôpitaux de Paris et directeur général des Postes, était entré dans cette dernière administration. Nommé à Montpellier il épouse le la fille d’un de ses collègues, Jeanne Falque. De ce mariage naîtront trois enfants. Un premier fils qui suivit la carrière de son père, une fille et trois ans plus tard Jean-François le futur sculpteur..
Jeunesse
Jean-François naît le dans la maison Caffarel, rue du Courrier à Montpellier.
Devenue veuve dès 1797, sa mère épouse en secondes noces , un musicien. La nouvelle famille s’installe à Lyon à une date inconnue. se comporte en véritable père et décèle chez Jean-François Legendre des dispositions artistiques qu’il encourage. C'est ce dernier qui va lui faire découvrir les arts et lui permettre d'entrer à l'école de dessin de Lyon.
En 1810, Jean-François Legendre-Héral commence donc ses études artistiques à l’École spéciale des arts de dessin de Lyon, future École des beaux-arts. Il se fait vite remarquer Il s’oriente vers la sculpture et devient alors élève de Joseph Chinard. À la fin de sa première année il obtient un prix avec la mention honorable, et un second l’année suivante. À la mort de Chinard en , il devient élève de Joseph-Charles Marin (grand prix de sculpture de 1812). En 1815, Legendre-Héral reçoit le premier prix de sculpture de l'école.
Lors de sa formation, il réalise un Epaminondas, mourant, arrachant le javelot de la plaie (1813), une petite statue d' Amour endormi (1814), un Narcisse se mirant dans l'eau (1815) et une figure d' Hébé (1815). Il réalise également des plâtres qui ont orné les portiques du musée et ont été brisés par la suite.
Carrière
Lyon vignette|gauche|gravure d'après Jacomin, publié dans La Semaine des familles, 1863-1864.
Les débuts et la première reconnaissance : 1817-1819 Il expose pour la première fois en 1817 des plâtres à Paris, Amour endormi, Hébé, Narcisse se mirant dans l’eau, qu'il signe en accolant le nom de son beau-père au sien. Ce choix qu'il conserve par la suite vient peut-être d'une affection particulière pour ce dernier, ou pour se démarquer d'un autre artiste contemporain : Louis-Félix Legendre.
En 1818, son maître Marin démissionne. Fait peu ordinaire, le jeune homme alors âgé de 23 ans et à peine sorti de l’École est appelé à prendre la place de son maître. Il est nommé professeur de sculpture par décret royal délivré par le maire de Lyon, le baron Rambaud le . Jean-Marie Bonnassieux et Hippolyte Flandrin seront ses élèves. Il dispose alors d'un traitement de 2400 francs.
Dès l’année suivante, Legendre-Héral expose à Paris au Salon du Louvre de 1819 un Jeune Lutteur qui lui vaut la médaille d’or. Toutefois la critique ne l’épargne pas et un salonnier du Moniteur universel se demande si certaines parties ne sont pas moulées d’après nature.
Années de formation : 1819-1824 La classe de sculpture attire difficilement ses élèves par manque de vente d’œuvres d’art et par l’insuffisance des débouchés, en 1813, il n'y a que 6 élèves de sculptures, et en 1819, un seul. Legendre-Héral sollicite donc un congé pour se rendre à Paris et à Rome afin de se perfectionner. Le maire de Lyon, le baron Rambaud et le préfet du Rhône, Lezay-Marnesia, obtiennent du duc Decazes, ministre de l’Intérieur que Legendre-Héral puisse partir pour deux ans. Le voyage est aux frais de la ville mais en échange, le sculpteur s’engage à professer pendant dix ans et à réaliser deux commandes en marbre pour le musée de la Ville.. Ces deux œuvres seront Léda et Eurydice. Eurydice fut envoyée au Salon de 1822 et le gouvernement en commanda une réplique pour le musée des Beaux-Arts de Bordeaux. Durant son voyage à Rome, il est en compagnie de Victor Orsel et Pierre-Narcisse Guérin.
Il expose au Salon sa Léda en 1820 et son Eurydice en 1822. dans les deux cas, des critiques, dont Pradier et le baron Bosio, l'accusent de mouler ses statues sur nature. Un ami, Henri Orsel, le prévient et lui conseille, pour clore la calomnie, de réaliser une statue plus petite que nature. Il le fait en 1823 avec le Silène ivre, qu'il produit deux fois, une fois pour le musée des beaux-arts de Lyon et une fois pour le comte d'Artois. En 1824, il réalise l'opposé, une statue plus grande que nature, son Othryadès.
Lors de la purge ultra-royaliste orchestrée par Revoil en 1822, Legendre parvient à maintenir son poste malgré ses opinions.
Retour à Lyon : 1824-1839 À son retour à Lyon, Legendre-Héral épouse le une de ses élèves, Lucie Wable.Son père est directeur des contributions directes de Lyon et sa mère d'origine hollandaise. Ils résident cours d'Herbouville et Lucie est l'ainée de neuf enfants.. Le peintre Pierre Révoil, alors directeur de l’École des beaux-arts et professeur de peinture, fut l'un des témoins du marié ; l'autre étant le médecin Philibert Parat. Il réalise peu après le buste de son épouse, qui est demeuré dans la famille. De cette union naîtront trois enfants, deux filles et un fils. vignette|gauche|Halte des artistes lyonnais à l'île Barbe, Antoine Duclaux, 1824. Musée des beaux-arts de Lyon. Il jouit alors sur Lyon d'un cercle d'amis solide comprenant Victor Orsel, Granet, le comte de Forbin, Mme de Mirbel, les architectes Chenavard et Dardel, l'éditeur Lecoffre, ... Bien intégré au milieu artistique local, il figure ainsi sur le tableau Une halte d'artistes lyonnais à Saint-Rambert-l'Ile-Barbe en 1824 de Duclaux ; où il est entouré de Bonnefond, Duclaux, Genod, Jacomin, Reverchon, Richard, Rey, Thierriat, Trimolet, du graveur Wilback et du musicien Moker. Il achète en 1828 à la ville de Lyon un terrain dans le quartier de Perrache à l'entrée du Cours Charlemagne où il fait édifier à un ancien élève Louis-Gaspard Dupasquier une maison. Il y habite jusqu'en 1839, la revend en 1853 à M. Vindry qui la revend lui-même en 1855 à la Compagnie Paris-Lyon qui la démolit pour construire la gare de Perrache.
Le il est à Paris pour traiter, avec la députation de l'Hérault, de la réalisation d'une statue équestre de Louis XIV pour la ville de Montpellier. Cette même année, il est reçu à l’Académie de Lyon dans la classe des Belles-Lettres et Arts, en remplacement de Grobon et sur le rapport du peintre Fleury Richard ; il fait un discours sur De l'imitation de la nature dans les arts, qui n'a pas été conservé.
En tant que professeur, il s'efforce d'attirer des élèves et milite pour ouvrir une section dans sa classe réservée aux sculptures d'ornements, utiles à l'industrie. Il en obtient la création en 1834. Dans le même temps, il enseigne et pratique la sculpture artistique. Il a comme élève, entre autres Hippolyte Flandrin, Jean Perrot, Esprit-Ferdinand Baume, Jean-Marie Bonnassieux, Louis Léopold Chambard, Pierre Toussaint Bonnaire, Pierre Vollon, Pierre-Marie Froget, Louis-Gaspard Dupasquier et Antoine-Louis-Célestin Matagrin.
Il obtient plusieurs achats de la part du musée des beaux-arts de Lyon, les directeurs François Artaud et Augustin Thierriat axant leur politique d'acquisition sur les artistes lyonnais. Les sculptures de Legendre-Héral prennent immédiatement place dans la nouvelle galerie des sculptures aménagée par René Dardel en 1833.
En 1828, il s'installe au nord du cours Charlemagne, sur la presqu'île Perrache, en face de la Maison Brumiel armurierBase Mistral, plan en élévation de cette maison, photographie RMN .. Bon vivant, il invite ses camarades à venir chez lui. Cette maison est aujourd'hui remplacée par la gare de Lyon-Perrache.
Son fils Charles épouse une Américaine puis part aux États-Unis où il devient général pendant la guerre de Sécession, puis ambassadeur en Chine, au Japon, et enfin ministre. Il sert de modèle à son père, en particulier pour la statue de Giotto dans le jardin du Palais Saint-Pierre à Lyon.
La Ville de Lyon lui passe des commandes importantes : Henri IV (1829, fronton de l'hôtel de ville), décoration du palais de justice (1847, tympan et frise), Saint Just et Saint Irénée pour l'église Saint-Just (1828), La Vierge et saint Jean (1837, cathédrale de Lyon) et plusieurs tombes au cimetière de Loyasse.
Il obtient en 1837 la croix de la Légion d'Honneur.
Les dernières années de la décennies 1830 sont difficiles pour Legendre-Héral. Attaché à une monarchie traditionnelle, il expose des sentiments réprobateurs pour la nouvelle monarchie de Louis-Philippe qui permettent à des concurrents de le mettre en porte à faux à l'école des beaux-arts. Même s'il a échapé à la purge de 1830, le nouveau directeur Bonnefond a des idées différentes des siennes sur l'enseignement. Il décide donc de démissionner de son poste et de monter à Paris, où de nombreux amis l'attendent. Il est remplacé à son poste par Léopold de Ruolz.
Paris : 1839-1851 vignette|gauche|Portrait de Legendre-Héral, gravure de Armbruster, 1885. Démissionnaire de son poste d'enseignant en 1838, il part pour Paris en 1839 et obtient des commandes de l'État : pour l'église Saint-Paul-Saint-Louis (Saint Paul, 1845), pour l'église Saint-Denys-du-Saint-Sacrement, pour l'École des mines, pour le château de Versailles (Achille de Halay, 1840), et pour le Jardin des plantes (Jussieu, 1842). Il est apprécié par la famille d'Orléans. Toutefois, ses amitiés pour la monarchie déchue lui causent des ennuis et il n'obtient pas de très prestigieuses commandes. Les deux premières années sont difficiles, car de nombreux artistes ne l'accueillent pas avec plaisir, le voyant comme un concurrent supplémentaire. Il s'installe donc dans un modeste appartement rue de l'Ouest, avec son atelier au-dessous.
Cet ostracisme ne dure pas et dès 1841, il reçoit gratuitement du ministère des Beaux-Arts un grand appartement au palais de l’Institut et des ateliers dans l’île des Cygnes au-delà du pont de Grenelle. Il y réalise ses premières commandes d’État, à savoir les portraits de Laurent de Jussieu, Turgot et Granet.
Vers 1843, son ami le peintre François Marius Granet lui commande les médaillons de Michel-Ange et Raphaël pour sa maison, ainsi que son busteConservé à Aix-en-Provence au musée Granet.. La même année, il tente d'intégrer l'Académie des beaux-arts mais sa candidature échoue. La même année, sa Minerve exposée au salon subi de fortes critiques, et il décide alors de ne plus y présenter d'œuvres.
Le , sa fille récemment mariée meurt en couches à l’âge de 21 ans. Il voit également plusieurs amis disparaitre à cette période, Granet, Mme de Mirbel ou Victor Orsel.
Affaibli par une maladie de moelle épinière, il s’installe en 1849 dans un domaine à Marcilly dont il fait l'acquisition. Il y meurt le . Sa situation financière à la fin de sa vie est complexe et l'État doit secourir sa veuve après son décès.
Après sa mort, son élève Louis Léopold Chambard achève les retouches du bas-relief de l'École des mines, et la tête formant la clef de l'archivolte de la porteBase Arcade, notice , cote F/21/0069..
Sa veuve meurt le dans le palais de l’Institut, où Jean-Marie Bonnassieux et Hippolyte Flandrin, anciens élèves de Legendre-Héral, avaient obtenu du Gouvernement qu’elle puisse finir ses jours.
Réception critique En 1820 avec sa Léda et en 1822 avec son Eurydice, il est accusé de mouler d’après nature. Parmi ses détracteurs on trouve le baron François-Joseph Bosio.
Il est enjoint par son ami Henri Orsel de réaliser une statue plus petite que nature pour clore le débat..