La Fonky Family est un groupe de hip-hop français, originaire de Marseille, qui a marqué les débuts du rap français dans les années 1990 et 2000.
Formé en 1994, il est composé du Rat Luciano, Sat l'Artificier, Don Choa, Menzo, Pone, Fel et DJ Djel.
C'est pour la première partie d'un concert de Sens Unik que se forme la Fonky Family (parfois abrégé en FF). Durant l'été 1997, le groupe enregistre son premier album, sorti en : Si Dieu veut..., qui devient rapidement disque d'or, jusqu'à atteindre le statut de double disque d'or courant 1999. Il est suivi de l'album Art de Rue, publié en . Le dernier album, Marginale Musique, est publié en 2006. Le groupe se sépare en 2007, chaque membre du groupe poursuivant désormais une carrière en solo. À partir de 2024, le groupe revient régulièrement sur scène.
La Fonky Family compte, en 2006, deux disques de platine, et trois disques d'or..
Biographie Origines (1989-1994) Pone (Guilhem Gallart) est originaire du quartier populaire Arnaud-Bernard dans le centre-ville de Toulouse, centre névralgique de la culture hip-hop de la ville dans les années 1980. Il découvre le rap vers 1986, et se met un peu plus tard au graff, intégrant un crew d'une vingtaine de writers du quartier. C'est à cette époque qu'il rencontre Don Choa au lycée Saint-Sernin où il est scolarisé.
Don Choa (François Dilhan), lui aussi originaire du centre-ville de Toulouse, est alors toaster ragga et se met également au graff. Avec Pone et quelques autres, il se rend régulièrement à Marseille au début des années 1990 pour assister à des événements hip-hop. Là-bas, ils fréquentent un appartement squatté de la rue Vian au cours Julien, juste en face de la Maison Hantée où le groupe IAM a fait ses premières scènes. « Cet appartement, c’est chez Mathias. Mathias est un mods, façon baston de Brighton. C’est une ambiance Margerin à l’anglaise et importée à Marseille, un sacré mélange. Il y a des punks qui passent, des taggueurs, ça fume, ça se came, c’est une époque un peu spéciale ». C'est là que les deux toulousains rencontreront Djel, futur DJ de la FF.
DJ Djel (Djelalli El-Ouzeri) est un Marseillais qui a grandi rue du Baignoir, à Belsunce. Jeune en rupture de ban qui a arrêté l'école en sixième et frise avec la petite délinquance, il découvre avec le hip-hop un exutoire à son mal-être adolescent à la fin des années 1980. Il se familiarise avec le rap français grâce aux freestyles sauvages des MCs d'IAM et de leur crew au métro du Vieux-Port et se met à graffer avec les RDR (Rois des Rues), qui s'allient avec les Toulousains de Pone et Choa et créent le super collectif 313 (en référence à leurs codes postaux respectifs).
Sat l'Artificier (Karim Haddouche) vient de Saint-Mauront dans le arrondissement de Marseille, l'un des quartiers les plus pauvres de la ville, et grandit entre une mère seule et un grand frère incarcéré. Il partage notamment les bancs de l'école avec les futurs membres du groupe Œil, et décrochera son baccalauréat en 1994. Découvrant le hip-hop avec Public Enemy à 15 ans, il se met à frayer avec le crew de Namor, un pionnier du hip-hop marseillais qui fédère alors une nouvelle vague de rappeurs, danseurs et graffeurs. Via Namor, Sat fait la rencontre de Djel en soirée, qui lui fait à son tour rencontrer Pone et Don Choa avec qui le courant passe immédiatement.
En 1992, Pone arrête l'école après avoir triplé sa seconde et s'installe définitivement à Marseille dans la famille de sa petite amie Queen K. aux Aygalades, récupère un sampleur et se met à composer ses premiers beats. Il donne sa première cassette d'instrus à Sat qui s'entraîne à freestyler dessus tout l'été. Peu après, Sat crée avec Don Choa, devenu lui aussi MC entre-temps, le groupe éphémère Le Rythme et la Rime.
Menzo (Mohamed Ali) et Le Rat Luciano (Christophe Carmona) sont eux des amis d'enfance du Panier, quartier populaire marseillais. Ils connaissent déjà Djel avec qui ils étaient au collège. « Le Panier c'est le quartier où je suis né. J'ai beaucoup vécu là-bas, j'y ai tout vécu. Le quartier m'a tout appris : premières déconnades, premiers raps, premier amour... » se rappelle Luciano. Autant attirés par le hip-hop que par les petites magouilles de la rue, passés par un centre pour mineurs délinquantsInterview du Rat Luciano pour Street Live en 2010Interview du Rat Luciano pour FDM-TV le 4 février 2012, ils sont orientés par les éducateurs du quartier vers un atelier d'écriture organisé par le CIPM (Centre international de la poésie Marseille). Face à l'assiduité des deux garçons, le centre leur confie un local de répétition place du Refuge au Panier, et ils fondent leur premier groupe, les Black and White Zulus avec les danseurs Chichou, Fel (Karim Laoubi) et Stephane Cosenza. En 1992, tout juste âgés de 16 ans, ils sortent un maxi 2 titres financé par la Fondation de France et commencent à faire un peu parler d'eux dans les rues de Marseille.
Menzo et Le Rat se mettent aussi à fréquenter le centre culturel Mirabeau à Consolat dans les quartiers nord, où un matériel de son leur est mis à disposition. C'est là que Pone les rencontre. « Au centre, j'aperçois deux silhouettes dans la cour, longues et fines, casquettes, veste de survet' et jeans, dégaines de crapules. C'était Menzo et Le Rat. On dit qu'on oublie pas la première rencontre avec les personnages principaux de nos vies, je peux vous dire que c'est bien vrai. Je n'ai jamais oublié ce moment »Pone sous sa vidéo "Sans faire couler le sang" sur YouTube.
Peu après, Pone, Djel, Sat et Don Choa assistent à un concert des Black and White Zulus au Panier devant la Vieille Charité et sont impressionnés par l'énergie et le professionnalisme du groupe. La connexion se fait alors rapidement.
Le Rat et Pone en particulier deviennent des inséparables.
Naissance de la FF (1994-1995) À cette même époque, Pone, Djel et Don Choa, à peine majeurs, prennent un appartement en colocation rue Longue-des-Capucins à Belsunce, qui va devenir le centre névralgique de la future Fonky Family. Le groupe compte alors les membres actuels (Pone, Djel, Sat, Le Rat Luciano, Menzo, Don Choa et Fel) mais aussi le rappeur Namor, la chanteuse Karima et trois danseurs. Quelques titres sont enregistrés, dont On pète les plombs fin 1993, leur premier enregistrement resté inédit (mais disponible sur internet).
À cette même époque, le directeur du centre Mirabeau propose à ces petits jeunes de faire la première partie de Sens Unik le , un groupe de rap suisse alors en vogue. C'est à cette occasion que nait officiellement la Fonky Family en tant que groupe à part entière, un nom trouvé par Le Rat Luciano faisant référence aux influences funk des prods de Pone.
« Ce concert nous motive, raconte Djel. On fait des titres, on est énervés. Avec le groupe, on se met à occuper le terrain. En soirée dès qu’il y a moyen de poser, on fonce en se comportant presque comme des punks. Quand on arrive dans des freestyles, on se saisit du micro et on ne le lâche plus. On est déterminés et on le montre. Sans être forcément méchants, c’est juste que dans nos têtes ce sera nous et personne d’autre. On croit en nos textes et notre identité, parce qu’on y met tout notre cœur».
Les gars de la Fonky Family écument alors les soirées hip-hop de Marseille, au Point, rue de la République, au Mandingue, boulevard Rabateau, et surtout au Café Julien, sur le cours Ju'. Pone raconte : « Tous les 15 jours à peu près, y avait les soirées du Squad, organisées par Gilles et Lassad, et on en ratait pas une. Même à New York, je sais pas si y avait un truc plus hip hop... bon j'exagère un peu mais c'était vraiment mortel. Toute la scène marseillaise était là, du nord au sud en passant par le centre »Pone sous sa vidéo Oublier les Fils Deup sur YouTube.
Assez rapidement, Namor se sépare du groupe car se sentant trop en décalage par rapport à la jeunesse des autres membres, ainsi que Karima dont la voix chantée ne correspond plus à la nouvelle direction musicale de la FF. En 1995 Sat, Pone et les autres membres du groupe ont en effet découvert les albums 36th Chambers du Wu-Tang Clan et Infamous de Mobb Deep, des albums sombres et très streets qui amènent une nouvelle teinte au hip-hop new-yorkais. « En l’espace de deux ou trois titres, on est arrivé avec une couleur beaucoup plus sombre et hardcore, raconte Sat. Ça a fait parler, parce que personne ne faisait ça sur Marseille ».
Bad Boys de Marseille (1995-1996) Le , un concert est organisé au Café Julien en hommage à Ibrahim Ali, un rappeur du groupe B.Vice assassiné quatre jours plus tôt par des colleurs d'affiche du Front national. Toute la scène marseillaise est invitée, et la Fonky Family dénote tout particulièrement par son énergie sauvage au micro. Les membres d'IAM sont dans la salle ce soir-là et à la fin du concert Akhenaton, impressionné, va voir ces jeunes plein d'envie et leur propose de participer à son album solo, Métèque et Mat, alors en préparation.
Les quatre MC de la FF rejoignent un peu plus tard Akhenaton à Naples, enregistrent avec lui le morceau Bad Boys de Marseille et l'intro du titre La Face B. Il s'agit des seuls featurings de l'album et la prestation de la Fonky Family fait impression. Malheureusement, l'album peine à décoller et ne rencontre pas le succès escompté.
En 1996, Akhenaton est à New York avec IAM pour l'enregistrement de L'École du micro d'argent lorsqu'il décide de rééditer son album solo pour relancer les ventes. Il propose alors d'enregistrer une nouvelle version de Bad Boys de Marseille et fait venir la Fonky Family à New York aux frais de Delabel. Ils y resteront tout l'été. Dans la foulée, le titre est clipé par Florent Siri dans les rues new-yorkaises avec les MCs au complet.
« New York c’était magique. À l’époque, je rencontre une fille qui vit à Harlem, dans le ghetto. Souvent, je vais la rejoindre chez elle. Donc la nuit, je passe par les parcs, et je vois les gars qui y rappent, avec un groupe électrogène, font des cercles. Je me retrouve au bas d’immeubles avec des gens qui rappent. On fait des sessions freestyles en studio avec des ricains, on comprend rien à ce qu’ils racontent et eux non plus mais ça tue ! Vivre le truc comme ça de l’intérieur, c’est quelque chose qui te marque à vie. Je rentre de ce voyage métamorphosé ».
Le single Bad Boys de Marseille sort le et rencontre un énorme succès en France. En quelques semaines, les ventes de Métèque et Mat passent de 70 000 à 200 000 exemplaires. Le titre se hisse au rang de classique du rap français et la Fonky Family devient un groupe incontournable. La carrière du groupe est lancée.
Côté Obscur (1996-1997) À la suite du succès de Bad Boys de Marseille la Fonky Family a le vent en poupe, et les membres du crew enchaînent les scènes tout en devenant encore plus productifs, dans l'optique éventuelle de faire un album. En parallèle, ils fréquentent de plus en plus la nouvelle génération de rappeurs parisiens, et tout particulièrement le collectif Time Bomb (les X-Men, Lunatic, Oxmo Puccino, Pit Baccardi...) qui est en train de complètement chambouler le rap français avec une nouvelle manière de poser leur flow et de jouer avec les assonances de la langue française. Une émulation nouvelle née de ces rencontres, et l'esprit de compétition des MCs de la FF s'en retrouve démultiplié. Une première version du classique Sans rémission sortira d'ailleurs sur la mixtape Opération : Coup de poing à cette époque.