Le maquis vosgien est né de l'organisation et de l'unification des différents réseaux de la résistance dans les Vosges ; cette unification est contemporaine de la création du C.N.R. (Conseil national de la Résistance créé le ).

Organisation de la résistance dans les Vosges Les premiers mouvements de résistance vosgiens restent mal connus. En effet les chaînes de « passeurs » avec l'Alsace, annexée de fait, s'étaient mises en place spontanément à partir des bonnes volontés locales et sans direction hiérarchique. En périphérie des administrations, de futurs membres OCM et le petit groupe Défense de la Patrie (plus tard intégré à CDLR) avaient initié des contacts avec les services secrets de l'armée d'armistice dès 1940 (mission DERRINGER). L'historique a été rédigé à la Libération par les survivants et surtout par les anciens CDLR, réseau plus tardif mais non démantelé, qui ont souvent privilégié leur point de vue. Au début de l'année 1943, il existait dans les Vosges plusieurs mouvements de résistance. Les principaux étaient : Ceux de la Résistance (CDLR) organisé dans la région Neufchâteau-Mirecourt ; ce mouvement prenait également en charge le Noyautage des administrations publiques (NAP) ; les correspondants des services spéciaux de l'armée d'armistice, dans la région de Saint-Dié-des-Vosges, mouvement qui se ralliera plus tard à l'Organisation de résistance de l'Armée (ORA) ; l'Organisation civile et militaire (OCM) qui est essentiellement une organisation de cadres (d'après CDLR : en réalité ce mouvement était largement dominant jusqu'aux arrestations de 1943) et qui couvre la région Remiremont, Plombières-les-Bains, Bains-les-Bains et Saint-Dié ; le mouvement Lorraine qui est à l'origine une organisation nancéienne mais qui dispose d'antennes dans les Vosges ; ce mouvement conclura secondairement un accord militaire avec le CDLR ; Libération-Nord s'était donné comme mission de faire évader les prisonniers ; le Front national progressivement noyé dans le mouvement Francs-tireurs et partisans français (FTPF).

La Résistance s'est alors organisée administrativement en quatre groupements : le premier groupement, incluant les secteurs de Neufchâteau, Châtenois, Mirecourt et Vittel était commandé par Grandjean, alias René et c'est au sein de ce premier groupement que s'est formé le premier maquis des Vosges, dans la forêt de Lamarche, entre Martigny et Robécourt, au lieu-dit le Camp de la Délivrance (où avaient eu lieu des combats de francs-tireurs en 1870). Le responsable local en était Arburger et il était aidé pour en assurer l'intendance par le Guinéen Addi Bâ, par le Soudanais Adama et par le commis fromager Picard. Le chef de la résistance à Vittel-Ville se nommait Edouard Thomas.. le deuxième groupement est dirigé par Lucien Méline et, après son arrestation, par le commandant Delafenêtre ; il a en mains les secteurs d'Épinal, Dompaire, Charmes, Rambervillers et Bains. le troisième groupement est au nord-est du département et couvre la région de Saint-Dié ; à sa tête, le pasteur Valet dit capitaine Jouvet. le quatrième groupement s'étend de Corcieux au Thillot et de Docelles à Gérardmer mais également sur la zone de Faucogney en Haute-Saône et celle de Thann en Alsace. Il est dirigé par le commandant Gonand connu sous le nom de LucienRobert Dodin, La résistance dans les Vosges, Thèse de Doctorat, 1980, éditions du Sapin d'Or, Epinal.

Liste des maquis du département des Vosges groupement Maquis de Bulgnéville : La Vacheresse, Urville, St-Ouen, Robécourt, Contrexéville. Maquis de Liffol-le-Grand : Bois de la Vendue, Bazoilles. Maquis de Vaudeville : Coussey. Maquis de la forêt de Neufeys : Neufchâteau, Bourlémont. Maquis de Châtenois. Maquis du Mont St-Jean : Vittel. Maquis de Mirecourt : « La Chouette », de la ferme de la Malhaye, du Haut de Recon, du Haut du Chia. Maquis du Camp de la Délivrance : Lamarche ( vosgien). groupement Maquis de la Cense (Rambervillers). Maquis de Charmes (en liaison avec le Lorraine). Maquis de Châtel. Maquis de la Forêt du Terne. Maquis du Morillon. Maquis de Grandrupt. Maquis de Xertigny. Maquis de St-Nabord. Maquis du Haut-du-Bois (Éloyes)Banque numérique d’images de Lorraine. Carte postale commémorative du maquis du Haut-du-Bois à Xamontarupt (Vosges). Le 9 septembre 1944, les nazis attaquèrent le Maquis d'Éloyes (Vosges) du Haut-du-Bois sur la commune de Xamontarupt.. groupement Maquis de la Charme de l'Ormont (Tendon) devenu le maquis de la Chapelotte, en limite du groupement. Maquis de la Chapelotte (la Tête des Hérins et le Jardin David puis replié à Viombois en Meurthe-et-Moselle). Maquis de Châtas qui prendra différents noms : de la Grande-Fosse, de Grimaubois, du Col du Las, de Grandrupt, de La Petite-Raon, de la Roche Mère Henry. Maquis de Lordon (Lusse). Maquis de Fouchifol (Coinches) qui se repliera sur le Haut de Steige. groupement Maquis de la Charme de l'Ormont (Tendon). Maquis de Corcieux, secondairement sur la commune de La Chapelle. Maquis de Malanrupt (Beauménil). Maquis de Noiregoutte (Rochesson). Maquis de la Piquante Pierre (Basse-sur-le-Rupt). Maquis du Peut Haut (Camp Kœnig). Maquis des Roches de Morteville (Saint-Maurice). Maquis St-Jacques de Gérardmer. Maquis du Séchenat (Camp Louis). Maquis du Haut-du-Them (hors du département, en Haute-Saône). Maquis des Beuchots à Ternuay (hors du département, en Haute-Saône). Maquis du Pleinet à Ronchamp (hors du département, en Haute-Saône). Maquis de Beulotte-Saint-Laurent (hors du département, en Haute-Saône).

Chaque maquis disposait de un ou plusieurs terrains destinés à recevoir des parachutages, certains destinés aux parachutages de jour, d'autres aux parachutages de nuit.

Ces terrains étaient dotés d'un nom de code et d'un signalement, soit sous forme d'une phrase codée soit d'une seule lettre afin que le maquis puisse être prévenu de l'imminence d'un parachutage ou de matériel ou d'hommes.

À titre d'exemple, au sein du groupement, le maquis de la Piquante Pierre disposait d'un terrain situé à Basse-sur-le-Rupt ; ce terrain portait le nom de code terrain Coupole et était destiné aux parachutages de nuit. Son code radio était : J'espère vous revoir chérie ou la lettre U.

Les maquis restés célèbres Les différents maquis étaient en attente de l'ordre de se mettre en action qui devait émaner du commandement des Forces Alliées. Dans l'esprit du commandement, le rôle principal des maquis était de préparer l'arrivée des Forces Alliées en occupant des postes clés et en particulier les ponts, et en empêchant les forces allemandes de se regrouper en provoquant des actions dispersées sur le territoire vosgien.

Alors que la armée américaine commence son offensive en direction des Vosges, la majorité des forces de sécurité du Reich est rassemblée dans les Vosges, en majorité à Bruyères ; le , Heinrich Himmler fera même une courte visite à GerardmerAvant la bataille de Bruyères. pour donner ses ordres aux responsables de la Wehrmacht et des S.S., et particulièrement d'intensifier la lutte contre les maquis (opération Waldfest).Ceci explique très probablement l'action ciblée sur les maquis, qui se développe à partir de cet instant.

Le maquis de Charmes Sous la dénomination « Maquis de Charmes », on désigne un groupe de maquisards constitué du Groupe Lorraine 42.

À ses débuts, en 1940, c'est une poignée d'hommes réunis à Vigneulles ; ils se donnent comme mission d'aider les prisonniers évadés, les aviateurs alliés abattus et de créer des caches d'armes. Ce groupe prend alors pour nom: Groupe d'Estienne d'Orves.

En 1942, les réfractaires au STO viennent étoffer ce groupe ; lors d'une réunion des conscrits de la classe 42, le groupe prend le nom de Groupe Lorraine 42.

Il prend rapidement contact avec l'Intelligence Service et se voit chargé de différentes missions de sabotage et de renseignement. En 1944, plusieurs parachutages à Saint-Rémy-aux-Bois et à Le-Ménil-Mitry permettent d'armer le maquis.

Ce maquis participera à différents combats en Lorraine et en particulier à Charmes, mais participera également aux combats pour la libération de la poche de Royan, le .

Après le débarquement des alliés, les habitants de Charmes s'inquiètent de la possibilité de bombardements sur les deux points particulièrement sensibles de la ville: l'usine Junkers ; le pont de la Moselle, passage obligatoire des troupes allemandes en retraite. Le , le groupe de résistants est rassemblé près de Saint-Rémi, mis à part deux habitants de Charmes qui ont rejoint une section de Meurthe-et-Moselle qui est basée sur les Côtes de Sion. L'état-major est assisté de deux officiers parachutés, un Anglais, le lieutenant Archibald et un Américain, le lieutenant Mike ; ils sont chargés des relations avec Londres.

Ce groupe de résistants est responsable de nombreux sabotages : destruction d'une station de pompage pour l'alimentation en eau des trains ; attaque d'un train de l'armée allemande au pont de Langley ; dynamitage d'un déversoir du canal de l'Est, mettant de ce fait en arrêt les bancs d'essais de l'usine Junkers.

Le , un capitaine des sections d'assauts accompagné de miliciensarticle de presse paru dans Le Démocrate le 24/10/1944 vient demander au secrétaire de mairie «la liste des terroristes de Charmes». En l'absence de réponse, il affirme revenir le lendemain pour arrêter le maire et le secrétaire de mairie. Le maire, M. Breton, prévenu, en informe le maquis. Ceux de Charmes pensent que toute action serait prématurée, c'est donc un groupe de Meurthe-et-Moselle qui met au point un plan d'action pour attaquer cet officier et ses miliciens à leur retour. Les maquisards pensent courir peu de risques, car les Alliés sont réputés être à Pont-sur-Madon. L'action n'aura pas lieu, car les Allemands se retirent de Charmes, et les FFI et le maquis occupent la ville le dans la liesse générale.

Le avant le lever du jour, la population entend les premiers coups de feu : les FFI tirent sur les voitures allemandes qui passent sur la route principale. Un feldgendarme est tué et les autres occupants quittent les voitures pour donner l'alarme. Dans l'après-midi, les Allemands reviennent. La ville est défendue par une centaine de FFI, et malgré leur peu d'armement, ils tiennent tête, et les Allemands se replient vers Portieux.

Le sera une journée d'accalmie, mais les carpiniens s'inquiètent de ne pas voir arriver les alliés. L'attaque de la ville par les Allemands aura lieu dans le courant de la nuit du 4 au 5. Ils arrivent en nombre et les FFI cèdent progressivement le terrain. Au fur et à mesure de leur progression, les Allemands pénètrent dans les maisons et fusillent à plusieurs reprises des occupants qui ne prennent aucune part au combat. Finalement, la ville est entièrement reprise par les occupants.

Le au matin, les Allemands installent des canons le long de la rive droite de la Moselle. Le maire, inquiet d'éventuelles représailles, obtient d'un officier allemand la promesse qu'aucune action de vengeance ne sera entreprise contre la ville. Au prétexte qu'un des leurs a été tué par un coup de feu en provenance de la ville, alors qu'il traversait le pont, les Allemands commencent à bombarder la ville à partir de 14 h. Jusqu'à 16 h 30, des centaines d'obus vont s'abattre sur la ville.

À l'arrêt du bombardement, les Allemands font sortir en force les habitants qui s'étaient réfugiés dans les caves et incendient les maisons qui n'ont pas été atteintes. Les 2/3 de la ville et la moitié du centre ville sont en ruines ; des rues entières ont disparu et plus de 200 immeubles ont été détruits.

La population qui a été expulsée des caves est rassemblée en deux lieux différents : les hommes d'un côté et les femmes et les enfants de l'autre. Parmi les hommes, 160 seront pris en otage dont le maire Henri Breton, 76 ans, qui demande à accompagner ses concitoyens.