L’Université de Genève (en abrégé UNIGE ou parfois UniGE, ou UGE) est l'université publique, généraliste du Canton de Genève en Suisse. Fondée en 1559 par Jean Calvin, sous le nom d'« Académie de Genève », elle est à l'origine un séminaire théologique et humaniste protestant, avant de connaître un long processus de laïcisation.
Avec (en 2025), dont 63 % d'étudiantes, l'UNIGE est la troisième plus grande université de Suisse. Elle compte près de 40 % d'étudiants internationaux.. Elle compte neuf facultés et treize centres et instituts interfacultaires.
L'UNIGE est entre autres membre de la LERU, de l'Alliance 4EU+, du groupe de Coimbra, du G3 de la francophonie. et de l'Agence universitaire de la Francophonie. Elle collabore également, tant au niveau de l’enseignement que de la recherche, avec des institutions internationales et des agences politiques et diplomatiques des Nations unies installées à Genève.
Elle a également accueilli, en qualité d'étudiants, de chercheurs ou d'enseignants, treize récipiendaires du prix Nobel et quatre récipiendaires de la médaille Fields.
Historique Fondée en 1559 par Jean Calvin, sous le nom d'« Académie de Genève », comme un séminaire théologique et humaniste, afin de former les pasteurs protestants, elle obtient un rayonnement important..
Influence de la Réforme L'histoire de la fondation de l'Académie de Genève est indissociable du mouvant de la Réforme protestante à Genève.. L'Académie entamera par la suite un long processus de laïcisation..
Le , les Genevois réunis en un conseil adoptent la Réforme et Genève prend une indépendance souveraine de tout pouvoir princier ou ecclésiastique. Ils adoptent également un « article des écoles » qui établit l'obligation d'envoyer ses enfants à l'école.
L'établissement des idées de la Réforme par Calvin, qui s'établit dans la cité en 1536, ne se fait pas sans heurts et Calvin est chassé de Genève en 1538. Cet épisode est relaté dans un ouvrage de Marie Dentière La guerre et délivrance de la ville de Genève.. Calvin est rappelé en 1541 pour parachever son entreprise et formule alors son programme scolaire dans les Ordonnances ecclésiastiques du . Afin d'asseoir la foi dans les mentalités, il faut avoir recours à des docteurs formés en théologie qui puissent acquérir des compétences en prédication et instruire la population. La nécessité d'une académie s'impose alors pour former ces futurs théologiens.
Calvin s'inspire de l'exemple de l'Académie de Lausanne, fondée en 1537 par les autorités bernoises. À la suite d'un conflit religieux, Théodore de Bèze quitte l'Académie de Lausanne et vient à Genève en 1558 pour aider Calvin dans son projet d'académie. C'est le début d'une rivalité séculaire entre les deux institutions, ce qui fait croire au doyen Haller, pasteur de la ville de Berne que Genève a monté une conspiration contre Lausanne.
La pratique de l'enseignement de l'exégèse est adoptée, inspirée probablement de l'expérience de Ulrich Zwingli à l'Académie de Zürich dès 1553. Elle consiste en des réunions des élèves et des pasteurs pour lire et commenter les textes religieux.
Ouverture de l'académie de Genève en 1559 L'Académie est fondée en 1559, ce que retrace le document fondateur intitulé .. Calvin et Théodore de Bèze se partagent la chaire de théologie.
On y enseigne alors la rhétorique, la dialectique, l'hébreu et le grec ancienIrena Backus, « L'enseignement à la fin du , le cas genevois », Institut d'Histoire de la Réformation, Bulletin Annuel, XL (2018-2019), Université de Genève, 2019, ..
Théodore de Bèze en devient également le premier recteur élu par la Compagnie des pasteurs. Cette fonction à l'époque ne lui confère pas un réel pouvoir, mais lui donne les tâches de consigner dans le Livre du recteur la liste des étudiants inscrits (les étudiantes ne sont pas acceptées). Théodore de Bèze est dès le départ attaché à une mission éducatrice et internationale de l'Académie qui va au-delà de l'endoctrinement religieux prôné par Calvin. Il souhaite voir les enseignements de théologie complétés par la médecine et le droit.
Dès 1581, un lent mouvement de laïcisation se développe et le Conseil d'État de Genève nomme trois « scholarques » à l'académie.
Dans le contexte socio-politique en ébullition du Siècle des Lumières, l'Académie étend ses disciplines. Nommé professeur de philosophie, Jean-Robert Chouet (1642-1731) se présente comme laïc et contribue au développement d'une philosophie plus empirique que théologique, inspirée de John Locke et d'Isaac Newton. Charles Bonnet, ancien étudiant, témoigne de l'entrée de branches scientifiques : mathématiques (en 1724), première discipline de l'Académie enseignée en langue française, et physique expérimentale. Deux nouveaux professeurs sont nommés par le Conseil..
Après la révolution L'Académie prend le nom d'« université » en 1876, parallèlement à la création de la Faculté de médecine. Ces changements sont introduits par le conseiller d'État radical Antoine Carteret — le même qui, en 1872, rend l'école publique gratuite et obligatoire à GenèveAntoine Carteret, dans le Dictionnaire historique de la Suisse.. Parallèlement, elle poursuit sa laïcisation, se démocratise et se modernise.
Le début du est marqué par l'enseignement de Ferdinand de Saussure qui révolutionne la linguistique et inspire le courant du structuralisme. En 1921, Jean Piaget démarre son enseignement sur la psychologie de l'enfant au sein de l'Institut Jean-Jacques-Rousseau.
La période d'après-guerre est marquée par l'émergence de nouvelles problématiques au sein des relations internationales, qui conduisent à la création, en 1963, de l'Institut universitaire d'études européennes, à l'instigation de Denis de Rougemont, qui en assumera la direction et y enseignera l'histoire des idées.
Les années 1960 voient également le développement d'une nouvelle manière non dogmatique d'aborder les textes littéraires en les liant à l'expérience humaine subjective. Ce courant, appelé «École de Genève», s'incarne notamment à travers les professeurs Marcel Raymond, Jean Rousset et Jean Starobinski.
Dès les années 1940, le physicien développa le premier microscope électronique en Suisse, puis grâce à son nouvel intérêt pour la biologie, observa avec les virus infectant les bactéries (batériophages). L'Institut de Physique de l'Université a ainsi contribué à faire émerger à Genève la biologie moléculaire avec la création en 1963 du premier Institut suisse de biologie moléculaire. Cette approche interdisciplinaire attira de nombreux talents, parmi lesquels Werner Arber qui avec Grete Kellenberger-Gujer identifia dans les années 1960 les enzymes de restriction, découverte pour laquelle il reçut le Prix Nobel de Physiologie ou Médecine en 1978 avec Hamilton Smith et Daniel Nathans.
À partir des années 2000, l’Université de Genève coopère activement avec l’Université de Lausanne et l’École polytechnique fédérale de Lausanne, notamment en mettant sur pied un programme de développement, d’innovation et de recherche, commun aux trois institutions: « Sciences, vie, société ».
Crise de 2006
vignette|Le bâtiment d'Uni-Dufour qui abrite notamment le rectorat. À la suite de travaux menés par une fiduciaire mandatée sur les comptes 2005, huit cas de notes de frais abusives de certains professeurs sont transmis au procureur général. Des pratiques concernant notamment les gains accessoires des professeurs et les fonds de prévoyance ont été mises en lumière.
Le , le journal Le Matin Dimanche publie un article intitulé , le journal ayant accédé au rapport d'audit de l’Inspection cantonale des finances.. L'affaire pousse le recteur André Hurst, en place depuis le , à présenter sa démission.. Le Conseil d'État genevois refuse sa démission mais accepte celle de la vice-rectrice Louisette Zaninetti. À la suite de l'implication de la vice-rectrice Nadia Magnenat-Thalmann dans ce scandale, le recteur Hurst, la vice-rectrice et le vice-recteur Peter Suter présentent leur démission le avec effet au . Cette démission collective est avalisée le par le Conseil d'État qui nomme alors une direction intérimaire dont le mandat court du au . Le professeur Jacques Weber, ancien doyen de la faculté des sciences, devient recteur alors qu'Anik de Ribaupierre, ancienne doyenne de la faculté de psychologie et des sciences de l'éducation, et Jean Kellerhals, professeur à la faculté des sciences économiques et sociales, sont désignés vice-recteurs. Le troisième vice-recteur Charles Bader, professeur à la faculté de médecine, est nommé le . Le , le professeur Jean-Dominique Vassalli est finalement désigné à la fonction de recteur pour un mandat de quatre ans (2007-2011).
En 2007, Nadia Magnenat-Thalmann est totalement blanchie, l'audit n'ayant révélé quasiment aucune fraude. L'affaire a cependant été jugée suffisamment importante par le gouvernement pour justifier une réécriture totale de la loi sur l'Université.
Loi sur l’Université (2009)
À la suite de la crise de 2006, une commission externe est chargée de rédiger un avant-projet de loi pour réformer l’université. Cette commission est présidée par l’ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss, et inclut notamment le recteur de l’Université de Lausanne, Jean-Marc RappUniversité de Genève, « Réforme de la loi sur l’Université », 2007, archive du site de l’université (consulté le 4 mai 2025)..
En , la CUAE, qui représente les étudiants, manifeste publiquement son opposition à cette démarche, la jugeant illégitime. Elle demande un temps de réflexion ainsi qu’une consultation élargie sur l’avenir de l’université.
Un groupe de travail nommé GTU (Groupe de travail sur la loi de l’université) se constitue alors par auto-désignation et adresse au Grand Conseil une liste de recommandations, dans le but de renforcer la participation démocratiqueUniversité de Genève, « Réforme de la loi sur l’Université », 2008, archive du site de l’université (consulté le 4 mai 2025)..
L’avant-projet de loi est publié en . Il propose une plus grande autonomie de gestion pour l’université, ainsi qu’une gouvernance simplifiéeUniversité de Genève, « Réforme de la loi sur l’Université », 2009, archive du site de l’université (consulté le 4 mai 2025)..
Le , le Grand Conseil adopte le projet de loi à une large majorité. Toutefois, une coalition d'étudiants, de syndicats et de partis politiques de gauche lance un référendum. Celui-ci aboutit : le projet est soumis au vote populaire le et approuvé par 72,6 % des votants.
La nouvelle loi entre en vigueur le .
Élection au rectorat de 2023 Le , l'Assemblée de l'Université de Genève désigne le Québécois Eric Bauce pour succéder à Yves Flückiger en qualité de recteur de l'Université. Considérant que ce candidat n'a pas suffisamment d'ancrage dans le milieu universitaire suisse, le Conseil d’État genevois refuse de confirmer cette élection. Par la suite, l'université relance une procédure de nomination pour le poste de recteur et sont déposés, dont . À l'issue d'une première audition, deux candidatures sont retenues, celle d'Audrey Leuba et celle de Giovanna Di Marzo Serugendo. Le , Audrey Leuba l'emporte et est élue rectrice par l'Assemblée de l'Université. Le , le Conseil d'État valide cette fois la décision de nomination.. L'entrée en fonction d'Audrey Leuba a lieu le .
Structure
Rectorat Le Rectorat est l’organe exécutif et dirigeant de l’Université. Il est responsable de la politique générale de l’université, de la stratégie et de la planification pluriannuelle ainsi que des relations extérieures avec les autorités et les autres institutions d’enseignement et de recherche.
Le Rectorat rend des comptes à trois instances indépendantes: le Comité d'Audit (CA), le Conseil d'Orientation Stratégique (COSt), et le Comité d’Éthique et de Déontologie (CED). Ces trois instances établissent un rapport annuel à l'intention du Conseil d’État.