vignette|Répartition de la famille linguistique des peuples algonquiens. Les peuples algonquiens habitent l’Amérique du Nord depuis au moins 12 000 ans, après la dernière période glaciaire et avant l’extinction des derniers mammouths.
La présence historique des Algonquiens s’étend sur un immense territoire, partant de l’est des montagnes Rocheuses jusqu’à l’océan Atlantique et couvrant toutes les provinces actuelles du Canada (à l’exception de la Colombie-Britannique) et plus d’une dizaine d’États américains. De toutes les communautés autochtones, ce sont les Algonquiens qui occupent le plus vaste territoire en Amérique du Nord. Les peuples algonquiens sont issus d’une même grande famille linguistique, se déclinant en une centaine de nations autochtones, subdivisées elles-mêmes en bandes et en petites familles.
En général, ils partagent des coutumes semblables et un mode de vie basé sur le semi-nomadisme. Ils sillonnent de grands territoires de chasse, de pêche et de cueillette, suivant les mouvements du gros gibier et l’accès aux plantes et aux petits fruits. Soumis aux variations saisonnières et à la disponibilité de la nourriture, ils se déplacent en petites familles de quelques dizaines de personnes durant l’hiver, quoique cela peut varier selon les premières nations. Celles-ci rejoignent une bande de quelques centaines d’individus en été, dans de grands campements érigés sur les rives de cours d’eau importants.
Ils parlent des langues apparentées, quoique se distinguant l’une de l’autre, selon l’appartenance à la nation.
Les Algonquiens adhèrent souvent au système patrilinéaire, où la transmission se fait de père en fils, mais il existe parfois un système de parenté bilatéral. Ils se distinguent ainsi de leurs voisins, notamment les peuples iroquoiens de l’est de l’Amérique du Nord, qui étaient semi-sédentaires et issus de sociétés matrilinéaires.
Selon l’historien Denys Delâge, la population autochtone de l’Amérique du Nord s’établit à environ 3 000 000 d’habitants au début du . De ce nombre, près de 1 000 000 de personnes vivent sur le territoire actuel du Canada, dont probablement quelques centaines de milliers sont membres de la grande famille algonquienne.
Les origines
Les premiers habitants Les Autochtones arrivent en Amérique par vagues successives et empruntent le détroit de Béring, situé entre la Sibérie et l’Alaska et qui émerge à quelques reprises lors des glaciations. Un premier peuplement aurait été possible il y a près de 40 000 ansDenys Delâge, Le pays renversé. Amérindiens et Européens en Amérique du Nord-Est, 1600-1664, Montréal, Boréal, 1991, p. 54. , mais les chercheurs pensent que les Autochtones ont durablement occupé l’Amérique seulement à partir de l’an 10 000 avant notre èreGilles Bibeau, Les Autochtones. La part effacée du Québec, Montréal, Mémoire d’encrier, 2020, p. 67. .
L’extrémité de l’est du Canada, à partir de Terre-Neuve en passant par le Labrador et la région québécoise de la Basse-Côte-Nord, aurait été habitée pour la première fois par les nations des BéothuksIl existe encore un doute à l’effet que les Béothuks aient pu être des Algonquiens. et des Innus il y a 8 500 ansGilles Bibeau, Les Autochtones. La part effacée du Québec, Montréal, Mémoire d’encrier, 2020, p. 102..
Selon l’historienne Olive Patricia Dickason, « la très grande majorité des populations autochtones du Canada étaient constituées de chasseurs et de cueilleurs […] Olive Patricia Dickason, Les premières nations du Canada, Québec, Les Éditions du Septentrion, 1992, p. 62.». Contrairement à leurs voisins iroquoiens qui pratiquent l’agriculture, les Algonquiens vivent surtout de la chasse, du piégeage et de la pêche. Les nations qui occupent le littoral atlantique, de la Caroline du Nord jusqu’au Labrador, pratiquent naturellement la pêcheDenys Delâge, Le pays renversé. Amérindiens et Européens en Amérique du Nord-Est, 1600-1664, Montréal, Boréal, 1991, p. 58.. Certaines nations s’adonnent parfois à de l’agriculture de subsistance.
Les premiers contacts entre Européens et Algonquiens ont lieu autour de l’an 1 000 : les Scandinaves et les pêcheurs basques rencontrent alors les Béothuks (une nation possiblement algonquienne, mais assurément éteinte depuis 1829, à la mort de sa dernière représentante à Saint-Jean, Terre-NeuveGilles Bibeau, Les Autochtones. La part effacée du Québec, Montréal, Mémoire d’encrier, 2020, p. 130. Voir aussi le saisissant roman historique de Bernard Assiniwi, La saga des Béothuks, Léméac, Montréal, 1996, 424 p.), ainsi que les Innus, les Malécites et les MicmacsAu aussi, des rencontres entre les pêcheurs basques et les Innus sont répertoriées. Voir Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque, Le peuple rieur. Hommage à mes amis innus, Montréal, Lux, 2017, p. 54..
La répartition géographique Article détaillé : Langues algonquiennes. vignette|Répartition historique des peuples algonquiens (non-exhaustive, il manque la côte est des États-Unis). 1- Algonquiens de l'Est ; 2- Algonquiens du Nord ; 3- Algonquiens du Centre ; 4- Algonquiens de l'Ouest. Du 16e au , les nations algonquiennes occupent ce que deviendront successivement la Nouvelle-France, les Treize Colonies anglo-américaines, Terre-Neuve, les États-Unis et le Canada.
Les Algonquiens de l'Est Les Algonquiens de l'Est ou Algonquiens maritimes, dont les Micmacs, les Malécites et les Abénakis, habitent le long de la côte atlantique, depuis les provinces canadiennes en passant par le Québec et jusqu'en Caroline du Nord, aux États-Unis. Ils pratiquent la pêche, mais s’adonnent aussi parfois à l’agriculture.
Les Cheyennes sont des Algonquiens des Grands Lacs. L’explorateur français Cavelier de La Salle les rencontre en 1680 dans le nord de l’Illinois, dans leurs villages semi-permanents faits de grandes maisons similaires à celles des Mandans et des Arikaras. Ils maîtrisent l’art de la poterie et cultivent le tabac, le maïs, le haricot et la courge.
À la fin du , les Cheyennes se déplacent vers l’ouest, atteignant le Missouri, peut-être poussés par le déplacement des Chippewas et des Sioux. Leurs alliés Arapahos, un autre peuple algonquien, suivent la même route.
Les Malécites du Maine, du Québec et du Nouveau-Brunswick vivent principalement de la pêche.
Les Mohicans, les Pequots, les Narragansetts, les Wampanoags, les Massachusetts et les Penacock ou Pennacooks, occupent les États américains de la Nouvelle-Angleterre.
Les Algonquiens du Nord Les Algonquiens du Nord sont connus sous les noms des Innus, des Naskapis, des Nehirowisiwok (Atikamekw) et des Cris.
Ils habitent la zone subarctique canadienne, depuis le Labrador et le Québec jusqu'au centre de l'Alberta, où ils se rassemblent en bandes semi-nomades.
Les Algonquiens du Nord-Ouest Les Arapahos sont de proches alliés des Cheyennes et, généralement aussi, des Sioux. Avec les Cheyennes, ils ont déjà formé une enclave algonquienne dans l'ouest.
Les Arapahos du Nord habitent dans la réserve indienne de Wind River au nord de Lander, au Wyoming.
Les Algonquiens du Centre Les Ojibwés, les Miamis et les Illinois occupent la région des Grands Lacs jusqu'au Mississippi.
À l'ouest, les Ojibwés —ou Chippewa— et quelques groupes Cris occupent le Minnesota, le Wisconsin, le nord du Michigan, l'ouest de l'Ontario et les Prairies canadiennes.
La terre ancestrale des Ojibwés est l'Ojibwewaki.
Les Algonquiens du Sud Vers 1830, certains clans des Cheyennes s’établissent plus au sud, atteignant l’est du Colorado et du Kansas. Ils deviendront les Cheyennes du Sud. Les Cheyennes du Wyoming et du Montana s’unissent étroitement aux Lakotas et aux Arapahos, restés principalement au nord. Ils sont connus comme les Cheyennes du Nord.
Il faut ajouter aussi à cette liste les peuples algonquiens suivants :
les Mohicans, les Lenapes (ou Delaware) ; les Mohegans, les Powhatans, les Pamlico ; les Nanticokes, les Montauks, les Menominee ; les Chaouanons (ou Shawano), les Mesquakies, les Potéouatamis (ou Potawatami) ; les Sauks (ou Sac, ou Sack, ou Asakiwaki), les Outaouais, les Nipissings et les Kickapous.
Les Algonquiens de l'Ouest Les Arapahos, les Pieds-Noirs et les Cheyennes se déplacent aussi dans les plaines de l'Ouest canadien et américain.
La vie en société
Le semi-nomadisme La plupart des Algonquiens vivent alors de la chasse et de la pêche, même si certaines nations complètent leur alimentation en cultivant du maïs, des haricots, des courges et, plus particulièrement chez les Ojibwés, du riz sauvage.
Respecter la nature et les animaux est une valeur cardinale chez les Algonquiens. La chasse au gros gibier est observée selon des rites convenus. Toute proie, qu’il s’agisse d’un ours, d’un caribou ou d’un castor, etc., est sacrée. La bonne entente entre les humains et l’esprit des animaux fait partie des valeurs enseignées aux plus jeunes. Ceci a été particulièrement étudié chez les InnusVoir Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque, Le peuple rieur. Hommage à mes amis innus, Montréal, Lux, 2017, p. 167..
Les Algonquiens utilisent plusieurs outils de chasse, comme des arcs et des flèches, des massues, des lances, des haches, des filets et des pièges« Bibliothèque virtuelle Algonquiens (notions avancées) » [archive], sur www.alloprof.qc.ca, consulté le 28 janvier 2019).. Ils les fabriquent avec ce qu’ils trouvent dans la nature, comme des branches, de la pierre, des os et de l’écorce« Des vêtements et des objets adaptés » [archive], sur www.primaire.recitus.qc.ca, consulté le 28 janvier 2019)..
L’hiver, quelques familles se regroupent autour d’un chasseur émérite et vivent dans les campements temporaires, montant et démontant les tentes et les huttes, comme c’est le cas chez les Innus ou chez les Algonquins (Anicinabek). « Durant plus de huit mois, de mi-septembre à fin mai, cette entité sociale form[e] une unité de résidence indépendante […] Orignal, cerf, caribou et ours constitu[ent] les proies de prédilection, prisées pour leur viande, leurs os, leur graisse, leurs bois, leur cuir et leur fourrureRoland Viau, Amerindia. Essais d’ethnohistoire autochtone, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2015, p. 129.. »
L’été, des dizaines de familles d’une même bande convergent vers un lieu de rassemblement, formant un petit village à l’embouchure d’une rivière importante. On y construit des passes pour les poissons, pendant la période de frai, et on y cueille les baies, les plantes médicinales et les autres fruits. C’est le moment de fraterniser, permettant ainsi de raffermir l’appartenance à la bande. C’est aussi le moment d’échanger les produits de la chasse avec d’autres nations, notamment iroquoiennes, qui fournissent à leur tour maïs, peaux, tabac, provisions, etc.
La famille Les nations algonquiennes se répartissent en bandes. Chaque bande est constituée de 35 à 75 personnes, ce qui correspond à quelques grandes familles. Chacune veille sur son propre territoire de chasse et de pêche, même s’il n’en détient pas la propriété absolue« Les nations et les bandes » [archive], sur primaire.recitus.qc.ca (consulté le 28 janvier 2019)..
Les hommes sont responsables de la chasse, de la pêche, de la construction des maisons et du portage des canots. Ils sont aussi chargés du commerce pendant l’été. Ils s'occupent des relations diplomatiques ou défendent leur famille et la nation pendant les guerres.
Les femmes sont les gardiennes de la culture et des traditions, quoique les sociétés algonquiennes sont égalitaires dans le sens où les hommes devaient aussi savoir faire le travail des femmes et vice-versa. Les femmes enseignent souvent les vertus des plantes médicinales et transmettent les pratiques du tannage aux plus jeunes. Elles sont responsables de l’entretien des réserves de bois pour le chauffage, de la confection des vêtements, de la cueillette des fruits sauvages et de la conservation des aliments.