vignette|333x333px|Basilique Saint-Pierre, Vatican
L'histoire de l’Église catholique commence, selon sa propre perspective, dès la Révélation christique, et selon la perspective de l'Église orthodoxe, avec la séparation entre elle et les quatre autres patriarcats de la Pentarchie, en 1054. Telle que la conçoivent les catholiques, pour lesquels l'histoire de l'Église primitive est la leur, cette histoire peut être articulée sur quelques périodes charnières où se modifie la manière dont l'Église entend accomplir sa mission : la conversion de Constantin, la réforme grégorienne, le conflit entre Boniface VIII et Philippe le Bel, le concile de Trente, le pontificat de Léon XIII et le concile Vatican II.
Les communautés embryonnaires du premier siècle
On ne connaît l'histoire des chrétiens du premier siècle que par les Actes des Apôtres et certaines épîtres de Paul, textes produits par les premières communautés chrétiennes. Un historien comme Étienne Trocmé relève les insuffisances de cette documentation .. L'historien fera donc de ces textes une analyse critique documentaire alors que le croyant adhère d'abord au message transmis par ces textes du Nouveau Testament.
De la même façon, l'historien qui mène son investigation parmi les premiers chrétiens refusera de qualifier d'« Église » des communautés dont l'existence lui semble plausible, alors que le fidèle d'une Église chrétienne verra précisément dans ces communautés l'embryon de l'Église que le Christ annonçait à Pierre, Mt 16 18..
L'essaimage du christianisme primitif dans le monde romain vignette|200px|Paul (Catacombes chrétiennes, ) Dans l’Ancien Testament, le mot hébreu qahal auquel correspond « église » désigne le peuple de Dieu rassemblé dans le désert après l’Exode. Dans le Nouveau Testament, « église » désigne le nouvel Israël. L'Église, est déjà représentée au jour de la Pentecôte, aux alentours de l’an 30, par un petit groupe d’hommes et de femmes qui disent avoir connu Jésus et disent avoir été les témoins de sa passion et de sa résurrection. Dans ce groupe, les douze apôtres sous la conduite de Pierre jouent un rôle particulier pour s'acquitter de la triple mission dont ils ont été investis par le Christ : témoigner de la résurrection, agréger, baptiser ceux qui croient à leur parole et servir la communauté.. Les premiers « chrétiens » sont des Juifs qui ont reconnu en Jésus le Messie annoncé par les prophètes. Dans la Palestine du premier siècle, les chrétiens se heurtent à l’hostilité des grands prêtres, jaloux de leur autorité et des sadducéens résolument conservateursActes, IV..
Rapidement deux tendances apparaissent dans la communauté chrétienne. D'une part le « parti des hébreux » groupé autour de Jacques, un frère du Christ, reste attaché aux observances juives. D'autre part, un « parti des hellénistes » également composé de juifs, mais qui parlent le grec fait preuve de plus de détachement vis-à-vis de la communauté juive. Le parti des hébreux est influent à Jérusalem. Le parti des hellénistes recrute aussi bien en Palestine que dans la Diaspora. Ses grandes figures sont Étienne et Barnabé. Les hellénistes sont expulsés de Jérusalem vers l'an 37, après le martyre d'Étienne et, dès lors, le christianisme se répand en dehors de la Judée et de la Galilée, et tout d'abord à Antioche.
Ce n'est qu'au bout de vingt ans que l'Église s'échappe du milieu juif et cette nouvelle orientation tient beaucoup à l'influence de Paul de Tarse, un juif de la Diaspora, de culture grecque, dans la mouvance des pharisiens. Paul qui avait participé aux persécutions des premiers chrétiensActes, 7, 55 ; 8, 3. s'était fait baptiser après une apparition du Christ sur le chemin de Damas.
Les Actes des apôtres décrivent en effet trois persécutions successives : la première a surtout touché les hellénistes. La troisième, qui est sûrement de l’année 43 ou 44Jean Daniélou donne la date de 43 dans son article Histoire de l'Église dans Encyclopédia Universalis, 2000 mais Aimé Savard situe la vague de persécutions déclenchée par Hérode Agrippa en 44 ()., entraîne le martyre de Jacques, le frère de l’évangéliste Jean, et l’arrestation de Pierre.
En 49, des débats parfois violents opposent Paul et Barnabé d'une part et des « personnages venus de Judée » à propos des rapports avec les païens. Ces débats portent sur l'obligation faite aux païens convertis de se faire circoncireActes 15, 1-2., et atteste ainsi l’existence de deux communautés, l’une « judéo-chrétienne », l’autre « pagano-chrétienne »Lettre aux Galates, I2, 11-14.. Les pagano-chrétiens sont également appelés « gentils ». En 49, un « concile », rassemblé à Jérusalem tranche en faveur de Paul : . À ce concile, Pierre chef des apôtres apparaît aussi comme le chef de la jeune église, aux côtés de Jacques doté lui aussi d'un statut spécial, celui de « chef des anciens »Actes 15, 6-35..
Paul effectue de nombreux voyages missionnaires à travers le bassin méditerranéen. Ils convertissent aussi bien des juifs que des païens. En 45, le premier voyage, en compagnie de Barnabé, conduit Paul en Pamphylie et en Lycaonie. En 50, au cours d'un deuxième voyage avec Luc, il fonde des communautés à Philippes, Athènes et Corinthe. Au cours de son troisième voyage débuté en 53, il s'arrête trois ans à ÉphèseActes, 13, 43 ; 14, 1 ; 13, 48 et l'ensemble des Épîtres de Paul..
En 64, la persécution de Néron aboutit à la mise à mort de PierreLe martyre de Pierre n'est pas mentionné dans les Actes des apôtres, mais fait partie d'une tradition chrétienne ultérieure, notamment Eusèbe de Césarée. et à l'emprisonnement de Paul qui meurt martyr en 67. En 69-70 se déroule en Palestine une guerre d'indépendance menée par le parti des Zélotes qui se termine par la chute de Jérusalem. On peut imaginer comme le fait Jean Daniélou, que dans les communautés de la diaspora, l’attitude de Paul, visant à désolidariser les chrétiens des juifs, devait apparaître comme une trahison.
Les premières communautés chrétiennes Si les Actes des apôtres rendent compte d'un développement de l'Église d'où les polémiques et les règlements de compte ne sont pas absents, ils véhiculent aussi l'image de communautés chrétiennes où se pratiquent largement le partage et l'entraide :
Actes 2, 42-47
Actes, 4, 32-37.
Le rite d’initiation est le baptême, qui confère le don de l’Esprit et qui tire son origine du baptême de pénitence de Jean-BaptisteActes, 1,5 ; 10, 37, etc.. Le baptême est donné au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit (dans la pratique dans les actes des apôtres le baptême était donné au nom de Jésus) et comporte une profession de foi. À l’aube du dimanche, après la veillée du samedi soir, les chrétiens se réunissent pour célébrer l’eucharistieActes, 2, 42.
La prédication chrétienne s'articule autour de trois éléments principaux. D'abord, le témoignage rendu par les Apôtres des événements dont ils avaient été les témoins oculaires, ou dont ils étaient les dépositaires par la révélation : la passion, la résurrection et l’ascension de Jésus. Ensuite, le témoignage du milieu familial de Jésus en ce qui concerne la conception virginale et la Nativité. Enfin, la mémoire qu'avaient des disciples de l'enseignement du Christ. En outre, des collections de textes de l’Ancien Testament, destinés à montrer dans le Christ la réalisation des prophéties, sont rassemblées. Après une période de tradition orale, des textes sont écrits, qui constituent le Nouveau Testament. Les « Évangiles » contiennent des éléments de la vie et de l'enseignement de Jésus. Le plus ancien est celui de Marc, qui date des , représente la catéchèse de Pierre à Rome alors que l'Évangile de Matthieu s’adresse particulièrement aux Juifs et celui de Luc aux Grecs. Le dernier Évangile, celui qu'on attribue à Jean est plus tardif et représente une tradition originale très primitive.
Pour les catholiques, c'est le Christ qui a initié la structuration hiérarchique de l'Église en choisissant les Apôtres et en donnant à Pierre une place privilégiée. Cependant, l'apôtre Paul déclare que le privilège donné à Pierre se réduisait à la communauté juive (il était alors « l'apôtre des circoncis ») tandis que Paul était « apôtre des incirconcis ».. La reconnaissance de certains personnages qui n'étaient pas des disciples du Christ, comme Barnabé, Tite ou Timothée marque l'apparition de l'épiscopat avec une continuation authentique dans l'apostolat, l'enseignement, la sanctification et le gouvernement. Si les douze apôtres ont le privilège d'avoir été la seule source de révélation, Paul est reconnu comme l'égal des douze à la suite d'une initiative divine.
Le christianisme ancien des historiens vignette|200px|Manuscrits de la Mer Morte L'historien ne trouve que deux textes de sources païennes pour recouper les textes du Nouveau Testament. Vers l'an 120, l'historien Tacite parle des chrétiens persécutés par Néron après le Grand incendie de Rome comme des adeptes d'une exécrable persécutionTacite, Annales, 15-44.. Pline le Jeune écrit à son empereur Trajan pour lui demander des consignes sur l'attitude à adopter vis-à-vis des chrétiens qui refusent d'invoquer les dieux, et d'offrir de l'encens et du vin à l'image de l'empereurPline le Jeune Livre X - Lettres 97 et 98 sur les Chrétiens.
L'historien puise dans le Nouveau Testament des informations exceptionnelles sur le développement du christianisme, en particulier sur la personnalité et l'action de Paul, mais il lui incombe d'établir des limites entre les informations historiques et les rajouts à visée apologétique qu'un ou plusieurs auteurs auraient accumulés dans ce qui deviendrait finalement le texte canonique d'une religion déjà structurée. Les luttes internes entre parti des hébreux et parti des hellénistes sont familières aux connaisseurs de l'histoire du judaïsme de la même époquePar exemple, Élie Barnavi, Histoire universelle des juifs, Hachette, 1992.. Dès le , fleurit toute une littérature juive de langue grecque écrite dans un but apologétique ou pour gagner des prosélytes. Depuis la découverte des manuscrits de la Mer Morte, on s'intéresse aux éventuelles influences esséniennes sur les premiers groupes de chrétiens. Il est donc aussi légitime pour l'historien de considérer le même objet d'étude, à savoir les milieux concernés par le Nouveau Testament comme une partie de l'histoire du judaïsme de l'époque que comme la naissance de l'église catholique.
Une autre question pertinente pour l'historien est celle de la diffusion du message du christianisme, orale dans un premier temps (comme le livre des Actes en témoigne), écrite par la suite. S'il est probable que, dès la fin du premier siècle, il existait un certain nombre de paroles de Jésus qui circulaient. ou des passages des Évangiles et des Épîtres de Paul., l'évidence de l'existence d'une religion constituée pour laquelle des textes sont admis comme textes canoniques ne s'impose que lorsqu'on a la preuve que ces textes sont diffusés dans le milieu considéré et cette évidence n'existe pas avant le milieu du , lorsque Marcion de Sinope plus tard considéré comme hérétique et excommunié, liste les écrits qu'il considère canoniques, en se basant probablement sur un groupement préexistant des lettres de Paul..
Finalement, plus de cent ans après la naissance présumée de Jésus, dans les premières années du siècle d'Hadrien (117-138), un historien comme Étienne Trocmé perçoit dans le christianisme une secte marquée par son zèle ardent et sa médiocrité intellectuelle, sans doute sur la voie de l'indépendance par rapport au judaïsme, mais dont les effectifs sont encore restreints et qui n'est pas encore une puissance qui compte dans l'État romain ou parthe.
Le développement de l'Église jusqu'au concile de Nicée (100-325)
La progression géographique du christianisme