Elizabeth Barrett Browning (EBB), née le à Coxhoe Hall, dans le comté de Durham, et morte le à Florence, est une poétesse, essayiste et pamphlétaire britannique de l'ère victorienne.
Ses parents, Edward Moulton-Barrett et Mary Graham-Clarke, ont eu douze enfants, huit garçons et quatre filles, dont l'une décède alors qu'Elizabeth a huit ans. Dès son plus jeune âge, elle commence à écrire. Son intérêt la porte vers les œuvres de l'Antiquité gréco-latine et hébraïque lues dans le texte. Elle cultive aussi les grands classiques anglais, français, allemands et italiens.
Sa vie bascule lorsque, à la fin de son adolescence, elle est frappée par une paralysie sans doute d'origine psychosomatique, aggravée par la perte de sa mère en 1828 et, surtout, par le décès tragique, en 1840, de son frère préféré, Edward. Elle vit alors en recluse dans sa chambre du 50, Wimpole Street à Londres, auprès d'un père à l'affection tyrannique envers ses enfants auxquels il entend imposer le célibat.
Le poète Robert Browning, ébloui par la lecture d'un recueil de ses poèmes, entreprend avec elle une correspondance qui devient vite amoureuse. Au bout de deux ans, le couple se marie clandestinement et s'enfuit en Italie, où il réside jusqu'à la mort d'Elizabeth en 1861.
Elizabeth Barrett Browning est surtout connue pour deux œuvres, Sonnets from the Portuguese (« Sonnets portugais ») dans lequel elle chante son amour naissant, puis triomphant, pour Robert Browning, et Aurora Leigh, long roman en vers où elle aborde des problèmes historiques, sociaux et politiques, mais aussi retrace l'itinéraire personnel, intellectuel et moral d'une artiste revendiquant sa féminité et l'accomplissement de sa vocation.
C'est l'une des figures majeures de la poésie victorienne, une écrivaine à la fois engagée et lyrique, à la culture encyclopédique, qui, comme elle l'écrit dans Aurora Leigh, s'applique à « analyser, confronter et questionner » ()., tout en exprimant les turbulences ou les extases de son cœur. Vie L'enfance et l'adolescence thumb|left|Paysage des Malvern Hills.
Une enfance dorée Elizabeth Barrett Moulton naît le à Coxhoe Hall, Comté de Durham. Son père, Edward Moulton-Barrett, a fait fortune en Jamaïque avec les plantations de canne à sucre dont il a hérité et, en 1809, il achète le manoir de Hope End, à Ledbury, dans le Herefordshire, entouré d'environ 203 hectares de terres (500 acres), près des Malvern Hills.
Ces collines font partie du paysage culturel d'Elizabeth qui les évoque dans certaines de ses œuvres, en particulier dans ses poèmes dits « campagnards », mentionnés plus bas (voir § 3), et aussi dans Aurora Leigh où l'héroïne est envoyée chez une parente résidant dans cette région. À leur propos, elle écrit : « Elles sont pour moi les collines de mon enfance ; car bien que je fusse née dans le comté de Durham, j'étais un tout petit enfant lorsque je vins dans leur voisinage, et j'y ai vécu jusqu'à la vingtaine passée »Citation : They seem to me my native hills; for though I was born in the county of Durham, I was an infant when I went first into their neighbourhood, and lived there until I had passed twenty by several years..
Très tôt, elle commence à écrire des poèmes. Le premier semble avoir été composé à l'âge de six ou huit ans. Le manuscrit, qui est déposé à la Berg Collection de la Bibliothèque publique de New York, est daté de 1812, mais le chiffre 2 a été rajouté sur un autre préalablement gratté, si bien que la date indiquée reste sujette à caution. Ses poèmes campagnards, en tous les cas, tels que « The Lost Bower » (« La Charmille perdue »), « Hector in the Garden » (« Hector dans le jardin ») et « The Deserted Garden » (« Le Jardin déserté ») se réfèrent aux forêts et aux jardins de Hope End.
Elizabeth y vit une enfance dorée, cultivant des roses blanches, montant son poney, fréquentant d'autres familles du voisinage. Elle s'intéresse au théâtre et met en scène des pièces avec ses onze frères et sœurs, tous curieux et épris des choses de l'art. C'est elle l'aînée et, en tant que telle, elle a une attitude quasi maternelle envers cette grande fratrie très soudée. Tous les enfants Barrett portent des petits noms : Elizabeth est « Ba » ; son frère Edward est « Bro ».. C'est celui qu'elle préfère et c'est à lui qu'elle demandera, plus tard, de l'accompagner à Torquay..
Un esprit éveillé thumb|upright=0.6|Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes de J-J. Rousseau, qu'a lu Elizabeth. Elizabeth est une enfant à l'esprit curieux et éveillé. Elle lit Shakespeare, l’Iliade et l’Odyssée dans la traduction de Pope, l'histoire de l'Angleterre, de la Grèce et de Rome, le Paradis perdu de Milton, tout cela avant l'âge de dix ansNotice biographique d'Elizabeth Barrett Browning sur poets.org (consulté le 18 mai 2009). À douze ans, elle a écrit un poème épique, The Battle of Marathon (« La bataille de Marathon ») en quatre livres de distiques rimés (« rhyming couplets »). Son père le fait publier en 1819 à compte d'auteur lorsqu'elle a quatorze ans et, plus tard, elle commente ce premier ouvrage en ces termes : « « L'Homère de Pope refait, ou plutôt défait » (« Pope's Homer done over again, or rather undone »)Biographie d'Elizabeth Barrett Browning sur findarticles.com (consulté le 20 avril 2009)..
thumb|left|upright=0.6|Thomas Paine, philosophe américain connu d'Elizabeth. Bien qu'elle profite des leçons du précepteur de son frère, c'est elle qui prend l'initiative de ses lectures. Ainsi, pendant son adolescence, elle étudie dans le texte original la plupart des auteurs grecs et latins, de même que l'Inferno de Dante. Cet appétit intellectuel la pousse aussi à apprendre l'hébreu pour pouvoir lire L'Ancien Testament d'un bout à l'autre. Elle cultive également les écrivains du Siècle des Lumières, Thomas Paine, révolutionnaire et déiste américain, Voltaire et Jean-Jacques Rousseau..
Cet éveil la conduit à se préoccuper de problèmes encore tabous en l'Angleterre victorienne, comme ceux des droits de l'homme et, attitude insolite, de la femme, dont elle s'entretient dans sa correspondance avec Mary Wollstonecraft, première écrivaine résolument féministe du royaume, qui a publié en 1792 Vindication of the Rights of Woman (« Défense des droits de la femme »)..
La jeune maturité et la maladie Vingt ans et le retour aux classiques grecs thumb|upright=0.8| Mary Russell Mitford, l'amie et la correspondante d'Elizabeth. Mary Russell Mitford l'a décrite telle qu'elle était dans sa jeunesse : « Une silhouette fine et délicate, avec deux gerbes de bouclettes noires tombant de chaque côté d'un visage particulièrement expressif ; de grands yeux tendres, avec une généreuse frange de cils noirs et un sourire tel un rayon de soleil. » (« A slight, delicate figure, with a shower of dark curls falling on each side of a most expressive face; large, tender eyes, richly fringed by dark eyelashes, and a smile like a sun beam »).
Vers ses vingt ans, Elizabeth Barrett se prend d'amitié pour des voisins, deux érudits spécialistes de grec ancien, Uvedale Price, théoricien de la notion de « pittoresque »., qui a passé les quatre-vingts ans et mourra quelques années plus tard, et Hugh Stuart Boyd, lui aussi d'un âge avancé et aveugle.. Elle entretient une correspondance suivie avec eux et c'est Boyd qui l'encourage à reprendre ses études de la Grèce antique. Sur ses recommandations, elle se consacre à Homère, Pindare, Aristophane, aux grands tragiques, Eschyle, en particulier, dont elle traduit le Prométhée enchaîné qui sera publié en 1833, toujours par Mr Barrett, et Sophocle. Elle porte également son attention aux auteurs byzantins chrétiens.
Au bout de quelques années, elle s'éloigne intellectuellement de son mentor (avec lequel, cependant, elle correspondra jusqu'à sa mort) et poursuit ses travaux selon ses propres goûts littéraires et philosophiques. Sa fascination intellectuelle pour les classiques et la métaphysique trouve son pendant dans une obsession religieuse qu'elle décrit plus tard comme « Non point la profonde conviction d'un Chrétien modéré, mais les visions farouches d'une enthousiaste » (« »).. Cet « enthousiasme » relève de la foi méthodiste, que partage sa famille et dans laquelle son père joue un rôle éminent au sein d'associations d'études bibliques et d'activités missionnaires.
En 1828, Mrs Barrett meurt soudainement et est enterrée auprès de sa fille Mary, décédée à quatre ans, au cimetière de l'église paroissiale St Mary and All Angels de Ledbury. D'après ce que raconte Hugh Stuart Boyd dans sa correspondance, Elizabeth, alors âgée de vingt-deux ans, est si choquée de ce deuil qu'elle en perd tout « pouvoir de pensée » (the power of thinking)Article wikipedia anglais : Elizabeth Barrett Browning. Pourtant, l'influence de Mrs Barrett sur ses enfants n'est pas prépondérante : elle apparaît comme une mère restée dans l'ombre de son mari qui, lui, règne en maître sur la maisonnée..
Les affaires de Mr Barrett en déclin thumb|left| Gravure commémorant l'abolition de l'esclavage par le Parlement britannique en 1833 (Gravure de Joseph Collyer). Les émeutes en Jamaïque au début des années 1830 mobilisent l'intelligentsia, en Angleterre et aux États-Unis, contre le système esclavagiste. Des groupes tels que les quakers en Amérique du Nord et la Société pour l'abolition de l'esclavage en Grande-Bretagne jouent un rôle décisif pour sensibiliser l'opinion par le biais de pétitions publiques, de campagnes de boycott et par la diffusion de documents décrivant et parfois illustrant les conditions de vie des esclaves à bord des navires négriers et dans les plantationsJournée internationale de commémoration des victimes de l'esclavage et de la traite transatlantique des esclaves, Organisation des Nations unies (consulté le 18 mai 2009)..
La Grande-Bretagne abolit l'esclavage en 1833. Toutefois, si le marque la fin de la traite négrière, il n'affranchit pas encore les esclaves déjà transportés. Cet affranchissement a été progressif, âprement négocié au parlement britannique et il ne s'applique pas aux possessions autres que les West Indies (« les Caraïbes »), par exemple à l'Inde, Ceylan ou Sainte-Hélène. De plus, différentes étapes ont été établies, selon les particularités des plantations et les contraintes commerciales localesVoir Slavery Abolition Act 1833. Enfin, l'Europe continentale est à la traîne, la France ne suivant l'exemple de l'Angleterre qu'en 1848, et les États-Unis sont loin d'être prêts à changer leur système.
Elizabeth Barrett, qui sera une grande admiratrice de Harriet Beecher Stowe (1811-1896), dont (« La case de l'Oncle Tom ») paraîtra en 1852, épouse ce combat avec passion et n'a de cesse de défendre farouchement la cause de l'abolition totale et définitive, ce qui explique qu'en 1849, elle publie encore un poème à ce sujet, (« L'esclave fugitif à la Pointe du Pèlerin »), monologue dramatique d'une esclave violée qui finit par tuer son nouveau-né de couleur blanche.
Quoi qu'il en soit, les troubles dans les plantations et l'abolition font rapidement péricliter les affaires jamaïcaines d'Edward Moulton Barrett, qui se trouve forcé de vendre le manoir de Hope End. La famille change donc de résidence trois fois de 1832 à 1837, sans pour autant, semble-t-il, se voir considérablement appauvrie. C'est à Sidmouth, dans le Devon, où les Barrett ont vécu pendant trois années, qu'Elizabeth a traduit le Prométhée enchaîné d'Eschyle en 1833..
L'installation à Londres thumb|Portrait en esquisse d'Elizabeth dans sa jeune maturité.