Louis-Charles de France, plus connu sous le nom de , né à Versailles le et mort à Paris le , est le second fils de et de Marie-Antoinette. Titré duc de Normandie à sa naissance, il devient dauphin de France en 1789 à la mort de son frère aîné, puis prince royal aux termes de la Constitution de 1791 à 1792.
Durant la Révolution française, la famille royale est emprisonnée le à la tour du Temple et exécuté le . Louis-Charles est alors reconnu par les gouvernements des puissances coalisées contre la France, son oncle le futur et les royalistes comme le titulaire de la couronne de France sous le nom de « ». Il meurt en captivité en 1795 à l’âge de dix ans.
L'éventualité de sa survie a longtemps suscité la curiosité de certains auteurs.
Biographie Naissance et baptême gauche|vignette|Acte de baptême de Louis-Charles. Louis-Charles de France est né au château de Versailles le . Il est baptisé le même jour dans la chapelle du château de Versailles par Louis René Édouard de Rohan, grand aumônier de France, en présence d'Honoré Nicolas Brocquevielle, curé de l'église Notre-Dame de VersaillesRegistre des baptêmes (1785) de l'église Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines : son parrain est Louis Stanislas Xavier de France, futur , et sa marraine Marie-Caroline de Lorraine, archiduchesse d'Autriche, reine des Deux-Siciles, représentée par Madame Élisabeth.
Titré duc de Normandie avant la mort de son frère aîné, il a pour armes un écartelé de France (d'azur à trois fleurs-de-lis d'or) et de Normandie (de gueules à deux léopards d'or)Hervé Pinoteau, La symbolique royale française, , P.S.R. éditions, 2004, ..
Des rumeurs se sont répandues à la naissance de l'enfant selon lesquelles il ne serait pas le fils de , mais d'Axel de Fersen (aucune étude scientifique ne valide ou n'invalide cette rumeur), gentilhomme suédois qui nourrissait un sentiment d’amour pour la reinelire en ligne. Dès , Mercy note dans une lettre à l'empereur que « les habitudes du roi ne donnent guère d'espérance à lui voir une nombreuse postérité »Correspondance secrète du comte de Mercy-Argenteau avec l'empereur , , . Et Evelyn Farr remarque que chaque fois que Marie-Antoinette est tombée enceinte, en 1783, 1784 et 1785, Fersen était présent à Versailles. L'historienne Pascale Mormiche attribue également sa paternité au comte suédois : « Louis XVI reconnaît l’enfant pour fils sans contredire la rumeur : « Tout s’est passé de même qu’à mon fils » écrit-il dans son Journal. Au baptême de Louis-Charles de France, le comte d'Artois est absent et il n'y a « ni compliment, ni révérences »» Louis Nicolardot, Journal de , . En , La Fayette et à sa suite l'Assemblée nationale menaceront Marie-Antoinette d'un procès en adultère et de faire déclarer bâtards ses enfants (bien que Fersen ne puisse être impliqué dans la naissance de Madame Royale), ce qui montre la persistance des attaques dans les tensions liées à la succession des Bourbons. Il n'en sera cependant plus question lors du procès de la reineLe Procès de Marie-Antoinette, présenté et commenté par Gérard Walter, éditions Complexe, 1993.
Louis-Charles est surnommé « Chou d'amour » par sa mère et Gabrielle de Polignac, gouvernante des Enfants de France depuis le . Marie-Antoinette le rappellera à Gabrielle dans une lettre qu'elle lui écrira alors que cette dernière est partie en exilMarie-Antoinette, correspondance (1770-1793), édition établie et présentée par Évelyne Lever. Éditions Tallandier, 2006, ..
Enfance (jusqu'en août 1792) vignette|313x313px|Buste du dauphin Louis-Charles par Louis-Pierre Deseine, fin 1789, début 1790. Il passe sa première enfance dans l'insouciance, sa vie parmi les enfants de la Cour se déroulant entre les escaliers du château de Versailles et la terrasse du Midi où a été aménagé un petit jardin qui fait le bonheur de l'héritier du trône. Faisant preuve d'une certaine maturité et d'une grande sensibilité malgré son jeune âge, il cultive un petit jardin et offre fréquemment des fleurs à la reine ou à sa sœur car il . Il est entouré d'une nombreuse Maison, comprenant de très nombreux serviteurs attachés à sa personne, parmi lesquels Agathe de Rambaud, sa berceusedont Alain Decaux écrit ( retrouvé, )., Louise-Élisabeth de Croÿ de Tourzel comme gouvernanteAprès le 14 juillet 1789, remplaçant madame de Polignac partie en émigration au lendemain de la prise. et Jean-Baptiste Cant Hanet dit Cléry, son valetde 1785 à 1792..
Second fils de , Louis-Charles de France n'est pas destiné, au départ, à succéder à son père ; la mort de son frère Louis-Joseph le fait cependant de lui le dauphin de France.
Au début de la Révolution française, il déménage avec sa famille au palais des Tuileries le 6 octobre 1789.
En 1791, son titre de dauphin de France est remplacé par celui de « prince royal » dans la nouvelle la Constitution du royaume de France, en miroir du remplacement du titre de roi de France par celui de roi des Français.
Prisonnier au Temple Après la journée du , Louis-Charles, qui a perdu son titre de prince royal, est transféré avec ses parents au couvent des Feuillants, puis le emprisonné à la Prison du Temple. Le , est séparé de sa famille et conduit au deuxième étage tandis que le troisième étage est réservé à Marie-Antoinette, ses deux enfants et sa belle-sœur. À partir du , l' est confié à la garde de son père, qui poursuit son éducation avec le valet de chambre Jean-Baptiste Cléry. Séparé de sa mère qu'il peut retrouver à l'occasion de promenades, le dauphin est à nouveau confié à elle le lorsque commence le procès de . Il ne revoit son père que le , pour un ultime adieu, avant l'exécution de ce dernier le matin du .
vignette|234x234px|Pastel de Louis XVII au temple réalisé peu de temps avant sa mort par Joseph Ducreux.
Aux yeux des royalistes, le dauphin Louis-Charles succède à son père en vertu du principe selon lequel la continuité dynastique est automatique en France (un nouveau roi succède au roi précédent dès l'instant de la mort de ce dernier). Il est reconnu sous le nom de par le comte de Provence, frère cadet de et futur , alors émigré à Hamm, près de Dortmund, en Westphalie. Les Vendéens et les Chouans, ainsi que les royalistes d'autres provinces, vont se battre en son nom. Leurs étendards portent l'inscription : . Louis-Charles est également reconnu comme roi de France et de Navarre par toutes les puissances étrangères, y compris les États-Unis, qui ne reconnaissent pas la Première République française...
Louis-Charles est confié à sa mère au troisième étage du Temple jusqu'au . Les captifs bénéficient à cette époque d'un confort incontestable (baignoire, garde-robe, nourriture abondante). Plusieurs tentatives d'évasion sont tentées par des royalistes afin de délivrer Marie-Antoinette et ses enfants.
Par arrêté du Comité de salut public du , Louis est enlevé à sa mère et mis sous la garde du cordonnier Antoine Simon (« l'instituteur » désigné, qui sait pourtant à peine écrire) et de sa femme, qui résident au Temple. Enfermé au deuxième étage, le but est alors d'en faire un petit citoyen ordinaire et de lui faire oublier sa condition royalePierre-Gaspard Chaumette, procureur-syndic de la Commune de Paris, déclara : « Je veux lui faire donner quelque éducation ; je l'éloignerai de sa famille pour lui faire perdre l'idée de son rang. Quant au Roi, il périra ! » (F. Hue).. Il est impliqué, ainsi que sa sœur, dans le procès de sa mère, Marie-Antoinette. On lui fait signer une déclaration de reconnaissance d'incesteL'enfant ayant eu « un relâchement du témoin gauche », la reine s'est chargée d'appliquer la pommade prescrite par le médecin sur son testicule gauche. Le substitut du procureur Hébert exploite le soin délicat de cette blessure du testicule pour étayer l'accusation d'inceste (cf ). pour ajouter un chef d'accusation contre cette dernière.
Selon Georges Bordonove, c'est l'épouse de Simon, attachée à l'enfant, qui prend soin de le nourrir correctement. Cependant, Simon, rappelé à ses fonctions municipales, quitte le Temple le . Sa femme, malade, quitte également la prison. Louis-Charles est alors enfermé au secret dans une chambre obscure, sans hygiène ni secours, pendant six mois, jusqu'au . Son état de santé se dégrade, il est rongé par la gale et surtout la tuberculose. Il vit accroupiGagnié, ancien cuisinier des Tuileries, obtint d’approcher le prisonnier. Il découvrit le petit « courbé et accroupi ayant les bas retroussés, une tumeur au genou et ayant le cou rongé de gale, dans l’impossibilité de se redresser. ». Sa nourriture lui est servie à travers un guichet et peu de personnes lui parlent ou lui rendent visite. Ces conditions de vie entraînent une rapide dégradation de son état de santé. L'isolement total dans lequel il est placé laisse planer un certain mystère et donne l'occasion à l'imagination populaire de soulever l'hypothèse de substitution de l'enfant et de son exfiltration, donnant naissance au .
Le 10 thermidor an II (le ), à l'issue de la chute de Robespierre, Antoine Simon, mis hors-la-loi, est guillotiné. Le Comité de Salut public et le Comité de sûreté générale arrêtent la nomination de Christophe Laurent, membre de la section du Temple, comme garde de Louis-Charles de France et de sa sœur aînée. Le 3 pluviôse an III (le ), après le rapport de Jean-Jacques-Régis de Cambacérès (député de l'Hérault), Louis-Charles de France et sa sœur aînée sont maintenus en détention en France.
Son sort s'améliore relativement, mais le prisonnier de la tour du Temple est rongé par la tuberculose, ce qu'omet de signaler Laurent lorsqu'il écrit, sur le bulletin de la tour du Temple, que les prisonniers « se portent bien ». Le , Laurent démissionne. Il est remplacé par Étienne Lasne (1757-1841) de la section des Droits de l'homme.
Dégradation de sa santé (mai 1795) Le (), les gardiens Gomin et Lasne inscrivent sur les registres du Temple : « Le petit Capet est indisposé ».
Le (), la tuberculose prend un tour critique, caractérisé par l'apparition d'une péritonite, si bien que, dans les derniers jours de mai, les gardiens signalent au comité de Sûreté générale que l'enfant Capet manifeste . Le Comité . Le docteur Pierre Joseph Desault passe à cette époque pour être le premier praticien de Paris. Le , Desault fait sa dernière visite au malade, car il meurt le , à l'âge de .
Le , lui succède Philippe-Jean Pelletan, , chirurgien en chef de l'Hospice de l'Humanité. Ne voulant pas le laisser prendre seul la responsabilité de soigner l'enfant, le Comité de sûreté générale lui adjoint le docteur Jean-Baptiste Dumangin, , médecin chef de l'hospice de l'Unité (Hôpital de la Charité de Paris). Dans la nuit du au , Gomin et Lasne, alarmés par l'état de santé de l'enfant, ont envoyé chercher en urgence le docteur Pelletan. Il répond qu'il viendra le lendemain matin avec le docteur DumanginArchives nationales BB30 964. Document reproduit dans par André Castelot, 206 et 207, Librairie académique Perrin, 1968 .
Le lundi (), les docteurs Dumangin et Pelletan arrivent ensemble à du matin au Temple. L'état de l'enfant s'est aggravé.
Mort vignette|Jeton commémorant la mort de , .|alt= alt=|vignette|Cœur de dans la crypte des Bourbons dans la nécropole royale de la basilique de Saint-Denis. vignette|Procès-verbal d'inhumation de Louis-Charles Capet, daté du 22 prairial, an III.|alt= Témoignage de Damont, commissaire civil au Temple : . Pelletan, arrivé à , confirme la mort. Le docteur Dumangin arrive à . Il apprend le décès du fils Capet.