thumb|Suzanne Desprès. vignette|Portrait de l'actrice Suzanne Desprès par Édouard Vuillard (1908), huile sur carton, Musée des Beaux-Arts de Caen, 2017. Suzanne Desprès, née Joséphine Charlotte Bonvalet à Verdun (Meuse) le , et morte dans le de Paris le , est une actrice française.

Biographie

Jeunesse et formation Suzanne Desprès naît le à Verdun. Elle est la fille d'un mécanicien des chemins de fer de l'Est et grandit à Levallois-Perret.

Elle est élevée chez les sœurs. Elle obtient sa certification d'étude puis fait une école professionnelle. À 16 ans, Suzanne travaille dans un atelier de couture rue de la Paix.

Elle développe en parallèle un fort appétit pour le théâtre. Elle économise alors l'argent que lui donne son père pour ses trajets ferroviaires quotidiens en marchant, et tous les samedis soirs utilise ces économies-ci pour s'offrir une place dans le paradis de la Comédie-Française.

Elle décide de démissionner de l'atelier puis réussit à avoir une entrevue en 1894 avec Lugné-Poé, directeur du journal L'Œuvre. Le jeune directeur est impressionné par l’extrait de Christine de Suède que Suzanne lui interprète. Il lui recommande de prendre des cours de diction et de se perfectionner dans l'art du geste .

Trois mois plus tard, elle entre dans la compagnie de l'Œuvre et débute dans Le Chariot de terre cuite, une légende hindoue.

Elle finit par épouser Lugné-Poe et devient sa collaboratrice au journal. Elle s'inscrit ensuite au Conservatoire où elle rencontre son maître Gustave Worms.

Entre-temps elle continue de jouer dans la compagnie de l'Œuvre sous le nom d'emprunt de Suzanne Auclair, car il est interdit aux élèves du Conservatoire de se produire en public.

Elle quitte le Conservatoire en 1897 avec un second prix de tragédie et un premier prix de comédie.

Carrière Elle entre alors au Vaudeville. Comme elle reste inactive pendant plusieurs mois, elle demande un congé et part pour l'étranger avec la compagnie de son mari. Mais elle est rappelée en urgence pour créer en 1898 L'Ainée de Jules Lemaître. Il est alors question de lui retirer son rôle, car son jeu déconcerte ses camarades et Jules Lemaître. Elle réussit après de vives supplications à obtenir un sursis. Le soir de la répétition générale, elle remporte un grand succès.

En 1900, André Antoine l'embauche dans son Théâtre Antoine et la fait jouer dans La Dupe de Georges Ancey puis dans Poil de carotte de Jules Renard. Les répétitions de Poil de carotte sont difficiles, et ce jusqu'à une conversation avec Jules Renard relatée par André-Paul Antoine :

La répétition générale de Poil de carotte s'achève quelques jours plus tard, le , Suzanne Desprès faisant l'unanimité. Cela marque le début de son succès.

Elle crée au Théâtre Antoine La Fille sauvage de François de Curel et Les Remplaçantes d'Eugène Brieux. Puis elle reprend L'Assommoir d’Émile Zola au Théâtre de la renaissance avec comme compagnon de jeu Sacha Guitry.

En 1902, elle est engagée à la Comédie-Française. Elle y débute le de la même année dans La Petite amie d'Eugène Brieux. Puis le elle apparaît dans Phèdre de Jean Racine. Son jeu nouveau lui attire les foudres des critiques et fait scandale. Seuls quelques défenseurs, dont Émile Faguet, la soutiennent. Elle devient alors persona non grata, n'est plus affichée à la Comédie-Française, et démissionne après un an de présence. Elle n'aura joué que quatorze fois au Français.

Son activité reprend néanmoins très vite, car Henry Bernstein la choisit pour créer Joujou au Théâtre du Gymnase.

Elle revient ensuite au Théâtre Antoine et part en Amérique du Sud pour y jouer La Parisienne d'Henry Becque, Une visite de Noces d'Alexandre Dumas fils et Les Erinnyes de Leconte de Lisle.

À son retour, elle rejoint L'Œuvre. Elle y joue en dans la Maison de Poupée d'Henrik Ibsen. Son interprétation fascine le public. Forte de ce succès, elle joue cette pièce plus de trois cents fois en France et à l'étranger.

Par la suite, elle joue de nombreux rôles, notamment dans Les Bas-Fonds de Maxime Gorki ou L'Apprentie de Gustave Geffroy.

La mort de son mari en 1940 la dévaste et elle se retire dans sa propriété de La Magnaneraie, près de Nice. Elle refuse dès lors obstinément de remonter sur scène.

Elle accepte cependant de prendre part à des pièces radiophoniques et d'apparaître dans le film La Belle Meunière de Marcel Pagnol.

Fin de vie Exilée dans les environs de Nice, elle intègre le jury du Conservatoire local.

Puis durant les cérémonies d'hommage à André Antoine, Lugné-Poé et Firmin Gimier en 1950, elle ressent de forts maux de tête. Elle regagne Nice où les médecins restent impuissants face à sa maladie. Elle tente alors de se suicider, mais est retrouvée à temps. Roger Ferdinand intervient et la persuade de subir une opération chirurgicale à Paris. L'opération réussit et elle se repose alors chez des parents de Danièle Delorme, boulevard de Clichy. Puis brusquement, dans la nuit du , entre six et sept heures du matin, elle meurt d'une hémorragie cérébrale.

Elle repose au vieux cimetière de Saint-Germain, près de Lugné-Poé.

Filmographie 1911 : Rédemption de Charles Servaes 1917 : Les Sœurs ennemies de Germaine Dulac 1918 : Loin du monde de F. Mair 1920 : Le Carnaval des vérités de Marcel L'Herbier : Della Gentia 1921 : L'Ombre déchirée de Léon Poirier 1923 : La Porteuse de pain de René Le Somptier 1924 : Pierre et Jean d'Émile-Bernard Donatien 1928 : Le Tournoi dans la cité de Jean Renoir 1933 : La Merveilleuse Tragédie de Lourdes de Henri Fabert 1934 : Maria Chapdelaine de Julien Duvivier 1935 : La Marche nuptiale de Mario Bonnard 1935 : L'Équipage d'Anatole Litvak 1935 : Quelle drôle de gosse de Léo Joannon 1936 : Les Loups entre eux de Léon Mathot 1937 : Miarka, la fille à l'ourse de Jean Choux 1937 : Le Voleur de femmes de Abel Gance 1937 : Boissière de Fernand Rivers 1938 : Le Drame de Shanghaï de Georg-Wilhelm Pabst 1938 : Louise d'Abel Gance 1938 : Le Héros de la Marne de André Hugon 1939 : Quartier sans soleil de Dimitri Kirsanoff 1946 : Panique de Julien Duvivier 1947 : Une jeune fille savait de Maurice Lehmann 1948 : La Belle Meunière de Marcel Pagnol

Théâtre 1895 : Le chariot de terre cuite de Victor Barrucand d'après le drame antique hindoue Mric'Chakatika, mise en scène de Lugné-Poé : Madanika 1895 : Le petit Eyolf d'Henrik Ibsen : Asta Allmers 1895 : Les pieds nickelés de Tristan Bernard, Théâtre de Paris : Veuve Caviar 1895 : Intérieur de Maurice Maeterlinck, Théâtre de Paris : Marthe 1900 : La Clairière de Lucien Descaves et Maurice Donnay, Théâtre Antoine 1900 : La Dupe de Georges Ancey, Théâtre Antoine 1900 : Poil de carotte de Jules Renard, Théâtre Antoine : Poil de carotte 1900 : L'Assommoir d'Émile Zola, Théâtre de la Porte-Saint-Martin 1901 : Les Remplaçantes d'Eugène Brieux, mise en scène André Antoine, Théâtre Antoine : Lazarette Planchot 1902 : La Fille sauvage de François de Curel, mise en scène André Antoine, Théâtre Antoine : Marie 1902 : La Petite Amie d'Eugène Brieux, Comédie-Française : Marguerite 1902 : Phèdre de Jean Racine, Comédie-Française : PhèdreSource : Base documentaire La Grange, site de la Comédie-Française 1903 : La Guerre au village de Gabriel Trarieux, mise en scène André Antoine, Théâtre Antoine 1903 : Maison de poupée d'Henrik Ibsen, mise en scène par Lugné-Poe 1904 : L'Esbrouffe d'Abel Hermant, Théâtre du Vaudeville : Madame Belgrand 1905 : La Gioconda de Gabriele D'Annunzio, Théâtre de Paris : Silvia 1905 : La Fille de Jorio de Gabriele D'Annunzio : Mila Di Codra 1908 : L'apprentie de Gustave Geffroy, Théâtre de l'Odéon : Cécile 1908 : Le Lys de Gaston Leroux, Théâtre du Vaudeville : Odette 1909 : La Clairière de Maurice Donnay, Théâtre Antoine : Hélène Souricet

1912 : Les Flambeaux d'Henry Bataille, Théâtre de la Porte-Saint-Martin : Madame Bouguet 1913 : La parisienne d'Henry Becque, mise en scène de Lugné-Poe, Théâtre de l'Œuvre : Clotilde 1913 : Hamlet de Shakespeare, mise en scène Lugné-Poe, Théâtre Antoine : Hamlet 1913 : L'Occident d'Henry Kistemaeckers fils, Théâtre de la RenaissanceLes Archives du spectacle.net 1920 : La Captive de Charles Méré, Théâtre Antoine : Madame Folster

1921 : Le Dieu d'argile d'Édouard Schneider, Théâtre Antoine 1924 : Le Printemps des autres de Jean-Jacques Bernard, mise en scène Lugné-Poe, Théâtre Fémina 1925 : Une maison de poupée d'Henrik Ibsen, mise en scène Lugné-Poe 1928 : Amours de Paul Nivoix, Théâtre de l'Odéon

1931 : Le Cyclone de Somerset Maugham, mise en scène Jacques Baumer, Théâtre des Ambassadeurs 1935 : Peer Gynt de Henrik Ibsen, Théâtre de la Porte-Saint-Martin 1938 : Les Deux Madame Carroll de Marguerite Veiller, Théâtre des Capucines

Notes et références

Liens externes

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