vignette|Fissure dans le mur de l'église de Woldendorp, au Pays-Bas, en raison des séismes induits par le gisement de gaz de Groningue. Un séisme induit est un séisme déclenché directement ou indirectement par des activités humaines.

Il se produit quand l'Homme modifie le jeu des forces et contraintes visco-élastiques et poro-élastiques géologiques, par exemple via des modifications géographiques, tridimensionnelles et temporelles de poids, de tensions, de fronts de pression, de points de compression, de déplacement des seuils de rupture mécanique des roches).

Il peut résulter d'une explosion intense ( essai nucléaire souterrain, des rééquilibrages microgéologiques faisant suite à des chantiers de grande ampleur (mines profondes à ciel ouvert, canal de Suez), ou à l'extraction, à l'injection ou au déplacement ou à l'accumulation locale de « fluides géologiques » (gaz, pétrole, eau) dans les mécanismes de rupture de la croûte superficielle.

Il a généralement des effets très locaux, et le plus souvent imperceptibles pour l'homme. Mais il peut parfois agir sur des objets géologiques à des échelles de dizaines de kilomètres.

Historiquement, l'expression « sismicité induite » a émergé dans le contexte d'études, d'abord en Afrique du Sud dans des mines d’or, puis dans les bassins houillers de l'Europe (l'activité minière étant de plus en plus productive et profonde, ce risque pourrait être croissant). L'exploitation du gaz de schiste a aussi, provoqué une hausse exponentielle de ces séismes (qui en 2017 pourraient affecter jusqu'à 3,5 millions d'Américains).

Cas des séismes induits par l'exploitation houillère Un lien entre l'extraction charbonnière profonde et des tremblements de terre touchant les bassins miniers est pressenti dès les années 1860, après que de petites secousses aient périodiquement secoué les premières régions minières, dont en Allemagne (tout comme dans le cas des barragesRothé JP (2001) Séismes artificiels, Tectonophysics, 9, 1970, p. 215-238 McGarr A. F., Simpson D & Seeber L (2002) Case Histories of Induced and Triggered Seismicity, in International Handbook of Earthquake and Engineering Seismology, 81A, p. 647-661). Ainsi en 1884, Karl Fuchs (géologue et minéralogiste, professeur à l'Université de Heidelberg s'en préoccupe dans la 4e édition (en français) de son étude sur les volcans et les tremblements de terre Fuchs K (1884) Les volcans et les tremblements de terre, Paris (4e éd.), p. 149-160.. Citant plusieurs exemples tels qu'un séisme survenu à Charleroi en 1869 où "la terre fut crevassée en beaucoup d'endroits et l'on put constater de nombreux affaissements du sol"Fuchs K., Les volcans et les tremblements de terre…, voir p. 154. et à Kohlscheid (bassin houiller proche d'Aix-la-Chapelle) où la même année un séisme est ressenti, ou encore à Herzogenrath et Aix-la-Chapelle respectivement en septembre et en . La Ruhr a été touchée par plusieurs séismes locaux de 1860 à 1870, Fuchs remarque qu'il s'agit toujours de zones concernées par une exploitation intensive et récente du charbon. Il persiste dans la édition de son ouvrage (datée de 1895)Fuchs K., Les volcans et les tremblements de terre, Paris, 1895 (6e éd.). Il pense qu'en plus des vides laissés par les galeries d'exploitation, une décomposition du charbon en grisou produit aussi des vides souterrains supplémentaires, sources d'affaissement lent ou d'effondrement soudains se manifestant en surface comme des séismes.

Comme l'a récemment montré Kevin Troch, historien de l'exploitation houillère Troch K (2017) [Exploitation minière et sismicité induite ? Un éclairage historique sur une controverse d'actualité: l'exemple de la Belgique et du Nord de la France, années 1880-années 1980], mis en ligne le 22/04/2017 , durant des décennies les géologues proches des charbonnages (tels que belge Jules Cornet ou De Munck en Europe) nieront cependant toute possibilité de lien de cause à effet entre mines et séismes, et ceci bien que des scientifiques comme Lancaster (directeur de l'Observatoire royal de Belgique) aient très tôt suspecté un lien avec les affaissements miniers et/ou avec les effondrements qu'ils impliquent parfois en surface, en s'appuyant notamment sur les résultats des premières stations sismologiques.

Au siècle suivant () ces séismes se font plus fréquents et éveillent des soupçons chez les gouvernements allemand et polonais ; un premier laboratoire de surveillance de la sismicité induite est installé à Bochum (bassin charbonnier de la Ruhr) en 1908Mintrop L (1909) Die Erdbebenstation der Westfälischen Berggewerkschaftskasse in Bochum, in Glückauf, 45, p. 357-365 puis en 1920 en Haute Silésie en PologneGibowicz S.J & Kijko A (1994) An Introduction to Mining Seismology, San Diego, Academic Press, « International Geophysics », 55, p.2.

La France et la Belgique s'interrogent mais les charbonnages et leurs géologues nient leur responsabilité (qui serait source de compensations financières très élevées si elle était reconnue alors qu'ils sont déjà confrontés aux coûts des affaissements et d'autres accidents et dégâts miniers.

En 1898 Eugène Lagrange (professeur de physique à l'École royale militaire de Belgique), pose l'hypothèse qu'un accroissement de la sismicité précède les « coups de grisou » propose - devant la Société belge de géologie, de paléontologie et d'hydrologie - d'installer cinq autres stations qui compléteraient celle d'Uccle (la première construite en Belgique, en 1899) : il les envisage sur le littoral, au niveau d'un puits de la mine de charbon de l'Agrappe à Frameries, dans le bois de Colfontaine, dans les carrières de porphyre de Quenast et à Liège (également dans une galerie de mine)Van den Broeck E (1898) Séance spéciale supplémentaire du mardi 14 juin 1898 consacrée à l'exposé préliminaire de l'étude du grisou dans ses rapports avec les phénomènes de la météorologie endogène et au point de vue de sa prévision par l'observation des microséismes, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d'hydrologie, 12, p. 7-12.. Ces stations pourraient améliorer la sécurité minière (mais aussi répondre aux questions posées par De Munck sur la sismicité induite). Les charbonnage de l'Agrappe acceptent l'installation d'un sismographe dans une de ses galeries.

Après un séisme qui secoue de la vallée de la Scarpe en 1896, De Munck se demande si De Munck E (1896) Le tremblement de terre dans le Nord de la France, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d'hydrologie, 10, p. 175.»

Paul Habets, professeur d'exploitation des mines à l'Université libre de Bruxelles, insiste sur Société belge de géologie, de paléontologie et d'hydrologie (1898) Procès-verbal de la séance spéciale du mardi 5 juillet 1898, in Bulletin de la société, 12, p. 38-39 Ernest Van den Broeck (secrétaire général de la société belge de géologie) Le il interroge ses collègues : Société belge de géologie, de paléontologie et d'hydrologie (1898) Procès-verbal de la séance spéciale du lundi 18 juillet 1898, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d'hydrologie, 12, p. 58 et pour répondre à cette question il veut établir des sismographes capables d'enregistrer des évènements microsismiques près de sites extractifsSociété belge de géologie, de paléontologie et d'hydrologie (1896), Considérations au sujet du tremblement de terre du 2 septembre 1896, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d'hydrologie, 10, p. 173..

En 1903, la Société belge de géologie, de paléontologie et d'hydrologie a posé des sismographes à Quenast et aux charbonnages de l'Agrappe dans la fosse Grand-Trait (à 850 mètres de profondeur) pour détecter d'éventuels liens entre grisou et petits séismesSomville O (1936), Les tremblements de terre en Belgique, Gembloux, J. Duculot, p. 1-24 Van Camp M. et Camelbeeck T (2004), Histoire des stations sismiques belges. De la station « Solvay » au réseau national de surveillance sismique, in Ciel et Terre, 120, novembre-décembre, p. 162-176., mais elles seront peu utiles et non-pérennes faute d'une bonne alimentation en électricité et par manque de financements des houillères et du gouvernement belgeSociété belge de géologie, de paléontologie et d'hydrologie (1906) Rapport relatif aux stations simiques de Quenast et de Frameries, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d'hydrologie, 20, p. 43-56. Eugène Lagrange s'en plaint en 1904 Van Camp M & Camelbeeck T (2004). Histoire des stations sismiques belges : de la station «Solvay» au réseau national de surveillance sismique. Ciel et Terre, 120(6), 162-176., p. 170-171, mais présente à la Société des données pour le site de Frameries lors de sa séance du . Sans doute par peur des résultats, le projet est abandonné en ce qui concerne le sismographe du charbonnage de l'AgrappeSociété belge de géologie, de paléontologie et d'hydrologie (1899) Phénomènes grisouteux du Charbonnage de Marchienne à Marchienne-au-Pont (janvier et février 1899), procès-verbal de la séance du 26 avril, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d'hydrologie, 13, p. 110 ; le projet n'est plus même mentionné après 1907.

Côté Industriels, les géologues belges et français nient rapidement toute responsabilité du dépouillement dans la survenue de tremblements de terre dans des régions pourtant antérieurement réputées très peu sismiques. Pour les séismes de la vallée de la Scarpe (1896) et de Mons (1911), Jules Cornet, Henri Douxami, Fernand Montessus de Ballore parmi d'autres, contestent toute responsabilité de l'Industrie houillèreDouxami H (1911) Les tremblements de terre. Essai sur l'état actuel de la séismologie, Lille, Ed : Danel Douxami H (1912) Les tremblements de terre ou séismes dans la région du Nord de la France, in Bulletin de la Société de géographie de Lille, 58, semestre, p. 30-58Montessus de Ballore F., Les tremblements de terre, géographie séismologique, Paris, Armand Colin, 1906. et qualifient leurs éventuels détracteurs d'affabulateurs et de charlatans.

Jules Cornet et Henri Douxami, contre un grand nombre de savants (moins spécialisés dans le domaine minier et donc moins écoutés), affirment que les secousses d'Havré survenues en 1887 étaient simplement liées à la présence de nombreuses failles et dislocations dans les terrains crétacés surplombant le terrain houiller, et non dû à l'exploitation charbonnière. Douxami, insiste sur l'étendue de la zone épicentrale du séisme () qui lui paraît "s'accorder difficilement avec la cause généralement invoquée […] nous voulons dire le déhouillement produit par les progrès de l'exploitation amenant un tassement d'anciennes galeries déhouillées, insuffisamment remblayées". Montessus de Ballore affirme lui en 1906 que Montessus de Ballore F (1906) Les tremblements de terre, géographie séismologique, Paris, Armand Colin; voir p. 71-72.