Les Prôneurs ou le Tartuffe littéraire est une comédie en trois actes et en vers de Claude-Joseph Dorat.

Argument La pièce elle-même, sous-titrée le Tartuffe littéraire, visait à dénoncer ce que Dorat appelait « l’Aréopage », un tribunal littéraire informel qui distribuait les succès en fonction des alliances politiques plutôt que du mérite..

Historique Les Prôneurs n’a pas été joué. Lorsqu’il fait imprimer cette comédie, en , Dorat indique, dans son avant-popos que ce n’est pas une satire personnelle, et qu’il la fait imprimer précisément précisément pour réfuter cette assertion.. Il précise, en outre, que la rédaction en remonte à . Il précise, de surcroit, que depuis qu’elle est faite, il ne s’est occupé, . À l’en croire, il ne l’a fait imprimer que parce que . Aucune trace de mise à la scène pour cette pièce dont Dorat conclut l’avant-propos, en se revendiquant cherchant .

Contexte Dorat a gardé, plusieurs années, sans pouvoir la faire représenter., cette satire née du ressentiment de l’auteur, malgré ses dénégations, envers les membres de l’Académie française qui, selon lui, lui empêchaient l’accès à cette institution . Y sont attaqués les critiques littéraires, dont La Harpe, contre qui il avait échoué à la succession de Colardeau à l’Académie, en 1776., mais également et, au premier chef, Palissot..

Vive satire des personnes composant la société de Julie de Lespinasse, c’est-à-dire le parti philosophique. Le principal personnage de la pièce est D’Alembert qui, sous le nom de « Callidès », joue le rôle de chef des prôneurs. La scène dans laquelle il initie un jeune adepte aux mystères de l’ordre, est très plaisante. On trouve dans cette pièce quelques portraits tracés d’un pinceau assez vigoureux, entre autres, ceux de Palissot et de Clément de Dijon, dont Dorat avait sujet de se plaindre ; du premier, parce qu’il l’avait fait figurer d’une manière peu avantageuse dans sa Dunciade. ; du second, parce qu’il avait fait une critique amère de son poème De la déclamation..

Personnages M. de Norville. Madame de Norville. D’Orci père, capitaine de vaisseau. D’Orci fils, amant d’Hortense. Hortense, fille de M. de Norville Forlis, ami de d’Orci fils. Célimene, prôneuse. Bélise, prôneuse Fatmé, prôneuse Callidès, chef des prôneurs. L’abbé Durcet, prôneur. Furet, prôneur. Versac, prôneur. Broussin, personnage sourd, espèce d’imbécile et prôneur. Finette, femme de chambre de Madame de Norville.

Le théâtre représente un salon. Sur le devant, on voit deux tables. Sur l’une, sont des sphères ; sur l’autre, sont des livres, des plans, des compas, etc. Dans le reste de l’appartement, on voit des buttes et des antiques.

Clefs Selon Dorat lui-même, . Il n’existe donc pas de clef pour chaque personnage, mais chacun évoque fortement le caractère de personnalités des Lumières en vue de l’époque. CallidèsDu latin callidus : rusé, roué, madré., chef des prôneurs, fait penser à D’Alembert, et le salon de Madame de Norville, dont il est la cheville ouvrière, à celui de Julie de Lespinasse..

Derrière les personnages de l’abbé Durcet, Furet et Versac se profilent l'abbé Delille, Philosophe connu pour sa propension à la flatterie mutuelle, Suard, influent à l’Académie française et connu pour son opposition à Dorat et Grimm, pilier du mouvement encyclopédiste et rédacteur de la Correspondance littéraire, Palissot qui l’avait fait figurer d’une manière peu avantageuse dans sa Dunciade ou Clément de Dijon, qui avait fait une critique amère de son poème De la déclamation.

Floridor, poète et dramaturge brillant, contre qui cabalent Callidès et se prôneurs et prôneuses, ne peut être nul autre que Dorat lui-même.

Personnages M. de Norville. Madame de Norville. D’Orci père, capitaine de vaisseau. D’Orci fils, amant d’Hortense. Hortense, Fille de M. de Norville Forlis, Ami de d’Orci fils. Célimene, prôneuse. Bélise, prôneuse Fatmé, prôneuse Callidès, chef des prôneurs. L’Abbé Durcet, prôneur. Furet, prôneur. Versac, prôneur. Broussin, personnage sourd, espèce d’imbécile et prôneur. Finette, femme de chambre de Madame de Norville.

Le théâtre représente un salon. Sur le devant, on voit deux tables. Sur l’une, sont des sphères; sur l’autre, sont des livres, des plans, des compas, etc. Dans le reste de l’appartement, on voit des buttes et des antiques.

Trame La scène est chez Madame de Norville, qui tient une espèce de bureau de littérature, dont Callidès est l’oracle, et où s’assemblent les Prôneurs.

Acte I Forlis fait part au jeune d’Orci d’un bon tour qu’il se propose de jouer aux prôneurs, en leur lisant, comme de lui, et leur faisant admirer et prôner une mauvaise tragédie qu’un rimeur exécrable a légué à son frère. D’Orci doute du succès de cette mystification, mais Forlis le rassure en énumérant les torts qu’il leur reproche : ils sont égoïstes, intéressé, dominateurs, corrupteurs, et prônent pour régner. D’Orci fait alors part à Forlis du stratagème inventé par la femme de chambre de Madame de Norville, auquel il a recours pour voir Hortense plus librement : il se fait passer pour rimeur en lisant des vers de Floridor, poète estimé, très critiqué chez Madame de Norville.

D’Orci et Forlis sortis, le capitaine d’Orci père survient avec M. de Norville, qu’il presse de terminer le mariage de son fils et d’Hortense. Norville se plaint à Norville des travers de sa femme, et de son engouement pour les prétendus sages qu’elle rassemble chez elle, avant de s’éloigner, à l’approche de cette dernière, et de toute sa suite de prôneurs et de prôneuses. Forlis reçoit les compliments de ceux-ci sur la tragédie qu’il vient de lire. L’abbé Durcer promet de se faire un devoir de le bien louer. Lorsqu’on ensuite parle d’une comédie de Floridor, qui doit se donner le jour même, Madame de Norville le dénigre car il n’a pas encore soupé chez elle, tandis qu’elle parle avec éloge de l’épître que lui a adressée d’Orci fils. Elle fait promettre aux prôneuses d’en glisser quelques mots dans le monde :

Les prôneurs partis, la fille de M. de Norville, Hortense, arrive, et témoigne à Finette, femme de chambre de Madame de Norville, de la jalousie au sujet des vers adressés à Madame de Norville par d’Orci fils. Voyant justement paraitre ce dernier avec son père, la froideur qu’elle manifeste et sa sortie inquiètent vivement le jeune d’Orci. Son père le rassure, en lui disant que les gens qui se rassemblent sont les plus vains et orgueilleux qui soient. Après avoir fait jurer à son fils de cesser de fréquenter ces fourbes, il lui promet de voir Madame de Norville en faveur de son mariage.

Acte II Lorsque Callidès s’enquiert du jugement critique de Forlis sur Corneille, Racine ou Boileau, ce dernier déclare estimer ces auteurs sanctionnés par le public et le temps. Ceci n’agrée nullement à Callidès, qui morigène Forlis sur toutes ces vieilleries : . Quant au public, il se manipule : Forlis n’a qu’à frequenter les bons salons. Après avoir écouté cet endoctrinement d’un air soumis et respectueux, Forlis lui promet à Callidès de se corriger, et sort, laissant celui-ci satisfait de son élève.

Après avoir informé l’assemblée des prôneurs, des progrès de son prosélyte, Callidès préside aux débats. En attendant Furet, Broussin commence à s’endormir. Furet annonce qu’il n’arrive pas à influencer le public au sujet de Mondor. On pense à piller les vers d’Ariste pour le remettre en selle. Les autres hommes de lettres sont passés en revue : le rimeur Alcidas encourt l’anathème Ergaste, qui fréquente des gens ostracisés par les prôneurs et ne recherche pas leur estime, se voit . Callidès se montre impitoyable avec les hommes de lettres plaisants : . Ce n’est pas assez que de les faire hair dans leur propre pays. L’abbé Durcet, , est missionné pour amuser Pétersbourg et son Académie, au moyen de la flagornerie ou du dénigrement. Versac doit couvrir l’Italie et l’Inde, Furet le nouveau monde, et Broussin, l’Allemagne.

Le capitaine D’Orci, de retour de la guerre, exhorte Madame de Norville, entrés par deux côtés opposés, à consentir au mariage de son fils avec Hortense, mais Callidès l’interrompt pour lui demander si, dans ses voyages, il a remarqué le progrès des Lumières. D’Orci, qui n’entend pas se laisser confondre par ce langage amphigourique, lance une violente tirade contre les prôneurs, avant de sortir. Resté seul avec Madame de Norville, Callidès, qui trouve l’institution du mariage , lui conseille de ne pas agréer d’Orci fils. Il lui propose, à la place, Versac. Madame de Norville ne veut pas affliger deux amants, mais Callidès l’informe que ce mariage importe à la littérature et qu’ au nom de celle-ci, elle doit suivre la raison, et se défier de son cœur.

Acte III Les prôneurs sortis, Madame de Norville restée seule, lit le poème de Forlis qu’elle trouve admirable. D’Orci père revient à la charge et la conjure d’envoyer promener tous les beaux esprits, avec leurs beaux entretiens, parfois vides de sens, qui l’entourent, mais celle-ci les défend l’âme par laquelle ils brillent, les traits d’humanité dont fourmillent tous leurs écrits, les préjugés dont ils ont dégagé les esprits : Norville et d’Orci ne peuvent se mettre d’accord, la première étant d’avis qu’il faut, , le second, au contraire qu’il faut,

Madame de Norville congédie le capitaine d’Orci, en lui demandant du temps pour se décider sur le mariage de sa fille. Elle apprend par une lettre, qu’une ligue se forme contre ses amis. Callidès, qui survient, la rassure et la laisse aller voir la pièce nouvelle. Lorsque Finette, Hortense et d’Orci fils arrivent, ce qui promet à ce dernier de dissiper la jalousie d’Hortense, en lui apprenant que les vers adressés à Madame de Norville ne sont qu’un stratagème. Callidès revient avec les prôneurs, qui attendent avec inquiétude des nouvelles de la pièce de Floridor en train de se jouer, et dont ils espèrent la chute. Hélas, un membre de la cabale vient leur apprendre non seulement la pièce a eu le plus grand succès, mais que c’est eux-mêmes qu’on y a joués : le En outre, Forlis raconte dans tout Paris que le texte qu’il leur a fait encenser n’est qu’ Lorsque Madame de Norville rentre, humiliée, son mari l’exhorte à profiter de l’occasion pour revenir de ses errements et laisser sa fille épouser d’Orci fils, qui avoue, dans la foulée que l’épitre charmante qu’il a produite est en fait de Floridor. Floris avoue le rôle qu’il a joué fans la supercherie et Madame de Norville consent enfin au mariage de d’Orci et d’Hortense.

Réception critique La critique de La Harpe ne peut qu’être acerbe et négative, puisqu’il figure au rang des « prôneurs » incriminés par Dorat : Diderot remarque que Élie Fréron prend, quant à lui, la défense de Dorat , dans l'Année littéraire, estimant que et qu’il a su la défendre avec succès..

Notes et références Notes

Références

Iconographie Gravures de Duflos le jeune d’après Clément-Pierre Marillier.

Éditions .

Liens externes

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