Le Carnaval est l'occasion d'un certain nombre de blagues et pratiques comiques. Certaines expressions de l'humour carnavalesque sont générales à plusieurs régions du monde, d'autres sont limitées à une région, voire une seule ville ou un seul village. Des pratiques comiques ont traversé les siècles, comme l'intrigue, qui se pratique toujours au Carnaval de Dunkerque, d'autres ont disparu, comme le jeu des bougies au Carnaval de Rome.
Blagues et pratiques comiques en Carnaval
Attrapes en Carnaval : Il existe des blagues traditionnelles propres au 1er avril. Au Carnaval de Paris existaient jadis des blagues traditionnelles qu'on appelait : « attrapes en Carnaval ». Balai (en fleur de roseau, en papier) : Voir : Chatouille. Bigophone : Les bigophones, instruments de musique carnavalesque, affectaient souvent des formes comiques : légumes, animaux, objets divers, etc. Bouchons de paille : Ce genre de blagues se pratiquait à la Mi-Carême. La Presse en parle le jour de la Mi-Carême 1882 Chronique parisienne, Mi-Carême, La Presse, 16 mars 1882, page 1, . : « Dans quelques villes, à Angers, par exemple, les gamins ont eu longtemps l'habitude d'attacher par derrière des bouchons de paille aux vêtements des passants ; cette coutume inoffensive tend de plus en plus à disparaître. » Bougie : Le Carnaval de Rome qui était jadis très grand, se clôturait avec une grande bataille de bougies, comme le rapporte en 1836 le Magasin pittoresque : « MoccoliPluriel italien de moccolo, qui signifie bougie.. — Au soir du dernier jour, le Corso (la via del Corso, ancienne voie Flaminia et lieu central du Carnaval de Rome) offre un spectacle féerique. Une petite lumière parait au loin, puis une seconde, une troisième; bientôt il y en a vingt, cent, mille : on dirait un incendie qui se propage dans la foule. Des lanternes de papier sont accrochées en festons aux fenêtres, aux voitures; chaque piéton a une bougie allumée : Sia ammazzato chi non porta moccolo ! (Mort à qui ne porte pas de bougie !) crie chacun en soufflant sur les bougies de ses voisins, en défendant la sienne ou en la rallumant. D'un balcon élevé, la rue est un foyer où il y a une guerre d'étincelles. Enfin un moment vient où tout s'éteint : la foule se retire ; ses bruits, ses murmures s'apaisent. Le carnaval est fini, le règne sévère du carême commence. » Chahut dunkerquois : Le chahut dunkerquois ou « tiens bon d'ssus » est une forme comique particulière de défilé. Il se pratique dans les carnavals de Dunkerque et sa région. Le cortège appelé « bande » est structuré ainsi : en tête des pousseurs qui dégagent fermement le passage en poussant le public pour qu'il dégage la chaussée. Ces pousseurs sont par exemple, à Malo-les-Bains, les pompiers. Ensuite vient le tambour-major et la cantinière en uniformes du Premier Empire. La fanfare et derrière les carnavaleux. Ils marchent bras dessus, bras dessous, en chantant, les plus costauds en premières ligne. Avec sa canne, le tambour-major indique les trois temps du défilé. La marche, le sautillé sur place et enfin le « tiens bon d'ssus ». Ce dernier consiste en ce que dès que les trompettes jouent, la première ligne bloque les lignes derrières et les empêche d'avancer. Les lignes derrières poussent. Puis, au signal du tambour-major, la première ligne cesse de bloquer et le défilé repartLe « tiens bon d'ssus » n'est pas violent. Si on n'en peut plus, il suffit de le dire et les lignes s'écartent aussitôt et vous laissent sortir. Le « tiens bon d'ssus » a pour temps fort le rigodon final du Carnaval, qui consiste en un défilé circulaire d'une heure autour d'un kiosque à musique ou podium où sont installés tambour-major et fanfare. La compression dans le « tiens bon d'ssus », à ceux qui y participent laisse les côtes endolories et une sensation d'enthousiasme extraordinaire..
Chansonniers : Une tradition des carnavals d'Allemagne est que durant la fête les chansonniers vilipendent publiquement quantité de gens, en particulier les hommes et femmes politiques. Cela se passe dans de grands lieux de rassemblements des carnavaleux où à table ils boivent de la bière. Les politiques n'apprécient pas toujours forcément ces pratiques, mais elles sont si fortement ancrées dans la tradition qu'il n'est pas du tout possible pour eux de s'y opposer.
Chants dunkerquois : Ceux-ci, au nombre de plusieurs dizaines, chantés sur des airs connus, font partie du patrimoine carnavalesque des Dunkerquois et habitants de la région dunkerquoise. Ils sont caricaturaux. Par exemple, dans l'un d'eux, on trouve le distique suivant : « Ce n'est pas moi, c'est ma sœur / Qu'a cassé la machine à vapeur ! ». Certains de ces chants sont anciens. Ainsi celui où apparaît la phrase : « Allume ta pipe à la pompe ! » La pompe en question était une construction qui s'élevait jadis sur le port de Dunkerque et qui comportait un renfoncement où les fumeurs pouvaient s'abriter du vent pour allumer leur pipe ou leur cigarette. Dans une autre chanson très fréquemment chantée au Carnaval on trouve : « Elle a perdu son diabolo dans la cour d'la filature ! / Elle a perdu son diabolo dans la cour de chez Chapeau ! ». Cette chanson fait allusion à une filature qui existait effectivement à Dunkerque il y a très longtemps et dont le patron nommé Chapeau était très craint par ses ouvrièresLa plus fameuse chanson du Carnaval de Dunkerque, à l'air fréquemment repris aux fifres durant la fête et connue comme « l'air du Carnaval » se chante sur l'air de la célèbre chanson française « Bon voyage, Monsieur Dumollet ». Ses paroles sont : « Roul'ta boss', ton père est bossu ! Sans fair'exprès j'ai marché sur sa bosse ! Roul'ta bosse, ton père est bossu ! Sans fair'exprès j'ai marché sur son cul ! ».
Chatouille : Au Carnaval se pratiquait jadis la chatouille avec des accessoires spécialement utilisés pour chatouiller. Le Magasin pittoresque en 1836 en parle dans une description de personnages typiques du Carnaval de Rome. Parlant de jeunes filles, il écrit : « ...elles se promènent seules sans autres armes offensives ou défensives, qu'un petit balai en fleur de roseau qu'elles passent méchamment sous le nez de ceux qui sont sans masques. Malheur à qui tombe au milieu de quatre ou cinq de ces jeunes filles ! » Au Carnaval de Paris était jadis vendu en grande quantité des plumes de paon et petits balais en papier destinés également à chatouiller. Le fait est attesté au . Il est arrivé que la vente et l'usage de ces accessoires carnavalesques soient interdits par la policeCe fut le cas, par exemple, lors de la Promenade du Bœuf Gras 1896.. Le plumeau ou plum'tche de Dunkerque et sa région perpétue aujourd'hui la tradition des chatouilles en Carnaval.
Chemin de fer : Il s'agit d'une danse comique parisienne du où la foule des danseurs imitait le chemin de fer qui en était à ses débutsL'« embarcadère de l'Ouest », nom que portait la première gare de Paris, fut créé en 1837 le long de la rue de Londres. Transféré en 1842 rue Saint-Lazare, il devint au fil des années la Gare Saint-Lazare actuelle.. Théophile Gautier en a laissé une description en 1845, au bal de l'OpéraThéophile Gautier, La Presse, 29 décembre 1845. : « Le moment venu, il (le chef d'orchestre : Philippe Musard) se courba sur son pupitre, allongea le bras, et un ouragan de sonorités éclata soudainement dans le brouillard de bruit qui planait au-dessus des têtes; des notes fulgurantes sillonnaient le vacarme de leurs éclairs stridents, et l'on aurait dit que les clairons du Jugement dernier s'étaient engagés pour jouer des quadrilles et des valses. Nous reconnûmes à ce sabbat triomphant la famille des instruments de notre ami Ad. SaxLes saxophones, invention d'Adolphe Sax. — Les morts danseraient à une pareille musique. Figurez-vous qu'on a imaginé une contredanse intitulée le chemin de fer; elle commence par l'imitation de ces horribles coups de sifflet qui annoncent les départs des convois; le râle des machines, le choc des tampons, le remue-ménage des ferrailles y sont parfaitement imités. Vient ensuite un de ces galops pressés et haletants près de qui la ronde du sabbat est une danse tranquille. Un torrent de pierrots et de débardeusesLe pierrot et le débardeur ou débardeuse sont des personnages typiques du Carnaval de Paris. Le débardeur ou débardeuse est un fameux costume féminin du Carnaval parisien. Il est constitué d'un débardeur ou pantalon, de préférence très moulant. Il a été immortalisé, notamment par le dessinateur Gavarni et le caricaturiste Cham. En dehors de la période du Carnaval, il fallait jadis aux femmes une autorisation du préfet de Police pour pouvoir porter le pantalon. tournent autour d'un ilot de masques stagnant au milieu de la salle, ébranlant le plancher comme une charge de cavalerie. Gare à ceux qui tombent. Ce n'est donc qu'à ce prix qu'on s'amuse encore aujourd'hui; il faut, à force de gambades, de cabrioles, de dislocations extravagantes, de hochements de tête à se démonter le col, se procurer une espèce de congestion cérébrale : cet ivresse de mouvement ou délire gymnastique, a quelque chose d'étrange et de surnaturel. On croirait voir des malades attaqués de la chorée ou de la danse de Saint-Guy. »
Citrons parfumés : Au cours du Carnaval au Portugal et au Brésil, on utilisait jadis comme projectiles des citrons en cire remplis d'eau parfumée.
Confetti : Les premiers confetti employés étaient des dragées. La raison qui entraina leur abandon fut l'usage qui fut fait de dragées farces et attrapesLes actuels dragées au poivre existent encore de nos jours pour perpétuer ce genre de blagues littéralement « de mauvais goût »., comme le rapporte Le Magasin pittoresque en 1836, décrivant le Carnaval de Rome, alors très grand : « Au-dessus de la foule, sur les voitures, sur les trottoirs, sur les balcons, on voit presque sans cesse une grêle de petites dragées que les masquesC'est-à-dire les personnes masquées. envoient aux spectateurs et que les spectateurs leur renvoient. Autrefois c'étaient des dragées fines et exquises. Mais l'usage de ces libéralités étant devenu trop général, et ces libéralités surtout étant devenues des perfidies, on ne se sert plus aujourd'hui que de petites boules de craie ou de plâtre, auxquelles on continue, seulement par extension, à donner le nom de confetti. » Le même journal rapporte un peu plus loin que les larges robes noires des ecclésiastiques sont une cible recherchée par les carnavaleux romains : « Les abbés surtout ont lieu de redouter les confetti : sur leur habillement noir chaque balle laisse un point blanc, et après quelques pas, ils sont ponctués des pieds à la tête : un peu plus loin, ils sont tout entiers d'une blancheur de neige. » Lancé mondialement au Carnaval de Paris en 1891, le confetti en papier conserve toujours en France le nom initial de dragées, confetti en italien. Déguisements : Certains déguisements de Carnaval sont délibérément comiques. Il en est ainsi par exemple du chie-en-lie, ancien déguisement traditionnel parisien consistant en une chemise de nuit au postérieur barbouillé de moutarde. Ou encore de la tenue traditionnelle du carnavaleux dunkerquoisLe déguisement de carnaval est à Dunkerque appelé en patois flamant dunkerquois : le « clet'che ». Le carnavaleux appelle « beste clet'che » son plus beau costume de Carnaval. Certains carnavaleux choisissent de ne jamais le laver., travesti provocant et caricatural : rouge à lèvres, faux cils, perruque voyante, faux seins en plastique, décolleté, bas résille, veste en fourrure et grosses chaussures. Écriteaux : Au Carnaval de Paris on accrochait jadis des écriteaux au dos des passants. Voir l'article Attrapes en Carnaval.