Les Yanomami sont un peuple indigène d’Amérique du Sud. Présents au Brésil et au Venezuela, ils constituent un ensemble linguistique et culturel divisé en quatre sous-groupes parlant des langues mutuellement intelligibles : les langues yanomami. Leur population était estimée à en 2014, répartis en 200 à 250 villages dans la forêt amazonienne, dont 50 % de Yanomami occidentaux.
Ethnonyme Le nom Yanomami est un exonyme créé par les anthropologues qui ont travaillé avec ce groupe au Venezuela. Ils ont également été désignés dans l'histoire par les noms Guaharibos, Sanima, Shiriana ou Waika..
En yanomami occidental, yanõmami tëpë signifie monde des « êtres humains », par distinction des napëpë (monde des humains étrangers ou hostiles), des yaropë (monde des autres êtres vivants, non-humains) et des yai thepë (monde des esprits immatériels xapiripë, en portugais chapiri qui peuvent néanmoins influencer ou « posséder » les êtres vivants).
Langues
Jusqu'au début du , les Yanomami ignoraient l'écriture, mais utilisaient un complexe langage de signes, manuels, décoratifs sur leur peau ou par végétaux et plumes, os ou autres restes animaux combinés et placés le long de leurs sentiers dans la forêt. Ce langage leur permet de limiter le bruit lors de la chasse. Ils possèdent un vocabulaire botanique et cynégétique d’environ permettant de nommer près de 400 animaux et plus de 300 plantesAlain Gheerbrant, Des hommes qu'on appelle sauvages, préface de Georges Altman, éd. R. Marin, Paris 1952 et Les secrets de la forêt vierge, images de René Moreu, Les Impressions rapides, Paris 1954..
Situation géographique
Le territoire où vit le peuple Yanomami se situe au cœur de la forêt tropicale humide, à cheval sur le Brésil et le Venezuela. Au Brésil, ce territoire est de ; au Venezuela, les Yanomami vivent dans la réserve de biosphère d'Alto Orinoco-Casiquiare, dont la superficie est de , soit deux fois la Suisse et un peu plus que la Guyane française.. Leur territoire au Brésil, classé en 1992, est considéré comme une région prioritaire en matière de protection de la biodiversité amazonienne, mais la population humaine, estimée à en 2014, ne bénéficie pas de protection particulière ; les indigènes y étaient encore majoritaires à la fin du avec un effectif de répartis en 188 villages et maisons collectives en 1995Jean-François Diné et Jean-Philippe Rémy, « Orénoque-Amazone : l'enfer vert en voilier », in : Les dossiers de Science & vie Junior , juillet 1995, 114 p., ..
Mode de vie Habitat thumb|Chabono (maison commune) yanomami
Les Yanomami vivent dans de grandes maisons communes circulaires, qu'ils construisent eux-mêmes, appelées . Les plus grands chabono peuvent abriter jusqu'à . Lorsqu'ils arrivent dans un territoire non encore exploité (ou qui ne l'a plus été depuis longtemps), ils commencent par créer une clairière pour y élever le chabono traditionnel en bois, couvert de feuilles de palmier et de chaume, avec plusieurs foyers (un par famille) et des poteaux auxquels on accroche les hamacs et les moustiquaires, lesquels permettent de dormir à l'abri des animaux hématophages, venimeux ou dangereux. L'espace central ouvert est voué aux travaux en commun, aux jeux et aux fêtes et cérémonies..
Après quelques années, quand la charpente commence à pourrir, que le gibier commence à manquer sur le territoire, et que les sols des jardins sur brûlis s'épuisent ou sont envahis par les végétaux sauvages, le village déménage. Ailleurs, le bâtiment est reconstruit et son diamètre revu en fonction de la taille de la communauté.
Alimentation Pendant quelques années selon la quantité de ressources disponibles, sur des distances d'environ autour de leur village, soit une zone d'environ , les Yanomami se nourrissent de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Ces activités contribuent à fournir une alimentation diversifiée. Il peut exister un partage des tâches entre les sexes : les hommes construisent et entretiennent le chabono, fabriquent des pièges, fourbissent les armes, chassent le pécari, le tapir, le cerf et le singe, et utilisent souvent le curare (un extrait de plante) pour empoisonner leurs proies. La chasse est considérée comme la plus prestigieuse des compétences et la viande est appréciée de tous.
Cependant, elle compte pour seulement 10 % de leur nourriture : le reste de leur alimentation provient de jardins implantés dans des zones défrichées de la forêt, où environ sont cultivées par les femmes. On y compte notamment la banane plantain, le maïs, le manioc, les arachides, la canne à sucre, la papaye, le tabac et des plantes psychotropes. Ces cultures sont utilisées dans l'alimentation, l'artisanat ou dans un but médicinal. Les femmes recueillent également des noix, des crustacés, amphibiens, insectes et larves d’insectes, et une quinzaine de sortes de miel sauvage, très prisé par les Yanomami. La collecte de plantes comestibles concerne plus de végétales. Elles fabriquent aussi des tissus végétaux sans métier à tisser, des paniers, des poteries sans roue de potier, et entretiennent tous les ustensiles.
L'éducation des jeunes générations revient aux deux sexes, de même que l’agriculture sur brûlis qui fournit plus de 75 % des calories des Yanomami. Chaque communauté ouvre chaque année entre de nouvelles cultures qui serviront pendant environ , avant d'être abandonnées à la régénération naturelle. Bien que fondée sur le défrichement et le brûlis, l’agriculture yanomami n’épuise pas l’environnement, car les jardins sont de petite taille et très espacés. On observe peu d’érosion et les arbres environnants trouvent là des conditions idéales pour se développer.
Dans la forêt, le gibier est uniquement prélevé par les chasseurs à l'arc : le résultat de la chasse est toujours échangé entre les voisins et les familles car celui qui a tué ne consomme pas le résultat de sa propre chasse, mais reçoit sa part d'un autre chasseur. La chasse fournit à elle seule 55 % des protéines de l’alimentation yanomami. Elle est pratiquée par les hommes de l’adolescence à la cinquantaine d'années.
Les Yanomami chassent environ de mammifères, d’oiseaux, et une quinzaine d’espèces de reptiles (dont 6 de tortues). Les armes de chasse habituelles sont l’arc et les flèches, même si l’on note l'apparition de fusils, souvent obtenus auprès de chercheurs d’or. Le gibier est généralement pisté, mais des appeaux et des imitations sont parfois utilisés pour l’attirer. La pêche est pratiquée à la ligne ou à la nivrée, et concerne plus d’une centaine d’espèces de poissons.
Microbiote, génétique et vulnérabilité En 2009, un groupe de Yanomami vivant dans a fait l'objet d'une étude microbiologique qui a apporté deux découvertes. : Le microbiote (intestinal, buccal et cutané) de ces Yanomami , dont encore inconnues et qui pourraient disparaître avec l'occidentalisation de ces tribus ; Le microbiote de ces Yanomami contenait aussi plus de bactéries (E Coli généralement) dotées de gènes d'antibiorésistance que chez certains cas témoins venant de communautés rurales du Venezuela et du Malawi.
Recherches ethnographiques Après les recherches et études d'Alain Gheerbrant dans les années 1950, la photographe anthropologue suisse alémanique Barbara Brändli a vécu un long séjour parmi eux et a étudié leur culture et leur mode de vie dans les années 1960. La photographe Claudia Andujar, cofondatrice de la CCPY (Commission pour la Création d'un Parc yanomami), participe à la défense des droits des Yanomami depuis les années 1970Exposition « Brésil, symphonie humaine » en 2009 à la Maison de la Photographie Robert Doisneau de Gentilly et ouvrage rétrospectif Yanomami : a casa, a floresta, o invisivel (« Yanomami : la maison, la forêt, l’invisible »), publié en français sous le titre Yanomami, la danse des images, éd. Marval, 2007 - ..
Dans les années 1990 et au début des années 2000 Bruce Albert, un ethnologue belge, a fait connaître la pensée du chamane yanomami Davi Kopenawa, ainsi devenu le porte-parole de ce peuple en Europe.Davi Kopenawa et Albert Bruce, La chute du ciel : paroles d’un chaman yanomami, préface de Jean Malaurie, Plon, , Paris, 2010, 819 p., bibl., index, gloss., 59 ill. coul. hors-texte, 85 ill. in-texte, carte. En 1989, Davi Kopenawa reçut le Right Livelihood Award de l'organisation Survival International : ce fut un élément décisif pour obtenir l’accord du gouvernement brésilien pour la création du parc yanomami en 1992.
Ethnologie vignette|Intérieur d’un shabono Yanomami, montrant une structure circulaire avec des divisions séparées pour chaque famille autour d’un espace commun central.
Mythes, rites et croyances Les Yanomamis orientaux attribuent leur origine au coït du démiurge Omama avec la fille d’un être aquatique : Tëpërësiki, maître des plantes cultivées. Ils prêtent à Omama l’origine des règles sociales et culturelles en usage, ainsi que la tutelle des esprits xapiripë (chapiri), avec lesquels on peut communiquer par l'intermédiaire des plantes psychotropes comme la liane hallucinogène Banisteriopsis caapi (connue en Europe comme ayahuasca) ou la poudre yakoana. L’initiation aux mythes yanomami se déroule sur plusieurs années et comporte des transes. Les esprits xapiripë sont immatériels mais peuvent être représentés sous la forme d’amulettes ou statuettes zoomorphes ou humanoïdes miniature, que l’on couvre d’ornements cérémoniels. Les zoomorphes représentent d’ancêtres animaux (totémisme). Les représentations peuvent être aussi des végétaux ou des entités cosmiques telles que la lune ou le soleil, mais aussi des xapiripë domestiques comme celui du chien ou celui du feu..
Imitant le jaguar et ses vibrisses, les femmes yanomami se transpercent le nez, la lèvre inférieure et les commissures des lèvres de fines baguettes qui se balancent au moindre mouvement. Souvent, elles fixent à l'extrémité de ces ornements des fleurs de lys sauvage. Avec de l’onoto, teinture végétale rouge, elles dessinent sur leur corps de longues lignes ondulées qui symbolisent les animaux mythologiques, en particulier Omama et Tëpërësiki, pourvoyeurs de fertilité et de santé.
Le psychotrope communautaire, la parika est prise au quotidien. Au moyen d’un long roseau creux, les Yanomami s’insufflent mutuellement dans les fosses nasales quelques bouffées de cette poudre grise. Des visions fantastiques se produisent rapidement, considérées comme des messages des xapiripë. Pour les Yanomami, les maladies ont toujours une cause magique et résultent de différents sortilèges : l’autosuggestion et la psychosomatique jouent des rôles aussi importants que la pharmacopée dans les processus thérapeutiques. Le chamane, recevant les énergies des xapiripë, tente d’extirper le mal à l’aide d’incantations, de rituels et d’attouchements.
Le est la maison collective en bois et feuilles des Yanomami : elle est une reproduction de l’univers. Au centre, la grande place découverte symbolise et permet de voir la voûte étoilée. Dans le cercle du chabono, toutes les familles suspendent leurs hamacs et leurs moustiquaires, confectionnés avec de fibres de lianes. Une fois couchés, les Yanomami conversent longuement, parfois chantonnent ensemble, avant de s’endormir. Selon les anecdotes du jour et la manière de les raconter, des moments d’hilarité égayent la soirée et contribuent au tissage des liens sociaux. Des couples s’accouplent, des nourrissons sont allaités en toute simplicité. Ce n’est qu’après le sevrage, dans leur , que les enfants reçoivent un hamac personnel. La chaleur du corps maternel est alors remplacée par celle du feu qui brûle toute la nuit sous le grand auvent.
Influence des chercheurs d’or et aide internationale