Rædwald ou Redwald est roi d’Est-Anglie dans le premier quart du . C’est le premier souverain de ce royaume dont on connaisse davantage que le seul nom, principalement grâce à l'Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable.
Rædwald se convertit au christianisme lors d’un séjour au royaume du Kent, sans pour autant abandonner totalement ses anciennes croyances. Après avoir vaincu Æthelfrith de Northumbrie sur la rivière Idle vers 616/617, il place le prince Edwin de Deira, qui s’était réfugié à sa cour, sur le trône northumbrien. Selon Bède, Rædwald est le quatrième des rois anglo-saxons à avoir exercé l’ sur toute l’Angleterre au sud de l’Humber, et la Chronique anglo-saxonne en fait l’un des huit bretwaldas, bien qu’il soit impossible d’évaluer avec certitude l’étendue de son pouvoir.
Rædwald meurt vers 624, et son fils Earpwald lui succède. Il pourrait être le roi enterré dans le tertre numéro 1 de Sutton Hoo, bien que d’autres candidats aient été avancés.
Sources
Il subsiste peu de documents rédigés par les Anglo-Saxons, et encore moins en Est-Anglie que dans les autres royaumes. Selon Barbara Yorke, cette situation serait due aux invasions vikings du : les monastères d’Est-Anglie auraient produit autant de documents que ceux du reste de l’Angleterre, mais les Danois en auraient détruit la majeure partie lors de leurs attaques. Néanmoins, il ne s’agit peut-être pas de la seule raison : pour Richard Hoggett, cette pauvreté documentaire s’explique avant tout par l’absence de conservation effective des documents.
Rædwald est le premier roi d’Est-Anglie à représenter davantage qu’un simple nom. La plus ancienne source le mentionnant, qui est également la plus prolixe à son sujet, est l’Histoire ecclésiastique du peuple anglais, rédigée par le moine Bède le Vénérable et achevée en 731. Ce dernier s’intéresse avant tout à l’histoire de la conversion des Anglo-Saxons, mais son œuvre présente également des informations concernant la situation politique de l’époque. Cependant, Bède ne s’intéresse à Rædwald que pour son rôle dans l’arrivée au pouvoir d’Edwin de Northumbrie, un personnage qui l’intéresse bien davantage, Bède étant lui-même northumbrien. Rædwald est également mentionné dans une hagiographie du pape Grégoire le Grand rédigée par un moine de l’abbaye de Whitby au .
Des chroniqueurs médiévaux plus tardifs, comme Henri de Huntingdon, Guillaume de Malmesbury (), Matthieu Paris ou Roger de Wendover (), se sont intéressés à l’histoire de l’Angleterre anglo-saxonne. Bien qu’ils aient probablement eu accès à des documents disparus depuis, ils sont à considérer avec prudence. En effet, comme leurs écrits adoptent la forme d’annales, il est possible qu’ils aient inventé les dates de certains événements afin de pouvoir les insérer dans leurs chroniques.
Contexte : l’Angleterre au début du
thumb|alt=Carte montrant l'étendue des conquêtes anglo-saxonnes en Angleterre au début du septième siècle.|Les peuples anglo-saxons en Angleterre au début du .
Au début du , le sud et l’est de l’Angleterre sont presque entièrement aux mains des Anglo-Saxons. Ces envahisseurs germaniques, issus des Angles, des Saxons, des Jutes et des Frisons, entre autres, sont arrivés au cours du et ont rapidement fondé des royaumes sur les terres prises aux autochtones bretons.
La fin du voit l’établissement des principales dynasties royales : Æthelberht du Kent épouse la princesse franque Berthe, fille du roi Caribert, dans les années 580, et ses troupes sont repoussées par le roi des Saxons de l’Ouest Ceawlin aux alentours de 590. Des sources tardives datent de 585 la fondation de la Mercie par Creoda, mais les premières décennies de ce royaume sont particulièrement mal attestées.
Au nord du Humber, deux dynasties rivales règnent sur les royaumes de Deira et de Bernicie. Le roi Ælle de Deira meurt vers l’an 600, et quatre ou cinq ans plus tard, son royaume est conquis par Æthelfrith de Bernicie, qui devient ainsi le premier souverain de la future Northumbrie. Après la conquête, Æthelfrith épouse la fille d’Ælle, Acha, tandis que le prince Edwin, fils d’Ælle et rival potentiel d’Æthelfrith, s’enfuit et passe les dix années suivantes en exil.
Biographie
Origines et avènement
D’après l’, le premier roi d’Est-Anglie est un certain Wehha. Son fils Wuffa donne son nom à la dynastie des Wuffingas. Selon Bède, Rædwald est le fils de Tyttla, qui est lui-même le fils de Wuffa. Roger de Wendover date de 571 l’avènement de Wuffa et de 578 celui de Tyttla. Celui de Rædwald n’est pas daté, mais Wendover le fait mourir à deux reprises, en 599 et en 624 : la première date est probablement une erreur, et doit correspondre à la mort de Tyttla et à l’avènement de Rædwald. On ne sait rien d’autre sur Rædwald avant son avènement.
Rædwald n’apparaît pas dans les listes généalogiques de la « Collection anglienne » : Tyttla y est suivi par Eni. Ce dernier est vraisemblablement le frère cadet de Rædwald, et n’a jamais régné : la couronne est passée à ses descendants à la suite de l’extinction de la lignée de Rædwald. Le nom de la femme de Rædwald est inconnu, mais Bède indique qu’elle est païenne. Elle donne deux fils à Rædwald : Rægenhere et Earpwald. Il est possible qu’ils aient eu un troisième fils, Sigeberht, mais Guillaume de Malmesbury fait de lui le beau-fils de Rædwald et non son fils. Le nom de Sigeberht est plus caractéristique de la lignée royale d’Essex que de celle d’Est-Anglie, et Sigeberht est peut-être le fruit d’un premier mariage de la femme de Rædwald avec un prince des Saxons de l’Est. Cette hypothèse expliquerait l’hostilité dont Rædwald fait preuve à l’égard de Sigeberht, et les années d’exil en Francie du second pendant le règne du premier.
Relations avec le Kent et conversion au christianisme
Lorsque Rædwald monte sur le trône, le monarque le plus puissant dans le sud de l’Angleterre est Æthelberht du Kent. Il apparaît en troisième position dans la liste des rois ayant exercé l’ sur le sud de l’Angleterre établie par Bède. La Chronique anglo-saxonne reprend cette liste et nomme ces rois bretwaldas, un titre dont l’interprétation reste incertaine : pour certains simple terme de , il implique pour d'autres un rôle militaire concret. La nature exacte du lien entre Æthelberht et Rædwald est incertaine, reposant sur un passage ambigu de l’Histoire ecclésiastique de Bède. Selon une interprétation de ce passage, Rædwald conserve le commandement militaire de son peuple, même sous l’ d’Æthelberht, ce qui implique un certain degré d’indépendance pour l’Est-Anglie vis-à-vis du Kent. Cependant, il faut peut-être interpréter ce passage d’une manière diamétralement opposée, et comprendre au contraire qu’Æthelberht prend le commandement militaire des Angles de l’Est.
La mission grégorienne dirigée par Augustin de Cantorbéry arrive en Angleterre en 597. Les rois Æthelberht de Kent et Sæberht d’Essex se convertissent au christianisme peu après et de nouveaux évêchés sont fondés dans leurs royaumes, à Cantorbéry, à Rochester et à Londres. Dans son récit de la conversion d’Eorpwald, le fils de Rædwald, Bède signale que ce dernier a reçu les sacrements chrétiens dans le Kent, vraisemblablement à la demande d’Æthelberht, qui lui a peut-être servi de parrain. Dans la mesure où une église est fondée près d’Ely, donc dans le royaume de Rædwald, par Augustin (mort en 605), le baptême de Rædwald a peut-être eu lieu peu après celui de Sæberht, en 604 ou 605. Il constitue peut-être un moyen pour lui de marquer sa soumission à l'autorité d’Æthelberht.
Cependant, la conversion de Rædwald n’est pas complète : Bède rapporte qu’il préserve un autel païen auprès du nouvel autel chrétien de son temple, à l’insistance de sa femme et de ses conseillers. Cette apostasie lui vaut l’antipathie de Bède, mais ce geste trahit peut-être également un sursaut d’orgueil : Rædwald n’aurait pas voulu que sa conversion soit interprétée comme une soumission à Æthelberht. Bien qu’il ait peut-être continué à se considérer lui-même comme authentiquement chrétien, il ne semble avoir agi en aucune façon pour promouvoir sa nouvelle foi auprès de ses sujets.
Edwin et la bataille de la rivière Idle
vignette|gauche|alt=Carte topographique de l'Est-Anglie avec quelques lieux importants.|Lieux majeurs du royaume d’Est-Anglie au .
La fuite d’Edwin de Deira, telle que relatée par Bède, le conduit à la cour du roi de Mercie Cearl, dont il épouse la fille. Cependant, Æthelfrith est décidé à le voir mourir, et Edwin se réfugie auprès de Rædwald. En apprenant que son rival se trouve à la cour d’Est-Anglie, Æthelfrith envoie des messagers à Rædwald, lui offrant de l’argent en échange de la mort d’Edwin. Rædwald refuse, mais Æthelfrith ne se démonte pas et renvoie des messagers à deux reprises, lui proposant une récompense encore plus importante et brandissant des menaces de guerre. La résolution de Rædwald faiblit, et il promet de tuer Edwin ou de le remettre aux émissaires d’Æthelfrith. Cependant, l’épouse de Rædwald le morigène pour son manque d’honneur, et après le départ des ambassadeurs d’Æthelfrith, il se prépare à la guerre.
Ainsi, en 616 ou 617, Rædwald lève une armée et marche vers le nord. Il affronte Æthelfrith à la frontière occidentale du royaume de Lindsey, sur la rive est de la rivière Idle. Lors de la bataille, Æthelfrith est tué, de même que Rægenhere, le fils de Rædwald. Edwin succède alors au vaincu du jour à la tête des royaumes de Deira et de Bernicie, et les enfants d’Æthelfrith sont à leur tour contraints à l’exil.
Henri de Huntingdon offre un récit détaillé de la bataille dans son , écrite dans la première moitié du . Son récit n’est peut-être qu’œuvre de fiction, mais sa formulation laisse à penser qu’il est adapté d’un poème allitératif anglo-saxon perdu depuis. Selon Henri, l’armée de Rædwald est séparée en trois unités menées par le roi, son fils Rægenhere et Edwin. Les soldats les plus expérimentés d’Æthelfrith attaquent en formation lâche. En apercevant Rægenhere, croyant peut-être avoir affaire à Edwin, Æthelfrith se fraie un chemin jusqu’à lui et le tue. Après la mort de son fils, Rædwald, furieux, tient bon et tue Æthelfrith lors d’une charge ennemie. Après la mort de leur roi, les Northumbriens n’ont plus qu’à fuir.
Pour D. P. Kirby, cette bataille n’a pas pour unique enjeu le sort d’un prince exilé : c’est un conflit de pouvoir, dont le vainqueur dominera le vaste territoire occupé par les Angles, de la Tamise à la Tweed. Son issue a probablement joué un rôle important dans le renforcement du pouvoir de Rædwald.
L’ de Rædwald
vignette|alt=Photographie couleur du manuscrit de la Chronique anglo-saxonne|Entrée pour l’année 827 dans le manuscrit [C] de la Chronique anglo-saxonne, donnant la liste des huit bretwaldas. Le nom de Rædwald est le quatrième mot de la sixième ligne.
Æthelbehrt de Kent meurt le et son fils Eadbald, toujours païen, lui succède, portant un coup à l’influence des chrétiens de Cantorbéry. Le roi des Saxons de l'Est Sæberht meurt peu après, et ses trois fils, païens, chassent les missionnaires chrétiens et l’évêque Mellitus de Londres. Durant cette période de reflux, Rædwald, bien qu’il n’ait pas totalement abandonné ses anciennes croyances, est le dernier roi chrétien d’Angleterre. Néanmoins, Eadbald finit par se convertir à son tour, et la mission grégorienne est entièrement rétablie dans le Kent avant la mort de Rædwald.