Une maison d’édition est une entreprise ou une association dont l’activité principale originelle est la production et la diffusion de documents imprimés.
Au sens strict, elle publie des livresPhilippe Schuwer, « Maison d'édition », in: Dictionnaire encyclopédique du livre, Paris, Éditions du Cercle de la librairie, 2005, tome II, ..
Intimement liée à l'histoire du livre, les premières structures éditoriales apparaissent, en ce qui concerne l'Europe, au moment de la Renaissance, avec la diffusion du dispositif inventé par Gutenberg, la presse typographique. Les différents acteurs vont se spécialiser au fil des décennies, que ce soit l'imprimeur, le relieur, le libraire, le colporteur, et travailler en relation, sur le plan commercial, et ce, en fonction des différentes réglementations, qui deviennent sensiblement restrictives au et siècles.
Ce n’est qu’au siècle que la division des tâches du fait de l'industrialisation des différents corps de métiers imposera la séparation entre l’« édition » et la « librairie ».
Dès la fin du siècle, hormis le livre papier, une maison d'édition propose à la vente des produits plus divers tels que le livre électronique ou le livre audio.
Histoire
Naissance d'un métier C'est au milieu du qu'apparaissent les premières véritables maisons d'édition, mais on ne parle pas encore d'un « éditeur » au sens que ce mot a maintenant, mais bien plutôt de librairie.
En Allemagne et en France, aussi bien qu'en Angleterre, le commerce de librairie évolue. Le libraire se voit accorder un privilège exclusif d'édition, avec d'un côté l'auteur qui perçoit généralement un forfait en échange de son manuscrit, un libraire qui en a l’exclusivité (copyright) et de l'autre un imprimeur qui matérialise le livre sous forme de cahiers cousus (la reliure reste un luxe). La diffusion (comptoir exclusif et représentations) et la distribution (colportage) étaient également très segmentées et quelque peu enclavées.
À Paris, l'entreprise éditoriale de L'Encyclopédie (1745-1772), qui associa quatre éditeurs parisiens et plus de cent-cinquante contributeurs français et étrangers, constitua l'une des pierres fondatrices d'un nouveau monde culturel émergeant : le livre au temps de l'industrialisation. Les premières messageries apparaissent à Londres, Amsterdam et Bruxelles, où par ailleurs la censure se fait discrète. Alors que l'Allemagne est le berceau de l'imprimerie moderne et le foyer des principales foires du livre (Francfort, mais surtout Leipzig), c'est seulement en 1816 avec Friedrich Christoph Perthes que la librairie allemande s'affirme en tant que telle. Après un vent de liberté et une explosion des publications de type périodique et pamphlétaire durant la Révolution, Napoléon fixe en France et pour soixante-dix ans les règles fondatrices de la librairie française.
On compte bientôt des noms comme la famille du Lillois Charles-Joseph Panckoucke, l'Anglais Richard Bentley (1794-1871, éditeur de Charles Dickens) ou les Écossais John Murray, Adam et Charles Black (un temps éditeurs de lEncyclopædia Britannica) Néanmoins les frontières entre les différents métiers du livre seront toujours quelque peu floues : libraire détaillant comptant plusieurs boutiques, mais aussi une imprimerie et des services de messagerie, c'est ce que développera Louis Hachette dès 1840.
Révolution industrielle Au cours de la première partie du , à mesure que le taux d'alphabétisation progresse, la révolution industrielle s'accompagne d'une augmentation des tirages d'impression et d'une variété des produits offerts à la consommation : premiers livres populaires en format poche, premiers journaux à gros tirage sur rotative offrant des romans en feuilletons, premiers livres pour enfants illustrés. On assiste à la naissance de ce que l'on appellera le best-seller avec des auteurs comme Alexandre Dumas, Victor Hugo en France ou Walter Scott en Angleterre. Certaines maisons fondées pendant ces années séminales sont encore de nos jours en activité et constituent même le noyau originel d'importants groupes éditoriaux : Bertelsmann fondé en Allemagne en 1837 et aujourd'hui numéro 1 mondial du secteur média de masse ; Hachette fondé en 1826 à Paris et aujourd'hui filiale du Groupe Lagardère sous le nom d'Hachette Livre numéro un français et l'un des six grands groupes éditoriaux mondiaux ; le groupe britannique Pearson fondé en 1844 et originellement centré sur l'ingénierie opéra dès les années 1950 un virage vers les médias culturels de masse pour se hisser aux sommets ; quant à l'Américain John Wiley & Sons fondé en 1807, il est toujours indépendant et fait figure d'exception.
À la fin du , les maisons d'édition rivalisent sur les terrains éducatifs et de loisirs : lancement de magazines d'histoires vraies (les « reportages »), d'encyclopédies et d'usuels lexicographiques (Larousse), scientifiques (Springer Verlag) et scolaires (Hachette, Nathan, Armand Colin, Hatier). Vers 1910, les principaux éditeurs américains actuels apparaissent tels que McGraw-Hill tandis qu'en France des maisons comme Flammarion, Gallimard et Grasset investissent le terrain du roman et de l'essai à fort tirage.
Grands groupes Après 1945, apparaissent des accords de licence qui font la fortune des éditeurs : Hachette par exemple négocie avec Disney la publication en français des personnages tels que Mickey Mouse. En Belgique, naissent les premiers groupes éditoriaux de bande-dessinée à gros tirage avec Casterman. En 1953, Henri Filipacchi lance Le Livre de poche, un format importé des États-Unis et qui connaît un succès immédiat.
Dans les années 1970 et 1980, l'édition mondiale commence à se réorganiser. Des groupes multimédia internationaux se forment tels que l'Américain McGraw-Hill, les Italiens De Agostini et Rizzoli, tandis que la maison française Hachette, rachetée par le Groupe Lagardère devient tentaculaire au point d'être baptisée « la pieuvre verte » (d'après la couleur de son logo d'alors).
En réponse à ce regroupement de l’offre, on remarque l’émergence de nombreuses maisons d’édition indépendantes au cours des années 1990. On appelle « éditeur indépendant » une organisation éditoriale n'appartenant pas à un groupe d'actionnaires privés (holding) ou n'étant pas une filiale d'un groupe. La maison d'Éditions Michel Lafon est la première maison d'édition indépendante française.
Dans les années 1990-2000, des holdings éclatent comme le français CEP Communication alors filiale d'Havas et dont la branche livres deviendra plus tard et pour partie Editis, laquelle sera finalement absorbée par l'Espagnol Grupo Planeta. Le groupe Pearson rachète Macmillan, fondé en 1843 à Londres et dernier groupe familial indépendant de cette ampleur, pour le revendre en 2001 à l'allemand Holtzbrinck. Des maisons patrimoniales françaises comme Larousse, Hatier ou Nathan passent de groupe en groupe. La famille Flammarion vend sa maison à RCS MediaGroup, lequel la revend en 2012. D'énormes maisons d'édition américaines sont absorbées par des groupes multimédia transnationaux qui n'ont parfois que peu à voir avec le métier d'éditeur : l'imprimé compte en moyenne pour moins de 10 % dans le chiffre d'affaires de certaines de ces holdings.
Fonctions La maison d’édition agit généralement à titre d’intermédiaire entre un auteur et ses lecteurs. Elle supervise la production et la diffusion d’ouvrages qu’elle a sélectionnés au préalable.
Sélection des textes Avant de publier un texte, une maison d’édition doit s’assurer que celui-ci réponde à ses critères de sélection. Ces critères, qu’on peut généralement retrouver sur leur site internet, varient d’une maison d’édition à l’autre (ligne éditoriale, qualité de l’écriture et de l’intrigue, originalité). Si toutes les maisons d’édition n’ont pas un comité de lecture, elles ont néanmoins un système pour trier les manuscrits reçus et écarter ceux qui ne conviennent pas à leurs exigences éditoriales.
La loi française de 1910 rend le destinataire propriétaire exclusif de tout pli ayant quitté les mains de son expéditeur.Code de la propriété intellectuelle, , sur Légifrance (consulté le )..
La sélection ne représente pas la seule fonction endossée par une maison d’édition. Celle-ci, une fois le texte choisi et le contrat d’édition signé, accompagnera l’auteur tout au long du processus de création et de diffusion du livre.
Contrat d'édition Le contrat d’édition définit les modalités de la relation entre un auteur et une maison d’édition. En tant qu’acte juridique, le contrat engage et oblige les deux parties. Les clauses, qui varient d’un contrat à l’autre, concernent entre autres les droits qui sont concédés à l’éditeur par l’auteur et, bien sûr, la rémunération de celui-ci..
À compte d'éditeur Il s’agit de la norme dans l’industrie du livre. L’éditeur s’engage à prendre en charge les frais liés à la production, à la distribution et à la diffusion de l’ouvrage moyennant une cession des droits de publication (et parfois de traduction et d’adaptation) de l’auteur. En général, ce dernier reçoit en échange un montant d’argent à la signature du contrat et des redevances pour chaque livre vendu.
À compte d'auteur Certaines maisons d’édition se définissent comme étant « à compte d’auteur », ce qui signifie qu’elles ne défraient pas les coûts de production des ouvrages qu’elles publient; c’est l’auteur qui paie pour tout. Dans ce type d’entreprise, un contrat est toujours signé entre l’auteur et la maison d’édition, mais celui-ci est plutôt considéré comme un contrat de service puisque l’auteur demeure généralement propriétaire des ouvrages créés et des droits de son œuvre.
Production et diffusion Une fois le texte choisi et le contrat d’édition signé, la maison d’édition accompagnera l’auteur tout au long du processus de création et de diffusion du livre. À l’étape de fabrication de l’objet-livre, la maison d’édition fait habituellement appel à des spécialistes : maquettiste, infographiste, illustrateur, imprimeur Son rôle est de coordonner les activités des différents intervenants et d’assurer que le produit final respecte la vision du projet..
Lorsque le livre est imprimé ou mis en forme pour la vente numérique, la maison d’édition s’en remet à un diffuseur et un distributeur qui ont pour tâche de s’assurer de trouver des points de vente et d’y acheminer des exemplaires.
Organisation Chaque maison d’édition dispose d’une organisation qui lui est propre et qui dépend de sa taille, de son champ de spécialisation, mais aussi de la quantité d’ouvrages publiés. Comme plusieurs fonctions peuvent être assurées par la même personne, les intitulés des postes varient énormément d’une entreprise à l’autre. L’éditeur ou directeur littéraire constitue toutefois un poste incontournable. Il possède un pouvoir de décision important puisque c’est lui qui est chargé d’évaluer les manuscrits et de sélectionner les élus qui seront publiés par la maison d’édition. Équivalent du rédacteur en chef dans le monde de la presse, c’est à cette personne que revient la critique et la révision des textes.. Le directeur littéraire est habituellement appuyé par un ou plusieurs assistants à l’édition et, dans certains cas, par un comité de lecture.
Les postes de directeur artistique, de directeur commercial, d’attaché de presse et de graphiste sont également fréquents dans les maisons d’édition. Les tâches de correction, de révision et de diffusion sont souvent confiées à des sous-traitants ou à des entreprises spécialisées..
Édition dans le monde Principaux groupes éditoriaux Un groupe éditorial comprend plusieurs maisons d'édition ou filiales. La nationalité d'un groupe dépend de celle de son propriétaire et/ou de son siège social principal.