Les investissements directs à l'étranger, ou investissements directs étrangersOn parle généralement d'« investissement direct à l'étranger » lorsqu'on se place du côté de l'investisseur (investissement sortant), et il est préférable de n'utiliser l'expression « investissement direct étranger » que lorsqu'on analyse le phénomène depuis le pays d'accueil de l'investissement (investissement entrant). Néanmoins, quand elle est utilisée comme traduction littérale du terme anglais foreign direct investment (dénomination générique recouvrant à la fois les investissements directs entrants - inward FDI - et sortants - outward FDI), l'expression « investissement direct étranger » peut désigner aussi bien les investissements entrants que sortants. (IDE en abrégé, traduction de l'acronyme anglais FDI pour foreign direct investment), également appelés investissements directs internationaux (IDI) par l'OCDESi la terminologie est claire en anglais (on utilise l'acronyme FDI pour foreign direct investment), il n'en est pas de même en français. L'acronyme IDE semble être de plus en plus généralement employé mais il désigne indifféremment « investissement direct étranger » ou « investissement direct à l'étranger ». Il est également fréquent d'utiliser la simple appellation « investissement direct ». Enfin, l'OCDE a introduit l'acronyme IDI pour « investissement direct international ». Toutes ces dénominations désignent cependant un seul et même concept, développé dans cet article., sont les mouvements internationaux de capitaux réalisés pour créer, développer ou maintenir une filiale à l’étranger ou pour exercer le contrôle ou une influence significative sur la gestion d'une entreprise étrangère.
Les IDE sont un élément moteur de la multinationalisation des entreprises et recouvrent aussi bien les créations de filiales à l’étranger que les fusions-acquisitions transfrontières ou les autres relations financières, notamment les prêts et emprunts intra-groupes.
Deux motivations principales sont à l’origine des IDE : d'une part, la réduction des coûts : exploitation à distance de ressources naturelles coûteuses, voire impossibles, à transporter ; utilisation d’une main-d’œuvre moins onéreuse, d’où la crainte que les IDE puissent participer au mouvement de délocalisation ; optimisation fiscale. D'autre part, la conquête de nouveaux marchés, difficiles à pénétrer par les seules exportations.
Si l’effet des IDE est généralement considéré comme positif sur la croissance des pays d’accueil, notamment grâce aux transferts de technologie induits, il est plus discuté et ambigu sur le commerce international, sur l’emploi dans les pays investisseurs, sur les conditions de travail et sur l’environnement.
Mesurés par les statistiques issues de la balance des paiements, les IDE ont connu une très forte progression depuis le milieu des années 1980 et contribuent de façon déterminante à la mondialisation des économies. Les IDE constituent également l’un des principaux indicateurs de l’attractivité économique des pays.
Définition Selon la Banque de France Page d'accueil du site de la Banque de France consacrée aux IDE , « les investissements directs sont des investissements internationaux par lesquels des entités résidentes d'une économie acquièrent ou ont acquis un intérêt durable dans une entité résidente d'une économie autre que celle de l'investisseur. La notion d'intérêt durable implique l'existence d'une relation à long terme entre l'investisseur direct et la société investie et l'exercice d'une influence notable du premier sur la gestion de la seconde. L'investissement direct comprend à la fois l'opération initiale entre les deux entités et toutes les opérations financières ultérieures entre elles et entre les entreprises du même groupe international ».
La notion d’intérêt durable permet de différencier, parmi les mouvements internationaux de capitaux, les IDE des investissements de portefeuille. Ces derniers sont considérés comme des placements internationaux, alors que les IDE impliquent un pouvoir de décision de l’investisseur sur l’entreprise rachetée ou construite à l’étranger. La distinction fondamentale entre IDE et investissement de portefeuille a été introduite en 1960 par S. Hymer S. Hymer, The International Operations of National Firms, Cambridge, Massachusetts, The MIT Press, 1976. Dans une thèse qui ne sera publiée qu'en 1976, il met en évidence que ces deux types d’investissements internationaux répondent à des déterminants différents.
L’IDE se traduit non seulement par un transfert de fonds financiers, mais aussi en général par un transfert de technologie et de capital humain (par l’intermédiaire des personnels expatriés s’impliquant dans la production à l’étranger).
L’IDE est à l’origine de la création des firmes multinationales ou sociétés transnationales. Une fois créé un réseau de filiales à l’étranger, l’activité de la firme multinationale ne se réduit cependant pas aux seuls IDE. Progressivement, la firme internationale va organiser au niveau international ses activités de conception, de production et de commercialisation de ses produits. Les relations entre les filiales étrangères et la maison-mère donnent alors lieu à un commerce international intra-firme de biens et de services, qui ne relève pas des IDE.
Typologie Forme L’OCDE OCDE, Définition de référence des investissements directs internationaux, , 2008, Paris reprend fréquemment dans ses analyses une distinction selon la forme des IDE.
Pour développer un réseau de filiales à l’étranger, l’investisseur peut intervenir par : la création d'une filiale entièrement nouvelle. Dans ce cas, l'investissement direct se matérialise par l’installation de nouveaux moyens de production et le recrutement de nouveaux employés. Cet « IDE de création » est aussi connu sous le nom anglais de ; l'acquisition d'une entité étrangère déjà existante. Cet IDE se matérialise par un transfert de propriété des titres de la filiale acquise. Cette catégorie est également connue sous le terme anglais de brownfield investment (ce terme est cependant rarement employé dans la pratique, alors que le terme greenfield fait partie du vocabulaire courant des investisseurs). Les fusions-acquisitions transfrontalières appartiennent à cette forme des IDE ; l’accroissement des capacités de production de filiales déjà existantes par apport de fonds. On parle d’IDE d’extension ; l'injection de fonds pour soutenir l’activité d’une filiale en difficultés financières. C'est l’IDE de restructuration financière.
Logique Markusen J. Markusen, « The Boundaries of Multinational Enterprises and the Theory of International Trade », Journal of Economic Perspective, vol. 9, n°2, 1995, pp.169-189 (1995) introduit une typologie des IDE fondée sur la logique qui sous-tend la décision de créer des filiales à l’étranger. Il distingue : L’IDE horizontal, qui consiste à créer des filiales produisant des biens identiques. Il vise à faciliter l’accès de l’investisseur à un marché étranger dans l'espoir de développements futurs. Certains facteurs (obstacles tarifaires ou non aux échanges, coûts de transport) affectant la compétitivité des exportations, l’investisseur préfère implanter à l’étranger des entités reproduisant, comme dans son pays d’origine, toutes les étapes du processus de production afin de servir le marché local. L’IDE vertical, par lequel l’investisseur fragmente les différentes étapes de conception, de production et de commercialisation des produits en implantant dans des pays différents des filiales produisant des biens finis ou semi-finis différents. Il s’agit pour l’investisseur de tirer parti des différences de coût des facteurs de production entre pays. Dans ce cas, l’activité à l’étranger est un complément de l’activité de la maison-mère. L’IDE vertical relève de la délocalisation, mais il n’en constitue que l’une des modalités, aux côtés de la sous-traitance internationale par exemple.
Toutefois, la distinction entre IDE horizontal et vertical n’est pas aussi claire dans les faits : les firmes multinationales s’engagent souvent dans des stratégies d’intégration complexes, qui englobent à la fois des formes d’intégration verticale dans certains pays et horizontale dans d’autres (Yeaple S.R. Yeaple, « The Complex Integration Strategies of Multinationals and Cross Country Dependencies in the Structure of Foreign Direct Investment », Journal of International Economics, vol.60(2), 2003, pp. 293-314, 2003).
Instruments financiers Selon l’OCDE, les IDE peuvent être effectués sous forme de : Titres de participation : ils regroupent les actions ordinaires et les actions privilégiées, les réserves, les apports au capital et les bénéfices réinvestis (ces derniers correspondant à la fraction du résultat de la filiale non distribuée sous forme de dividende à sa maison-mère, et réinvestie de fait dans la filiale) ; Titres de créance : ils regroupent les valeurs mobilières négociables telles que les obligations (garanties ou non), les billets de trésorerie, billets à ordre, actions privilégiées à dividende fixe et autres valeurs mobilières négociables non représentatives de capital. Font également partie des titres de créance les prêts, dépôts, crédits commerciaux et autres comptes clients et fournisseurs.
Déterminants Malgré l’importance croissante prise par les investissements internationaux dans les économies, et malgré (ou à cause de) l'impressionnante littérature consacrée à ce sujet, il n’existe aucun cadre théorique unifié permettant de comprendre les déterminants des IDE. Les analyses théoriques sur la multinationalisation des firmes sont récentes, leur apparition datant de la fin des années 1950. C'est d'ailleurs surtout depuis le tournant des années 2000 que la littérature sur les IDE a connu une très forte accélération, en lien avec le développement du phénomène.
En outre, l’analyse des déterminants de l’IDE se situe à l’intersection de l’économie internationale et de l'économie industrielle. La première permet d’appréhender ces comportements dans leur dimension d’arbitrage géographique et dans la perspective d’une articulation entre commerce de produits et mouvements des capitaux. La seconde met plus l’accent sur les stratégies de développement des firmes et l’arbitrage entre divers modes d’organisation de leurs activités.
Approche éclectique et paradigme OLI Une première tentative a été effectuée par Dunning J.H. Dunning, « Trade, Location of Economic Activity and MNE: A Search for an Eclectic Approach », The International Allocation of Economic Activity, Ohlin, Hesselborn et Wijkman (eds), Macmillan, 1977, pp. 395-418 J.H. Dunning, Explaining International Production, Unwin Hyman, 1988 qui propose une approche globale des facteurs explicatifs de l’investissement direct (paradigme OLI) dans laquelle apparaissent des éléments comme la concurrence imparfaite, les avantages comparatifs ou l’internalisation des coûts de transaction. Cette approche, dite « éclectique », se réfère au paradigme OLI (pour ownership, localisation, internalisation. Celui-ci fait de la multinationalisation le résultat d'une combinaison de trois éléments interdépendants: Le premier (avantage spécifique ou ownership advantage en anglais) est la possession par l'entreprise d'actifs susceptibles d'être exploités de manière rentable à une échelle relativement large. Parmi les actifs dont la détention joue un rôle moteur dans l'internationalisation des opérations de sociétés multinationales, la technologie ou plus encore, la capacité d'innover régulièrement du point de vue technologique, est reconnue comme un élément de première importance. Plus généralement, on souligne souvent le fait que les sociétés multinationales possèdent de nombreux actifs incorporels qu'elles peuvent exploiter à l'échelle mondiale (brevets, droits d'auteur, compétences, noms de marque, réseaux de commercialisation...).