Le Méliphage bruyant (Manorina melanocephala) est une espèce endémique de passereau méliphage vivant dans l'est et le sud-est de l'Australie. Ce passereau est un oiseau gris avec une tête noire, un bec et des pattes jaune-orange, une tache jaune distinctive derrière l'œil et l'extrémité des plumes de la queue est blanche. Il n'y a pas de dimorphisme entre les mâles, les femelles et les juvéniles même si les oisillons sont moins colorés. Comme son nom l'indique, le méliphage bruyant est un oiseau chanteur qui dispose d'une large gamme de vocalisations. Étant l'une des quatre espèces du genre Manorina, le méliphage bruyant est lui-même divisé en quatre sous-espèces. La séparation du M. m. leachi de Tasmanie est définie depuis longtemps mais les oiseaux du continent ne furent divisés qu'en 1999.
L'espèce habite dans un large arc allant de l'extrême-nord du Queensland à travers la Nouvelle-Galles du Sud et le Victoria jusqu'en Tasmanie et en Australie-Méridionale. Le méliphage bruyant vit essentiellement dans les forets sèches et ouvertes d'eucalyptus et dans les zones où le sous-bois est peu développé. Ces territoires regroupent les zones récemment brulées, les bords des routes, les zones de pâturage et les parcs et les jardins urbains avec de l'herbe et des arbres mais sans buissons denses. La densité de population de l'espèce a fortement augmenté dans les zones dominées par les habitats humains. Si la popularité des plantes à fleur comme les Grevillea a été avancée pour expliquer cette prolifération, les études ont montré que le méliphage bruyant a principalement bénéficié des aménagements paysagers qui créent des zones ouvertes dominées par les eucalyptus.
Les méliphages bruyants sont grégaires et territoriaux; ils fourragent, se baignent, nichent et défendent leur territoire ensemble et forment des colonies pouvant atteindre plusieurs centaines d'individus. Les oiseaux se regroupent occasionnellement en volée pour des activités spécifiques comme le harcèlement d'un prédateur. La cohésion du groupe est facilitée par les vocalisations mais également par des parades ritualisées. Le méliphage bruyant est un oiseau notoirement agressif et des affrontements peuvent avoir lieu toute la journée contre des prédateurs ou des congénères.
Le méliphage bruyant consomme essentiellement du nectar, des fruits et des insectes. L'essentiel du temps est consacré à la recherche de nourriture dans le feuillage des eucalyptus et sur le sol et son régime peut être complété par de la sève et du miellat. L'espèce n'a pas de parade nuptiale clairement définie mais l'accouplement est un événement communautaire et frénétique. Le méliphage bruyant peut se reproduire toute l'année et il construit un nid en forme de coupe profonde où il pond entre deux et quatre œufs. L'incubation est uniquement réalisée par la femelle mais jusqu'à une vingtaine de mâles peut prendre soin des oisillons et des juvéniles. L'accroissement de la population des méliphages bruyants a été corrélée avec une réduction de la diversité aviaire dans les paysages modifiés par l'homme. L'espèce est protégée dans toute l'Australie mais l'élimination a été proposée pour réduire sa surabondance dans certaines régions.
Description Apparence thumb|right|Un oiseau gris avec une tache jaune distinctive derrière l'œil, un bec et des pattes jaune-orange et une nuance verte sur l'aile. thumb|right|Les oisillons piaillent environ 85 à 100 fois par minute. Le méliphage bruyant mesure entre de long avec une envergure de et un poids de . Les mâles, les femelles et les juvéniles ont un plumage similaire : gris sur le dos, la queue et la poitrine et blanc en dessous avec des festons blancs sur la nuque, l'arrière-cou et la poitrine ; noir sur le dessus de la tête et les joues ; un bec jaune-orange vif et une tache de peau nue jaune derrière l'œil ; une extrémité blanche à la queue ; une bordure verte sur l'aile et des pattes orange-jaune. Un juvénile peut être distingué par son plumage plus doux, une teinte grise sur le noir de sa tête, le gris de son dos et la tache de peau plus sombre derrière l'œil.
Le méliphage bruyant a une apparence similaire au méliphage à cou jaune et au méliphage à oreillons noirs mais il a un front blanc terne et une calotte noire alors que les autres ont des têtes grises.
Variations géographiques La variation de taille du méliphage bruyant dans son aire de répartition suit la règle de Bergmann selon laquelle les oiseaux tendent à être plus grands lorsque le climat est froid. Les adultes du centre-est et du nord du Queensland ont généralement pas ou peu de bordure verte sur les plumes du dos et des ailes et ont une bande blanche plus large sur le dos et l'arrière-cou. La longueur des ailes diminue généralement avec la latitude et M. m. leachi a des ailes mesurablement plus courtes que celles des autres sous-espèces du continent ; aucune différence de longueur n’a cependant pu être établie dans une étude sur les populations au nord du 30°S et au sud du Murray. La sous-espèce leachi a également le bord des ailes d'un jaune plus intense et l'extrémité blanche de la queue est légèrement plus large.
La sous-espèce titaniota de l'extrème-nord du Queensland a une aile plus courte, une tête plus claire et une tache de peau nue jaune plus large et lepidota, habitant dans l'ouest de la Nouvelle-Galles du Sud est plus petite que melanocephala avec une tete noire et un ventre plus tacheté.
Vocalisations Comme son nom l’indique, le méliphage bruyant est un oiseau chanteur. Autrefois appelé guêpier jaseur, il possède un vaste répertoire de chants, d'appels et de cris d'alarme. La plupart sont puissants et pénétrants et sont formés de simples notes sévères. Pour chasser les intrus de son territoire ou lorsque des prédateurs (dont les humains) sont repérés, il utilise une alarme formée d'une série de notes rapides dont la large gamme de fréquence (aiguë ou grave) indique les niveaux d'intensité. Un autre cri d'alarme est principalement utilisé pour des prédateurs en vol comme le faucon bérigora (Falco berigora) ou d'autres grands oiseaux comme le cassican flûteur (Cracticus tibicen) et le Grand Réveilleur (Strepera graculina) et est composé d'une série de notes aiguës sifflantes. Cette dernière alarme est employée pour signaler la présence d'un prédateur tandis que la première est utilisée pour attirer l'attention et peut amorcer la poursuite du prédateur. Ces appels varient selon les individus et des essais en laboratoires ont montré que le méliphage bruyant peut distinguer les appels de différents individus. Ils pourraient donc faire partie intégrante de la complexe structure sociale de l'espèce.
Les appels à objectif sociaux sont des sons à basses fréquences pouvant être entendus sur de longues distances. Les pépiements sont réalisés par des individus isolés lorsqu'ils sont à la recherche de nourriture et un appel similaire est utilisé par les oisillons et le rythme s'accélère à l'approche de la mère. Là où il y a un fort niveau d'activité sociale comme lors des disputes territoriales avec des congénères, les appels sont formés d'une série de courtes notes simples et régulières. Le méliphage bruyant a une vocalisation de parade que le mâle réalise lors de courts vols et auquel la femelle répond par un sifflement grave. Le méliphage bruyant se trouve dans des habitats ouverts où chanter depuis les airs permet de dépasser l'atténuation du son à cause du sol. L'espèce déploie également ce qui est décrit comme un "chant de l'aube" composé de notes claires sifflées en cœur par plusieurs individus à l'aube de mai à janvier. Ce chant, qui peut également être entendu au crépuscule, est audible sur de longues distances et présente des duos impliquant souvent des antiennes.
Un oisillon commence à pépier juste après avoir éclos et il pépie fréquemment durant les deux premiers tiers de leur période dans le nid et en permanence durant le dernier tiers. Le pépiement ne varie pas en présence d'un adulte dans le nid donc il semble probable que l'appel ne soit pas dirigé envers l'adulte. L'oisillon devient silencieux lorsqu'il entend un signal d'alarme et émet un sifflement lorsqu'il est nourri. Le quémandage du juvénile est similaire à celui de l'oisillon mais il est significativement plus fort et a une plus grande gamme de fréquences. Le rythme des piaillements est de 85 à 100 pépiement par minute et en plein air, il peut être entendu jusqu'à un kilomètre.
Le méliphage bruyant produit également un son en claquant son bec qu'il utilise durant des affrontements avec des congénères ou pour chasser un prédateur.
Comportement Organisation sociale thumb|left|Le méliphage bruyant étant une espèce grégaire, il pratique la plupart de ses activités en groupe. Le méliphage bruyant est une espèce grégaire et les oiseaux sont rarement seuls ou en couple ; ils fourragent, se déplacent et nichent en colonies pouvant atteindre plusieurs centaines d'individus.
Au sein d'une colonie, un oiseau mâle occupe une "zone d'activité" pouvant se superposer avec celles d'autres mâles. Les mâles avec des zones d'activité superposée peuvent former des associations appelées "coteries" généralement composées de 10 à 25 oiseaux. Ces groupes sont les unités les plus stables de la colonie. Les individus forment parfois des volées lorsqu'ils participent à la même activité. Ces volées comprennent habituellement de cinq à huit individus mais des regroupements de près de 40 oiseaux peuvent se produire pour chasser un prédateur potentiel. Les femelles ont des zones d'activité superposées à celles des mâles mais pas à celles des autres femelles. Par conséquent, une coterie compte généralement plusieurs mâles pour une seule femelle. La non-superposition des zones d'activité femelles fait que les jeunes femelles sont chassés de la colonie où elles sont nées et cela rend plus difficile leur entrée dans une nouvelle colonie. Une étude des juvéniles ayant survécu dans une colonie jusqu'à la saison de reproduction suivante montre qu'il s'agissait uniquement de mâles, ce qui suggère que tous les juvéniles femelles étaient morts ou avaient quitté la colonie. L'émigration des mâles est rare et ne semble se produire que lorsque la densité de population est trop importante.
L'élevage des jeunes est communautaire et les mâles de la coterie apportent de la nourriture et emportent les sacs fécaux. Il arrive même que des jeunes à l'envol soient nourris par des mâles de coteries voisines si ces derniers ne sont pas chassés. Le perchoir est également collectif et de deux à six adultes et juvéniles se perchent ensemble pour la nuit, généralement près de l'extrémité d'une branche jusqu'à de haut au-dessus de leurs espace d'activité. Ils choisissent un nouveau site chaque soir, hésitent souvent entre plusieurs emplacements et repoussent agressivement les autres oiseaux qui voudraient rejoindre le groupe. Ils sont souvent les derniers oiseaux à se percher pour la nuit mais semblent dormir profondément sans être dérangé par la lumière d'une lampe de poche. Les méliphages bruyants boivent ensemble au bord des lacs et des abreuvoirs à bestiaux. Ils se baignent en plongeant la tête dans l'eau puis battent vigoureusement des ailes lorsqu'ils sont presque submergés. Ils se secouent pour éliminer l'excès d'eau et s'envolent jusqu'à une branche proche pour lisser leur plumage. Il leur arrive d'utiliser la rosée sur les feuilles pour se laver et ils prennent des bains de poussière si le temps est sec. La baignade est commune et plusieurs oiseaux se lavent tandis que d'autres surveillent les alentours. Le méliphage bruyant se nettoie occasionnellement en utilisant l'acide formique des fourmis.
Comportement en groupe thumb|right|upright|La posture haute est un signal d'avertissement.