La mort d'Émile Zola est survenue le , au domicile de Zola dans le , au rue de Bruxelles, à la suite d'une asphyxie par un gaz. Cette mort, issue d'émanations toxiques produites par sa cheminée, a été immédiatement qualifiée d'accident ; elle n'a toutefois cessé de soulever questions et controverses. Zola avait 62 ans.

Circonstances

Fin de l'été 1902 et retour à Paris vignette|gauche|Émile Zola sur son lit de mort au lendemain de son décès. vignette|redresse|Tombe de Zola au cimetière de Montmartre, où le romancier fut enterré jusqu'en 1908 : monument en porphyre rouge de Frantz Jourdain surmonté d'un buste en bronze de Philippe Solari, inauguré le . En 1902, Zola est un auteur connu et célébré, quoique très critiqué à l'extrême droite pour sa défense d'Alfred Dreyfus. Émile et Alexandrine Zola, sa femme, sont ainsi violemment critiqués et font l'objet de menaces.

Émile Zola passe l'été de l'année 1902 dans sa maison de Médan. L'été est calme et paisible. Sans les amis habituellement invités, occupés à d'autres tâches, les Zola ont eu six semaines de solitude, à propos desquelles le romancier écrit : .

L'été s'achevant, les Zola décident de retourner à Paris. Le dimanche , Zola prend le train à la gare de Villennes. Il gagne son logement parisien, rue de Bruxelles (Paris ). Il s'endort dans sa chambre à coucher le soir.

Intoxication et mort Émile et Alexandrine Zola sont intoxiqués dans la nuit du 29 au , par la combustion lente et résiduelle d'un feu couvert, produit par la cheminée de leur chambre à coucher. Une flambée, faite avec de petits boulets de charbon (par souci d'économie des « boulets Bernot » moins efficaces que des bûches.), avait été prévue pour réchauffer la chambre à coucher pour la soirée, du fait du rafraîchissement des températures de ce début d'automne. Comme la cheminée présentait un problème de semi-obstruction, ayant enfumé la pièce, le valet de chambre, Jules Delahalle, avait laissé le feu s'éteindre dans l'après-midi et refermé la trappe de la cheminée. A-t-elle été relevée juste avant le coucher des époux comme le signale le , repris in .. Dans la nuit, Alexandrine, incommodée par les émanations toxiques, parvient à s'extraire de la chambre un moment, puis revient. Elle a dit avoir proposé à l'écrivain de réveiller les domestiques, mais Zola, qui semble avoir cru à une intoxication d'ordre alimentaire, lui demande de ne pas le faire, pour ne pas les déranger pour rien. lui dit-il en guise d'ultimes paroles. Alexandrine se rappelle l'avoir vu, affaissé sur une chaise, puis plus rien.

Découverte du corps L'après-midi du , les domestiques, inquiets de n'avoir aucun signe de vie des Zola, enfoncent la porte de la chambre à coucher. Ils trouvent Zola au sol, mort, et Alexandrine allongée sur le lit, respirant encore.

Le docteur Rabion, mandé en hâte, et le docteur Lenormand, médecin du commissariat de police, ne purent que constater la mort de l'écrivain. Ils tentent de le ranimer par respiration artificielle et traction de la langue, mais il est trop tard. Il aurait ainsi absorbé une plus forte dose de « gaz carbonique et d'acide carbonique »Rapport sur le décès d'Émile Zola, par expert chimiste auprès de la Préfecture de police de Paris. que son épouse, ce gaz étant plus lourd que l'air, stagnant au ras du sol. Émile Zola décède officiellement vers du matinActe de décès en ligne, archives de Paris, Paris , acte du , , registre V4E8895, vue .. En revanche, son épouse, après avoir reçu quelques soins, survit et est dirigée vers la clinique du docteur Deffaut..

Réactions

Publication de la nouvelle de la mort vignette|redresse|« La mort du lion », hommage de David Widhopff (L'Assiette au beurre, ). Le retentissement de la mort d'Émile Zola est immense. Le désarroi atteint les proches, surpris par ce malheur inattendu. Fernand Desmoulin, Fasquelle, Charpentier, Maurice Le Blond, Octave Mirbeau, Théodore Duret, ainsi qu'Alfred Dreyfus et Georges Picquart viennent rendre un dernier hommage à l'écrivain.

La presse se fait l'écho de l'émotion qui gagne la population entière en rendant un hommage quasi unanime à l'auteur de « J'accuse…! ». L'Aurore, journal dans lequel paraît au même moment le nouveau roman de Zola en feuilleton, Vérité, arbore un liseré noir en signe de deuil. Le Figaro, en première page., affirme la fin des grands auteurs après les disparitions de Gustave Flaubert et d'Alphonse Daudet.

La presse nationaliste et antisémite exulte. La Libre Parole, journal antisémite de Drumont, titre . Le journal La Croix publie un article insidieux qui laisse entendre que Zola s'est peut-être suicidé..

Couverture internationale L'émotion gagne l'étranger. La presse étrangère, russe, allemande, britannique, américaine, se fait largement l'écho du drame et célèbre l'écrivain français disparu. De nombreuses cérémonies ont lieu en mémoire du romancier. L'hommage international est unanime.

Rumeurs Dès l'annonce de la mort de Zola, des rumeurs et théories du complot sont diffusées dans des journaux au sujet de la cause du décès. Henri Rochefort, dans L'Intransigeant, écrit le que . Aucune preuve n'est toutefois avancée.

Obsèques Les obsèques sont repoussées du fait de l'hospitalisation d'Alexandrine Zola, et on décide d'embaumer le corps du défunt afin de le préserver. Alfred Dreyfus accourt immédiatement au domicile de Zola dès l'annonce de la mort de l'écrivain, bouleversé. Alexandrine lui demande de ne pas assister aux obsèques, mais revient sur sa décision, alors que Dreyfus intervient de manière décisive afin qu'Anatole France prononce une oraison funèbre. Au cours des obsèques au cimetière de Montmartre, une délégation de mineurs de Denain, une cité du Nord, défile devant la tombe en scandant .

Anatole France, qui avait insisté pour évoquer toutes les facettes de l'écrivain, y compris ses combats pour la justice, lit sa célèbre oraison à l'auteur de « J'accuse…! » :

vignette|gauche|Portrait d'Anatole France, ami de l'écrivain, lisant son oraison funèbre à Émile Zola.

Enquête

Ouverture de l'instruction et autopsie ( au ) Dès le , jour de la mort d'Émile Zola, une instruction est ouverte par le juge Joseph Bourrouillou, avec la nomination d'un groupe d'experts. Le docteur Charles Vibert effectue l'autopsie de l'écrivain. Effectuée le , elle conclut à . Les autres hypothèses évoquées dès le , comme le suicide du romancierThèse reprise par l'ensemble de la presse nationaliste : L'Intransigeant, La Croix, Le Gaulois, La Patrie. ou une intoxication alimentaire, sont donc totalement écartées.

Le commissaire Cornette rend un rapport sur la mort de Zola au préfet de police de Paris dès le . Il conclut à une asphyxie due à un fonctionnement défectueux du conduit de cheminée.

Complément d'enquête (octobre 1902) Le juge Joseph Bourrouillou ordonne un complément d'enquête afin de s'assurer du caractère accidentel de l'asphyxie. Deux experts en toxicologie, Charles Girard et Jules Ogier, sont mandatés. Il demande également à deux architectes, Henry Bunel et Georges Debrie, une mission d'examen de l'appartement des Zola.

Girard et Ogier organisent une reconstitution dans l'appartement, le ; Jules Delahalle doit allumer un feu dans la chambre à coucher, afin de vérifier le fonctionnement de la cheminée ; or, le feu ne prend pas, et la fumée générée est très insuffisante pour provoquer une quelconque asphyxie. Des expériences sont réalisées par les experts dans la chambre, dans le but de reproduire les conditions physico-chimiques ayant provoqué le décès du romancier, mais sans résultat. Les cobayes laissés dans la chambre les et sont retrouvés encore vivants (sauf deux oiseaux) le lendemain matin. Les experts notent qu'un feu avait été allumé en juin, sans que des problèmes ne soient survenus, du fait de l'obstruction éventuelle du conduit de la cheminée. Des expérimentations sont à nouveau réalisées le 11 et le .

Dès le , les architectes mandatés mènent leur enquête dans la chambre. Se concentrant sur la cheminée, ils montrent que le conduit est obstrué. Comme un feu avait été allumé en juin, ils déduisent que, pendant l'été, les conditions météorologiques ont conduit à boucher la cheminée. La cheminée se serait bouchée à cause des trépidations de la rue pavée en bois dues aux hippomobilesD'après , ce fait est inexpliqué., ou encore du fait de la pluie et du vent.

Conclusion de l'enquête (janvier 1903) Les experts mandatés par le juge Bourrouillou lui rendent leur rapport. Le juge valide la thèse de l'accident le .

Théorie de l'assassinat

Rumeurs immédiates et manque de volonté des autorités (1902-1921) Des théories sur la mort de Zola circulent dès l'annonce de son décès, sans qu'aucune preuve ne soit avancée. En 1921, le commissaire Cornette dit à l'un de ses admis que ; or, .

Rumeur sur un secret au sujet de la mort de Zola (1940) Le , L'Action française publie un article de Léon Daudet intitulé , dans lequel Daudet indique qu'Henry Céard, ami de Zola, lui avait indiqué durant les années 1920 être seul détenteur d'un secret au sujet de la mort de l'écrivain.

Enquêtes journalistiques sur la mort de Zola (1953-1978) En , le journal Libération fait paraître une série d'articles à l'occasion du cinquantenaire de la disparition de l'écrivain, titrés Enquête de Jean Bedel dans Libération, , : . . . . . .. Ils sont rédigés par le journaliste Jean Bedel, dont la source est un retraité, Pierre Hacquin, ancien militant de droite qui affirme avoir connu le responsable de la mort de Zola. Hacquin aurait fait la connaissance, dans les années 1920, d'un gérant d'entreprise de fumisterie, dont il ne donne pas le nom ; ce dernier lui aurait confié avoir bouché la cheminée de l'appartement de Zola à l'occasion de travaux de cheminée dans un immeuble voisin. Il aurait affirmé être monté sur le toit le lendemain matin pour déboucher la cheminée et ainsi faire croire à un accident. Le nom de la source de Hacquin n'est pas révélée.

Jean Bedel publie un article complémentaire, dans le Quotidien de Paris, le , après la mort de Hacquin en 1968, afin de révéler l'identité de celui qui aurait conduit à la mort de Zola. Le gérant de l'entreprise de fumisterie serait Henri Buronfosse, né en 1874, et ramoneur de profession. Hacquin aurait connu Buronfosse dans le cadre d'actions militantes nationalistes. Buronfosse avait été cadre de la Ligue des patriotes, mouvement fondé par Paul Déroulède et inscrit dans la mouvance ayant condamné l'engagement d'Émile Zola dans l'affaire Dreyfus.

Alain Pagès, qui a mené une enquête sur Henri Buronfosse, considère que les informations connues à son sujet de ce dernier. Son nom apparaît en effet dans des publications antidreyfusardes et nationalistes ; son parcours professionnel et politique correspondent aux informations relatées par Hacquin, qui, de plus, n'a donné aucun signe de duplicité. Pagès souligne que cette théorie est compatible avec un élément relaté en 2000 par le commissaire Marcel Le Clère dans son livre Enquêtes criminelles : il aurait obtenu d'un marbrier parisien, Paul Jouvensel, des informations sur la mort de Zola. Jouvensel lui aurait indiqué qu'. Jouvensel aurait obtenu ses informations de ses parents, qui vivaient dans l'immeuble jouxtant celui des Zola à l'époque.

Zola au Panthéon Débats parlementaires vignette|redresse|gauche|Dessin sur la une de L'Assiette au beurre du . vignette|Arrestation du journaliste Grégori, qui vient de tirer sur Alfred Dreyfus au Panthéon.