Robert Murray McCheyne, né le , a été pasteur de l'Église d'Écosse de 1835 à sa mort, le . Auteur de poèmes et de nombreuses lettres, il eut une grande influence, en tant que prédicateur, sur le renouveau de la ferveur religieuse en Écosse, et fut membre d'une délégation de quatre pasteurs envoyés à Jérusalem pour enquêter sur les Juifs. Son décès avant le schisme de 1843 lui permit de jouir d'une excellente réputation tout aussi bien dans l'Église d'Écosse que dans la Free Church of Scotland, et sa biographie fut une lecture conseillée à de multiples reprises par les pasteurs écossais.
Jeunesse
Né à Édimbourg le , McCheyne était le plus jeune enfant d'une famille prospère de la classe moyenne. Son père, Adam M'Cheyne ( - ), originaire de Thornhill dans le Dumfriesshire, travaillait dans la plus haute institution judiciaire d'Écosse. Sa mère, au nom de jeune fille de Lockhart Murray Dickson (1772 - ), était la sixième des huit enfants de David Dickson, du village de Ruthwell dans le Dumfriesshire. McCheyne avait deux frères, David Thomas ( - ) et William Oswald Hunter ( - ), ainsi qu'une sœur, ElizabethOn conserve ici la graphie anglaise plutôt que de la franciser en Élisabeth afin de faciliter la traçabilité. (1806 - 1888)., connue de son vivant sous le nom d'Eliza.
Enfant précoce, il apprit l'alphabet grec à l'âge de et entra à l'Université d'Édimbourg en 1827, soit âgé de seulement. Il choisit en 1831 d'y étudier la théologie sous l'égide de Thomas Chalmers, mathématicien écossais qui fondera la Free Church of Scotland, et l'histoire de l'Église avec le Welsh The Biography of Robert Murray M'Cheyne, Andrew A. Bonar, Zondervan Publishing House. Accédé par le projet Gutenberg..
La mort de son frère David, alors que lui-même n'a que , fut un choc profond. Le réconfort dans les écrits de Jonathan Edwards, Samuel Rutherford et du missionnaire américain David Brainerd (1718 - 1747) ont été à cette occasion le point de départ de sa ferveur religieuse.
Homme d'Église Il sortit de l'université le , et prêcha pour la première fois le au presbytère d'Annan, puis peu après à l'église de Ruthwell, à côté de Dumfries. Le , il débuta comme assistant de John Bonar dans la paroisse de Larbert et Dunipace, à proximité de la ville de Falkirk, et resta à ce poste jusqu'en 1838. Ordonné comme le premier pasteur de l'église St Peter de Dundee le , il y fit son premier sermon sur Isaïe 61:1-3; sa sœur Élisabeth l'y rejoignit comme concierge du presbytère. McCheyne occupa son poste à l'église jusqu'à sa mort à l'âge de , à la suite d'une épidémie de typhus.
Une explication quant au succès de ses sermons est proposée par William G. Blaikie Preachers of Scotland, from the Sixth to the Nineteeth Century, William Garden Blaikie, T&T Clark, 1888, 350pp. :
Cependant, cette compassion décrite par William G. Blaikie est contrebalancée par l'application stricte des règles de l'Église faite par McCheyne. Andrew Bonar relate qu'un homme vint trouver McCheyne une nuit, pour lui demander de baptiser son enfant sur le seuil de la mort. McCheyne se rendit au chevet de l'enfant et, comme les parents n'étaient jamais allés à l'église, il leur reprocha leur impiété et la culpabilité affreuse qu'ils devraient en éprouver devant Dieu, avant de refuser d'exécuter le baptême et de quitter la maison. Cette approche se retrouve également dans l'idée de McCheyne considérant que les croyants se réjouiront de l'existence de l'enfer puisqu'ils "se réjouiront de toutes les perfections de Dieu y compris son dernier jugement pour ceux qui se sont rebellés contre Lui" Universal Salvation ? The current debate, A. Parry & Christopher H. Partridge, Paternoster Press - 2003, page 164..
La popularité de McCheyne s'explique davantage par le regain des citoyens pour la religion, et le poids politique qu'elle prenait. À la suite des Corn Laws régissant le marché du blé au Royaume-Uni, le prix du pain augmenta et les ouvriers en furent réduits à la misère. À la réunion d'une association contre ces lois, le , il aurait été dit que "Mr McCheyne a dit que s'il y avait vingt chrétiens pour prier à Dundee, leur assiduité envers le Seigneur les rendraient bientôt libres des lois sur le blé sans aller au parlement"La citation exacte est Mr McCheyne said if there were twenty praying Christians in Dundee, their application to the Lord would soon set them free from the Corn Laws without going to parliament..
Le poète Plus connu comme pasteur, McCheyne fut également poète. Bonar rapporte qu'il se serait aventuré à la composition poétique dès la dernière année de son éducation dans le secondaireOn se réfère ici à la partie pré-universitaire., sur le sujet "Greece, but living Greece no more". Son premier poème le plus célèbre fut Jehovah TsidekenuJehovah Tsidkenu est une version anglicisée de l'hébreu apparaissant dans deux versets de Jérémie (Ancien Testament) pour se référer à un des noms de Dieu, 23:5-6 : « Et voici le nom dont on lappellera: L'Éternel notre justice ». La version anglaise est « and this is the name by which he will be named, The Lord is our righteousness »., écrit le . +Jehovah TsidekenuOriginal Traduction indicativeI once was a stranger to grace and to God, I knew not my danger, and felt not my load; Though friends spoke in rapture of Christ on the tree, Jehovah Tsidkenu was nothing to me.
I oft read with pleasure, to sooth or engage, Isaiah's wild measure and John's simple page But e'en when they pictured the blood-sprinkled tree Jehovah Tsidkenu seem'd nothing to me.
Like tears from the daughters of Zion that roll, I wept when the waters went over His soul Yet thought not that my sins had nail'd to the tree Jehovah Tsidkenu - 'twas nothing to me.
When free grace awoke me, by light from on high, Then legal fears shook me, I trembled to die No refuge, no safety in self could I see, - Jehovah Tsidkenu my Saviour must be.
My terrors all vanished before the sweet name; My guilty fears banished, with boldness I came To drink at the fountain, life-giving and free, - Jehovah Tsidkenu is all things to me.
Jehovah Tsidkenu! my treasure and boast, Jehovah Tsidkenu! I ne'er can be lost; In thee I shall conquer by flood and by field, My cable, my anchor, my breast-plate and shield!
Even treading the valley, the shadow of death, This "watchword" shall rally my faltering breath; For while from life's fever my God sets me free, Jehovah Tsidkenu, my death song shall be.J'étais autrefois étrangerComparer avec Lc 24:18, dans un passage où nous retrouvons le thème de la Passion du Christ. Certaines traductions anglophones de ce verset de Luc contienne le mot « stranger ».Dans cette optique les « amis » qui « parlent avec ravissement du Christ sur l'arbre » sont les compagnons sur la route d'Emmaüs (Lc 24:19-24). à la grâce et à Dieu, Je ne connaissais pas mon danger, et ne sentais pas mon fardeau ; Bien que des amis parlent avec ravissement du Christ sur l'arbreRéférence à la Vraie Croix. Voir également L'arbre de la Croix : Puissance et Sagesse de Dieu, J. Goettmann, Présence orthodoxe no4, 1999, ., Jehovah Tsidkenu ne m'était rien.
J'ai souvent lu avec plaisir, pour apaiser ou pour entreprendre, Le rythme sauvage d'Isaïe ou une simple page de Jean ; mais même lorsqu'elles décrivaient l'arbre aspergé de sang Jehovah Tsidkenu semblait [n'être] rien pour moi.
Comme les larmes qui coulaientRéférence aux Lamentations de Jérémie. des filles de SionDans la Bible, Sion désigne des lieux comme Jérusalem et en général tout ce qui personnifie la présence de Dieu, J'ai pleuré lorsque les eaux passèrent sur Son âmeCf. Ps 69:2 . Une interprétation chrétienne courante de ce psaume le met dans la bouche du Christ à sa mort. ; Et je ne réalisais toujours pas que mes péchés avaient cloué à l'arbre Jehovah Tsidkenu - Cela n'était rien pour moi.
Quand la Grâce libre m'éveilla, par une lumière [venue] d'en hautExpression tirée de traductions anglophones de Lc 1:78-79. alors des peurs légales me secouèrent, je tremblais à en mourir ; je ne pouvais voir de refuge, pas de sécurité en moi-même, - Jehovah Tsidkenu devait être mon sauveur.
Mes terreurs s'évanouirent devant le doux nom ; Mes peurs coupables bannies, avec audace je vins Pour boire à la fontaine, donneuse de vie et libre,- Jehovah Tsidkenu est tout pour moi.
Jehovah Tsidkenu ! Mon trésor et fierté, Jehovah Tsidkenu ! Je ne peux jamais être perdu ; en toi je conquerrai sur terre et merUne traduction littérale donnerait "par déluge et champ [de bataille ?]", Mon câble, mon ancre, mon armure et bouclier !
Même foulant la vallée, l'ombre de la mortCitation du Ps 23:4., Ce "mot d'ordre" fera reprendre mon souffle chancelant ; Alors que mon Dieu me libère de la fièvre de la vie, Jehovah Tsidkenu, mon chant funèbre sera.
Un de ses poèmes célèbres fut composé en 1838 à la lecture de l'ouvrage Call to the Unconverted to Turn and Live du théologien Richard Baxter : Though Baxter’s lips have long in silence hung, And death long hush’d that sinner-wakening tongue, Yet still, though dead, he speaks aloud to all, And from the grave still issues forth his “Call”: Like some loud angel-voice from Zion hill, The mighty echo rolls and rumbles still. Oh grant that we, when sleeping in the dust, May thus speak forth the wisdom of the just!
La mission en Palestine
En , le docteur Candlish proposa que McCheyne parte en Palestine avec une délégation composée d'Andrew Alexander Bonar et deux pasteurs plus âgés, le docteur Alexander Black, professeur de théologie à Aberdeen parlant français, et le docteur Alexander Keith, auteur d'ouvrages connus. Le but étant exprimé sous les termes "d'enquêter sur les conditions des juifs", mais une lecture du récit de voyage montre qu'il s'agissait plutôt de conversion. Étant très malade depuis décembre de l'année précédente, les docteurs de McCheyne appuyèrent l'idée, en soulignant que "le climat plus chaud de la Méditerranée serait favorable à sa guérison".
McCheyne descendit ainsi d'Écosse et, le , il arriva à Londres, où il se rendait pour la première fois. Il visite la ville et fait des observations sur l'état de l'Église d'Écosse Familiar letters by the Rev. Robert Murray M'Cheyne, Edited by his father, Robert Carter editor, New York 1848. Lettre 2. :
Le , à six heures du matin, le groupe arriva à Douvres, première ville d'une longue série dans une mission pour la Palestine qui allait durer . Ils arrivèrent à à Boulogne-sur-Mer, et partirent à le lendemain en diligence pour Paris, passant en chemin à Nouvion et dînant à Abbeville. McCheyne n'était guère enthousiasmé par la cuisine française, dont il écrivit J'ai une grande horreur de leurs plats français et Les horreurs d'un petit-déjeuner français sont indescriptibles Familiar letters by the Rev. Robert Murray M'Cheyne, Edited by his father, Robert Carter editor, New York 1848. Les détails sont indiqués dans les lettres 3 et 4.. Le groupe parvint à Dijon le , puis passa par Tournus et Trévoux avant d'atteindre Lyon le . S'arrêtant à Avignon, ils rallièrent Marseille où l'embarquement devait avoir lieu. Comme dix jours étaient nécessaires avant de pouvoir prendre le bateau à vapeur pour Malte, ils décidèrent de visiter l'Italie, en longeant la côte méditerranéenne. Ils arrivèrent ainsi à Gênes, puis à Livourne le , dont McCheyne avance le chiffre de juifs Familiar letters by the Rev. Robert Murray M'Cheyne, Edited by his father, Robert Carter editor, New York 1848. Lettre 6. et où le docteur Black prêcha à l'hôtel devant 60 ou . En tous les endroits qu'ils visitèrent, ils se renseignèrent sur le nombre de juifs, visitèrent des synagogues, et discutèrent avec des rabbins. Certains des ouvrages qu'ils transportaient contenant des vues contraires à celles de l'Église catholique romaine, ils furent bannis perpétuellement de la Toscane et la plupart des livres confisqués.