, né le à Bruxelles et mort le à Apeldoorn, est roi des Pays-Bas et grand-duc de Luxembourg du au , ainsi que duc de Limbourg jusqu'à l'incorporation du duché de Limbourg aux Pays-Bas en 1866.
Fils de et d'Anna Pavlovna de Russie, il est le neveu du tsar .
Biographie La famille royale : espoirs et désespoir vignette|gauche|Le roi , alors prince royal, et la princesse royale Anne entourés de leurs enfants : Guillaume, Alexandre, Henri, Sophie (1832). Peinture de Jan-Baptist van der Hulst. Guillaume Alexandre Paul Frédéric Louis d'Orange-Nassau est né à Bruxelles, alors ville du royaume des Pays-Bas, où ses parents, le prince royal Guillaume et la princesse Anna, avaient élu domicile.
En signe d'affection, la population bruxelloise leur offre un palais (actuel palais des Académies) où le prince et sa famille emménagent en 1828.
Deux ans plus tard éclate la révolution belge qui proclame l'indépendance de la Belgique. Les Belges cherchent un roi constitutionnel ; nombreux sont ceux qui pensèrent en vain élire à cette dignité le prince royal Guillaume. Après avoir ordonné de mater les révolutionnaires à Anvers, lors de la guerre belgo-néerlandaise, celui-ci se retire auprès de son père ; le futur a alors 13 ans.
Guillaume est élevé avec son frère cadet Alexandre. Leur père, le prince royal Guillaume, s'intéresse de près à l'éducation de ses deux aînés, allant jusqu'à leur dispenser personnellement les cours de géographie. Le prince et la princesse royale montrent une nette préférence pour leur cadet, enfant aimable et simple, lui enseignant plus qu'à leur aîné l'art de gouverner.
Plus tard les deux jeunes gens sont envoyés à l'université de Leyde où l'un comme l'autre montrent peu d'aptitude pour les études. En 1836, au cours d'une tempête, les deux princes qui rentrent de Leyde doivent abandonner leur équipage et, accompagnés de leur suite, veulent rentrer à pied. Ils traversent une forêt alors que les arbres s'effondrent. Le prince Guillaume, héritier du trône en second, est protégé par leur entourage mais le prince Alexandre est écrasé par un arbre : il en sort vivant mais sa santé ne s'en remettra pas.
Le prince Alexandre meurt célibataire à l'âge de 29 ans en , laissant sa famille dans le désespoir. Le décès de son frère étant proche de la date de son anniversaire, le futur décide plus tard qu'il ferait célébrer cet événement au mois de juin en même temps que celui de son épouse.
En effet, le prince Guillaume avait rencontré en 1838 une cousine d'un an sa cadette, la princesse Sophie de Wurtemberg (1818 – 1877), fille du roi et de la défunte Catherine Pavlovna de Russie, sœur de la reine Anne des Pays-Bas.
Les pères des jeunes gens envisagèrent de les marier. Si Guillaume se sentait attiré par la jeune fille, il n'en était pas de même pour celle-ci. La reine Anne des Pays-Bas, mère du prince, était également opposée au mariage. Fille du tsar de Russie, elle avait été élevée dans la religion orthodoxe qui condamne le mariage entre proches cousins et n'approuvait pas le projet de son mari et de son beau-frère. Le mariage eut cependant lieu l'année suivante.
Mariages et descendance Guillaume épouse Sophie à Stuttgart le . Ces mariages endogames au sein des familles royales étaient plus que fréquents à l'époque et considérés comme un gage de stabilité politique. Les méfaits possibles de la consanguinité étaient alors ignorés. De cette union naîtront trois enfants : Guillaume, prince d'Orange (1840 – 1879) ; , prince des Pays-Bas ( – ) ; Alexandre, prince des Pays-Bas puis prince d'Orange (1851 – 1884).
Dans le même temps, pour pouvoir épouser sa maîtresse, une dame belge et catholique, le roi abdique en 1840 en faveur de son fils, qui régnera sous le nom de .
Après avoir accordé à ses peuples une Constitution, et interdit de séjour aux Pays-Bas sa sœur la princesse Marianne de Prusse qui avait divorcé pour pouvoir épouser son cocher, s'éteignit peu après son fils préféré Alexandre en 1849. Son fils aîné, également prénommé Guillaume, âgé de 32 ans, devient roi sous le nom de . Roi des Pays-Bas qui possèdent un empire colonial en Indonésie, en Amérique du Sud et dans les Antilles, est aussi le souverain du grand-duché de Luxembourg et du duché de Limbourg. Sophie devint donc reine des Pays-Bas, grande-duchesse de Luxembourg et duchesse de Limbourg.
Guillaume, plutôt conservateur, est opposé à sa femme Sophie, intellectuelle libérale mais exaltée, peu portée aux choses de l'amour et méprisant ouvertement son époux. La mésentente du couple, bientôt connue du public et qui prit parfois un tour violent, était attisée par les mauvaises relations de la reine Sophie avec sa belle-famille, notamment la reine-mère Anne. Seul le défunt prince Alexandre avait su nouer de bonnes relations avec sa belle-sœur.
De plus, les débuts du règne furent endeuillés par la mort de leur fils cadet, Maurice. Le petit prince étant malade, la reine préconise d'appeler en renfort d'autres médecins que ceux de la cour ; s'y refuse et le prince meurt à l'âge de 7 ans.
La reine, effondrée et révoltée, se réfugie à Stuttgart dans sa famille. Celle-ci la convainc de remplir ses devoirs de souveraine et d'épouse. La reine rentre aux Pays-Bas ; de cette réconciliation naît en 1851 un autre enfant, un fils, que le roi et la reine nommèrent Alexandre en hommage à leur frère et beau-frère défunt et à leur cousin germain, le tsarévitch Alexandre Nicolaïevitch de Russie.
Le couple se sépare définitivement en 1855, le roi gardant près de lui leur fils aîné, et la reine emmenant avec elle leur fils cadet. Elle s'installe dans la Huis ten Bosch, et se consacre à sa correspondance ; elle meurt en 1877. Le prince Alexandre, désespéré, s'enferme dans le palais où il meurt sept ans plus tard, célibataire et malade.
épouse en 1879 Emma de Waldeck-Pyrmont (1858 – 1934). De cette union naîtra : Wilhelmine (1880 – 1962).
Le roi vignette|redresse|Gravure de . Proche parent des Hohenzollern auxquels il est attaché par de nombreux liens familiaux et des intérêts politiques (frontière commune entre les deux pays, tandis qu'une garnison prussienne stationne dans la forteresse de la ville de Luxembourg, première place forte d'Europe depuis 1815), est aussi le petit-fils de , le tsar assassiné en 1801. Dans ses veines coule le sang des Hohenzollern, militaristes et conservateurs à la santé mentale parfois précaire, et celui des Romanov réputés pour leur force physique mais également pour leur tempérament cyclothymique et leur cruauté. Il est d'ailleurs très proche de sa mère, Anna Pavlovna de Russie, sœur des tsars et , qui avait une grande influence sur lui. Son père , s'il avait gouverné avec sagesse, avait été compromis par une relation homosexuelle dénoncée en 1819 par le ministre Cornelis van Maaren.
Se montrant un parfait réactionnaire et pour contrarier et tenter de soumettre son épouse, interdit toute activité intellectuelle dans ses foyers. Il mène publiquement une vie de débauche où l'adultère tient la première place : il est surnommé par le New York Times de . Dans sa correspondance avec la reine Sophie, la reine Victoria du Royaume-Uni le traite de .
monte sur le trône au moment où en Europe, les forces réactionnaires doivent contrer la révolution de 1848. Dédaignant les aspirations de ses sujets, sans pouvoir réellement s'y opposer (sauf au Luxembourg), devient rapidement impopulaire, aussi ménage-t-il l'avenir en annonçant qu'il abdiquerait dès que son héritier atteindrait l'âge de régner. Il se garde bien de tenir parole une fois le moment venu.
La reine vignette|gauche|redresse|La reine Sophie par Winterhalter (1861). Méprisée par sa belle-mère et tante, l'intelligente et libérale Sophie s'entourait de savants et d'artistes. Peu sensuelle, elle méprisait son mari traditionaliste et immature à la libido exacerbée.
Ses malheurs conjugaux ne la rendaient pas pour autant compatissante aux malheurs d'autrui, à moins que seule sa rancœur envers sa belle-famille l'ait porté à condamner ouvertement la princesse Marianne des Pays-Bas, tante bien-aimée de son mari. Cette princesse avait divorcé du prince Albert de Prusse pour épouser son cocher dont elle avait eu un fils. Rejetée par les cours de Berlin et La Haye, Marianne est réhabilitée par . Sophie, qui elle aussi avait souffert de son union avec un prince adultère et ultra-conservateur, la jugeait .
Femme de lettres férue d'histoire qui correspondait également avec les princes et les chefs d'État de son temps, notamment l'empereur des Français et la reine Victoria, elle se considère comme nettement plus capable que son mari d'exercer le pouvoir et le fait notoirement savoir.
Profondément affectée par la mort de son second fils en 1850, elle retourne à Stuttgart où sa famille lui demande de conserver une attitude conforme à son rang en rentrant à la cour. Cependant, elle tente en vain d'obtenir le divorce en 1855 et, dès lors se réfugie de plus en plus souvent à Stuttgart près de sa famille.
Le couple royal finit par se séparer, le roi gardant près de lui son fils aîné, la reine conservant le plus jeune, Alexandre, qui lui vouera un amour exclusif. À la mort de celle-ci, il s'enferme dans son palais où il meurt prématurément du typhus en 1884.
Le prince royal vignette|gauche|redresse|Le prince d'Orange. Élevé dans l'entourage de son père, Guillaume, prince d'Orange dit Wiwil devint à son tour un débauché notoire.
Après deux vaines tentatives de mariage, l'une en 1860 avec la princesse Alice du Royaume-Uni, l'autre en 1868 avec la grande-duchesse Maria Alexandrovna de Russie, le roi et la reine ne s'entendent que pour s'opposer au mariage de leur fils aîné avec une jeune fille de l'aristocratie et ce, malgré l'accord du Parlement. Le couple royal prétexte en 1874 que la jeune fille, n'appartenant pas à une famille régnante, n'était pas de naissance suffisamment élevée.
Le prince Guillaume, outrepassant le refus de ses parents et souverains, demande en personne la main de la jeune fille. Les parents de celle-ci s'y opposèrent également. Le bruit court que la jeune fille est une enfant adultérine du roi et donc la demi-sœur de Guillaume.
Révolté, le prince héritier Guillaume préfère s'éloigner des Pays-Bas. Il s'installe à Paris où il mène une vie de bohème et meurt prématurément quelques années plus tard, peu après sa mère.
Le règne
ne cache pas son opposition à la Loi fondamentale du royaume des Pays-Bas, constitution libérale octroyée par son père en 1848 afin d'éviter à ses États les mouvements révolutionnaires qui perturbèrent la vie des États voisins. Élaborée par l'homme d'État Johan Rudolf Thorbecke, cette Constitution promeut entre autres la liberté de l'enseignement et des cultes, ainsi que la séparation de l'Église calviniste et de l'État. Elle met fin aux vexations dont étaient victimes les catholiques.
En 1853, le pape créé cinq évêchés aux Pays-Bas, acte impopulaire auprès de la population majoritairement calviniste. Le prédicateur Bernard ter Haar prend la tête des contestataires et, au cours d'un sermon virulent, en appelle au roi depuis la Nieuwe Kerk. contraint Thorbecke à démissionner. Ce comportement autoritaire et anticonstitutionnel donne lieu à des contestations appelées le mouvement d'avril, qui ne sont apaisées que par la nomination à la tête du gouvernement de Floris Adriaan van Hall. Le roi tente également d'enlever à son frère Henri ses droits de succession.
À la fin des années 1860, le roi soutient les menées de la présidence du Conseil de Isaäc Dignus Fransen van de Putte contre la chambre basse, lequel a entamé en 1863 la lutte contre le cultuurstelsel.
Le coup de 1856
vignette|redresse|Évolution des territoires formant le Royaume uni des Pays-Bas de 1815 à 1830 :1. Pays-Bas.2. Duché de Limbourg.3. Belgique.4 et 5. Grand-duché de Luxembourg.