Alfred Russel Wallace ( – ) est un naturaliste, géographe, explorateur, anthropologue et biologiste britannique. Il a mis au point la théorie de l'évolution par la sélection naturelle au même moment que Charles Darwin.

Il fit tout d'abord d'amples recherches sur le bassin fluvial de l'Amazone, puis dans l'archipel malais, où il identifia la ligne séparant la faune australienne de celle de l'Asie, qui fut appelée « ligne Wallace » en sa mémoire. Cependant il est plus connu pour avoir proposé une théorie sur la sélection naturelle qui a incité Charles Darwin à publier sa propre théorie plus tôt que prévu. Wallace fut également l'un des principaux penseurs évolutionnistes du , contribuant au développement de la théorie de l'évolution grâce notamment au concept de couleurs d'avertissement chez les animaux ou à celui d'effet Wallace. Il est aussi considéré comme un expert en matière de répartition géographique des espèces animales et est parfois appelé le « père de la biogéographie ».

Wallace fut fortement attiré par les idées radicales. Sa défense du spiritisme et sa croyance en une origine immatérielle pour les plus hautes facultés mentales de l'être humain mit à mal ses relations avec le monde scientifique, tout spécialement avec les précurseurs de l'évolutionnisme. Il fut en outre critique vis-à-vis du système économique et social britannique du qu'il estimait injuste et fut l'un des premiers grands scientifiques à s'inquiéter des conséquences de l'activité humaine sur l'environnement.

Ses travaux lui valurent, entre autres, la Royal Medal en 1868, la médaille linnéenne en 1892 et la médaille d’or Darwin-Wallace en 1908.

Biographie Jeunesse vignette|gauche|Photo tirée de l'autobiographie de Wallace montrant le bâtiment qu'il construisit avec son frère John pour le Mechanics Institute de Neath. Wallace naquit dans le village de Llanbadoc, près d'Usk, dans le Pays de Galles. Il était le huitième des neuf enfants qu'eurent ensemble Thomas Vere Wallace et Mary Anne Greenell. Sa mère était issue d’une respectable famille anglaise de classe moyenne de Hertford. Son père était d’ascendance écossaise et sa famille, comme beaucoup de Wallace écossais, affirmait être de la même lignée que William Wallace, le chef de l'insurrection contre l'Angleterre au . Bien qu'il ait été diplômé en droit, Thomas Wallace ne fut jamais homme de loi. Il hérita de terres rentables, mais de malencontreux investissements, ainsi qu'une mauvaise gestion, détériorèrent la situation financière de la famille..

À l'âge de cinq ans, Wallace déménagea avec sa famille à Hertford, au nord de Londres ; il fit ses études à la Hertford Grammar School jusqu'à ce que des difficultés financières contraignent sa famille à le retirer de l'école en 1836. Wallace s'installa alors chez son frère John, âgé de et apprenti dans le bâtiment, et travailla avec lui à Londres. C’était une solution provisoire en attendant que William, son frère aîné, soit prêt à le prendre comme apprenti géomètre. C'est à cette époque qu'il se rendit à des conférences ou lut des ouvrages à la London Mechanics Institute, et qu'il prit connaissance des idées politiques radicales de réformateurs sociaux tels que Robert Owen et Thomas Paine. Il quitta Londres en 1837, emménagea chez William et devint son apprenti pendant six ans. Il déménagea à Kington fin 1839, près de la frontière galloise, pour finalement s'installer à Neath dans le comté de Glamorgan. Wallace exécuta des travaux d'arpentage dans l'ouest de l’Angleterre et au Pays de Galles de 1840 à 1843. Mais vers la fin de cette année-là, l'activité de l'entreprise de William déclina à la suite de conditions économiques difficiles et Wallace partit en janvier.

vignette|Wallace en 1848 à , âge auquel il partit pour le Brésil, après avoir décidé de devenir naturaliste. Après une brève période de chômage, il obtint un poste de professeur au collège de Leicester où il enseigna le dessin, la cartographie et la topographie. Wallace passa beaucoup de temps à la bibliothèque de Leicester, il y lut Essai sur le principe de population de Thomas Malthus et y rencontra un soir l'entomologiste Henry Bates. Celui-ci n'avait que et avait déjà publié un article sur les scarabées dans le journal Zoologist. Ils devinrent amis et Bates l'initia à la collecte d’insectes. Lorsque William mourut en , Wallace démissionna afin de prendre en charge la gestion du cabinet de son frère à Neath mais, malgré l'aide de son frère John, il ne parvint pas à faire marcher les affaires. Après quelques mois, Wallace trouva donc un nouveau travail et devint ingénieur pour une société proche qui travaillait sur un projet de chemin de fer dans la vallée de Neath. La participation de Wallace à ce projet impliquait qu'il passe beaucoup de temps à l'extérieur, ce qui lui permit de satisfaire sa nouvelle passion : la collection d'insectes. Il réussit à persuader John de se joindre à lui pour créer une nouvelle société de génie civil, laquelle réalisa plusieurs projets dont le dessin des plans d'un bâtiment pour le Mechanics Institute de Neath. William Jevons, le fondateur de l'institut, fut impressionné par Wallace et le persuada d'y donner des conférences sur la science et la technologie. À l'automne 1846, les deux frères purent acheter une maison près de Neath, puis ils y emménagèrent avec leur mère et leur sœur Fanny (leur père était mort en 1843). Durant cette période, il lut avec avidité, correspondant par la suite avec Bates sur le traité évolutionniste publié anonymement Vestiges of the Natural History of Creation, Le Voyage du Beagle de Charles Darwin et Principes de géologie de Charles Lyell.

Exploration et étude de la nature vignette| Carte tirée de The Malay Archipelago montrant le parcours de Wallace dans l'archipel Malais. Inspiré par les récits de naturalistes partis en expédition dont Alexander von Humboldt, Charles Darwin et William Henry Edwards, Wallace décida qu'il voulait lui aussi voyager à l'étranger en tant que naturaliste. Wallace, accompagné d'Henry Bates, partit donc en 1848 pour le Brésil à bord du Mischief. Leur but était de recueillir des insectes et autres spécimens animaliers dans la forêt amazonienne afin de les vendre à des collectionneurs une fois revenus en Angleterre. Ils espéraient aussi trouver des preuves de la transmutation des espèces. Wallace et Bates passèrent la plus grande partie de la première année près de Belém, puis explorèrent l'intérieur des terres séparément tout en se rencontrant de manière épisodique pour parler de leurs découvertes. Ils furent rejoints brièvement en 1849 par Richard Spruce, un jeune explorateur et botaniste, ainsi que par le plus jeune frère de Wallace, Herbert ; celui-ci partit peu de temps après (il mourut deux années plus tard de la fièvre jaune) tandis que Spruce, comme Bates, resta plus de dix ans en Amérique du Sud.

Wallace continua à évoluer sur les côtes du Rio Negro pendant quatre années, répertoriant les spécimens et prenant tout aussi bien des notes sur les peuples et les langages qu'il rencontrait que sur la géographie, la flore ou la faune locale. Il embarqua pour l'Angleterre sur le Helen le . Après huit jours passés en mer, la cargaison du bateau prit feu et l'équipage fut obligé d'abandonner le navire. La collection entière de Wallace fut détruite ; il ne parvint à sauver que son journal et quelques croquis. Les naufragés furent finalement recueillis par le Jordeson alors qu'ils dérivaient en mer depuis dix jours.

Wallace passa les suivant son retour en Angleterre à vivre grâce au paiement de l'assurance pour la perte de sa collection et grâce à la vente de ce qu'il avait pu sauver du naufrage. Durant cette période, bien qu'il eût perdu la plus grande partie de ses notes sur son expédition sud-américaine, il n'écrivit pas moins de six articles universitaires (dont « Sur les singes d’Amazonie ») et deux livres : Palm Trees of the Amazon and Their Uses et Travels on the Amazon. Il établit aussi le contact avec d’autres naturalistes britanniques et plus particulièrement Darwin..

vignette|gauche|Illustration tirée de The Malay Archipelago représentant la grenouille volante que Wallace a découverte. De 1854 à 1862, Wallace explora l'archipel Malais ou Indes orientales (aujourd’hui la Malaisie et l'Indonésie) afin de recueillir des spécimens destinés à être vendus et d'étudier la nature. Ses observations sur les différences zoologiques prononcées de part et d’autre d'un étroit détroit de l'archipel le menèrent à son hypothèse sur la frontière biogéographique aujourd’hui appelée « ligne Wallace ». Wallace collecta plus de dans l’archipel Malais (dont quelque ) ; plus d'un millier étaient des espèces inconnues jusqu'alors. Une de ses descriptions les plus célèbres durant ce voyage est celle d'une grenouille volante, Rhacophorus nigropalmatus. C’est pendant qu'il explorait cet archipel qu'il élabora ses théories sur l'évolution et eut l’idée de la sélection naturelle.

Il fit le récit de ses découvertes et de son aventure en 1869 dans The Malay Archipelago. Ce livre devint l'un des journaux d'exploration scientifique les plus populaires du et fut réédité régulièrement par son éditeur original, Macmillan, pendant la seconde moitié du siècle suivant. Il fut couvert d'éloges par des scientifiques tels que Darwin, à qui le livre était dédicacé, et Charles Lyell, et par des profanes tels que le romancier Joseph Conrad qui affirmait que c'était « son livre de chevet favori » et qu'il s'en servait comme source d'informations pour plusieurs de ses romans, particulièrement Lord Jim.

Retour en Angleterre, mariage et enfants vignette|Photographie de Wallace prise à Singapour en 1862. Wallace revint en Angleterre en 1862 et emménagea chez sa sœur Fanny Sims et son mari Thomas. Pendant qu'il se remettait des rigueurs de ses voyages, Wallace organisa ses collections et donna de nombreuses conférences sur ses aventures et ses découvertes aux sociétés savantes telles que la Zoological Society of London. Il rendit visite à Darwin la même année et se lia d'amitié avec Charles Lyell et Herbert Spencer. Durant les années 1860, Wallace écrivit des articles et donna des conférences sur la sélection naturelle ; il correspondit également avec Darwin sur nombre de sujets dont la sélection sexuelle, la coloration d'avertissement et l'effet possible de la sélection naturelle sur l'hybridation et la divergence des espèces. Il commença par ailleurs à s'intéresser au spiritisme en 1865.

Wallace se fiança en 1864 avec une jeune femme, identifiée dans son autobiographie sous le nom de Miss L., mais elle rompit les fiançailles. Il épousa Annie Mitten en 1866. Wallace l'avait rencontrée grâce à Richard Spruce, lequel était ami avec le père d'Annie, William Mitten, un expert en mousses. Le couple fit construire une maison sur le terrain que Wallace louait à Grays dans l'Essex et y vécut jusqu'en 1876. Ils eurent trois enfants : Herbert (1867-1874), Violet (1869-1945) et William (1871-1951).

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