vignette|Passeport de la dynastie Qing, Chine, 1898.
Un passeport est un document de circulation délivré par le gouvernement d'un État à ses citoyens, pièce d'identité permettant à son porteur de voyager à l'étranger.. Toute personne sollicitant l'entrée dans un pays autre que le sien, comme touriste, étudiant ou travailleur ou autre, doit remplir certaines formalités et solliciter une autorisation. Pour franchir une frontière, le passeport est généralement requis, pouvant être couplé à un visa..
Le passeport contient les informations permettant l'identification de la personne telles que les noms et prénoms, le sexe, la date et le lieu de naissance, la photographie d'identité, la signature du titulaire et souvent des caractéristiques physiques comme la taille et la couleur des yeux. L'obligation d'intégrer dans des puces des données biométriques est progressivement mise en place dans certains États, notamment ceux de l'Union européenne.
Le passeport a une origine ancienne, mais sa fonction a changé avec l'établissement des États-nations modernes au . Le contrôle des passeports, qui a été allégé lors de la seconde moitié du , a été strictement rétabli lors de la Première Guerre mondiale. Dès la fin de celle-ci, de nouvelles lois rendent permanentes les dispositions temporaires prises lors de la Grande Guerre. Ce n'est toutefois qu'après la Seconde Guerre mondiale qu'un système international unifié et harmonisé des passeports émerge. En permettant à la fois d'attester de la nationalité de son porteur et de contrôler les migrationsLe passeport n'est cependant pas toujours considéré comme une preuve de nationalité, par exemple en France lorsqu'il s'agit d'attester de sa nationalité vis-à-vis des autorités françaises., les passeports sont devenus une pièce maîtresse de la souveraineté étatique. S'ils sont aujourd'hui davantage utilisés pour contrôler les entrées sur le territoire, ils ont pu, à certaines périodes et dans certains pays, être utilisés pour contrôler voire empêcher l'émigration.
Histoire Origine vignette|Leatherman (« L'homme de cuir »), un vagabond du qui voyageait entre le fleuve du Connecticut et celui du Hudson dans la seconde moitié du . Probablement d'origine lyonnaise, il parlait couramment français et fabriquait lui-même ses vêtements. Les passeports ont souvent été des moyens de répression à l'égard du vagabondage et des sans-papiers ou « gens sans aveu ». L'une des plus anciennes références au passeport se trouve dans le Livre de Néhémie. Néhémie, un agent du roi de Perse Artaxerxès, demande en 450 la permission de voyager en Judée. Le roi lui remet une lettre adressée leur demandant de le laisser passer à travers leurs territoiresNeh. chap. 2 ver. 7-9..
Le terme « passeport » est très ancien : il remonte au et vient de « passe » et « port » : il s'appliquait à l'époque à la libre circulation des marchandises. Son utilisation pour les voyageurs est attestée dès 1464. Le mot proviendrait non pas des ports marins, mais du document médiéval requis pour passer les portes des villes fortifiées.. En 1548, la Diète impériale d'Augsbourg oblige la « populace sans maître » à détenir des documents de voyage impériaux pour circuler, à moins de risquer l'expulsionJohn Torpey, « Le contrôle des passeports et la liberté de circulation. Le cas de l'Allemagne au XIXe siècle », Genèses, 1998, , pp. 53-76 .. Le terme de « passeport » (Passporten) aurait été utilisé peu après (en 1570) dans la langue juridique.
Le roi Frédéric-Guillaume de Prusse (1713 – 1740) imposa plusieurs lois contre le vagabondage exigeant des passeports, qui devaient être visés dans chaque ville. L'émigration des paysans est alors punie de mort. La doctrine mercantiliste considère en effet la population comme une richesse, et s'emploie donc, avec plus ou moins de succès, à bloquer les flux d'émigration. En Prusse, en 1753, une mesure de police impose à tout « voyageur », sauf « officiels de l'armée » ou « autres personnes de qualité », de se prémunir d'un « passeport ».
En France, la Révolution a également conduit à des modifications sur les lois relatives au passeport (voir Décret du février 1792 sur les passeports) notamment pour lutter contre l'émigration royaliste.
Au : le contrôle des « classes dangereuses » Après la Révolution française, l'édit d' libère du servage tous les Prussiens qui y étaient encore asservis, permettant une grande liberté de circulation. Mais, une semaine avant de déclarer la guerre à Napoléon, Frédéric-Guillaume III promulgue une nouvelle loi, le , imposant un régime strict des passeports, qui, selon l'historien John Torpey, donne « aux mesures prises par la France révolutionnaire une allure désordonnée et improvisée ». Ces dispositions sont abrogées après le Congrès de Vienne par la loi du . Celle-ci oblige toutefois toute personne voulant sortir de Prusse à présenter un passeport. Ces mesures restreignant l'émigration perdurent jusqu'au moins le milieu du . En 1820, le gouvernement prussien décide de punir de prison ceux qui incitent à l'émigration. À l'intérieur du pays, les voyageurs n'ont pas besoin de passeport mais doivent pouvoir certifier leur identité face à la police. À cette fin, le Ministère de la Police délivre sur demande des « cartes d'identité » (Legitimationskarte).
Le , un « Traité des laissez-passer » est signé entre « tous les États allemands », sauf les Pays-Bas, le Danemark, le Hesse-Hombourg et le Liechtenstein, qui adoucit les formalités nécessaires. Les laissez-passer sont uniformisés, tandis que le visa obligatoire est supprimé. Toutefois, ces laissez-passer ne sont accordés qu'aux personnes « dignes de confiance » et suffisamment riches pour pouvoir subvenir à leurs besoins. Les domestiques, les apprentis itinérants ou autres personnes en quête d'emploi n'y ont pas le droit. Les formalités visent ainsi principalement les « classes dangereuses ». Pour les autres, progressivement, les formalités sont allégées, le visa étant supprimé par la Suisse en 1862. En 1865, un traité abolissant la nécessité des passeports, mais conservant celle de pouvoir certifier son identité, est signé entre la Saxe, la Bavière, le Hanovre et le Wurtemberg. La Prusse, qui refuse de signer ce traité, pourtant ouvert à « tous les États de la Confédération allemande », négocie sous l'égide de Bismarck une nouvelle loi, en 1867, s'appliquant à la confédération de l'Allemagne du Nord, qui supprime les formalités de passeport et les visas pour les sujets de la Confédération ainsi que pour les étrangers, et qui interdit les « cartes de résidence » (Aufenthaltstkarten) sur le territoire de la Confédération. Les autorités conservent toutefois le droit de vérifier l'identité des voyageurs. Mais la loi de 1867, débattue en septembre au Reichstag, se distingue surtout du traité de 1865 en éliminant les restrictions visant les classes populaires.
Toutefois, la loi de 1867 permet aussi le rétablissement du contrôle des passeports pour des raisons liées à l'ordre public, ce qui est fait dès 1878, afin de mieux contrôler le mouvement socialiste naissant. En 1879, l'Empire allemand impose des formalités de passeport aux migrants venant de Russie. sont déportés hors de Prusse à partir de 1885. Les passeports deviennent obligatoires à partir de 1894 pour les étrangers venant en Allemagne, tandis que les ouvriers étrangers se voient imposer en 1908 une carte d'identité (Legitimationswang). L'Agence des ouvriers agricoles allemands (Deutsche Feldarbeiterzentrale), fondée en 1905, est chargée de les contrôler.
De la « Belle époque » à l'entre-deux-guerres Les formalités de passeport sont progressivement allégées, sans disparaître complètement, à la fin du , à la faveur du régime du laissez-faire. Les diverses lois ne sont plus guère appliquées, sauf en ce qui concerne le contrôle des ouvriers étrangers (que ce soit dans l'Empire allemand, ou en France, avec le décret du et la loi du ). L'Italie promulgue en 1901 une loi qui oblige les émigrants italiens à se munir de passeport. Plutôt qu'empêcher l'émigration, considérée comme un facteur de sûreté, cette loi vise plutôt à s'assurer que ceux qui immigrent aux États-Unis ne soient pas rejetés par ces derniers, qui ont imposé un certain nombre de contrôles dès la fin du .
Dès , tous les États rétablissent des formalités strictes qui perdurent tout au long de la Première Guerre mondiale, et qui sont rendues permanentes par la suite. Celles-ci ont à la fois pour objectif de surveiller les étrangers et d'empêcher les nationaux d'échapper à la conscription.
Le Royaume-Uni promulgue d'abord lAliens Act de 1905, qui rétablit les formalités de l'Aliens Restriction Act de 1836, qui n'étaient plus guère appliquées : tout étranger entrant sur le territoire national doit donc présenter au douanier « tout passeport en sa possession », et, le cas échéant, faire la preuve de sa nationalité britannique (et donc se munir aussi d'un titre d'identité attestant de sa qualité de sujet britannique). La loi de 1905 est combattue, sans succès, par les libéraux de Manchester. En , Londres promulgue de façon simultanée le British Nationality Act et le Status of Aliens Act. Ces contrôles et restrictions, à l'origine temporaires, sont rendus permanents par lAliens Order de 1920. Celui-ci rend quasi-obligatoire le port d'un passeport à tout citoyen britannique désirant retourner au pays.
vignette|Couverture d'un passeport Nansen, mis en place pour les réfugiés et les apatrides. De même, dès le début de la guerre, la France rétablit les formalités de contrôle des passeports, tombés en désuétude (sauf pendant la Commune de 1871). En , deux décrets promulgués par le gouvernement Clemenceau imposent aux étrangers le port d'une carte d'identité.
L'Empire allemand contrôle dès le ceux qui entrent sur le territoire, avant d'étendre cette mesure à ceux qui en sortent.
Par le décret du , l'Italie interdit à tous ses nationaux en âge d'effectuer leur service militaire d'émigrer. Les formalités de passeport pour les candidats à l'émigration sont renforcées en . L'année suivante, le décret du suspend complètement l'émission de passeports pour les voyages à l'étranger, et le passeport interne, évoqué dans la loi sur la sécurité publique de 1889, est rétabli. L'Italie, qui avait jusque-là permis aux étrangers d'entrer sur le territoire national sans contrôle, effectue un virage spectaculaire à la faveur de la guerre.
De provisoires, ces dispositions sont rendues permanentes aux lendemains de la guerre. L'Allemagne les entérine par un arrêté de , le Royaume-Uni par lAliens Order de 1920. Les Italiens obligent les émigrants à posséder un passeport (décret de ), disposition qui vise plutôt à protéger les migrants contre les mesures de contrôle adoptées par les États-Unis et autres États accueillant la main-d'œuvre italienne.
Les États-Unis, qui avaient obligé, par l'arrêté du , les immigrants à se faire viser le passeport par des fonctionnaires américains avant leur départ, entérinent cette disposition par une loi le . Une nouvelle loi, en 1919, étend ces dispositions au temps de paix. Les quotas d'immigration (loi de 1921, loi Johnson-Reed de 1924, etc.) imposent aux migrants de justifier de leur nationalité, et donc d'obtenir un passeport ou certificat d'identité. La loi de 1924 oblige aussi à ceux-ci de se faire viser le passeport avant leur départ. Enfin, Washington crée en 1924 la police fédérale des frontières (Border Patrol).
En 1922, l'Office international Nansen pour les réfugiés, qui dépend de la Société des Nations, met en place le passeport Nansen pour les réfugiés russes, devenus apatrides par le décret soviétique du , le nouveau système international des passeports rendant sinon impossible leurs déplacements. Ce système est étendu aux Arméniens qui fuient le génocide en , puis, en 1933, aux Assyriens et minorités fuyant l'ex-Empire ottoman.