vignette|120px|right|L’orange était la couleur arborée par ses partisans.
La révolution orange (en , Pomarantchéva révolioutsiya) est une série de manifestations politiques ayant eu lieu en Ukraine à la suite de la proclamation le du résultat du deuxième tour de l'élection présidentielle. De nombreux Ukrainiens perçoivent ce résultat comme truqué par le gouvernement de Viktor Ianoukovytch et par le puissant clan de Donetsk, dont l'oligarque Rinat Akhmetov. Certains sont également outrés par l'appui médiatique, politique et logistique de Vladimir Poutine et du gouvernement russe à Ianoukovytch, et c'est pourquoi ces évènements sont comptés parmi les conflits post-soviétiques.
Organisées par le candidat malheureux à la présidence, Viktor Iouchtchenko et son alliée Ioulia Tymochenko, les protestations prennent rapidement de l'ampleur. Elles sont financées par des opposants au clan de Donetsk, dont certains possèdent des fortunes considérables. La révolution bénéficie du soutien de nombreux gouvernements occidentaux, dont celui des États-Unis« La Révolution orange en tant que phénomène géopolitique », Hérodote, 2008, pp.66-99 et de financements d'organisations américaines« Les dessous de la révolution Orange », L'Express, 13 juin 2005. Il s'agit notamment de la Fondation Soros et de la Freedom House, une ONG dont les fonds proviennent majoritairement du département d'État des États-Unis., elle mobilise plus d'un demi-million de manifestants à Kiev et à travers le pays pendant une quinzaine de jours.
Le résultat immédiat de la révolution orange est l'annulation par la Cour suprême du scrutin et l'organisation d'un nouveau vote le , qui voit la victoire de Viktor Iouchtchenko, qui réunit 52 % des voix contre 44 % pour son rival Viktor Ianoukovytch. Les observateurs de l'OSCE estiment que ce nouveau vote s'est déroulé dans de bien meilleures conditions que les deux précédents. D'un point de vue géopolitique, la révolution orange marque un rapprochement de l'Ukraine avec l'OTANPrésentation de l'Ukraine par le ministère des Affaires étrangères français et avec l'Union européenne.
2004-2005 : la révolution Contexte À travers la révolution orange, et après la révolution des Roses en Géorgie (), c'est la lutte d'influence que se livrent en sourdine Moscou et Washington dans la zone qui transparaît« La Russie cherche à contenir les avancées américaines dans l'ex-URSS », Le Monde, ..
Le caractère spontané du mouvement est remis en question par la Russie et plusieurs titres de presse d'horizons divers, qui soulignent que la révolution orange a bénéficié d'aides extérieures et notamment de soutiens financiers de milieux proches des intérêts de gouvernement américain ou opposants au régime de Vladimir Poutine : par exemple, le candidat Iouchtchenko aurait, selon une information d'Associated Press reprise dans un article du Monde Diplomatique, bénéficié de 65 millions de dollars de la part de l'administration Bush« Les multiples pièces de l’échiquier ukrainien », Le Monde diplomatique, janvier 2005. Les experts du Kremlin liés au régime de Vladimir Poutine propagent alors l'idée selon laquelle cette révolution serait liée à un dispositif dit de « double endiguement »« Le tsar se rebiffe », Alexandre Del Valle, Le Spectacle du Monde n°524, juin 2006.
Historique
Le résultat du second tour de l'élection présidentielle et le début de la révolution orange À la suite du premier tour, où aucun candidat n'a atteint les 50 % de votes nécessaires pour une victoire au premier tour, un second tour est organisé le . Les sondages de sortie des urnes indiquaient une avance de 11 points pour Iouchtchenko. Des observateurs étrangers, comme l'OCDE, ont rapporté des irrégularités et des allégations de fraude électorale furent avancées. Iouchtchenko et ses partisans ont refusé les résultats officiels. Ils ont alors organisé des rassemblements de protestation à travers le pays et ont incité à une grève générale. Plusieurs municipalités, dont celles de Kiev et de Lviv, ont annoncé qu'elles n'acceptaient pas la présidence de Ianoukovytch.
Le , une manifestation pacifique rassemblant environ un demi-million de défenseurs de Iouchtchenko a eu lieu sur la place de l'Indépendance à Kiev, devant le siège du parlement ukrainien, la Verkhovna Rada.
Les manifestants arboraient des drapeaux de couleur orange, symbole principal du mouvement. De nombreuses banderoles orange portant le slogan Tak! Iouchtchenko! (tak signifie « oui » en ukrainien) figuraient dans les cortèges. À l'intérieur de la Verkhovna Rada, Iouchtchenko a prêté symboliquement serment comme « président », devant les défenseurs du parlement.
Les gouvernements occidentaux, malgré la ferme opposition russe de Vladimir Poutine, ont soutenu qu'il y avait irrégularité des élections, tandis que Poutine et le président biélorusse Loukachenko ont été les seuls à reconnaître l'élection de Ianoukovytch et à le féliciter, avant même qu'elle ne soit proclamée par la commission électorale ukrainienne.
Nouveau second tour et la victoire de Viktor Iouchtchenko Après des négociations difficiles, les deux partis, aidés par l'Union européenne, en particulier par la diplomatie polonaise et le président polonais Aleksander Kwaśniewski, sont convenus de tenir de nouveau le second tour le . La constitution ukrainienne a également été modifiée par la Rada dans un sens plus parlementaire.
La presse internationale a qualifié ce mouvement de « révolution orange » (qui était la couleur du parti du candidat) et a souligné la quasi-absence d'incidents violents, ainsi que la prise de conscience politique des Ukrainiens. En 2001, un mouvement de protestation contre le président Koutchma avait dégénéré en affrontements avec la police.
Viktor Iouchtchenko fut crédité de 51,99 %, contre 44,19 % pour son rival, Viktor Ianoukovytch. Ce dernier a, peu après, annoncé qu'il porterait plainte contre les nombreuses fraudes que les partisans de Viktor Iouchtchenko auraient commises. Les quatre plaintes qu'il a déposées ont été invalidées par la Cour suprême d'Ukraine.
Pendant ce temps, plusieurs citoyens ont porté plainte, individuellement, contre des fraudes dont ils ont été témoins. Les plaintes furent reçues par fax et le contenu de la plupart des plaintes était identique - seuls le nom et la signature différaient. Ces plaintes ont retardé la proclamation officielle de la victoire de Viktor Iouchtchenko.
vignette|redresse=0.8|Leonid Koutchma.
Le , des partisans de Iouchtchenko ont, à sa demande, bloqué l'accès au siège du gouvernement afin d'empêcher la tenue d'un conseil des ministres. Selon Iouchtchenko, le gouvernement n'avait plus le droit de réunion, puisqu'il fut dissous par le parlement à la suite de fraudes lors du second tour. Cependant, vis-à-vis de la loi ukrainienne, cette dissolution doit être approuvée par le président ukrainien, Leonid Koutchma, ce qui n'a pas été le cas. À la suite du dépouillement des bulletins de vote du second tour, Leonid Koutchma a déclaré que le perdant devait annoncer sa défaite.
Le , Viktor Ianoukovytch a finalement démissionné de son poste de Premier ministre sans toutefois reconnaître sa défaite. Il annonça qu'il utiliserait tous les moyens légaux pour faire invalider ce second tour. Le , la Cour suprême ukrainienne a rejeté la plainte de Viktor Ianoukovytch et annoncé que cette décision était sans appel ; de ce fait, Viktor Iouchtchenko fut déclaré vainqueur de l'élection présidentielle.
Le , Viktor Iouchtchenko a prêté serment et a été investi comme président de l'Ukraine, ce qui était le principal objectif de la révolution orange.
Controverses Le financement de la révolution orange La logistique de cette manifestation semble avoir été largement prévue par les organisations Pora et Znayu, qui ont des liens avérés avec le mouvement Otpor qui avait réussi à faire chuter l'ex-président serbe Slobodan Milošević en et s'était déjà impliqué dans la révolution des Roses géorgienne de , ainsi que dans les tentatives de renversement du régime biélorusse de 2001 et 2004.
Ces organisations seraient elles-mêmes alimentées par des organisations occidentales, telles le Konrad Adenauer Institut, proche de la CDU, l'Open Society Institute de George Soros, le National Democratic Institute for International Affairs, proche du parti démocrate américain et la Freedom House, proche du gouvernement américainJean-Christophe Victor (dir.), Les Dessous des cartes - Atlas géopolitique, éd. Tallandier, 2005, .. Selon le journal britannique The Guardian, le gouvernement des États-Unis a dépensé 14 millions de dollars pour organiser la révolution orange, et plusieurs autres organisations américaines, notamment le parti démocrate et le parti républicain, y ont contribué US campaign behind the turmoil in Kiev, The Guardian, 26 novembre 2004..
L'origine de ces fonds a été pointée du doigt par l'ex-pouvoir ukrainien, le gouvernement russe ainsi que des groupes occidentaux d'extrême gauche, qui ont accusé le gouvernement américain d'avoir organisé une manipulation de la population ukrainienne pour étendre leur zone d'influence.
Le milliardaire israélo-russe Boris Abramovitch Berezovsky a affirmé qu'il n'envoyait pas d'argent aux partis (ce que la loi ukrainienne interdit) mais . Il affirme avoir transmis l'argent sur les comptes de proches du président Viktor Iouchtchenko qui ont, eux, nié ce financement« Après avoir soutenu la "révolution orange", Berezovski veut être remboursé », Le Monde, ..
Depuis 1991, les États-Unis financent des groupes politiques pro-européens en Ukraine par l'intermédiaire d'ONG comme la Fondation Carnegie U.S. Spent $65M To Aid Ukrainian Groups, Fox News, 10 décembre 2004.. La diplomate américaine Victoria Nuland, représentante du Bureau des Affaires Européennes et Eurasiennes à Washington, indique que ce financement a dépassé 5 milliards de dollars depuis 1991 Remarks at the U.S.-Ukraine Foundation Conference, Département d'État des États-Unis, notice de Victoria Nuland, Assistant Secretary, Bureau of European and Eurasian Affairs (Washington, D.C.), 13 décembre 2013.<ref name="Guardian"> Ukraine crisis is about Great Power oil, gas pipeline rivalry, The Guardian, 6 mars 2014.</ref>.
En , Madeleine Albright, à la tête du National Democratic Institute, finance à hauteur de 65 millions de dollars signé par le gouvernement américain pour le renversement du président, Leonid Koutchma. L'Ukraine vit à l'heure du mouvement Pora. Pendant un mois, des milliers de tentes s'installent dans le centre-ville. Kiev est paralysé. Viktor Iouchtchenko est démocratiquement élu lors d'une nouvelle élection présidentielleLes Américains ébranlent l'empire russe, Le Point, 31 mars 2005..
Marque déposée Le slogan Tak! Iouchtchenko (« Oui ! Iouchtchenko ») est une marque déposée, qui est actuellement au bénéfice exclusif du fils du président Iouchtchenko, Andriy Iouchtchenko.
2005-2010 : la politique ukrainienne sous Viktor Iouchtchenko vignette|redresse=0.9|Viktor Iouchtchenko perd rapidement en popularité après son élection et ses années de présidence sont controversées. Pour la majorité des Ukrainiens comme pour les observateurs internationaux, l'arrivée au pouvoir de Iouchtchenko symbolisait un nouveau départ pour l'Ukraine. Viktor Iouchtchenko prônait notamment l'importance d'une meilleure démocratie et d'un rapprochement vers l'Union européenne, rompant avec le régime « post-communiste » du président Leonid Koutchma (1994-2005) caractérisé par le manque de libéralisme, la censure de la presse, la partialité de la justice, la collusion entre la sphère politique et la sphère économique, et des soupçons d'intimidation envers l'opposition, notamment avec l'affaire d'empoisonnement de Viktor Iouchtchenko au cours de l'année 2004.