L'organisation en quatorze régions de la Rome augustéenne (en latin : ou ) est une division administrative de la ville de Rome antique entreprise par Auguste. Elle remplace la division en quatre régions ou quartiers traditionnellement attribuée à Servius Tullius, sixième roi de Rome. Les régions augustéennes sont par la suite divisées en quartiers (vici). À l'origine, les régions sont désignées par leur numéro mais elles acquièrent progressivement des surnoms dérivés des principaux monuments ou éléments topographiques qu'elles contiennent. La réorganisation entreprise par Auguste reste fonctionnelle jusqu'au où elle est remplacée par une division en sept paroisses.
Nouvelle division administrative En 7 , 1, 7, Auguste entreprend une réforme de l'administration municipale de Rome. Une des mesures substitue à la division en quatre régions ( ou ), dont la création est traditionnellement attribuée à Servius Tullius, une nouvelle division de la ville en quatorze régions administratives, plus adaptée à une ville qui a fortement évolué démographiquement et dont les limites des quartiers résidentiels dépassent largement celles de l'antique Mur Servien. En abandonnant les anciennes divisions basées sur les quatre tribus urbaines instituées par Servius Tullius, Auguste souhaite donner de l'importance aux vici, structures déjà existantes mais administrativement sous-exploitées, et les répartit dans les nouvelles régions, circonscriptions plus vastes. La ville de Rome devient alors souvent désignée par l ou l.
L'objectif d'Auguste ne se limite pas à une simple et nécessaire réorganisation administrative. La nouvelle répartition des vici, structures sur lesquelles ont pu s'appuyer les meneurs de séditions tel Clodius, permet à l'empereur d'établir une sorte de « contrôle social » sur la plèbe urbaine. En effet, les magistrats subalternes placés à leur tête, en théorie choisis par les habitants de chaque quartier, sont loyaux à l'empereur et responsables de la célébration de deux cultes attachés à la personne de l'empereur, ceux des Lares d'Auguste (Lares Augusti) et de son genius.
Les régions À l'origine, les régions (regiones urbi) ne sont désignées que par leur numéroPline l'Ancien, Histoire naturelle, , 66‑67.Histoire Auguste, Vie d'Antonin Héliogabale, 20., 1, mais les noms qui nous ont été transmis par les catalogues des Régionnaires du deviennent un usage courant, peut-être dès la fin du . Le fait que les noms de certaines régions soient peu éloquents (par exemple la regio I baptisée simplement Porta Capena ou la regio IX nommée Circus Flaminius alors qu'elle comprend l'ensemble du Champ de Mars) semble indiquer qu'il s'agit de noms usuels et non officiels. Leurs limites dépassent celles du pomerium et intègrent les pagi périphériques afin d'étendre la compétence des différents magistrats municipaux à tout le tissu urbain romain (continentia aedificia). La somme des superficies de toutes les régions atteint lors de leur création.
À la tête de chaque regio est placé un magistrat annuel, tiré au sort parmi les préteurs, tribuns de la plèbe et édiles élus pour l'année. Il dispose d'une autorité administrative et religieuse comprenant le contrôle des nouvelles constructions et la réalisation des sacrifices aux dieux. Lors des cérémonies, ils sont accompagnés par des lictores populares denuntiatores. Toutefois, étant donné que ce magistrat administre la région en plus de sa tâche normale, la plupart du temps, il ne s'investit pas suffisamment dans les affaires de la région considérant sa charge municipale comme une charge purement honorifique. Afin de remédier à ce problème, au début du , les chefs de régions sont remplacés par des curateurs (curatores) recrutés parmi les affranchis. Ces curateurs disposent de moins de pouvoir que les magistrats précédents, une partie des missions passant sous la responsabilité du préfet des vigiles.
Les quartiers Chaque région est divisée en , quartiers ou ensembles de rues, administrés par des magistrats créés pour l'occasion, les ou vicomagistri, élus par les habitants. D'abord au nombre de quatre par , leur nombre passe plus tard à quarante-huit par région, indépendamment du nombre de qu'elle contient. Ils assistent le magistrat annuel puis les deux placés à la tête de chaque région.
Tout comme les magistrats chargés d'une région, qui sont leurs supérieurs et exercent un contrôle sur eux, les vicomagistri ont à la fois une fonction administrative et religieuse. Ils sont assistés par des ministri dans leurs tâches. Toutefois, il semble que bien souvent le côté religieux ait pris le pas sur l'administration et toutes les inscriptions qui nous sont parvenus concernent des vicomagistri traitant des affaires religieuses. Ils doivent ainsi veiller à l'entretien des chapelles, à la célébration de certaines fêtes religieuses dédiées aux dieux Lares des rues ou des carrefours ou au Génie de l'empereur. Ils peuvent être chargés de la présidence de cérémonies ou de fêtes religieuses de quartier comme les Compitalia. Ils possèdent par ailleurs quelques attributions relatives à la paix publique qui se traduisent par une collaboration avec le préfet des vigiles et des missions de maintien de l'ordre. Enfin, ils contrôlent le commerce local et représentent leur quartier auprès des autorités.
Détermination du tracé des régions La détermination des contours exacts des régions issues de la division augustéenne est malaisée étant donné qu'ils ne figurent sur aucun des plans antiques qui nous sont parvenus. Les auteurs antiques qui mentionnent la réforme administrative d'Auguste ne sont pas assez précis pour combler totalement cette lacune. Les historiens et archéologues modernes peuvent néanmoins s'appuyer sur différents types de documents, des textes anciens aux résultats des dernières fouilles archéologiques.
Évolution des limites de la ville
La reconstitution du tracé des régions se base tout d'abord sur la connaissance des limites de la ville de Rome sous la République, limites qui dépendent du pomerium et du tracé de l'enceinte servienne. La ville à proprement dite est donc à cette époque entièrement située sur la rive gauche du Tibre. Son périmètre est évalué à et sa superficie à environ .
Sous l'Empire, une forte croissance démographique a entrainé l'extension rapide de l'habitat en dehors du périmètre républicain. Le tracé du mur défensif construit à l'instigation de l'empereur Aurélien constitue un bon repère pour les historiens car il est connu exactement étant donné qu'il est encore aujourd'hui en grande partie bien conservé. Néanmoins, ce tracé ne correspond pas aux limites de la ville sous l'Empire, certainement parce qu'il n'est pas possible à l'époque de protéger efficacement toute la ville, trop étendue. Le tracé a donc été réfléchi afin de protéger les zones les plus importantes. Le périmètre de l'enceinte, de , est donc inférieur au périmètre de la Rome impériale évalué à près de , pour une superficie d'environ . Par conséquent, certaines régions s'étendent à l'extérieur du mur et leurs superficies peuvent être sous-évaluées. Ce serait le cas pour les regiones IX, VII et VI au nord et pour les regiones V et I au sud. Mais la région qui dépasse le plus de cette enceinte est la regio XIV. Seule une partie de la zone comprise entre le Tibre et les pentes du Janicule est incluse dans l'enceinte. La majeure partie de cette région, qui comprend la colline du Janicule et la plaine vaticane, se trouve à l'extérieur.
Les Régionnaires
Ces catalogues précisent le nombre des édifices par type, le nombre de vici, les monuments remarquables, ainsi que le nombre de vicomagistri et de curatores pour chaque région. Ils permettent d'appréhender leur délimitation au Notitia Regionum Urbis XIV du Chronographe de 354 . Malgré toutes ces précisions qui laissent penser qu'il a pu s'agir de documents administratifs utilisés par la préfecture urbaine, les catalogues semblent trop lacunaires et les relevés manquent trop de rigueur pour être considérés comme tels.
Description des régions Regio I : Porte Capène La première région dans la classification des Régionnaires tire son nom d'une des portes du Mur Servien, la Porte Capène, qui marque l'arrivée dans Rome de la Voie Appienne. La région s'étire d'abord le long de la vallée entre le Mont Palatin et le Caelius de la fontaine Meta Sudans, où convergent les limites des regiones I, II, III, IV et X, à la Porte Capène. Puis elle suit la vallée au sud du mont Caelius jusqu'au mur d'Aurélien entre la Porte Appia et la Porte Metronia. Elle est bordée au nord par les regiones III et IV, à l'ouest par les regiones X et XIII, au sud par la regio XII et à l'est par la regio II. La région adopte une forme beaucoup plus irrégulière que les autres régions. Il est possible que la dépression comprise entre le Palatin et le Caelius ne fasse pas partie de la regio I mais plutôt d'une des deux régions limitrophes, la regio II à l'est ou la regio X à l'ouest.
Selon les RégionnairesSauf information contraire, les informations données pour chaque région proviennent des catalogues régionnaires Notitia et Curiosum (lire en ligne)., la regio I a un périmètre de , soit , bien qu'il soit évalué à par les historiens modernes. La superficie de la région est estimée à , si on considère qu'elle s'étend au-delà du mur d'Aurélien, jusqu'à la rivière Almo.
Au , la région est divisée en dix vici gérés par deux curatores et 48 vicomagistri. Elle contient et . Les habitants disposent de , , , et .
+ Édifices remarquables signalés dans la Notitia Regionum Urbis XIVNotitia et Curiosum, Regio I Porta Capena Notitia du Chronographe de 354 Traduction Plan Aedem Honoris et Virtutis Temple de l'Honneur et de la Vertu. Délimitation de la dans la Rome antique. Camenas et lacum Promethei Fontaine dédiée aux Muses et bassin de Prométhée. Balineum Torquati et Vespasiani Bains de Torquatus et de Vespasien. Thermas Severianus et Commodianas Thermes de Commode. Aream Apollonis et Splenis et Calles Aire sacrée d'Apollon, Splenis et Calles. Vicum vitrarium aream pannariam Quartier avec commerces en lien avec la fabrication de vêtements. Mutatorium Caesaris • aream carruces Endroit où sont entreposés les transports et chariots impériaux et place publique où sont laissés les chariots privés dont la circulation est interdite dans Rome. Balineum Bolani et Mamertini • Balineum Abascanti et Antiochiani Bains de Sextus Petronius Mamertinus, préfet du prétoire entre 139 et 143 , et de Titus Flavius Abascantus, affranchi de Domitien. Aedem Martis et Minervae et Tempestatis Temple de Mars, de Minerve et Tempestatis. Arcum divi Veri Partici et divi Traiani et Drusi Arc de Lucius Verus, arc de Trajan et arc de Drusus. Flumen Almonis Rivière Almo.
Regio II : Mont Caelius Cette deuxième région suit les contours de la colline du Caelius dont elle tire son nom, comprenant les deux sommets de la colline, le Caelius maior et le Caelius minor (ou Caeliolius). Elle s'étend du temple du Divin Claude jusqu'au mur d'Aurélien, comprise entre la via Latina et la via Tuscolana. La région est limitrophe, au nord, des regiones III et V, et au sud et sud-ouest, de la regio I.
Selon les Régionnaires, la regio II a un périmètre de , soit , bien qu'il soit évalué à par les historiens modernes. La superficie de la région est estimée à .
Au , la région est divisée en sept vici gérés par deux curatores et 48 vicomagistri. Elle contient et . Les habitants disposent de , , , et .
+ Édifices remarquables signalés dans la Notitia Regionum Urbis XIVNotitia et Curiosum, Regio II Caelimontium Notitia du Chronographe de 354 Traduction Plan Templum Claudii Temple du Divin Claude. Délimitation de la dans la Rome antique. Macellum magnum Marché de Néron. Lupanarios Établissements offrant le service de prostituées. Antrum Cyclopis Grotte des Cyclopes. Cohortem V vigilum Caserne de la cohorte de vigiles couvrant les regiones I et II.