Marcel Conche, né le à Altillac et mort le à TreffortRelevé des fichiers de l'InseeLe philosophe français Marcel Conche, 99 ans, est mort., Le Point, 28 février 2022.., est un philosophe, spécialiste de métaphysique et de philosophie antique.

Biographie Origines et études Marcel Conche est le fils de Romain Conche, modeste cultivateur corrézien, propriétaire de quatre hectares et employé dans une poudrerie Davey Bickford pendant la Seconde Guerre mondiale à Clermont-Ferrand., et de Marcelle Farges, décédée peu après l'accouchement (Alice Farges, sa tante maternelle, fut la seconde épouse de son père)Marcel Conche, Épicure en Corrèze, Folio, Paris, 2016, p. 27..

Il commence sa scolarité au cours complémentaire de Beaulieu-sur-Dordogne et aurait dû la poursuivre à l'École normale primaire de Tulle, mais les ENP ayant été supprimées par le gouvernement de Pétain, il étudie au lycée Edmond-Perrier de Tulle comme élève-maître (1940-1943).

Il étudie ensuite au Centre de formation professionnelle de Limoges (1943-1944) puis à la faculté des lettres de Paris où Gaston Bachelard est l'un de ses professeurs. Il obtient successivement la licence en philosophie (1946) et le diplôme d'études supérieures de philosophie (1947).

Carrière Admis au rang à l'agrégation de philosophie, en 1950, il enseigne aux lycées de Cherbourg (1950-1952), Évreux (1952-1958) et Versailles (1958-1963), devient assistant, maître-assistant de philosophie à la faculté des lettres de Lille.

Docteur ès Lettres, il est maître-assistant (1969-1978) et enfin professeur (1978-1988) à l'université Paris I où il dirige à La Sorbonne l'unité de formation et de recherche (UFR) de philosophie, préalablement unité d'enseignement et de recherche (UER), 17 rue de la Sorbonne (Paris V)UFR de philosophie... Depuis 1988, il y était professeur émériteVoir Anaximandre, Fragments et témoignages, texte grec, traduction, introduction et commentaire par Marcel Conche, PUF, 1991..

Œuvre Métaphysique Agrégé de philosophie et docteur ès lettres, Marcel Conche a produit une œuvre abondante et variée, qui traite de nombreuses questions de métaphysique. Dans ses premiers ouvrages, il a développé une métaphysique générale et vaste, avec des études sur la mort (La Mort et la Pensée, 1975), le temps et le destin (Temps et destin, 1980), Dieu, la religion (Nietzsche et le bouddhisme) et les croyances, la nature, le hasard (L'Aléatoire, 1989), la liberté enfin.

Dès son plus jeune âge, la notion de Dieu perdit toute espèce de consistance aux yeux de Marcel Conche :

Bien qu'élevé dans le christianisme, Conche a très tôt rejeté l'explication théologique du monde. Sa philosophie ne conçoit pas l'existence de Dieu ; en cela, il est philosophe athée"Depuis, la notion de Dieu a totalement disparu de mon paysage intellectuel. Je suis certain qu'aucune réalité ne correspond au mot "dieu". Que les croyants en Dieu et moi fassions partie de la même humanité est, pour moi, difficile à penser." Marcel Conche, Épicure en Corrèze, Paris, Folio, 2016, p. 119.. Néanmoins, si la philosophie se coupe par essence de la théologie, elle ne doit pas se constituer en science ni prétendre vouloir le faire.

Conche soutient (en prenant pour base son expérience personnelle) que le questionnement philosophique naît : C'est pourquoi il s'est toujours senti proche de la philosophie grecque qui commence avec Anaximandre, .

Selon Conche, les grands penseurs modernes (Descartes, Kant, Hegel) ne sont pas des philosophes authentiques car ils ont voulu utiliser . Ils n'ont par ailleurs pas compris ce qu'est la philosophie comme métaphysique puisqu’ils ont tenté d'en faire une science, ce qui apparaît à Conche comme une erreur fondamentale :

Le vrai philosophe de l'époque moderne serait Montaigne (Montaigne et la philosophie), car il a réussi, de l'avis de Conche, à écrire son œuvre indépendamment des croyances collectives de son époque (tout à la fin des Essais, Montaigne recommande non son âme, mais la vieillesse, non au dieu chrétien mais à Apollon).

Philosophie de la nature Dans son naturalisme, Conche soutient la phusis grecque, la nature au sens le plus englobant du terme :

Il retrouve sur ce point la pensée des présocratiques, avec lesquels il ne cesse de dialoguer sur le tout de la réalité (en particulier dans Présence de la nature, 2001) :

Soucieux du devenir de la planète, il se revendique « en faveur de ce que l'on appelle la décroissanceLe Soir, 4 décembre 2006. ».

Être et temps La pensée de Conche sur ce sujet a évolué au fil de sa vie et de ses lectures de philosophes grecs tels que Pyrrhon, Héraclite et Parménide.

Longtemps, Conche a été sensible au , donnant une interprétation neuve du pyrrhonisme : le scepticisme de Pyrrhon consiste à affirmer qu'on ne peut connaître le fond des choses (l'être) ; on ne peut être certain que de la façon dont elles nous apparaissent.

Conche a montré que cette distinction fondamentale entre être et apparence est dépassée chez Pyrrhon car, en définitive, il n'y a plus d'être ; tout apparaît en un éclair puis s'évanouit, intuition que l'on retrouve chez Montaigne : Cette métaphysique de l'être débouchait sur ce que Conche appelle un .

Cette première conception a évolué avec la prise de conscience d'une distinction entre , soit le temps de la nature et le temps dans lequel nous pensons. Le d'Héraclite apparait alors intemporel : « Mais en définitive, il m'est apparu que le « tout s'écoule » est éternel, que le devenir est éternel. Donc la nature est éternelle : c'est ce qu'avait dit Parménide. »

Histoire de la philosophie Ses travaux en histoire de la philosophie font autorité, par exemple ses éditions de Lucrèce ou d’Épicure. Il a consacré de nombreux commentaires, traductions, et études sur les auteurs de l’Antiquité, notamment Pyrrhon et surtout les présocratiques, à savoir Héraclite, Anaximandre et Parménide, ainsi que des auteurs asiatiques tels que Lao-Tseu (auteur du Tao Te King). Conche a également effectué des études critiques sur Hegel et Bergson. Il s'est fait le défenseur de Heidegger en refusant de voir en lui un nazi et a publié en 1996, aux Éditions de Mégare, un Heidegger résistant.

Morale et éthique Ses réflexions sur la morale s'articulent autour des thèmes suivants : fondement de la morale et distinction essentielle entre la morale et l'éthique. La morale traverse toute son œuvre, depuis Orientation philosophique (1974), et ses réflexions atteignent une densité particulièrement forte dans Le Fondement de la morale (1982).

Conche a résumé sa position sur la morale ainsi :

Marcel Conche se revendique également pacifiste (il a dénoncé le conflit engagé en 2003 par les États-Unis en Irak) :

Titres et distinctions Marcel Conche était membre correspondant de l'Académie d'Athènes et citoyen d'honneur de la ville grecque de Mégare.

Il est lauréat de l'Académie française avec le prix Langlois pour son édition d'Héraclite en 1987 et pour l'ensemble de son œuvre en 1996 avec le prix Moron. Il a reçu la médaille d'honneur de la Sorbonne en 1980.

Décorations , le Nomination à Chevalier de M. Conche (Marcel, Marie, Joseph), écrivain, professeur émérite des universités en philosophie ; 70 ans de services, dans: Education nationale, enseignement supérieur et recherche... , en 2013Arrêté du 17 janvier 2013 portant nomination dans l'ordre des Arts et des Lettres...

Publications Histoire de la philosophie Montaigne ou la conscience heureuse, Seghers, 1964, 1966, 1970 ; Mégare, 1992 ; PUF, 2002, 2007, 2011 Montaigne et la philosophie, Mégare, 1987, 1992 ; PUF, 1996, 1999, 2003, 2007, 2011 Préface et supplément « Plans des grands Essais », dans Michel de , Essais, PUF, coll. « Quadrige », 2004, supplément Lucrèce et l’expérience, Seghers, 1967 ; Mégare, 1981, 1990, 1996 ; Fides, coll. « Noésis », 2003 ; PUF, 2011 Pyrrhon ou l’apparence, Mégare, 1973 ; éd. remaniée et augmentée, PUF, 1994 (texte, traduction, introduction et notes Marcel ), Lettres et maximes, Mégare, 1977 ; PUF, 1987,1990, 1992, 1995, 1999, 2003, 2009 Octave (publication et notes Marcel ), Sur le De Fato, Mégare, 1978 (texte, traduction et commentaires Marcel ), Fragments, PUF, 1986, 1987, 1991, 1998, 2003, 2011 - Prix Langlois de l’Académie française en 1987 (traduction, introduction et commentaires Marcel ), Fragments et témoignages, PUF, 1991, 2004, 2009 (texte, traduction, présentation et commentaires Marcel ), Le poème : fragments, PUF, 1996, 1999, 2004, 2009. Heidegger résistant, Mégare, 1996. Héraclite, Fragments recomposés présentés dans un ordre rationnel, PUF, 2015.

Pensée orientale « Nietzsche et le bouddhisme », Cahiers du Collège international de philosophie, , ; Nietzsche et le bouddhisme, encre marine, La Versanne, 1997Recension par Fabrizio Frigerio, in: Revue de Théologie et de Philosophie, Lausanne, 1998, vol. 130, n. I, pp. 89-90., 2007, 2009. Traduit en italien (traduction et commentaires Marcel ), Tao te king, PUF, 2003, 2004, 2005, 2006, 2008, 2011. Commentaire traduit en chinois

Métaphysique Marcel Conche, "Athéisme et matérialisme", Raison présente, Année 1970, 16, pp. 19-31. Marcel Conche, "Athéisme et matérialisme (II)", Raison présente, Année 1971, 18, pp. 67-80. Orientation philosophique, Mégare, 1974 ; éd. remaniée et augmentée (préf. André Comte-Sponville), PUF, 1990, 1996 ; éd. revue et augmentée, Les Belles Lettres, coll. « Encre Marine », 2011. Traduit en russe et en portugais La Mort et la Pensée, Mégare, 1974, 1975 ; Cécile Defaut, 2007 Temps et destin, Mégare, 1980 ; éd. augmentée, PUF, 1992, 1999 L’Aléatoire, Mégare, 1989, 1990 ; éd., PUF, 1999 ; éd. augmentée, Les Belles Lettres, coll. « Encre Marine », 2012 Le Sens de la philosophie, encre marine, La Versanne, 1999 ; éd. revue et augmentée, 2003 Présence de la nature, PUF, 2001 ; éd. augmentée, PUF, coll. « Quadrige », 2011 Quelle philosophie pour demain ?, PUF, 2003 Philosopher à l’infini, PUF, 2005, 2006. Traduit en polonais et en anglais (à paraître, 2014, State University of New York Press). La Liberté, Les Belles Lettres, coll. « Encre Marine », 2011 Métaphysique, PUF, 2012

Éthique et philosophie morale Le Fondement de la morale, Mégare, 1982, 1990 ; PUF, 1993, 1999, 2003. Traduit en portugais Vivre et philosopher : réponses aux questions de Lucile Laveggi, PUF, 1992, 1993, 1998 ; Livre de Poche, 2011 Analyse de l’amour et autres sujets, PUF, 1997, 1998, 1999 ; Livre de Poche, 2011. Traduit en portugais « Entretien avec Sébastien Charles », dans Sébastien , La Philosophie française en questions : entretiens avec André Comte-Sponville, Marcel Conche, Luc Ferry, Gilles Lipovetsky, Michel Onfray, Clément Rosset, Livre de poche, 1999 Confession d’un philosophe : réponses à André Comte‑Sponville, Albin Michel, 2003 ; Livre de Poche, 2003. Traduit en espagnol La Voie certaine vers « Dieu » ou L’esprit de la religion, Les Cahiers de l’Égaré, 2008 Sur Épicure, Les Belles Lettres, coll. « Encre Marine », 2014 Sous le signe de la Nature : généalogie d’une pensée, entretien avec Frédéric Amauger, suivi de "Etudes et témoignages", sous la direction de Yannick Beaubatie, Tulle, Editions Mille Sources, 2015 Penser encore : sur Spinoza et autres sujets, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Encre Marine », 2016 Nouvelles pensées de métaphysique et de morale, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Encre Marine », 2017 Conversations avec Vauvenargues, Chamfort, La Bruyère et quelques autres..., Paris, Les Belles Lettres, coll. « Encre Marine », 128 p., 2018

Œuvre littéraire Ma vie antérieure, encre marine, 1997, et Le destin de solitude, encre marine, 1999 ; Ma vie antérieure & Le destin de solitude, encre marine, La Versanne, 2003 Essais sur Homère, PUF, 1999 ; PUF, coll. « Quadrige », 2003, 2014 De l’amour : pensées trouvées dans un vieux cahier de dessin, Les Cahiers de l’Égaré, 2003 ; Cécile Defaut, 2008 Heidegger par gros temps, Les Cahiers de l’Égaré, 2004