vignette|redresse=1.4|Schéma classique du commerce triangulaire entre l'Europe, l'Afrique et les Amériques.

Le commerce triangulaire désigne le commerce maritime reliant l'Europe, l'Afrique et l'Amérique, entre le et siècle, et reposant sur l’exportation de marchandises européennes vers l’Afrique, la déportation de captifs africains vers les colonies d'Amérique et l’importation de produits des Amériques vers l’Europe.

Depuis les ports négriers d'Europe, des navires chargés de biens manufacturés (« pacotille ») se rendaient sur les côtes africaines acquérir des captifs. Ceux-ci étaient ensuite transportés dans les colonies d'Amérique, où ils étaient échangés contre les matières premières produites dans les plantations esclavagistes (sucre, café, cacao, coton, tabac). Enfin, ces denrées coloniales étaient à leur tour revendues dans les ports européens.

Traite occidentale vignette|Évolution du nombre d’esclaves embarqués sur les navires négriers européens de 1500 à 1870.. La traite occidentale, ou traite atlantique, regroupe à la fois le « commerce triangulaire » (circuit Europe-Afrique-Amérique) et la « traite en droiture » (allers-retours Afrique-Amérique, sans passer par l'Europe). Au total, cette « traite négrière » organisée par les Européens est responsable de la déportation d'au moins d'individus sur quatre siècles.

Traite en droiture gauche|vignette|Le navire négrier américain La Amistad à New York, le 26 août 1839. Grâce à l’exploration des archives portugaises et hollandaises, les recherches attribuent à la « traite en droiture » ou « traite de l'Atlantique sud » (liaison directe Afrique-Amériques, sans passer par les ports d'Europe), 45 % du total des esclaves africains déportés vers les colonies européennes (soit environ cinq millions d’individus). Cela explique aussi pourquoi Rio de Janeiro est le premier port négrier de la traite occidentale, devant Liverpool et Nantes, exclusivement tournés vers le commerce triangulaire de l'édition électronique..

De plus, la traite en droiture domine largement la première période de la traite occidentale (), et à nouveau au , du fait des abolitions en Europe. Le trafic d'esclaves devenu illégal se fait ensuite principalement en droiture entre l'Afrique et l'Amérique du Sud. Enfin, l'abolition complète de l'esclavage (Royaume-Uni en 1838, France en 1848, États-Unis en 1865, Brésil en 1888) met un terme définitif à la traite négrière occidentaleHistoriographie et usages publics de l’esclavage au Brésil, openedition Revue d'histoire du 19ème siècle], 2015. L'engagisme est alors relancé pour satisfaire la demande de main-d’œuvre des plantations coloniales..

Commerce triangulaire vignette|Plan de « stockage » du navire négrier anglais Brookes.

Contrairement à la traite en droiture, le commerce triangulaire, qui fut le plus pratiqué par la France et le Royaume-Uni, est très concentré dans le temps : il prend de l'ampleur au , en particulier à partir de 1705, puis chute au début du , avec le développement du mouvement abolitionniste en Europe et l'interdiction de la traite (mais pas encore de l'esclavage)Traite des esclaves, un.org, consulté le 21 septembre 2025.

Déroulement du voyage de traite Préparation d'une expédition négrière française au Armateurs vignette|redresse|Dominique Deurbroucq, négociant et armateur négrier nantais, accompagné d'un esclave.|gauche L'armement négrier était en France une activité très concentrée : Robert Stein a recensé qui avaient armé, à Nantes, Bordeaux, La Rochelle, Le Havre et Saint-Malo, pour l'Afrique. Parmi elles, (soit 2 %) avaient armé (soit 16 %)328, 329 et 334..

Les armateurs négriers ne se livraient pas uniquement à la traite, mais aussi à d'autres activités, moins spéculatives, comme l'assurance, la droiture vers les colonies ou la pêche à la morue. Ils occupaient souvent une place très importante dans les sociétés portuaires et étaient très influents. Entre 1815 et 1830, presque tous les maires de Nantes avaient été des négriers.

En 1780, dans l'Histoire des deux Indes, Denis Diderot dresse un portrait sans concession du négociant-armateur : « Voyez cet armateur qui, courbé sur son bureau, règle, la plume à la main, le nombre des attentats qu'il peut faire commettre sur les côtes de Guinée ; qui examine à loisir, de quel nombre de fusils il aura besoin pour obtenir un nègre, de chaînes pour le tenir garrotté sur un navire, de fouets pour le faire travailler ; qui calcule, de sang-froid, combien lui vaudra chaque goutte de sang, dont cet esclave arrosera son habitation ; qui discute si la négresse donnera plus ou moins à la terre par les travaux de ses faibles mains que par les dangers de l'enfantement »« Une vague antiesclavagiste venue d'Amérique et d'Angleterre », p.153-159.

Capitaux La mise hors qui initiait un voyage triangulaire typique du exigeait des sommes importantes : quelque livres en France, soit la valeur d'un hôtel particulier dans une rue élégante de Paris, comme la rue Saint-Honoré303.. Elles étaient trois fois supérieures à celles de l'armement d'un bâtiment de même tonnage filant en droiture vers les îles. Pour financer leur expédition, les armateurs partageaient les risques financiers. Ils faisaient appel à un certain nombre de personnes pour prendre des parts dans l'entreprise. Appelés actionnaires ou associés, ces personnes pouvaient être très nombreuses. En France, les armateurs trouvaient souvent les capitaux auprès de leurs amis, de leurs connaissances et de leurs parents328.109-110..

Navire

vignette|Plan et profil du navire négrier La Marie Séraphique de Nantes, d'une capacité de et . Le choix du navire dépendait de la stratégie de l'armateur. Si celui-ci optait pour un voyage rapide, alors le voilier devait être fin et rapide. S'il voulait se montrer économe, un navire en fin de carrière pouvait convenir129-131.Jean Boudriot, « Le Navire négrier au », dans , 159-168.152-166..

Le tonnage moyen du négrier était souvent supérieur à celui des navires destinés à la droiture vers les îles.

Le navire négrier devait également répondre à des impératifs : Il devait être polyvalent, c'est-à-dire être capable de contenir des marchandises comme des captifs ; Le volume de la cale devait être suffisamment important afin de transporter l'eau et les vivres. Ainsi, en supposant qu'il faille d'eau par personne et par jour, pour et , sur un voyage de deux mois et demi, les besoins en eau montaient à litres d'eau ; en outre, il fallait compter de vivres par personne ; La hauteur de l'entrepont était comprise entre 1,40 et . L'entrepont servait de parc à esclaves et avec cette hauteur, les négriers augmentaient la surface disponible en installant des plates-formes à mi-hauteur sur les côtés, sur une largeur de .

Entre 1749 et 1754, le tonnage moyen des négriers nantais était compris entre .

Marchandises

vignette|Fusils de traite. Dans la du , les Européens vendaient environ par an en Afrique, contribuant à maintenir un état de guerre endémique dont les prisonniers alimentaient le marché aux esclaves.. Les marchandises transportées lors du trajet Europe-Afrique devaient être suffisamment nombreuses et diversifiées car les vendeurs africains d'esclaves étaient de redoutables négociateurs.. Les navires négriers européens emportaient dans leurs cales des armes à feu, des armes blanches, des étoffes simples et somptueuses (indiennes), des vins et spiritueux, des matières premières brutes (barres de fer), des produits semi-finis ou finis (outils), des articles de fantaisie et parures (chapeaux, pipes), du tabac, des instruments monétaires (cauris), des articles de cadeaux et de paiement des coutumes86-99.123..

La cargaison d'un négrier en partance pour les côtes d'Afrique représentait 60 à 70 % du montant de la mise hors nécessaire à l'armement du navire. En effet, de nombreux produits de traite étaient relativement chers. C'était le cas des « indiennes », des textiles qui représentaient entre 60 et 80 % de la valeur de la cargaison.

La nature des marchandises embarquées varie selon les époques. Si certains produits proposés par les négriers européens ne satisfaisaient pas la demande des vendeurs d'esclaves, ces derniers étaient retirés des négociations. Ce fut le cas, par exemple, de la nourriture, des animaux et des agrumes, présents dans les premières cargaisons portugaises.

Équipage Le nombre d'hommes d'équipage sur un navire négrier était deux fois plus important que celui des autres navires marchands de même tonnage. En France, on comptait par , ou encore un marin pour . L'équipage était composé de jeunes, de novices, parfois de fils d'armateur, de déracinés et d'aventuriers en tout genre131-132..

Marins indispensables Pour la réussite d'une expédition négrière, quatre hommes étaient particulièrement importants103-104.133. : Le charpentier qui devait construire le faux-pont une fois que le navire se rapprochait des sites de traite africains ; Le tonnelier qui devait s'assurer de la bonne conservation de l'eau et des vivres, en quantité très importante dans la cale ; Le cuisinier qui devait nourrir des centaines de captifs et l'équipage ; Le chirurgien qui devait s'assurer de la bonne santé des captifs à l'achat. Il était également chargé du marquage au fer rouge des captifs. Mais il ne pouvait rien contre les maladies qui se déclaraient à bord (J.-C. Nardin en dénombre ).

Capitaine vignette|redresse|Pierre Desse, capitaine négrier bordelais. Afin de mener à bien une expédition négrière, l'armateur nommait un capitaine. Il n'hésitait pas à intéresser le capitaine dans les profits de l'expédition en plus des primes. Celui-ci devait réunir plusieurs compétences104.132-133. : Des compétences nautiques. Le capitaine devait savoir naviguer mais il devait également surmonter les nombreux obstacles naturels qu'il allait rencontrer sur sa route ; Des compétences commerciales. Le capitaine devait savoir marchander avec les traitants africains. Certains capitaines (surtout français) marchandaient également avec les colons320. ; Des compétences de manieur d'hommes et de garde-chiourme.

La capture des futurs esclaves vignette|Razzia d'esclaves dans un village africain. À l'exception du cas spécifique du Portugal, seul pays à avoir colonisé l'intérieur de l'Afrique avant le , et qui capturait ou achetait ses futurs esclaves non sur les plages mais à l'intérieur des terres, les autres États européens obtenaient leurs esclaves sur les côtes africaines en les troquant contre des armes et diverses marchandises. L'écrivain et journaliste américain Daniel Pratt Mannix estime que seuls 2 % des captifs de la traite atlantique furent enlevés par des négriers européens..

Initialement, en 1448, Henri le Navigateur avait donné l'ordre de privilégier l'établissement de relations commerciales avec les Africains., mais les Portugais lancèrent rapidement des expéditions militaires le long des rivières de l'Angola qui leur permirent de capturer des esclaves puis d'armer des intermédiaires à qui ils sous-traitèrent ensuite la capture ou l'achat de leurs victimes.

Les lançados, métis de Portugais, jouèrent les intermédiaires entre les négriers occidentaux et les négriers africains à partir du dernier tiers du en Gambie et au Liberia. D'autres lançados s'étaient établis dans le royaume du Dahomey. Au , leur rôle en tant qu'intermédiaires et producteurs d'esclaves y était très important, surtout lorsque Francisco Felix de Souza obtint du roi Ghézo, en 1818, la charge de « Chacha » (responsable du commerce pour le royaume du Dahomey)..

Au Congo, à partir du , des caravanes de pombeiros (marchands indigènes acculturés et commandités par les Portugais) s'enfonçaient à l'intérieur du continent pour aller produire ou acheter des esclaves..

Ailleurs, la production de captifs était affaire purement africaine..

vignette|Négriers arabes et leurs captifs noirs au Sahara, .