Paul-Louis Cyfflé est un sculpteur et céramiste originaire des Pays-Bas méridionaux (actuelle Belgique) né à Bruges le et mort à Ixelles le .
Biographie Origines familiales Grands-parents et arrière-grands-parents vignette|Fontaine de la place d'Alliance à Nancy. Le grand-père de Paul-Louis Cyfflé était Louis CyffléOu Chifflet, Cyfflet, Cifflé, Cifflée, Soufflé, Sifflé, Sifflet, etc., né dans le village de Feluy, en Hainaut, entre 1660 et 1665, fils de Guillaume Chifflet et de sa femme Alardine. La seule mention connue des parents de Louis figure dans l'acte de dévolution successoraleArchives de la Ville de Bruges, Etats de biens, 2ème série, n° 10546 (Louis Cyfflé). de celui-ci, dressé à Bruges en 1741. Il semble cependant que les origines familiales des Chifflet - ou autres orthographes du nom - ne soient pas à trouver à Feluy, car dans les registres paroissiaux, conservés à partir de 1666, ou dans les archives du greffe de ce village, on ne retrouve la trace d'aucun Chifflet. L'identification de la femme de Guillaume Chifflet est d'ailleurs déjà fort imprécise : Alardine est peut-être son nom plutôt que son prénom, voire une déformation de son nom, imaginée par un scribe brugeois essayant d'acter un tel nom, fort inusuel en pays flamand. Le nom Chifflet donné dans l'acte de dévolution successorale de 1741 résulte peut-être également d'une interprétation du nom de Guillaume Escliffet ou Scliffet, interprétation influencée par le nom de la célèbre famille Chifflet certainement connue à Bruges par les personnes cultivées. Il ne s'agit-là cependant que d'hypothèsesIl n'est dès lors pas impossible que Louis Cyfflé soit le fils de Guillaume Scliffet ou Escliffet, qui avait épousé le 6 février 1640 à Écaussinnes-Lalaing, un village adjacent à Feluy, Marie Allart ou Alart ou encore Hallar. Ce Guillaume Scliffet est mort à Ecaussinnes-Lalaing le 30 novembre 1684, déjà veuf de Marie Hallar qui était morte dans ce même village en septembre 1678. Deux enfants leur sont connus d'après les registres paroissiaux : Jeanne et Marguerite, nées à Ecaussinnes-Lalaing respectivement en 1648 et en 1659. On retrouve Jeanne à Bruxelles où, assez privilégiée, elle est admise à la Fondation Pachéco le 23 octobre 1715 (Voir Marcel Bergé, La Fondation Pachéco, ses fondateurs et ses bénéficiaires, dans l'Intermédiaire, septembre 1951, page 365 et suivantes, et novembre 1951, notamment page 411, et référence aux Archives du CPAS de Bruxelles, n° 15.H.1021). Louis pourrait dès lors être un des enfants de Guillaume Scliffet, et il aurait été baptisé dans le village contigu de Feluy, mais la disparition des registres paroissiaux de Feluy ne permet pas de prouver ce fait..
Louis Cyfflé vint s’établir à Bruges vers 1690 et y mourut le .
Il épousa à Bruges en 1693 Anne-Thérèse Heldewijs (Bruges, 1673-1744). À cette occasion, il prit la bourgeoisie de Bruges. Sa femme appartenait à une famille brugeoise dont bon nombre de membres étaient actifs dans le secteur de la construction. Louis Cyfflé fut hôtelier et était propriétaire en 1705 de l’hostellerie Den Gouden Beer (« À l’Ours d’Or »). Le couple eut quatorze enfants. Par son mariage, Louis Cyfflé devenait membre d’une famille bourgeoise bien implantée à Bruges par ses nombreuses ramifications. À son décès, Louis Cyfflé senior était propriétaire de « l’Ours d’Or » (den Gouden Beer) et de deux autres immeubles sis également dans la rue Courte d’Argent (Korte Zilverstraat), rue située à quelques pas de la Grand-Place de Bruges. Il avait également des économies investies dans des rentes immobilières.
Parents
Paul-François Cyfflé, fils aîné de Louis Cyfflé et d’Anne Heldewijs, naquit à Bruges le et mourut à Oostcamp le . Il épousa en 1722 Marie-Anne De Pape (Bruges, 1696-1741), fille de l’orfèvre Pierre De Pape (mort en 1696) et de Barbara Allaert (morte en 1714), qui se remaria à l’orfèvre Jacques Jaquemin.
Les époux Cyfflé-De Pape eurent six enfants, Paul-Louis (1724-1806), François-Louis (1725-1751), Marie-Anne (°1726), Nicolas-François (1727-1807), Charles (1729-1737) et un enfant mort-né en 1731. Paul-Louis, François et Nicolas survécurent à leurs parents. Seul Paul-Louis eut des fils, qui n’eurent cependant pas de descendance du nom, ce qui entraîna la fin des Cyfflé brugeois. Après la mort de Marie-Anne De Pape, Paul-François convola avec Constance De Baecke, d’Oostcamp, avec qui il eut encore quatre enfants. Veuve, celle-ci se remaria au forgeron et aubergiste François Coppens. Elle mourut en 1756.
Suivant en cela la profession d’orfèvre du père et du beau-père de sa femme, Cyfflé fut également orfèvre. Seules quelques pièces d’argenterie de sa production nous sont connues. Il est resté un simple artisan et l’exercice de sa profession ne l’a pas enrichi.
Jeunesse
Paul-Louis Cyfflé sera celui qui fera le plus connaître le nom des Cyfflé. Alors âgé de quinze ans, il suivit des cours à l’Académie brugeoise des Arts sous la direction du peintre Matthias de Visch (1701-1765) et du sculpteur Jean Van Hecke (1699-1777). À ses dix-sept ans, il quitta Bruges pour aller à Paris, chez un oncle maternel qui y était orfèvre. Ente 1745 et 1748, il partit pour Nancy et Lunéville, à la cour ducale. Il y fut compagnon de Barthélemy Guibal (1699-1757), le sculpteur lorrain le plus connu de son temps.
Le , Cyfflé épousa Catherine Marchal (1728-1795), la fille du facteur d’orgues et organiste de la paroisse Saint-Epvre Joseph Marchal (mort en 1767) et d’Anne Cousson. Ils eurent huit enfants : Stanislas-Thomas (né en 1751), Joseph (1752–après 1785), François-Paul (1753-1756), un enfant mort-né (1755), François-André (1756-1830), Jean-Paul-Victor (1758-1759), un autre enfant mort-né (1762) et Louis-Paul-Nicolas (1767- après 1794). Trois des fils, peut-être quatre, atteignirent l’âge adulte. Le roi Stanislas avait accepté d'être le parrain du premier enfant de Paul-Louis.
Sculpteur en Lorraine
Barthélemy Guibal unit son talent à celui de son plus brillant élève et collaborateur Paul-Louis Cyfflé pour réaliser l'imposante statue du roi de France, gendre de Stanislas, édifiée au centre de la place Royale de Nancy (actuelle place Stanislas). Mais en 1755, Cyfflé entra en conflit avec Guibal pour savoir qui était à l'origine de la statue de Louis XV.
Peu de temps après les travaux, Guibal meurt le , dans une situation de fortune assez précaire et en laissant sept enfants mineurs. Malgré son différend avec Guibal, Cyfflé témoigna de son amitié conservée en acceptant la charge de curateur.
À la mort de Guibal, Cyfflé devint sculpteur ordinaire du duc Stanislas.
On lui doit les statues qui ornent la fontaine de la place d'Alliance de Nancy.
La terre de Lorraine vignette|Pastorale, terre cuite, musée de la ville de Bruxelles, deuxième moitié du . La Lorraine avait une tradition de production de faïence à base d’argile, ou de ce qui était nommé la terre de pipe dite « terre de Lorraine ». La famille Chambrette faisait partie des producteurs principaux. Elle produisait des objets d’un beau blanc brillant, comparable à de la porcelaine. En 1730, Jacques Chambrette fonda une fabrique à cet effet, la Faïencerie de Lunéville. En 1758, il établit à Saint-Clément une autre fabrique avec l’ambition de produire de la porcelaine en terre de Lorraine. Cependant, il mourut inopinément et ses héritiers vendirent la fabrique nouvellement créée.
La vente publique en eut lieu le . Cyfflé et deux associés furent les plus hauts enchérisseurs. Il y eut cependant des différends entre les trois associés et Cyfflé résolut de vendre sa part. Début 1765, il fut fin prêt avec sa propre faïencerie. Sa production était d’une telle qualité qu’elle ne pouvait être distinguée de la porcelaine. Bien évidemment, il devait se méfier des soupçons et de la vigilance des fabricants de porcelaine véritable, mais il avait pour lui les contrôleurs officiels. Après quelque temps, en 1768, il obtint de Louis XV le privilège d'ouvrir une faïencerie à Lunéville. Cyfflé se focalisa alors sur la production de figurines et de statuettes.
Le principal collaborateur de Cyfflé était son fils Joseph. À son apogée, la fabrique comptait 25 collaborateurs. Parmi eux se trouvaient deux modeleurs, sept retoucheurs, un garnisseur pour les fleurs et les autres détails, un responsable pour les fours, ainsi que des élèves et des assistants. Cyfflé était le principal modeleur et veillait à la finition des objets de ses collaborateurs. Ainsi, les moules y furent façonnés et les statuettes y furent cuites au four. C’est pour cette activité, qu’il n’exerça cependant qu’une dizaine d’années, que Cyfflé acquit une durable notoriété internationale.
La production de la Manufacture royale de Cyfflé
La célébrité de Cyfflé lui fut acquise parce qu'il produisait des objets de grande qualité. Ses statuettes et groupes étaient des chefs-d’œuvre de sculpture raffinée. Avec lui, il ne fallait pas s’attendre à des objets risibles ou grossiers tels qu’on pouvait les avoir dans les fêtes foraines ou par des colporteurs. Ses productions étaient destinées à des amateurs fortunés qui les plaçaient dans leur salon, en vitrine ou sur le manteau de la cheminée. Tant pour ses personnages que pour ses groupes, Cyfflé maitrisait à la perfection leur présentation. vignette|L'Oiseau libre, faïence, Châlons-en-Champagne, musée des Beaux-Arts et d'Archéologie. Une première série de statuettes présentait des petits métiers. Entre autres, le colporteur, le ramoneur, le chaudronnier, le réparateur de faïence de porcelaine, la chanteuse de rue et les musiciens de rue, le vendeur de scapulaires et de chapelets, les poissonnières, les tripières, le boucher, le ferrailleur, le rémouleur, en un mot tous les métiers qui offraient leurs produits ou vantaient leurs services à grands cris sur les places et dans les rues. Il s’agissait de représentations des classes populaires appréciées par des amateurs des classes bourgeoise et aristocratique de cette époque. Tous ces objets rayonnaient d’une fraicheur populaire qui les distinguait complètement des autres objets en porcelaine à l’aspect beaucoup plus solennel.
Une autre série présente des saynètes liées à l’amour et à l’érotisme, avec des petits couples d’amoureux, ou des scènes bucoliques ou idylliques. Il s’agissait d’une figuration en trois dimensions de ce que le lecteur retrouvait dans les romans à succès du .
Il y avait aussi des portraits. De nombreuses importantes personnalités furent représentées en buste ou en pied. Notamment les rois et les princes, tels Louis XVI et Marie-Antoinette, mais surtout le populaire roi Stanislas , qui régnait à Nancy et à Lunéville. Les grands intellectuels et vedettes du temps furent également figurés, comme Rousseau, Voltaire et Montesquieu.
La mythologie fut aussi à l’honneur. Celui qui était un peu instruit connaissait les nombreuses histoires de la mythologie grecque, souvent représentée dans les théâtres ou chantées dans les chambres de rhétorique. Cyfflé modela des couples mythologiques célèbres : Pyrame et Thisbé, Renaud et Armide, Vénus et Adonis, Léda et le Cygne, Hercule et Omphale. Par ces figurations d’histoire ancienne, des événements controversés du temps étaient ainsi traités. Des scènes allégoriques furent aussi créées : Les Quatre Saisons, Les Arts et les Sciences, Les Muses, La Peinture, L’Architecture, L’Astronomie, etc.
Cyfflé trouva aussi son inspiration dans l’Émile de Jean-Jacques Rousseau ou dans les pièces de théâtre à succès. Les pièces lyriques de Rameau, Lully, Favart furent représentées par des sculptures de groupes.