Lucius Vitellius (en latin : Lucius Vitellius Major) (10 à +51) fut, sous les règnes de Tibère, Caligula et surtout celui de Claude, un personnage de première importance dans la vie politique romaine.
Il fut, entre autres, consul au moins à trois reprises en 34, 43 et 47. Il mena brillamment sous Tibère une campagne contre les Parthes en tant que légat de Syrie. À la fin 36 ou au début de l'année 37, il renvoie Ponce Pilate à Rome, pour qu'il s'explique auprès de l'empereur, après que le préfet de Judée a supposément commis une grosse faute ; c'est aussi lui qui renvoie le grand prêtre Caïphe à la pâque 37, célèbres l'un et l'autre pour avoir été des acteurs essentiels du procès de Jésus et de sa condamnation à la crucifixion.
Lucius Vitellius fut l'un des plus influents sénateurs sous les empereurs Caligula et Claude, ce qui lui permit d'avoir l'honneur extraordinaire d'être trois fois consul. Il fut aussi l’un des conseillers les plus influents de l'empereur Claude. Plusieurs auteurs antiques décrient son attitude complaisante et courtisane auprès de Caligula et de Claude. Tacite lui reconnaît toutefois une action très efficace comme gouverneur de provinceTacite, Annales, Livre VI, 32.
Selon Suétone, une statue lui fut érigée après sa mort.
Fils de Publius Vitellius, il s'est marié avec Sextilia et fut le père de l'éphémère empereur Vitellius qui régna lors de l'année des quatre empereurs (fin 69), et de Lucius Vitellius Minor.
Origine Suétone dit que l'origine de la famille est incertaine, descendante d'un affranchi selon les uns, ou issue d'une très ancienne famille patricienne du Latium selon d'autres. Le premier ancêtre connu est un Publius Vitellius, chevalier romain et procurateur des finances d'Auguste. Ses quatre fils firent carrière : Aulus fut consul en 32 avec Gnaeus Domitius Ahenobarbus, père du futur Néron ; Quintus fut exclu du Sénat romain sous Tibère ; Quintus fut préteur, mais fut disgracié comme complice de Séjan et assigné à résidence sous la garde de son frère. Lucius, le cadet, atteint le consulat et est ensuite nommé légat d'Auguste propréteur dans la province romaine de SyrieSuétone, Vitellius, 1-2.
Légat de Syrie Anarchie chez les Parthes et en Arménie
En Arménie, alors que le règne d'Artaxias III a été marqué par une période de stabilité sous protectorat romain, l'instabilité dynastique recommence dès sa mort (en 34)« Cette instabilité dynastique était évidemment due au régime féodal arménien, les grandes familles prenant parti pour l'un ou l'autre des prétendants et maintenant une anarchie qui leur assurait l'indépendance. » c.f. René Grousset, Histoire de l'Arménie, Payot, 1984 , 104-106.. Le roi parthe (roi de 12 à 38) en profite pour pousser sur le trône du royaume d'Arménie, l'aîné de ses fils appelé Arsace.. Dans le même temps, il a exigé la restitution des trésors laissés en Syrie par Vononès et la restauration « des frontières des Achéménides et des MacédoniensTacite, Annales, Livre VI, § XXXI, 12; Dion Cassius, 58, 26, 1. ».
Cette situation préoccupe grandement l'empereur Tibère, puisque l'Arménie est un protectorat romain depuis 65 av. J.-C. (Pompée), mais fidèle à sa doctrine il veut contrer les Parthes sans entrer dans une guerre ouverte contre eux.
Des nobles Parthes, refusant l'autorité d'Artaban, venus à Rome pour demander le soutien de l'empire pour renverser ArtabanTacite, Annales, Livre VI, § XXXI., vont lui en donner l'occasion. La noblesse parthe exige toutefois que le remplaçant d'Artaban, soit un arsacide. L'accord se fait sur le nom de , un descendant de , qui avait été élevé comme otage à Rome« Ce plan entrait dans les vues de Tibère. Fidèle à sa maxime d'employer dans les affaires du dehors la ruse et la politique, sans y engager ses armées, il envoie Phraate, enrichi de présents, à la conquête du trône paternel. », c.f. Tacite, Annales, Livre VI, § XXXII..
Mort des deux premiers prétendants En 35, après que Lucius Vitellius a été consul, l'empereur Tibère lui confie la délicate mission de gérer cette situation et le nomme légat de SyrieTibère « charge Vitellius de diriger toutes les révolutions qui se préparaient en Orient. » c.f. Tacite, Annales, Livre VI, § XXXII. Lucius Vitellius remplit intégralement sa mission, tout en limitant au maximum l'intervention directe de l'armée romaine.
commence à peine à s'opposer à sur le territoire parthe qu'il meurt, « trop faible pour des mœurs qui n'étaient plus les siennes, il fut emporté par une maladieTacite, Annales, Livre VI, § XXXII. », nous dit Tacite. « Tibère n'en poursuivit pas moins ses desseins. Il donne pour rival à Artaban Tiridate, prince du même sang ».
Pour l'Arménie, l'empereur romain Tibère refuse d'accepter la remise en cause du protectorat romain sur ce pays et suscite un autre candidat en la personne de Mithridate d'Arménie. Vitellius agit alors pour le réconcilier avec son frère le roi Pharsman d'Ibérie. La réconciliation obtenue et le pacte qui en découle aurait pu ouvrir une intéressante symbiose arméno-géorgienne destinée à dominer la Transcaucasie.
Vitellius prend aussi contact avec les féodaux arméniens, aide à construire une opposition et finalement à la cour d'Arménie, le parti pro-romain fait empoisonner Arsace après moins d'un an de règneTacite, Annales, Livre VI, § XXXII, 3. ; Tacite attribue l'empoisonnement à des serviteurs soudoyés« On trouva des corrupteurs, qui, avec beaucoup d'or, poussèrent au crime les serviteurs d'Arsace », Tacite, Annales, Livre VI, § XXXIII.. En même temps les Ibériens (ou Iberniens), avec des troupes nombreuses, envahirent l'Arménie et s'emparèrent de la ville d'ArtaxateArtachat, ville d'Arménie à 20 km. au Sud d'ErevanTacite, Annales, Livre VI, § XXXIII, 1..
Poursuite de l'activité diplomatico-militaire de Vitellius ne s'avoue pas vaincu et envoie alors un autre de ses fils, Orodès, succéder à Arsace et affronter Mithridate d'ArménieMarie-Louise Chaumont, « L'Arménie entre Rome et l'Iran : I de l'avènement d'Auguste à l'avènement de Dioclétien », dans Aufstieg und Niedergang der römischen Welt, II, 9.1, 1976, p. 89.. Il donne à son fils « une armée de Parthes, et envoie au dehors acheter des auxiliaires (v. 35) ».
De son côté, Pharsman d'Ibérie appelle à son aide de nouveaux mercenaires albaniens et sarmatesAppelés Alains (Ἀλαοὺς) par Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre XVIII, IV, 4. et des tribus nomades vivant au-delà du Caucase. Les troupes d'Orodès sont mises en fuite, après que celui-ci a été blessé et que se répand la rumeur de sa mort. Il est fort probable qu'Orodès ait succombé à ses blessures, peu après la bataille. « Artaban remue, pour venger cette défaite, toutes les forces de son empire », il se porte en Arménie, où les forces Iberniennes et celles de Mithridate d'Arménie lui résistent fortement.
Finalement, Lucius Vitellius déploie les légions romaines en pays parthe au-delà de l'Euphrate, qu'elles ravagent sans rencontrer de réelle opposition, tout « en semant le bruit d'une invasion de toute la Mésopotamie ». Confronté à une très forte résistance en Arménie, menacé d'une invasion totale sur ses arrières en Mésopotamie et alors que lui parvient des informations qui montrent que ses nobles commencent à conspirer contre lui, Artaban est contraint d'abandonner ses prétentions sur l'Arménie.
« Alors Artaban quitta l'Arménie, et ses affaires allèrent en décadence. Vitellius sollicitait les Parthes d'abandonner un roi qui était leur fléau, dans la paix par sa cruauté, dans la guerre par ses revers. ».
Rencontre sur l'Euphrate pour signer la paix
Au cours du second semestre 36, tous les rois de la région sont conviés à une rencontre qui a lieu sur un pont de l'Euphrate pour signer la paix générale dans la régionE. Mary Smallwood, The Jews under Roman Rule, note n° 22, 22, .. Vitellius, et Mithridate d'Arménie sont là naturellement, mais tous les autres rois de la région sont probablement aussi présents. Flavius Josèphe mentionne d'ailleurs la participation d'Hérode Antipas, le tétrarque de Galilée, pourtant assez éloigné du théâtre d'opération et qui n'a pas pris part au conflit. Cette rencontre scelle la victoire romaine sur Artaban, qui abandonne ses prétentions sur l'Arménie. Elle marque aussi le réel succès de Vitellius obtenu en deux années de manœuvres et aussi « deux étés de guerres » (d'après Tacite), menées de mains de maître en minimisant le plus possible l'intervention directe des forces romaines. Lors de cette entrevue, Artaban reconnaît le roi Mithridate d'Arménie qui est le candidat des romains, aussi soutenu par son frère, le roi Pharsman d'Ibérnie, avec lequel Vittelius vient de le réconcilier. Dans l'esprit de Vitellius, cette alliance arméno-iberne est conçue pour durer et destinée à dominer la Transcaucasie. Artaban accepte aussi d'envoyer certains de ses fils en otages à Rome. il faut dire qu'il est à ce moment-là en position très difficile puisque deux de ses fils, pressentis pour être rois d'Arménie, ont été tués dans l'aventure Arménienne et que ses nobles se sont rebellés pour nommer un roi concurrent en Parthie. Cette « guerre civile en Parthie » est d'ailleurs « conçue par Rome » et secrètement soutenue par les romainsE. Mary Smallwood, The Jews under Roman Rule, 186.. Pour E. Mary Smallwwood, le problème Armeno-Parthe, en suspens depuis quinze ans, trouvait ainsi une solution, alors que « le roi parthe avait été suffisamment humilié pour être prêt à accepter la volonté romaine en Arménie en échange de la reconnaissance par les romains de sa souveraineté indépendante. » Ce qui marquait le plein succès de Vitellius.
Antipas écrit immédiatement à Tibère pour lui faire part de ce succès diplomatique. Lucius Vitellius fait de même de son côté mais Tibère lui répond qu'il savait déjà tout grâce à la lettre d'Antipas. Flavius Josèphe nous indique alors que Vitellius s'inquiéta du tort que ce courrier et la présentation des faits par Antipas aurait pu lui occasionner. Il conclut toutefois que finalement Vitellius s’aperçut que ce courrier ne lui était pas défavorable.
Il est probable que le roi d'Adiabène, ait aussi participé à cette rencontre sur l'Euphrate et qu' a dû renoncer à sa suzeraineté sur l'Adiabène. En effet, au sortir de cette crise, on constate que l'Adiabène n'est plus vassale des Parthes mais du royaume d'Arménie. Elle a en fait gagné une plus large autonomie. Surtout parce qu'à la mort de Tibère (mars 37), la folie de Caligula vient compromettre tous les efforts de Vitellius. Sans raison, l'Empereur convoque Mithridate d'Arménie à Rome et le déchoit de sa royauté (37). Les Parthes ne manquent pas de profiter de cette faute pour réoccuper l'Arménie, et l'Adiabène se joint à eux et affirme encore plus son autonomie en rejetant sa vassalité arménienneRené Grousset, Histoire de l'Arménie, Payot, 1984 , 105.. Ainsi, dans les faits, cette vassalité n'a guère duré plus d'un an, même si cela n'est validé par aucun traité.
Action de Vitellius en Judee Pendant toute la première partie du gouvernorat de Ponce Pilate (de 26 à 34), celui-ci se livre à diverses provocations à l'égard de ses administrés, judeens et judeo chrétiens ou samaritains. Jean-Pierre Lémonon indique que les actions de Pilate s'inscrivaient dans une évolution logique de la politique romaine. À partir d'un moment qui semble coïncider avec la nomination de Lucius Vitellius comme légat de Syrie (en 35), celles-ci cessentJean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, . ». Toutefois, Jean-Pierre Lémonon estime que rien ne prouve que les incidents ne se poursuivent pas au-delà de 34, il place d'ailleurs la répression des Samaritains vers la fin 36.