Le néopythagorisme est un courant philosophique et ésotérique, dérivant de Pythagore, commençant au à Rome à travers Nigidius Figulus et à Alexandrie par Eudore d'Alexandrie, divisé en diverses écoles. Parfois il est difficile de distinguer si un auteur est néopythagoricien ou néoplatonicien (ainsi pour Porphyre et Jamblique).
Définitions
Selon Eduard Zeller le néopythagorisme est un courant philosophique inspiré de Pythagore, qui se développe à partir du , et qui intègre aussi des éléments platoniciens et aristotéliciensEduard Zeller, Die Philosophie der Grieschen, 1844-1852, éd. 1856, vol. III, t. 2, ..
Selon K. F. Johansen, « Le néopythagorisme comprend à la fois un mysticisme des nombres, une croyance théosophique aux miracles... et de la philosophie. C'est un attrape-tout lâche, qui tient dans la foi semi-religieuse en la sagesse de Pythagore »K. F. Johansen, A History of Ancient Philosophy from the Beginnings to Augustine, Londres, Routledge, 1998, ..
Selon Charles H. Kahn, « Par néopythagorisme j'entends ces penseurs de tradition platonicienne qui font dériver de Pythagore la philosophie de Platon »Charles H. Kahn, Pythagoras and the Pythagoreans, Indianapolis, Hackett Publishing Company, 2001, ..
La notion même de néopythagorisme est parfois contestée, niée, englobée dans le platonisme. Déjà, dès l'Ancienne AcadémieRichard Heinze, Xenokrates, Leipzig, 1892, ., le premier successeur de Platon, Speusippe, remplace les « Idées » par les « Nombres », et le deuxième successeur, Xénocrate, identifie les « Formes » aux « Nombres ». Pour Numénius d'Apamée (vers 155), Platon est un Pythagore réincarné ; dès lors, le néopythagorisme est absorbé dans le néoplatonisme. Selon Jamblique, néoplatonicien, le meilleur guide en philosophie est Pythagore ; vers 310, il a regroupé la majorité de ses écrits sous le titre Collection des dogmes pythagoriciens. Cependant, pythagorisme et platonisme divergent : entre les nombres et les choses sensibles (connues par les sens), un pythagoricien ne met pas de coupure, alors qu'un platonicien le fait, il sépare nombres et choses. Comme le dit Aristote : « Platon (...) place les nombres [Nombres idéaux] en dehors des objets sensibles, tandis que les pythagoriciens prétendent que les choses mêmes sont des nombres [nombres mathématiques]Aristote, Métaphysique, A, 6, 987a.. »
Histoire
thumb|right|200px|Pièce à l'effigie d'Apollonios de Tyane. Les successeurs (diadoques) de Pythagore à la tête de la Communauté pythagoricienne furent : Aristée de Crotone (en -494), son fils Mnésarque ou son fils Telauges, Boulagoras (-380), Gartydas de Crotone, Arésas de Lucanie, Diodore d'Aspendos (-380)
Le courant pythagoricien se divise en diverses écoles. l'école : Théanô (épouse de Pythagore), Alcméon de Crotone (-500), Épicharme de Cos (-480), Hippase de Métaponte (actif vers -460) l'école . Ce n'est pas l'avis de W. Burkert, Lore and Science in Ancient Pythagoreanism, trad. de l'all., Cambridge (Mass.), 1972, cf. , "Plato's dialogues do not suggest strongly that Pythagoreanism was the determinative influence upon him. Aside from Socrates, three thinkers in particular stand out: Heraclitus, Anaxagoras, and Parmenides." : déjà Platon, dans son enseignement oral, dit que les Nombres sont antérieurs aux Idées ; suivent Héraclide du Pont (remplaçant de Platon à l'Académie en -360), Speusippe (scholarque de l'Académie en -348), Xénocrate (scolarque en -339). Déjà l'opposition pythagorisme/platonisme se brouille : Speusippe remplace les Idées de Platon par les Nombres et les objets mathématiques. Xénocrate identifie Idées, nombres mathématiques et divinités. l'aristotélisme pythagorisant, qui veut combiner Aristote et Pythagore : Dicéarque de Messène (qui rompit en raison de son adhésion à la doctrine pythagoricienne de l'âme avec son maître Aristote), le Pseudo-Archytas (Sur les catégories, s. av. J.-C.) l'école médiopythagoricienne de Rome : Appius Claudius Caecus (il passe pour pythagoricien dès -312), Scipion l'Africain (-210)Cicéron, De la république, VI : "Le songe de Scipion"., Caton l'Ancien (-209), Ennius (-180). Poseidonios d'Apamée, bien que stoïcien, répandait le pythagorisme sur les citoyens romains, dont Cicéron (en -78/77). « La plupart des philosophes - académiciens, stoïciens, péripatéticiens - pythagorisèrent de quelque façon à RomeFreyburger-Galland, Freyburger, Tautil, Sectes religieuses en Grèce et à Rome, Les Belles Lettres, 1986, . Jérôme Carcopino, La basilique pythagoricienne..., . ». l'école néopythagoricienne de Grèce : Anaxilaos de Larissa (-28), Sthénidas de Locres, Diotogène et Ecphante ( s. av. J.-C.- s. apr. J.-C. ?).. Ces penseurs développent notamment une théologie politique justifiant le pouvoir monarchique de droit divin (voir Marie-Françoise Baslez et Christian-Georges Schwentzel, Les dieux et le pouvoir : aux origines de la théocratie, PUR, 2016, p. 74-76). les pseudépigraphes pythagoriciens anciens : Pseudo-Hippodamos de Milet ( s. av. J.-C. ?), Pseudo-Archytas ( s. av. ?), Pseudo-Philolaos, Pseudo-Timée de Locres (L'âme du monde et de la nature)., Pseudo-Ecphantos, Pseudo-Théanô, un Pseudo-Archytas (Sur les catégories [d'Aristote], s. av. J.-C. Les savants ne s'accordent pas sur les dates des pseudépigraphes : (- s. av. J.-C. selon Goodenough et ThesleffH. Thesleff, An Introduction to the Pythagorean Writings of the Hellenistic Period, Acta Academiae Aboensis, Abo, 1961. ; puis Thesleff date les apocryphes en dorien de la fin du , dans le cercle des ScipionThesleff in Pseudepigrapha I, Vandoeuvres-Genève, 1972, . ; W. Burkert date de l'époque d'Auguste ou de l'époque impériale, Burkert in Pseudepigrapha I, ..
Selon CicéronCicéron, Timaeus, fragment 1., le néopythagorisme commence avec Nigidius Figulus :
l’école néopythagoricienne de Rome : Nigidius Figulus (-60), Quintus Sextius le Père (-50) et Sextius le FilsSénèque, Questions naturelles, VII, 22, 2., Varron (-27)., Macrobe (400). Nigidius Figulus fonde un encyclopédisme occulte et un Ordre initiatique. l’école néopythagoricienne grecque : Alexandre Polyhistor (-80), Eudore d'Alexandrie (vers -40), Apollonios de Tyane (4 av. J.-C.-97 ap. J.-C.), Moderatus de Gadès (vers 60), Antoine Diogène (100), Alexandre d'Abonuteichos (150), Nicomaque de Gérase (mort en 196). Eudore d'Alexandrie, le premier, pose un "monisme transcendantal qui mène vers le système de Plotin, dans lequel un divin occupe la première position dans un schéma stratifié de niveaux de réalité, où toutes les strates sont, en un sens, générées depuis l'Un" (Charles Kahn). l'école néopythagoricienne-néoplatonicienne : Numénius d'Apamée (vers 155), Amelios (245), Porphyre (270), Jamblique (305), le jeune Proclus (dans son Commentaire du Timée, en 439), Hiéroclès d'Alexandrie (disciple de Plutarque d'Athènes, commentateur des Vers d'or de Pythagore, av. 490), Énée de Gaza (500). À partir de Numénios d'Apamée, la distinction pythagorisme/platonisme s'effondre : Numénios, Nicomaque de Gérase (mort en 196), Anatolius (av. 270)Anatolius, "Sur les dix premiers nombres", Annales internationales d'histoire. Congrès de Paris 1900, 1901-1902., Jamblique, Syrianos veulent pythagoriser PlatonDominic J. O'Meara, Pythagoras revived, Oxford, Clarendon Paperbacks, 1989.. Nicomaque de Gérase, dans son Introduction à l'arithmétique, ramène les Idées de Platon aux catégories d'Aristote et aux propriétés formelles des nombres (qualités, quantités, formes, tailles, égalités, relations, activités, dispositions, lieux et temps). "Porphyre n'est pas un platonicien qui pythagorise [comme Numénios ou Jamblique] mais plutôt un platonicien universaliste, qui trouve son platonisme chez Pythagore et dans beaucoup d'autres domainesDominic J. O'Meara, Pythagoras revived, Oxford, Clarendon Paperbacks, 1989, ." Parmi les lettres attribuées à Platon, les n° II, VI, IX, XII et XIII viennent d'un "milieu pythagoricien fin du ou début du " (Luc Brisson). les pseudépigraphes pythagoriciens récents : Pseudo-Ocellus Lucanus (Sur la nature de l'univers, ), Pseudo-Jamblique (Theologoumena arithmeticae. Théologie arithmétique, s.), Vers d'or de Pythagore ( ?) le pythagorisme oriental : les Sabéens, Jâbir Ibn Hayyân (Geber, vers 780), al-Kindî (796-873), les Frères de la pureté (vers 963), Ibn al-Sîd (mort en 1227), S. Shahrazûrî (fin du ) le pythagorisme renaissant. Marsile Ficin en appelle à une prisca theologia (théologie antique) qui comprend Pythagore et Philolaos : « [Hermès Trismégiste], on l'appelle le premier auteur d'une théologie. Orphée lui succéda, en deuxième place parmi les théologiens antiques. Aglaophème, qui fut initié à l'enseignement sacré d'Orphée, eut comme successeur en théologie Pythagore, qui eut comme disciple Philolaos, le maître de notre divin Platon. Ainsi, il existe une théologie antique (prisca theologia), dont l'origine est Mercure, et l'aboutissement le divin PlatonMarsile Ficin, Argumentum du Pimandre (= Poimandrès = Corpus Hermeticum, 1464, in Opera omnia, 1576, ). ». Plus tard la série des théologiens antiques sera : Zoroastre, Hermès Trismégiste, Orphée, Aglaophème, Pythagore, PlatonMarsile Ficin, Theologia Platonica, in Opera omnia, .. le pythagorisme moderne : J. Reuchlin ("Pythagorus redivivus", auteur du De l'art cabalistique, 1517), Thomas Tryon (1691), l'abbé Lacuria ("le Pythagore français", auteur de Les Harmonies de l’Être exprimées par les nombres, 1844), Fabre d'Olivet (Vers dorés de Pythagore, 1813), Édouard Schuré (Les Grands Initiés, 1889)., Matila Ghyka (Le nombre d'or, 1931), l’Ordre pythagoricien ou Ordre hermétiste tétramégiste et mystique (OHTM) de François Soetewey, Émile Dantinne (1927), Jean Mallinger.
Philosophie et ésotérisme
"Les néopythagoriciens croient en une religion astrale (théologie, mantique, théorie de la grande année et de l'harmonie des sphères, immortalité des héros, métempsycose). Ils s'intéressent aux origines du langage, à l'étymologie, à son sens mystique (souvent révélé par la poésie, cette langue musicale, qui obéit à des proportions numériques). Leurs spéculations sur les nombres sont entrées en rapport avec le platonisme (cosmologie, théorie des Idées). Ils ont aussi une doctrine morale et politique, séparant strictement les bons des méchants, et affirmant la primauté d'un droit religieux dont tout dépend. Depuis le temps de Pythagore cette tendance s'oppose nettement aux oligarchies : elle tend soit à justifier une monarchie démocratique, fondée à la fois sur la nature et sur la religion (les traités apopcryphes d'Ecphante, Diotogène et Sthénidas, qui datent peut-être du avant ou après l'ère chrétienne, vont dans ce sens), soit à introduire l'esprit de proportion dans des modèles de constitutions mixtes (le platonisme, puis la pensée de Cicéron ont pu s'inspirer de ces vues)Alain Michel, "La philosophie en Grèce et à Rome de ~ 130 à 250", in Histoire de la philosophie, Paris, Gallimard, "Pléiade", t. 1, 1969, .."
Art et initiation