Lesieur (prononcé ) est une entreprise agroalimentaire française créée en 1908. Après avoir été, dans les années 1970 et 1980, un groupe diversifié dans la production de plats préparés et de détergents, Lesieur est aujourd’hui une filiale du groupe Avril et un acteur majeur de la production et de la commercialisation d’huiles alimentaires végétales et de sauces condimentaires. C'est également une marque commerciale sous laquelle sont commercialisés ses produits.

Historique

Les débuts L'entreprise voit le jour en 1908 à Coudekerque-Branche dans l'agglomération de Dunkerque, avec la construction de sa première usine de production d'huile, sous le nom d'« Huileries Georges Lesieur ». Son fondateur, Georges Lesieur, L'Histoire de Lesieur, une réussite, dans La Voix du Nord , la crée avec ses trois fils et avec trois anciens collaborateurs de l'entreprise Desmarais Frères, où il travaillait précédemment. L’édification des bâtiments débute en 1909 et l’usine commence à fonctionner en 1911.

Le logo aux quatre losanges rouges date de 1910 et a très peu évolué depuis. David Dauba, « Lesieur », émission À vos marques sur BFM Business Radio, 31 mars 2013 .

La création de l'entreprise profite du boom africain de la culture de l'arachide, en particulier au Sénégal où elle s'amplifie et se déplace vers l'Est, dans le Cayor. L'expansion a surtout eu lieu avant 1900, mais se poursuit après : de d'arachide exportées en 1895, le Sénégal passe à en 1900, puis en 1909 et même en 1914.

La bouteille consignée, la marque déposée et l'usine électrique En 1924 est introduite la bouteille en verre consignée pour le conditionnement du produit, à la place des traditionnels tonneaux de bois. À l'occasion de ce changement, la marque « Lesieur » est déposée et vient identifier l'huile vendue. « Lesieur » devient progressivement dans l'image des Français un branduit. À la mort de Georges Lesieur, en 1931, son gendre Jacques Lemaigre Dubreuil devient président directeur général de la société à l'âge de .

À partir de 1934, la centrale électrique construite par la société Alsthom pour l'usine est dirigée par Paul Brisswalter, Dunkerquois d'adoptionDunkerque 1944-1945: Sur les chemins de la libération - Page 28, par Patrick Oddone - 2005 - .

La Seconde Guerre mondiale Gaston Jules Désiré Valéry Delmer, né le à Cucq, dirige l'usine pendant la guerre. En 1940, l'usine Lesieur n'a pas trop souffert des combats mais l'interruption du trafic des graines d'arachide en provenance du Sénégal a conduit ses dirigeants à délocaliser la production d'huile d'arachide, tandis que la production de l'usine de Dunkerque tourne avec des huiles à base de produits cultivés dans le nord de l'Europe.

Les Allemands arrêtent ensuite la production de l'usine de Dunkerque. puis procèdent à un pillage économique en règle par un démontage systématique du matériel qu'ils expédient vers l'est de l'Europe, puis consacrent la totalité de l'énergie électrique de l'usine à l'éclairage. Le , la centrale essuiera un violent bombardement aérien. Les Alliés récidivent cinq jours plus tard et l'anéantissent.

Jacques Lemaigre-Dubreuil, patron de Lesieur, dispose d'un laisser-passer, permettant de circuler entre l'Afrique du Nord, l'Espagne et la France"La conversion libérale de Jacques Lemaigre-Dubreuil au Maroc (1950-1955)" par Clotilde De Gastines, dans la revue Outre-Mers 2009 et d'entrer discrètement en contact avec plusieurs réseaux de résistance qui pressentent Giraud comme chef de la France libre, et contribue à préparer l'opération Torch du , ou débarquement allié en Afrique du Nord.

De 1940 à 1950, Lesieur subit ainsi l'arrêt partiel ou total de ses installations en France et doit s'implanter en Afrique, où ses trois usines entreront en service, à Dakar en 1943, à Casablanca en 1944 et à Alger en 1948Valeurs actuelles du 5 décembre 1977 . À Casablanca, la raffinerie mise en service en 1944 peut produire d'huile raffinée par an. Le capital est contrôlé à 50 % avec des Marocains, dont la famille Sebti de Fès, association encore exceptionnelle pour l'époque. Lesieur-Maroc a rapidement conquis le marché marocain, avec des dépôts à Safi, Agadir et Mogador, auprès des entreprises de pêche, car l'industrie de la conserve marocaine est en essor depuis la guerre. La technique a permis à l'usine de valoriser la production de l'huile d'olive marocaine, jusqu'alors peu appréciée sur les marchés étrangers.

Parmi ses actionnaires, la Société financière transafricaine (Sofitra), filiale de la Société financière française et coloniale (devenue Soffo en 1949), fondée le . Le capital de Lesieur-Afrique est à l’origine de 0,5 million de francs, porté en 1942 à 20 millions de francs, en 1943 à 70 millions de francs et en 1946 à 120 millions de francsLa Cote Desfossés 1956 ..

L'après-guerre Lesieur a ainsi lancé dans l'après-guerre une marque d'huile d'olive surfine « Be Canto », réussissant à l'exportation"Le Monde des affaires", SEDE, Paris, 1952 . Les bénéfices de Lesieur atteindront respectivement de francs en 1948, puis de francs l'année suivante, de francs en 1950 et de francs en 1951, l'année 1952 devenant déficitaire. Après la création d'une société holding, FINLAC (fINancière Lesieur-Afrique-Casablanca), la société Lesieur Cristal naîtra de la fusion avec deux autres grandes sociétés françaises installées au Maroc depuis les années 1940 : Unigral Cristal et la Société d’Exploitation des Produits Oléagineux, le Groupe ONA récupérant les différentes entreprises à partir de 1978.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'agglomération de Dunkerque est détruite à , son port à , les habitants habitent dans des « chalets préfabriqués ». Théodore Leveau et Jean Niermans lancent la reconstruction.

C'est seulement en 1957 que le port est reconstruit en ZIP (zone industrialoportuaire), avec de grands travaux pour le creusement de bassins à flot, comme celui de Rotterdam, et l'accueil en 1959 de l'usine Usinor, ouverte en 1962, l'agglomération passe de 70 000 à en . S'installent aussi la raffinerie BP, une centrale électrique de , qui va utiliser le gaz des hauts fourneaux d'Usinor mais dont l'entrée en service n'est finalement prévue qu'en 1962« L'électricité en France en 1959 et 1960 », par C. Prêcheur, dans L'Information Géographique de 1961 « Le port de Dunkerque a : les souvenirs d’un docker qui l’a vu naître », dans La Voix du Nord du 23/04/2016 .

Les années 1950 La production de l'usine de Coudekerque restant entravée, tout au long des années 1940, car elle a été bombardée, avec son usine électrique et le port de Dunkerque, par les Allemands pendant la guerre, le transfert des activités en Afrique est durable. La filiale Lesieur-Afrique a un capital important, de de francs, divisé en , porté à de francs. C'est au moins le tiers, sans compter l'inflation depuis, de celui de la maison-mère en 1952 ( de soit de francs)Le Monde du 16 juin 1952 .. L'usine de Casablanca, en plus d'alimenter les tables, fournit des huiles permettant de mettre en boites de conserve la pêche à la sardine, avec des dépôts à Safi, Agadir et Mogador "Le Monde des affaires de 1830 à nos jours", par Jacques Boutet en 1952 . où des sardiniers bretons ont installé des usines innovantes. L'industrie de la conserve marocaine, connait alors un , mais à double tranchant, car au début des années 1950, le marché marocain n'en absorbait que 3 %, l'empire colonial français en consommant pour sur les neuf premiers mois de 1949 tandis que l'approvisionnement en fer blanc est encore irrégulier"Transferts culturels et gastronomie : les relations entre la France et le Maroc de la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours", par Marie Caquel, thèse de Doctorat d’histoire contemporaine, décembre 2018 .. Ils achètent l'huile d'arachide venant de Dakar puis raffinée par l’usine Lesieur de Casablanca, installée en 1944, mais certains clients aux États-Unis y sont réticents, tandis que le fer blanc dépend des importations. Ces usines acheminant la main-d’œuvre féminine des environs d'Agadir par camion, elles demandent la construction de cités ouvrières. Michel Écochard, directeur de l’urbanisme au début des années 1950, veut alors éviter l'émergence, comme à Casablanca, d’énormes bidonvilles, tandis qu'une enquête collective dirigée par Robert Montagne de 1948 à 1950 souligne les enjeux sociaux"NAISSANCE DU PROLÉTARIAT MAROCAIN" Enquête collective exécutée de 1948 à 1950 sous la direction de Robert Montagne, Editions Jacques Berque, première publication en 1952 .. L'exploitation des ressources halieutiques par des Européens, sans politique durable des stocks, est aussi débattue.

En 1951, Lesieur a largement dépassé ses niveaux de production d'avant-guerre, avec 46 800 tonnes d'huiles contre 41 500 en 1940, dont 90 % pour les huiles raffinées d'arachide, importées du Sénégal, puis broyées au Maroc et en Algérie. Lesieur contrôle 18,5 % du marché contre 13,9 % avant-guerre, grâce à l'huile en bouteilles, qui pèse 80 % du total. La marque « Bel Canto » y contribue en grande partie, l'usine de Casablanca utilisant un procédé permettant de .

L'année 1951 voit aussi l'usine de Coudekerque renaître, avec une production de 30 500 tonnes d'huile brute contre en 1950 et surtout de tourteau contre en 1950, des progressions annuelles respectives de 25 % et 62 % tandis que sa production de savon a doublé pour atteindre , la marque Persavon ayant presque triplé ses ventes en un an pour passer à 6 % du marché.

Le total des ventes de tourteaux a plus que triplé, à dont plus de la moitié en Afrique, les différentes usines se complétant. Le chiffre d'affaires total est passé de 11,3 milliards à 17,3 milliards de francs, en hausse de 53 %, dégageant un bénéfice brut d'exploitation à 850 millions de francs contre 714 millions en 1950, l'essentiel étant affecté aux amortissements des importants investissements.

Bénéfices de Lesieur-Afrique à la fin des années 1940 et au début des années 1950 en millions de francs"Lesieur Afrique" le 17 avril 2014 sur "Entreprises coloniales" .: 195419531952195119501949194851,160,1moins 23,8 17,834,339,245,4 La même année sont créés un régime d’allocation vieillesse et d’assurance décès pour les employés, nouveaux pour l'époque, un restaurant d’entreprise et lancées des mesures d’intéressement aux résultats. et l'entrée à la Bourse de Paris.

Les autres huiliers français sont en difficulté, avec une production hexagonale d'huiles fluides alimentaires à 268 000 tonnes en 1951, inférieure d'un quart aux 350 000 tonnes de 1938, avant la guerre, ce qui a amené le gouvernement à multiplier les mesures alternant liberté et taxation des prix, arrêt des importations de graines, et autres politiques qui déclenchent la fondation d'un groupement, au mois de , des principaux fabricants d'huile d'arachide.

Au Maroc, les usines de conserves de poisson utilisant l'huile locale se multiplient, pour la plupart concentrées à Agadir et à Safi, mais déclineront à la fin des années 1960 jusqu'à n'être plus utilisées qu'à moitié"Maroc ; monographie économique" par Paul G. Jespers , page 29., sur fond de guerres commerciales. Dès 1963, un cargo congélateur marocain est bloqué à Nantes par des professionnels français, qui estiment que le métier de pêcheur sardinier ne pourra être maintenu qu'à condition de supprimer les importations de sardines marocaines"" dans Le Monde du 26 juin 1963 ..