Le Mauna Ulu, toponyme hawaïen signifiant littéralement « montagne grandissante », est un cône volcanique situé sur les pentes du Kīlauea, le volcan le plus actif de l'île d'Hawaï, aux États-Unis.. Il s'est formé au cours de l'éruption du Kīlauea entre 1969 et 1974, à l'époque l'éruption la plus importante depuis l'arrivée des Américains sur l'archipel d'Hawaï. Débutée le et après deux épisodes marqués par l'apparition de fontaines, de lacs, de coulées et de cascades de lave qui ont atteint l'océan Pacifique, l'éruption s'achève le soit après plus de cinq ans d'activité. Le lieu constitue depuis lors l'élément le plus important du paysage visible à partir du sommet du cône de Puʻu Huluhulu. Il est accessible par le au terme d'une randonnée de quelques heures.

Géographie thumb|left|Vue de la face Nord du Mauna Ulu.

Le Mauna Ulu est situé aux États-Unis, sur l'île d'Hawaï, dans l'archipel du même nom, sur les pentes du Kīlauea dont la caldeira se trouve au nord-ouest... Il se trouve à l'endroit où le rift Est forme un coude lorsque son orientation passe du nord-ouest—sud-est entre la caldeira du Kīlauea et le Mauna Ulu à l'ouest-sud-ouest—est-nord-est entre le Mauna Ulu et le cap Kumukahi. Il est immédiatement entouré par l'emplacement des anciens cratères ʻĀloʻi à l'ouest et ʻAlae à l'est et la colline kīpuka Puʻu Huluhulu au nord-ouest, tandis que de nombreux autres cratères, dont le Makaopuhi, le Nāpau et le Puʻu ʻŌʻō, se trouvent vers l'est et d'autres vers le nord-ouest en direction de la caldeira du Kīlauea. La , qui passe à proximité du Mauna Ulu à l'ouest, constitue l'un des départs du , un sentier de randonnée qui permet de gagner le Nāpau en contournant le Mauna Ulu par le nord. De même qu'une bonne partie des cratères et cônes volcaniques présents sur les flancs du Kīlauea, il est inclus dans le parc national des volcans d'Hawaï et dans la zone à risque volcanique la plus élevée.. Administrativement, le Mauna Ulu se trouve dans le district de Puna du comté d'Hawaï et dans le parc national des volcans d'Hawaï.

Le Mauna Ulu se présente sous la forme d'un cône volcanique de de hauteur couronné par un cratère de plus de trente mètres de profondeur et culminant à mètres d'altitude. Malgré la présence d'une importante fontaine de lave durant une bonne partie de l'éruption l'ayant formé, il est dépourvu de téphras dans sa structure et ne renferme qu'un empilement de coulées de lave. En effet, les scories, emportés par les volumineuses coulées de lave qui s'échappaient de toutes parts du cratère, n'ont pu former de cône autour de la bouche éruptive. La vapeur d'eau qui s'en échappe depuis la fin de l'éruption sous la forme de fumerolles provient de l'eau souterraine réchauffée par les roches encore chaudes. Sur ses flancs se trouvent des instruments de mesure de l'observatoire volcanologique d'Hawaï destinés à surveiller l'activité éruptive du Puʻu ʻŌʻō. Autour du cône et notamment vers le sud s'étend un important champ de lave formé en même temps que le Mauna Ulu. Cet ensemble de coulées de lave, désormais refroidies, est colonisé par des lichens, des mousses, des fougères et des buissons.

Histoire Déclenchement de l'éruption thumb|upright=1.3|Vue en coupe du Kīlauea montrant les cheminées volcaniques sous le rift Est dont celle inactive du Mauna Ulu et celle active du Puʻu ʻŌʻō.

Un peu moins de trois mois après la dernière éruption du Kīlauea du au , une crise sismique apparaît avec des secousses ressenties par la population habitant à proximité du volcan, ce que les volcanologues de l'observatoire volcanologique d'Hawaï interprètent comme les signes avant-coureurs d'une éruption imminente. Le matin du , peu avant l'aube, ces séismes se rapprochent de la surface et se font plus puissants au point de faire vibrer les vitres et réveiller certains habitants.

Dépêchés sur place, les volcanologues constatent qu'à l'endroit des épicentres s'est ouverte une fissure de plus de mètres de longueur, orientée est-ouest et d'où s'échappe un panache volcanique essentiellement composé de vapeur d'eau. Elle est située sur le rift Est du volcan, vers d'altitude, entre les cratères ʻĀloʻi et ʻAlae, juste au nord de l'ancien tracé de la , dans un secteur forestier dominé par (localement ). Trois heures après l'ouverture de la fissure, de la lave s'en échappe sur toute sa longueur en formant des fontaines de plus de trente mètres de hauteur. Elle provient de la chambre magmatique située sous la caldeira du Kīlauea depuis laquelle elle est acheminée jusqu'au Mauna Ulu par une cheminée volcanique qui alimente depuis 1983 le Puʻu ʻŌʻō.. Cette lave va s'écouler à travers la forêt sur une courte distance, sa progression étant rapidement stoppée par une petite falaise. À , l'activité cesse, la lave émise dans et autour de la fissure se solidifie. Le Mauna Ulu se présente alors sous la forme d'un champ de lave peu étendu d'où émerge un alignement de petits cratères où les gaz volcaniques commencent à oxyder les minéraux, contenant du fer, de la roche nouvellement émise qui prend des teintes allant du rouge au jaune. L'éruption est alors considérée comme terminée.

Première phase éruptive thumb|Fontaine de lave en forme de dôme d'une vingtaine de mètres de hauteur au Mauna Ulu le 11 octobre 1969.

Alors que Don Swanson, volcanologue de l'observatoire, se rend sur les lieux de l'éruption le dans l'après-midi, il observe dans la fissure, d'où provient un grondement souterrain, de la lave bouillonnante qui se rapproche de la surface. Dans la soirée, cette lave jaillit sous la forme de deux fontaines dans la partie orientale de la fissure, marquant la reprise de l'éruption. Jusqu'en décembre se suivent ainsi douze épisodes marqués par autant de fontaines de lave émises depuis la partie orientale de la fissure qui constituera la bouche éruptive du Mauna Ulu, le reste de la fissure étant progressivement recouvert par la lave à l'exception de sa partie la plus occidentale. La moitié de ces fontaines de lave atteindront entre 300 et de hauteur. Seule une fontaine de lave au cours de l'éruption de 1959 du Kīlauea Iki avait atteint une hauteur plus importante avec . Ces fontaines de lave sont visibles et audibles depuis la localité de Volcano et sont admirées par de très nombreux spectateurs, généralement depuis l'Uwēkahuna, le rebord occidental de la caldeira et point culminant du Kīlauea, mais aussi depuis le cône volcanique tout proche de Puʻu Huluhulu lorsque la chaleur permet son approche par quelques curieux. Autour du lieu d'émission de la lave, les fontaines construisent peu à peu le Mauna Ulu par empilement progressif de paquets de lave. Les éléments les plus fins sont entraînés par les vents dominants où ils sont étirés et figés sous la forme de larme et de cheveux de Pélé. Ils parcourent ainsi jusqu'à plusieurs kilomètres et retombent dans la forêt où ils défolient les arbres et allument quelques incendies localisés.

thumb|left|Cheveux de Pélé émis par le Mauna Ulu et déposés à la surface d'une coulée de lave pāhoehoe.

Une fois retombée au sol, la lave émise par le cratère forme immédiatement des coulées qui recouvrent les environs du Mauna Ulu, dont certains cratères situés à proximité. Ainsi, aux environs de minuit dans la nuit du 3 au , la lave finit de remplir le ʻAlae, à l'origine profond de 130 à et d'un diamètre de 440 à . Alors que le niveau de ce lac de lave n'est plus qu'à dix mètres du rebord du cratère, des centaines de tremblements de terre se produisent à quatre heures du matin. Une fissure d'une dizaine de mètres de largeur s'ouvre alors dans le fond du cratère, laissant s'échapper dix millions de mètres cubes de lave en trente minutes et faisant chuter le niveau du lac de lave de . Progressant dans le sol, cette masse de lave ressortira quelques jours plus tard dans le Nāpau, un cratère situé à quelques kilomètres à l'est. Dès le lendemain, la lave recommence à se déverser dans le ʻAlae sous la forme de cascades de lave plus hautes et plus larges que les chutes américaines du Niagara. Le , il est définitivement et complètement rempli par la lave du Mauna Ulu. Le ʻĀloʻi subit le même sort avec son remplissage partiel le puis total le .. La lave forme ainsi des cascades de de hauteur lorsqu'elle s'y déverse. Une fois remplis de lave liquide, ces cratères constitueront des replats où la lave stagnera, créant ainsi deux lacs de lave perchés par rapport au niveau originel du sol, de dans le cas du ʻAlae et de dans celui du ʻĀloʻi. Depuis leur refroidissement, ces deux lacs de lave sont visibles sur les flancs du Mauna Ulu sous la forme de deux dépressions circulaires en raison de la rétractation de la lave. Un troisième cratère, celui du Makaopuhi, est aussi rempli par la lave en 1972 et 1973 mais cette fois de manière partielle car étant plus éloigné du Mauna Ulu que les deux premiers.

thumb|Cascades de lave plus larges et plus hautes que les chutes américaines du Niagara se déversant dans le cratère de ʻAlae le . thumb|Vue aérienne d'une coulée sortant d'un tube de lave au niveau du Poliokeawe Pali, en contrebas du Mauna Ulu, le .

Dans le même temps qu'elle recouvre les environs du Mauna Ulu, la lave se dirige aussi dans le sens de la pente, vers la côte de l'océan Pacifique située à douze kilomètres vers le sud. Ces coulées émises par le Mauna Ulu sont des coulées basaltiques de lave pāhoehoe et ʻaʻā contenant des inclusions d'olivine. Elles progressent dans une forêt dense en formant des kīpukas et des arbres de lave. Sa chaleur allume des incendies sur le front de la coulée et des explosions de méthane provenant du gaz piégé sous la lave provoquent des grondements sourds quand ils n'arrivent pas à percer la surface de la coulée. Tôt dans la journée du , sous les yeux de centaines de visiteurs massés sur la aux environs de Kealakomo ahupuaʻa, ces coulées de lave commencent à former des cascades et des torrents de lave lorsqu'elles atteignent et dévalent l'escarpement de Hōlei Pali haut de .