Agota Kristof, née le à Csikvánd (Hongrie) et morte le à Neuchâtel. (Suisse), est une écrivaine, poétesse, romancière et dramaturge suisse. Elle a écrit la plus grande partie de son œuvre en français, qui est sa langue d'adoption, cette langue qu'elle appelle « ennemie »Agota Kristof, L'Analphabète, Genève, Zoé, 2004, ., au lieu du hongrois, sa langue maternelle.
Biographie Agota Kristof (en hongrois Kristóf Ágota) naît et grandit en Hongrie. Son père, Kálmán Kristóf, est instituteur ; sa mère, Antónia Turchányi, enseigne les arts ménagersNotice nécrologique dans Le Monde daté du , .. Elle étudie d'abord à Kőszeg, où sa famille s’installe en 1944, puis à Szombathely, où elle obtient un baccalauréat scientifique en 1954.
À l'âge de 21 ans, en 1956, Agota Kristof quitte la Hongrie, alors que la révolution des Conseils ouvriers de 1956 est écrasée par l'armée soviétique. Agota Kristof, son mari, qui était son professeur d'histoire, et leur fille âgée de quatre mois seulement s'enfuient vers Neuchâtel en Suisse où elle travaille dans une usine d’horlogerie à Fontainemelon, tout en écrivant des poèmes le soir. Son œuvre littéraire est alors marquée par cette migration forcée, et est écrite dans sa langue d'adoption, le français.
Dramaturge à ses débuts, elle va surtout connaître un grand succès avec « La trilogie des jumeaux », traduite dans de nombreuses langues. Elle a ainsi reçu le Prix littéraire européen d'ADELF pour le premier tome, Le Grand Cahier, en 1986.. Ensuite, le deuxième tome La Preuve est publié en 1988. Le prix du Livre Inter couronne le dernier tome, Le Troisième Mensonge, en 1992. De plus, elle reçoit en 2008, le prix de l'État autrichien pour la littérature européenne pour l'ensemble de son œuvre. Enfin, Agota Kristof obtient le prix Gottfried-Keller en 2001 et le prix Schiller en 2005..
Deux fois divorcée, Agota Kristof est mère de trois enfants ; mais elle parle très peu de sa vie familiale et personnelle dans l'ensemble de son œuvre. Elle décède en Suisse le , à l'âge de 75 ans. Ses cendres sont transférées dans son pays d'origine, la Hongrie, dans la ville de Kőszeg« Agota Kristof, l’absente qui est toujours à Köszeg », article journal La Croix, du 28 août 2014., où elle a vécu une partie de sa jeunesse.
Le fonds d'archives d'Agota Kristof se trouve aux Archives littéraires suisses à Berne.
Le Grand Cahier et « l'affaire d'Abbeville » Malgré un grand succès planétaire, le premier tome de ce que l'on surnomme « la Trilogie des jumeaux » s'est également fait connaître à cause d'une affaire judiciaire.
Le , des policiers de la ville d'Abbeville interpellent un jeune professeur de collège.. Cette arrestation a eu lieu à la suite de plaintes de quelques parents d'élèves d'une classe de troisième avec laquelle l’enseignant étudiait le roman en question.. Les parents d’élèves considéraient que l'œuvre d'Agota Kristof était pornographique. Pourtant, Le Grand Cahier était déjà jugé comme étant un classique de la littérature et de nombreuses classes de collège et de lycée l'avaient déjà étudié.
Grâce au soutien d'un large groupe de personnes, cette affaire fut vite classée sans suite. Cependant, elle est un nouvel épisode du débat de la censure de la littérature ainsi que celui du débat quant à l'acte de lecture et de compréhension d'un ouvrage littéraire. Annie Rolland a consacré un chapitre à l'affaire dans son essai nommé Qui a peur de la littérature ado ? en 2008.
Les langues (hongroise et française) et les identités Agota Kristof, en arrivant en Suisse francophone, adopte la langue de ce territoire, le français. Ses œuvres littéraires ne sont donc pas écrites dans sa langue maternelle, le hongrois, mais dans sa langue d'adoption, le français. Le français n'a donc pas été délibérément choisi par l'écrivaine, mais cette dernière a dû apprendre cette nouvelle langue, en arrivant par hasard dans la partie francophone de la Suisse. En effet, les exilés étaient placés dans les différentes villes et villages.
L’autrice explicite son lien douloureux avec les langues qu’elle côtoie tout au long de sa vie, notamment au sein de son œuvre autobiographique nommée L’Analphabète. De nombreuses études sur l'écrivaine se sont penchées sur cette question du choix de la langue d'écriture dans les écrits d'Agota Kristof. Aux yeux de cette dernière, le fait d’avoir quitté la Hongrie signifiait d’abord perdre sa langue maternelle, le hongrois, et en faire ainsi le deuil. C’est notamment ce que développe Valérie Petitpierre dans son ouvrage D’un exil l’autre : les détours de l'écriture dans la Trilogie romanesque d'Agota Kristof. Ainsi, le passage d’un pays à un autre est significatif quant à la transition d’une manière de s’exprimer à une autre. Comme Agota Kristof associe sa langue et son identité, la langue française (langue inconnue jusqu’à son arrivée en Suisse) peut difficilement permettre de parler de soi, puisqu’elle n’est pas maîtrisée et parce qu'elle ne deviendra jamais tout à fait sa langue maternelle. Le français est d'ailleurs qualifié de « langue ennemie » dans L'Analphabète. Cette vision négative du français est principalement due à l'acharnement ressenti par l'écrivaine pour pouvoir s'exprimer dans sa langue d'adoption. Ce que Agota Kristof regrette principalement, c'est que sa lutte pour réussir à parler correctement français détruisait son souvenir du hongrois. Le français est donc perçu comme l'ennemi de l'autrice puisqu'il la rend analphabète.
À la fin de sa vie, l’autrice s'est rendu compte que la langue française ne lui permettait pas de dresser un autoportrait satisfaisant, et considérait qu’elle se construisait une identité toujours fausse et déviante. Agota Kristof a alors choisi de cesser d’écrire en français et par conséquent d'abandonner ce qu’elle pense être un mensonge identitaire. Elle retrouve ainsi sa langue maternelle, le hongrois, et sa véritable identité. En plus d'avoir laissé de côté sa langue d'adoption, Agota Kristof ne ressent plus le besoin d'écrire, sans expliquer pourquoi. Ses productions la laissent alors indifférente, puisqu'elles seraient artificielles. C'est pourquoi elle vend aux Archives littéraires suisses l'ensemble de ses manuscrits, sa machine à écrire ainsi que son dictionnaire bilingue hongrois-français. Seul son journal a été brûlé par ses soins car il ravivait trop de souvenirs douloureux qu'elle ne souhaitait pas partager.
Récompenses 1986, Prix européen de l’ADELF 1988, Prix Schiller 1988, Ruban de la Francophonie 1992, Prix du livre inter 1998, Prix Alberto Moravia 2001, prix Gottfried-Keller 2005, Prix Schiller pour l'ensemble de son œuvre 2006, Preis der SWR-Bestenliste. 2008, Prix de l'État autrichien pour la littérature européenne. 2009, Prix de l'institut neuchâtelois 2011, Prix Kossuth de l'État hongrois.
Publications Théâtre John et Joe (1972) Création Neuchâtel, 1975 La Clé de l'ascenseur (1977) Création 1990 Un rat qui passe (1972, version définitive 1984) Création 1993 L'Heure grise ou le dernier client (1975, version définitive 1984) Création Neuchâtel, 1990 Le Monstre La Route L'Épidémie L'Expiation Line, le temps (2006) Recueils : L'Heure grise, et autres pièces, Seuil, 1998, . Le Monstre, et autres pièces, Seuil, 2007, .
Romans et nouvelles « La trilogie des jumeaux » : Le Grand Cahier, Seuil, 1986, prix littéraire européen d'ADELF. La Preuve, Seuil, 1988. Le Troisième Mensonge, Seuil, 1991, prix du Livre Inter 1992. Hier, Seuil, 1995. L'Analphabète, Éditions Zoé, 2004, adapté au théâtre par Sifiane El Asad en 2008 sous le titre Je lis. C'est égal, nouvelles, Seuil, 2005. Où es-tu Mathias ?, Éditions Zoé, 2006. Poèmes Clous, Éditions Zoé, 2016,Traduit du hongrois par Maria Maïlat
Adaptation de son œuvre au cinéma 2013 : Le Grand Cahier, film franco-germano-austro-hongrois coécrit et réalisé par János Szász.
Bibliographie ALFARO AMIEIRO, Margarita, « Gémellité, dédoublement et changement de perspectives dans la trilogie d'Agota Kristof : Le Grand cahier, la Preuve, Le Troisième Mensonge », Cédille. Revista de estudios franceses, monographie 2, 2011, pp. 284-306 (lire en ligne) CUTCAN, Simona, Subversion ou conformisme ? La différence des sexes dans l'œuvre d'Agota Kristof, Oxford, P. Lang, 2004 DEL CARMEN GARCIA CELA, Maria, « Pour une didactique de la cruauté. Le savoir-faire de l'écriture chez Agota Kristof », Thélème. Revista Complutense de Estudios Franceses, volume 28, 2013, pp. 141-156 FURCI, Guido et DUVERNOIS, Marion, Figures de l'exil, géographies du double : notes sur Agota Kristof et Stephen Vizinczey, Rome, G.P. editore, 2012 GIANOTTI, Silvia Audo, « Agota Kristof. L'écriture ou l'émergence de l'indicible », Synergies Algérie, numéro 6, 2009, pp. 125-133 (lire en ligne) PAULIN, Martine, « Langue maternelle et langue d'écriture », Hommes et migrations, 1288, 2013, pp. 118-128 (lire en ligne) PETITPIERRE, Valérie, D'un exil l'autre : les détours de l'écriture dans la Trilogie romanesque d'Agota Kristof, Carouge - Genève, Zoé, 2000 RICCI LEMPEN, Silvia, « Simona Cutcan : Subversion ou conformisme ? La différence des sexes dans l'œuvre d'Agota Kristof », Nouvelles Questions Féministes, volume 34, 2015, pp. 139-144 (lire en ligne) ROLLAND, Annie, « Le visage étrangement inquiétant de la censure », Qui a peur de la littérature ado ?, Paris, éditions Thierry Magnier, 2008 YOTOVA, Rennie, La Trilogie des jumeaux d'Agota Kristof, Bienne-Gollion/Paris, ACEL-Infolio, collection Le Cippe, 2011 Sara De Balsi, Agota Kristof écrivaine translingue, Saint-Denis : Presses Universitaires de Vincennes, coll. « Littérature hors frontière », 2019 Eric Bergkraut, Le Continent K.,Agota Kristof, écrivain d' Europe, film, 1997
Notes et références
Liens externes
Fonds Ágota Kristóf dans la base de données Helveticarchives et inventaire en ligne (EAD) aux Archives littéraires suisses
Agota Kristof, mémoire de demain. Manifestation littéraire autour d'Agota Kristof et de ses œuvres Biographie, bibliographie, photographies et interviews sonores d'Agota Kristof dans l'Espace @uteurs de la BFM de Limoges Interview de l'auteur sur le processus d'écriture de La Trilogie des Jumeaux avec des extraits sonores et des facsimilés de ses manuscrits autographes, Revue Recto/Verso Une interview de l'auteur Vidéo: Agota Kristof en 1991, à l'occasion de la sortie de son livre Le Troisième mensonge, une archive de la TSR Audio: Agota Kristof en 1986, une archive de la Radio télévision suisse Exposition temporaire à La Bibliothèque de Genève sur les Éditions Zoé, du au , C’est l’histoire des éditions Zoé. Les archives des éditions Zoé, aujourd’hui conservées par la Bibliothèque, offrent un éclairage inédit sur l’épopée de cette ambassadrice de la littérature suisse. Exposition virtuelle disponible
Catégorie:Romancier suisse du XXe siècle Catégorie:Romancière suisse Catégorie:Écrivain suisse d'expression française Catégorie:Romancier suisse francophone Catégorie:Dramaturge suisse francophone Catégorie:Femme dramaturge suisse Catégorie:Écrivain hongrois francophone Catégorie:Écrivain hongrois du XXe siècle Catégorie:Écrivain hongrois du XXIe siècle Catégorie:Nouvelliste hongrois du XXe siècle Catégorie:Nouvelliste hongrois du XXIe siècle Catégorie:Romancier hongrois du XXe siècle Catégorie:Poète hongrois du XXe siècle Catégorie:Poétesse hongroise Catégorie:Auteur publié par les éditions du Seuil Catégorie:Écrivain neuchâtelois Catégorie:Lauréat du prix du Livre Inter Catégorie:Lauréat du prix Kossuth Catégorie:Naissance en octobre 1935 Catégorie:Naissance dans le comitat de Győr-Moson-Sopron Catégorie:Décès en juillet 2011 Catégorie:Décès à Neuchâtel Catégorie:Décès à 75 ans Catégorie:Personnalité inhumée en Hongrie