L’hôtel de Masseranégalement désigné sous le nom d’hôtel de Beaumont (Voir Historique) est un hôtel particulier construit par l'architecte Alexandre-Théodore Brongniart et situé au , rue Masseran, dans le de Paris.

Avec l'hôtel de Montesquiou, rue Monsieur, et la maison Brongniart, à l'angle du boulevard des Invalides et de la rue Oudinot, il constitue l'une des nombreuses constructions édifiées par l'architecte dans le quartier des Invalides à la fin du règne de .

Histoire L'hôtel a été édifié en 1787 pour Carlo Sebastiano Ferrero Fieschi (1760-1826), prince Masserano (en français : Fiesque de Masseran), qui lui a donné son nom. Grand d'Espagne, membre de l'illustre maison génoise des Fieschi, fils de Vittorio Filippo Ferrero Fieschi (1713-1777), prince Masserano, et de la princesse née Charlotte Louise de Rohan (1722-1786), fille du duc de Montbazon, il avait épousé en 1776 Adélaïde Augustine Joachime de Béthune-Chârost-Pologne (1756-1790 ; cf. Apremont), petite-fille du richissime financier Louis Antoine Crozat. Du côté maternel, le prince descendait de et était également cousin du roi ..

L'architecte Brongniart, qui réside à deux pas dans la maison qu'il s'est fait construire sur le boulevard des Invalides et qui possède les terrains sur lesquels est édifié l'hôtel, suit le chantier pas à pas.

En 1836ou peut-être 1826, à la mort du prince Masserano ?, l'hôtelà moins qu'il ne s'agisse de l'hôtel de Richepanse, , rue Masseran ? est acquis par un banquier parisien d'origine belge Louis François-Xavier De Clercq. Ce dernier meurt en 1838. Sa femme, née Henriette Crombez-Lefebvre, réside rarement rue Masseran, préférant sa résidence d'Oignies. Son frère Louis Crombez possédait à la même époque l'hôtel voisin de Richepanse, au 3, rue Masseran. Un grand salon de style est créé dans la seconde moitié du , dans un style si pur qu'on l'a longtemps considéré comme une création originale de Brongniart. Après la mort de de Clercq en 1878, l'hôtel passe à sa fille, Berthe Aline Françoise Marie, comtesse de Boisgelin par son mariage avec Alexandre Marie de Boisgelin, puis à leur gendre, le comte Karl Jacques Marie Théodore Bonnin de La Bonninière de Beaumont (1852-1913), époux d’Henriette Marie Berthe de Boisgelin (1856-1925).

Arbitre des élégances et des mondanités pendant près d'un demi-siècle, leur fils aîné, le comte Étienne de Beaumont (1883-1956), ami de Cocteau, mécène des ballets russes de Serge de Diaghilev, de Braque et de Picasso, y donne des fêtes célèbres. En 1939, le comte et la comtesse Étienne de Beaumont, en leur hôtel particulier, organisent le bal « », faisant revivre tous les fastes de Versailles Ayant participé à ce bal, Jean Marais en parle dans Histoires de ma vie, Éditions Albin Michel, 1975, page 95 . L'hôtel inspire à Raymond Radiguet le décor de son célèbre roman, Le Bal du comte d'Orgel (1924). Avec sa femme, née Édith de Taisne (1876-1952), Étienne de Beaumont commandite des films et des ballets d’avant-garde, puis, après la Seconde Guerre mondiale, fonde l’« Association franco-américaine » qui finance de nombreuses expositions. Il loge Marie Laurencin dans un des pavillons de la cour« Cette petite maison est une demeure de poète […]. Elle est charmante, comme une maison de poupée, toute en escaliers et en recoins. Elle donne sur une cour où il y a des arbres. » (Flora Groult). Il loue également au sculpteur américain Jo Davidson (1883-1952) le pavillon situé à l'angle de la rue Duroc« C'était une maison magnifique. Au rez-de-chaussée on trouvait à gauche de l'entrée un grand salon éclairé par trois fenêtres sur le jardin et trois fenêtres sur la rue. À droite se trouvait une salle à manger avec des fresques de Le Fauconnier. À l'étage se trouvait une petite bibliothèque, des chambres et une salle de bains, tandis que le dernier étage était réservé aux enfants et à leur gouvernante. Nous la prîmes et nous la meublâmes. […] Nous adorions notre nouvelle maison. Nous la trouvions parfaite pour recevoir et les enfants allaient au lycée voisin. » (Jo Davidson, Between Sittings, Reed Books, 2007, chapitre 27, ).

Après la mort du comte de Beaumont, qui n'a pas d'enfant, l'hôtel est acquis par le baron Élie de Rothschild (1917-2007) et la baronne, née Liliane Fould-Springer (1916-2003). Ceux-ci y font remonter dans le salon dit « Boffrand » un ensemble de boiseries exécutées par les menuisiers Taupin, Le Goupil et Desgoulons entre 1720 et 1723 pour l'hôtel de la comtesse de Parabère, place Vendôme, qui appartenaient au baron Fould-Springer, père de la baronne Liliane.

Dans les années 1970, les Rothschild cèdent l'hôtel au président de la République de Côte d'Ivoire, Félix Houphouët-Boigny (1905-1993), qui en fait sa résidence parisienne jusqu'à sa mort. Toujours propriété de la République de Côte d'IvoireCette propriété est contestée par Hélène Houphouët-Boigny, fille adoptive du président ivoirien et considérée par la justice comme son héritière légitime., l'hôtel est laissé à l'abandon et se dégrade lentement. En 2008, la Côte d'Ivoire met en vente une centaine de pièces du mobilier pour financer les travaux de restauration : commodes estampillées Jean-François Oeben et Jean-Henri Riesener (provenant de la collection Charles Stein), paire de gaines en marqueterie d'écaille rouge d'époque attribuées à Gilles-Marie Oppenord, ensemble de sièges d'époque estampillés Jean-Baptiste Sené, provenant des collections du roi au château d'Eu, paire de bas d'armoires d'après un modèle d'André-Charles Boulle, ayant appartenu à Jean-Baptiste , baron d'Ivry, paire de pots pourris provenant de la collection du comte Anatole Demidoff, prince de San Donato, rafraîchissoirs en porcelaine dure de la Manufacture impériale de Saint-Pétersbourg ayant fait partie du service de la grande-duchesse Maria Pavlona, etc.

En 2023, l’hôtel particulier est mis en vente par l’État ivoirien au prix de 150 millions d’euros.

Architecture L'hôtel développe une surface de plancher de et comporte un parc de .

La façade sur jardin, visible depuis le boulevard des Invalides, est rythmée de pilastres ornés de chapiteaux d'ordre corinthien.

L'hôtel avec son jardin fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le . L'hôtel a été gravé par Krafft.

Notes et références

Sources « The Hôtel de Masseran Collection »

Voir aussi

Articles connexes Principauté de Masséran Liste des hôtels particuliers parisiens Liens externes

Masseran Catégorie:Monument historique dans le 7e arrondissement de Paris Catégorie:Monument historique classé en 1946 Catégorie:Bâtiment d'Alexandre-Théodore Brongniart Masseran